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Le cahier de brouillon de Joe Krapov

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2 octobre 2020

99 dragons : exercices de style. 61, Récit de rêve (Le Défi du samedi n° 631)

Saint-georges par Baden Powell (communiqué par Baden Powell le 27-09-2020) 127705243

Ah la la ! Quel imbroglio ! Je me suis réveillé ce matin dans un état proche de l’Ohio ! Quelle belle série de rêves idiots !

Primo, j’étais attelé à un chariot et j’allais dire des fabliaux à la Taverne d’Attilio – où était-ce le Don Camillo ? – pour un public de gens spéciaux, drôles de zoziaux par trop joviaux tous venus de Bonifacio ou d’Ajaccio où souffle ce vent de folie qu’on appelle le Libeccio. On me dételait du chariot, on me poussait sur les tréteaux et mon impresario me lançait depuis les coulisses :

- Vas-y ! Chante leur « O sole mio » ! Tu enchaîneras ensuite avec « Si tu vas à Rio » de Dario Moreno puis « Le petit joueur de flutiau » de Brassens.

J’étais tétanisé, sans voix, agonisant, bon pour un passage en cardio. Il est vrai que les dragons ne chantent pas ce genre d’airs familiaux que l’on entend à la radio ou qu’on joue sur l’autoradio. Ils n’ont pas la voix d’un loriot ni celle de Don Juan Tenorio. Je n’ai rien d’un griot et s’il me fallait un jour fréquenter la musique, je préférerais de loin l’adagio d’Albinoni ou le Juditha triumphans, ce bel oratorio de Vivaldi, voire les Capriccios de Paganini.

Bref je restais muet devant le micro et les Corses, peu conviviaux au naturel, devinrent bientôt antisociaux voire triviaux puis vipériaux, me balançant des noms d’oiseaux et des glaviots. Le calme s’en revint lorsque j’ouvris la gueule et que d’une flamme puissante je mis le feu à tout le patio ! Houla ! Comme ils sont redevenus cordiaux ! Seulement, la tronche du proprio !

Ayant fait place clarinette je jouai alors le trio des quilles de Mozart et des flûtes pour aller dans des lieux plus enchantés.

Deuzio, rêve encore plus dingo : au bout du viaduc de Millau je rencontre un autre barjo avec des habits ecclésiaux, des affûtiaux de nobliau, monté sur un bidet tout blanc et ses grands chevaux qui me demande mes fafiots (si vous n’avez pas votre Gaffiot, je vous traduis : les fafiots ce sont les papiers).

Il me questionne :

- D’où c’est que vous venez ?

- De la station Campo–Formio, c’est direct avec le métro !

- Où qu’vous allez ?

- C’te question ! A Mogadiscio, San-Antonio, en Ontario ou aux pays équatoriaux ! A Quimper, aux faïences Henriot ou à Baguio 78 voir jouer Tolia Carpovio contre Victor Kotchnio !

- D’après ce que j’vois d’écrit ici, vous vous appelez Marcel Petiot ? qu’il continue, le Fantasio.

- Jamais d’la vie ! C’est quoi, ce nouveau scénario ? Tu vois bien qu’je suis un bestiau ! J’m’appelle Elliott ou Emilio, je suis de la classe des marsupiaux et champion de France des arts martiaux. Et toi, t’es qui, Super Mario ?

Le maigriot, sur ses ergots, prend des airs inquisitoriaux, aérospatiaux, comme Blériot chez Latécoère, et manche à balai dans le derrière, mordant comme un chiot en colère, d’humeur guerrière, décline son identité :

- Tout le monde m’appelle San Giorgio. J’suis c’qu’ on appelle un estradiot ou un stradiot, un éclaireur qui vend du bio aux provinciaux. J’ suis envoyé par le daïmio pour retrouver le salopiot qui boulotte toutes les côtes d’agneau et qui a foutu l’feu au studio ! Numérote tes abbatiaux ! Prépare ta tête pour le billot, docteur Petiot !

Voilà-t-y pas que ce salopiot m’balance un chtard dans les tuyaux ! Oh la la ! Ca va être sa fête ! J’vais lui réclamer des agios, au loupiot ! Tu vas voir, tristesse d’Olympio, qu’t’eusses mieux fait d’choper la polio ! J’vais t’soigner ton compère-Loriot ! J’vais t’transformer en carpaccio ! En atriaux, eh, Pieds nickelés !

