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Le cahier de brouillon de Joe Krapov

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4 avril 2014

Chez l'ornithologue (Joe Krapov)

- Je ne sais pas ce que j’ai, docteur, mais j’ai l’impression d’avoir des oiseaux dans la tête.
- Des oiseaux dans la tête ? Et ils font quoi ? Ils volent ?
- Non, ils chantent !
- C’est quel genre d’oiseaux ? Un rouge-gorge ? Un merle moqueur ? Quelque chose comme un moineau ? Un aigle noir ? Un épervier ? Un rossignol anglais ? Un rossignol de mésamour ? Un oiseau sur un fil ? Un oiseau rouge du buisson ? Un goéland ? Un albatros ? Un perroquet ? Un pigeon ? Un petit oiseau de toutes les couleurs ? Une pie dans un poirier ? Une alouette sur un miroir ? Un condor qui vous demande « Qué pasa ? » ?
- Non, c’est plutôt un oiseau de nuit. Un de ceux qui ont des grands yeux et qui… hululent !
- Les hiboux ?
- Oui, c’est ça, les hiboux !
- Et qu’est-ce qu’ils vous chantent, les hiboux ?
- Un truc bizarre !


- Oui je vois. Ca n’est pas du tout ça, Monsieur