Y eut-il massacre à l’île de Scio ? Si le viaduc était un bateau, lequel des deux chut du rafiot ? Se battit-on (Oh chou ! Ma chère !) avec brio ?. (Oui je sais Battiston-Schumacher, c’est nul, mais, à contrario, c’était aussi dans le rêve !). Je ne sais plus : c’est à ce moment-là que je me suis réveillé pour aller pisser.

Tertio : une fois que j’ai eu replongé, je me suis retrouvé dans le bus n° 11 dans une ville nommée Rennes avec un masque sur le visage et je lisais un in-folio sur le catalogage des fonds patrimoniaux. Il y avait plus loin une fille en robe rose, masquée elle aussi, qui appuyait sur le bitoniot pour demander l’arrêt du char à la station Charles Géniaux. Je l’ai bien reconnue la fille ! Elle s’appelait Isaure Chassériau. C’était la belle-fille du député Guyot-Desfontaines ! Mais après elle a disparu et j’ai fini ma nuit tranquille en censurant tout le restant du matériau.

***

Bon, c’est pas le tout ça. Qu’est-ce que j’ai sur mon agenda aujourd’hui ? Ah oui. « Aller bouffer des brebis en Libye ». Pourvu que je ne tombe pas là-bas sur un de ces frappadingues adverbiaux d’ces bas du Front Police à Rio !

St-Georges patron de Cacéres par Walrus 127705049

Illustrations aimablement fournies par notre bien-aimé oncle Walrus
que je remercie de son soutien à l'entreprise Nonante-neuf !

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25 septembre 2020

L’Hyménée de Joseph et Marie (Défi du samedi n° 630)

09 Joseph et Marie

La mémoire, c’est comme une maison. On court de la cave au grenier, ou plutôt du grenier à la cave, oui, c’est plutôt ça. On descend des photos du grenier, on écrit des textes à partir d’elles et les textes finissent à la cave. Ou parfois on retrouve un texte à la cave et on le modifie un peu pour qu’il colle avec une photo du grenier.

C’est le cas ici. La semaine dernière je retrouve mes vieilles amies de la chorale «La Ritournelle» et je leur fredonne «Obladi Oblada» des Beatles, histoire de moderniser un peu ( ?) leur répertoire qui va de «Froufrou» à «La Bonne du curé» en passant par «Ca vaut mieux que d'attraper la scarlatine». Je me souviens que j’ai commencé à écrire une version française de cette Liverpoolienne rengaine pour la leur faire chanter car ces dames détestent utiliser la langue de la perfide Albion.

Une fois rentré à la maison, je retrouve la traduction-trahison-adaptation dans mon ordi (qui est ma cave à moi !). En fait la chanson est déjà complètement écrite, il n’y manque que les accords pour pouvoir être chantée. Je la fredonne pour vérifier que tout coule bien et je bute, dès le deuxième vers, sur la prononciation de « Jean-Jean joue» :
 

« Marie vend des œufs sur le marché d’Vill’jean
Jean-Jean joue dans un groupe de rock’n’roll ».

Et c’est là que j’ai l’idée du siècle (mwarf !). Pourquoi ne pas l’appeler plutôt Joseph, le gars ? Un couple Joseph et Marie, ça sonne bien, non ? Joseph et Marie. Joseph et Marie !

Joseph et Marie ? C’est bizarre, ça me rappelle quelque chose. Jésus ce que c’était mais je ne me souviens plus bien où j’ai entendu ça.

Ah mais si, bien sûr ! Mon oncle Joseph et ma tante Marie ! J’ai récupéré cette année la photo de leur mariage. Mon cousin Pascal avec qui nous avons beaucoup parlé de la famille m’a remis aussi en mémoire l’histoire de leurs deux enfants, un couple de jumeaux, un garçon et une fille, né·e·s à cheval sur deux années la nuit de la Saint-Sylvestre, le 31 décembre et le 1er janvier ! Comment se choper un an d’écart en moins d’une heure !

Mais bon, je ne suis pas là pour raconter ma vie ni celle des autres alors, musique, maestro !

OBLADI-OBLADA
(Lennon-MacCartney ; traduction-trahison-adaptation par Joe Krapov)

1
Marie vend des œufs sur le marché d’ Vill’jean
Joseph chante dans un groupe de rock’n’roll
(comme une casserole)
Joseph dit à Marie : «Qu’est-ce que tu es jolie !
Est-ce que ça t’dit de v’nir danser au bal sam’di ?"
"Oui ça me dit"

Refrain
Obladi ! Oblada ! C’est la vie ! Oui !
La la ! C’est la vie qui va !
Obladi ! Oblada ! C’est la vie ! Oui !
La la ! C’est la vie qui va !

2
Marie joue maint’nant du piano dans le groupe
Sur la moto d’ Zèph elle monte en croupe
On n’sait pas comment ça s’est fait les amis
Voilà que le ventre de Marie s’arrondit
(Au refrain)

Pont 1
Pas plus tard que sam’di place de la mairie de Rennes
Lalala Lalala Lalala
La-a
Devant tous les amis ils se sont dit oui Amen
Mari-és par Nathali-ie

3
Joseph est dev’nu le mari de Marie
Ils ne dansent plus le boogie-woogie
Ils ont raccroché la guitare à son clou
Et le groupe de rockabilly lui est dissous
(Au refrain)

Pont 2

Dans une couple d’années ils auront un « home sweet home »
Lalala Lalala Merci Giboire !
Avec un bout d’pelouse et une balançoire
Pour leurs deux jolis petits mômes

4
Marie vend des œufs sur le marché du Blosne
Joseph fait des autos à La Janais (des SUV !)
Le dimanche midi ils déjeunent chez Mamy
Et puis ils vont au CGR à La Mézière
(Au refrain)

5
Cette histoire d’amour est vraiment bien partie
Elle va leur durer toute une vie
Et lorsque Joseph aura 64 ans
Marie l’aim’ra peut-être encore plus que maint’nant
(Au refrain)


P.S. 1 Désolé, mais à force de courir de la cave au grenier, je n’ai pas eu le temps encore de mettre les accords ni de l’enregistrer ! A vous de la chanter sous la douche, l’air est connu !

P.S. 2 Ah et puis si, j'ai trouvé le temps, finalement !
 

18 septembre 2020

Portrait à la gouache et à l’air peu bravache mais assez distancié (Défi du samedi n° 629)

Je n’ai plus l’âge, que je sache,
De peindre, comme les potaches,
A la Joconde et à la gouache
Une moustache.

DDS 629 LHOOQ

Je n' suis plus du genre qui remâche
Et crache toujours dans le goulache
En gueulant très fort : « Mort aux vaches ! » :
Pour la provoc je fais relâche.

Ne comptez plus sur moi ! Macache !
Je ne sortirai plus d’ ma cache,
Le jeu n’en vaut pas la chandelle
Et tant pis si j’apparais lâche :
Il vous restera B.H.L.
Pour y aller cash !

Non ?

Que d’autres bravaches
Se mettent à la tâche
Et sortent de leur sabretache
De quoi cogner sur la rondache
Des vieilles ganaches à soutaches
Qui, manque de bol,
Sont du bon côté du flashball !

DDS 629 The Clash

Je n’ose même pas croire qu’à l’arrache
Ils se pourrait qu’je m’amourache
D’une fan des Clash
D’une joueuse de squash
D’une tenniswoman a gros smash
D’une dominatrice à cravache
D’une Malgache fumeuse de hasch
Ou que je m’attache
Comme une patache brimballante,
Au point de lui offrir bourrache
D’imprimante avec mon vieux cœur,
A une fidèle de Saint-Eustache
Lanceuse de couteaux à ses heures
Jeteuse de sorts à seize heures trente.

J’ n’ai plus l’âge d’avoir du panache !
J’suis trop vieux pour jouer à l’Apache
Et il faut savoir la tourner
Sinon on finit par faire tache
« Dins l’paysache ! »

DDS 629 Sttellla - Tourner l'apache

Je préfère bouffer des pistaches
Et savourer ce vieux grenache
En jouant un peu à cache-cache
Avec la menace de crash
Qui est suspendue comme une bâche,
Comme un vol de tristes bernaches
Au-dessus de l’eau de la flache,
Pareille à une menace de drache
Sur Anderlecht
Qui gâche la fête à Bertolt Brecht !

11 septembre 2020

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 57, Conditionnel (Défi du samedi n° 628)

St-Georges par Dali

- Georges de Lydda serait né en Cappadoce, dans une famille chrétienne, au IVe siècle après Jésus-Christ.

- Fariboles !

- Militaire de carrière, il aurait été officier dans l'armée romaine et élevé par l'empereur Dioclétien aux premiers grades de l'armée.

- Fariboles ! Fariboles, tout ça !

- Un jour il aurait traversé la ville de Silène dans la province romaine de Libye, sur son cheval blanc dont on notera qu’il aurait été de la même couleur que celui d’Henri IV.

- Fariboles ! Fariboles ! Fariboles !

St-Georges par Dali sculpture- La cité aurait alors été terrorisée par un redoutable dragon, dévoreur de tous les animaux de la contrée et exigeant des habitants un tribut quotidien de deux jeunes gens tirés au sort.

- Fariboles ! Fariboles ! Calembredaines, même !

- Georges serait arrivé le jour où le sort serait tombé sur la fille du roi, au moment où celle-ci allait être victime du monstre.

- Fariboles ! Fariboles ! Carabistouilles !

- Georges aurait engagé avec le dragon un combat acharné.

- Fariboles ! Fariboles ! Coquecigrues !

- Avec l'aide du Christ, et après un signe de croix, il l’aurait transpercé de sa lance.

- Fariboles ! Fariboles ! Des cacoules ! Té n’racontes que des cacoules, min garchon !

St-Georges par Dali 2- Une fois la princesse délivrée, le dragon l’aurait suivie comme un chien fidèle jusqu'à la cité. Si c’eût été un Jack Russell de sexe féminin, nul doute qu’elle l’eût précédée.

- Fariboles ! Fariboles ! Fake news !

- Les habitants de la ville ayant accepté de se convertir au christianisme et de recevoir le baptême, Georges aurait tué le dragon d'un coup de cimeterre car il les effrayait toujours.

- Fariboles ! Fariboles ! Balivernes ! Billevesées !

- Puis le cadavre de la bête aurait été traîné hors des murs de la ville tiré par quatre bœufs. Personnellement j’en ai deux grands dans mon étable.

- Fariboles ! Fariboles ! Fadaises ! Sornettes !

- Pour lutter contre le coronavirus, des médecins russes auraient mis au point un vaccin baptisé Spoutnik V.

- Mais pourquoi vous employez le conditionnel ? C’est la vérité, ça ! Il est bien plus efficace que la chloroquine et va nous permettre de retrouver la vie d’avant ! Utilisez l’indicatif, mon vieux, et buvez à ma santé !

- Je vais plutôt boire à la santé d’Alexeï Navalny, l‘opposant que le pouvoir en place en Russie a tenté d’empoisonner avec…

- Fariboles ! Fariboles ! Fariboles ! Fariboles ! Fariboles ! Fariboles ! Fariboles ! Fariboles ! Défèque-niouzes ! Arrêtez de raconter n’importe quoi ! Ou alors mettez-le au conditionnel !

St-Georges par Dali sculpture Pommard

N.B. 
- Les oeuvres qui illustrent ce billet sont de Salvador Dali.
- Fariboles ! Fariboles ! Fariboles !

4 septembre 2020

Les Moissonneuses / Joe Krapov (Défi du samedi n° 627)

Maintenant que j’ai assez de temps pour pouvoir regarder dans le rétroviseur je m’étonne d’avoir été accompagné, tout le long de mon chemin, par un fabuleux moissonneur.

Moisson 09

C’est une espèce de Canadien errant. Il s’appelle Neil Young et on a absolument le droit, si c’est votre cas, d’être passé à côté de sa voix nasale, de son rock lourd, de ses interminables soli de guitare électrique et de sa production pléthorique. J’en connais beaucoup qui, dans un autre genre, n’ont toujours pas lu Proust, par exemple.

Et justement, on va rire, c’est dans une ville appelée La Madeleine, chez mon copain Jean-Baptiste B. que j’ai entendu pour la première fois «Uncle Neil» et ses premières galettes plus ou moins «country» ou «country-rock».

Le chef d’œuvre du bonhomme dans ces années-là était un album intitulé «Harvest», sorti en 1972. Il y enfonçait des portes ouvertes comme «Un homme a besoin d’une femme» c’est pourquoi je suis comme toi, «Vieil homme», je cherche «un cœur en or» et je ne me paie pas de «mots» avant de faire ma «moisson».

Il remet ça en 1992 avec un album intitulé «Harvest moon». Mais pour illustrer le mot «éteule» – Que reste-t-il après la moisson ? Des éteules et des chansons ! – j’ai choisi de vous traduire-adapter-massacrer une autre chanson de l’album «Rust never sleeps» intitulée "Thrasher" (La moissonneuse).
Sans prétention aucune, comme est le bonhomme qui ne craint pas, depuis le confinement, de se faire filmer en vidéo en train de gratter-chanter-pianoter… dans son poulailler ou sous le porche de son ranch !

 

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31 juillet 2020

Le Temps des fleurs (Défi du samedi N° 622)

DDS 622 127304495- Elles nous en font voir de toutes les couleurs !

- Qui ça ? Les femmes ou les fleurs ?

- Elles sont partout ! Du Roman de la rose au Dahlia noir, de Fanfan la Tulipe au Lys dans la vallée !

- L’amour est un bouquet de violettes… impériales et impérieuses !


- Elles vous disent d’aller siffler là-haut sur la colline, de les attendre avec un petit bouquet d’églantine… et elles ne viennent pas !


- Moi je ne marche plus dans la combine ! J’ai décidé une fois pour toutes : pas d’orchidées pour Miss Blandish !


- La petite marguerite est tombée, singulière, du bréviaire de l’abbé !


- Gentil coquelicot ! Fleur de Paris ! Roses blanches de Corfou !


- Quand refleuriront les lilas blancs ? Au temps du muguet ? A celui des cerises ?


- Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, donne-moi ton cœur !


- On est bien peu de choses et mon amie la rose me l’a dit ce matin.


- La Rose pourpre du Caire ! Le Rosier de Madame Husson ! Le Chevalier à la rose ! La Tulipe noire ! Les roses blanches («C’est aujourd’hui dddiman-cheuh») ! Petite fleur, P’tite fleur fanée, Magnolias for ever, les glycines de Serge Lama (quand lui fâché, lui toujours cracher !). Les Rhododendrons de Sim ! L’important c’est la rose !


- Violetta ! La Traviata ! La Dame aux camélias ! Le Lotus bleu ! La Rose et le réséda !


- En tout cas si tu crains la canicule et que tu ne veux pas rencontrer une jolie vache déguisée en fleur, ne te réfugie pas là, oncle Walrus ?


- Où ça, là ?


- Là où l’on fait catleya : à l’ombre des jeunes filles en fleur !



P.S.

- Eh ! Ne m’oubliez pas !

- C’est qui, lui ?


- Le myosotis !
 

24 juillet 2020

ENCORE UNE BELLE CRAPAUD-VERIE ! (Défi du samedi n° 621)

DDS 621 127251074

- Si seulement la grenouille chantait des airs du Prince Igor, « Si tu vas à Rio », « Roule s’enroule ma vie à la tienne », « Le Roi Lion » ou « Girl » des Beatles, « Noir c’est noir » de Johnny ou « Banana Split » de Lio… Si la grenouille jouait des reels du pays d’Eire, du Lionel Hampton sur un piano bastringue, « Mon vieux Léon » de Brassens à la guitare ou « La Ligne Holworth » de Graeme Allwright à l’autoharpe… Si elle dansait à la Revue nègre en compagnie de Joséphine Baker, si elle connaissait Léni Escudéro, Lorie, les Rolling Stones… Même « Au clair de la lune », « Petit papa Noël » ou « Tiens voilà du boudin », l’hymne de la légion… On l’écouterait avec plaisir. Au lieu de cela elle coasse toute la nuit dans l’étang derrière la longère et nous empêche de nous endormir tous les soirs ! Tu parles de vacances ! Tu ne veux pas aller l’embrasser, chéri ?

- Embrasser une grenouille ? T’es folle ou quoi ?

- Qui sait, c’est peut-être ce qu’elle réclame, comme dans les contes de fées ? C’est peut-être une princesse qui a été ensorcelée et changée en batracien. Un baiser lui rendrait sa forme primitive… et surtout la ferait taire !

Vegas-sur-Loing enfila son pyjama et sauta dans ses pantoufles.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda Gertrude étonnée.

- J’y vais, ça vaut le coup d’essayer !

***

Gertrude n’a plus jamais revu Vegas-sur-Loing. Il était tombé, cette nuit-là, sur la mine d’or du Ring : la grenouille embrassée s’est bel et bien métamorphosée : c’était la Lorelei !

Depuis la cantatrice à la voix d’or donne des récitals dans les plus prestigieux opéras du monde entier, Végas encaisse les bénéfices et Gertrude noie son chagrin dans le gin.

DDS 621 lorelei

10 juillet 2020

LA MER, C’EST DÉGUEULASSE ! (Défi du samedi n° 619)

200618 Nikon 059

Le poète a toujours raison qui voit plus loin que l’horizon et déclare avec feu Renaud (1) : « La mer c’est dégueulasse, les poissons baisent dedans » (2).

Et les bougres sont nombreux sous la vague qui déferle !

Il y a Bernard l’ermite qui envahirait bien Bianca la moule, le requin-marteau qui cherche une enclume pour se taper une femelle à faux-cils et toutes ces morues qui rêvent du maquereau charmant : « Un jour mon crabe aux pinces d’or viendra ! ».

Tortillant du popotin, Maryline la pieuvre susurre : « Poulpe Poulpe Pis Douze » d’un air imcalamarcessible.

Tous les samedis que Neptune fait les sardines quittent leur banc et vont en boîte de nuit. Le hareng sort aussi. La danse est frénétique jusqu’à ce que le homard réclame : « Tamisez toutes les lumières car c’est l’heure du quart d’heure armoricain ! ».

Au sortir du bal tous les crabes en pincent, les thons en font des tonnes jusqu’à ce que ça cartonne, ça n’arrête pas de draguer, les tortues touchent le fond à raison ou à tort, à force d’entendre radoter les méduses sont médusées, certains poissons mystiques tombent en adoradation devant l’être aimé, ça s’aime, ça s’aime, ça sème, ça essaime…

Les baleines se décorsètent, même les vieux des profondeurs perdent leur cœlacanthe-à-soi, la lotte envoie valser sa culotte par-dessus Camille Desmoulins mais le bulot n’est pas sans culot. Don Cabillaud s’étrangle devant ces jeux érotiques foldingues qu’Eros a déclenchés de ses coudes épais dans l’eau : colin-paillard, le plongeon esturgescent, l’espadon ma louloute, le cache-cache ma raie montante, le ça ne fait pas une plie, l’applie pour smart faune du fond d’S.-F. Mer, le monte là-dessus et tu verras le saumontmartre, le déguste langouste, l’heureux flétan soleil levant, l’anchois dans la date, l’églefin du fin, le tacaud de la Marne, la limande ampoulée, loup de mer y es-tu, Je te tiens tu me tiens par le bar, bichette, Rends moi le congre, ô, Belge, le Robert Makaire, la paire de loches des mers de Loches… 

DDS 619 127172638

Les palourdes font dans la légèreté, les rougets rugissent, les carrelets décarrent, les morues remuent, les squales ont le son long, les poissons polissonnent, les crustacés s’incrustent, les berniques se… s’accrochent aux branches, les barbeaux barbotent dans le bonheur, l’hippocampe swingue sauvage, le napoléon carapontdarcole, même les vieilles mettent le turbot, bref, tous ces animaux copulent marine au fond de la piscine au cri de « Adjanique ta mer ! ».

Tout le monde est lamproie au désir, asticoté par le stupre, nul n’arête de penser à la fornication, il n’y a plus lieu, ni noir, ni jaune, de faire maigre, de se retenir de jouir ; même les plus déviants des souhaits sont exocets !

Quels walrus et coutumes, mes aïeux ! Quelles drôles de morses !

Et je ne vous parle même pas des désidératas de ces bougres d’andouilles d’hommes-grenouilles ! 

(1) : il n’est pas mort mais ça ne vaut guère mieux !
(2) : la formule lui aurait été inspirée par Dominique Lavanant citant W.C. Fields.

3 juillet 2020

Cadet Russell a droit à une chanson (Défi du samedi n° 618)

Cadet Russell


LA CHANSON DE JACKIE

(se chante sur l'air de "La Chanson de Jacky" de Jacques Brel)

1
Même si un jour à Knokke-le-Zoute
Je deviens comme je le redoute
Clébard pour femmes finissantes

Même si j’leur chante " Mi Corazon "
Avec la voix bandonéante
D'un Dalmatien de Carcassonne

Même si on m'appelle « vieux corniaud »
Que je brûle mes derniers feux
En échange de quelques cadeaux
Madame Madame yé fais cé qué yé peux

Même si je m’gave de Canigou
Pour mieux parler d’futilités
A des mémères décorées
Comme le Saint-Guibert de Gembloux

Je sais qu' dans ma soûlographie
Chaqu’ nuit pour des Docteurs Pangloss
J’leur chant’rai la chanson molosse
Celle du temps où je m'appelais Jackie

Refrain
Faire une heure, une heure seulement
Faire une heure, une heure quelquefois
Faire une heure, rien qu'une heure durant
Le beau, le beau, le beau et le con à la fois

2
Même si un jour à Neufchâteau
Je deviens roux comme un chow-chow
Cerclé de chiennes languissantes

Même si lassé d'être aboyeur
J'y sois devenu maître chanteur
Et qu’ce soient les bipèdes qui chantent

Même si on m'appelle le boxer
Que je vende des produits de niches
Du porto fait près de Dinant
De vrais bichons de faux caniches

Que j'aie une banque à chaque patte
Et une patte dans chaque pays
Et que je lève des crédits
Je sais quand même que chaque nuit

Tout seul au fond de ma fumerie
Pour un public de chihuahuas
J’rechanterai ma chanson à moi
Celle du temps où j’ m'appelais Jackie

Refrain
Faire une heure, une heure seulement
Faire une heure, une heure quelquefois
Faire une heure, rien qu'une heure durant
Le beau, le beau, le beau et le con à la fois

3

Même si un jour au Paradis
Je devienne comme j'en serais surpris
Husky pour femmes à ailes blanches

Mêm’ si j’joue d’la pédale Wah Wah
En regrettant le temps d'en bas
Où c'est pas tous les jours dimanche

Même si j’pose à côté d’mon père
Çui qui s’prend pour un rottweiler
Entre clebs fou et chien de garde
Même si mon bipède se barbe

Même si toujours trop bonne pomme
Je m’crève le cœur et l’ pur esprit
A vouloir balader les hommes
Je sais quand même que chaque nuit

J'entendrai dans mon Paradis
Les épagneuls et les cockers
Me chanter ma chanson d’ naguère
Celle du temps où je m'appelais Jackie.

Refrain
Faire une heure, une heure seulement
Faire une heure, une heure quelquefois
Faire une heure, rien qu'une heure durant
Le beau, le beau, le beau et le con à la fois.
 

5 juin 2020

Partisan résolu de l'herbe de bison (Défi du samedi n° 614)

DDS 614 absolut-vodka-de-suede-40-0-vol-35-cl

Il y a des gens qui ne jurent que par l’absolu.

Moi je ne suis absolu-
ment pas comme ça.

Ma fréquentation de Qui et de Que,
De Lequel et de Duquel
Et même d’Où et de Dont auquel
A pour séquelle que je suis plutôt adepte du
"Tout est relatif".

Il y a des gens qui rêvent d’un monarque absolu.

Moi le roi soliveau de la fable des grenouilles
(La Fontaine, Phèdre, Esope)
Me suffit bien.

Un roi irrésolu
Et un roi fainéant
Conviennent également.

DDS 614 ZubrowkaAprès tout, que veut le peuple ?
Du pain, du vin et des femmes.
Et même, si on supprime le pain, ça lui va bien aussi
Qu’il disait, Wolinski.
C’était avant Metoo et c’était de l’humour.

Il y a des gens qui ne jurent que par l’Absolut.

Moi je ne suis absolu-
ment pas comme ça.

Je n’ai rien contre les Suédois
(Comme tout est relatif j’aime mieux les Suédoises)
Mais je préfère la Żubrówka !

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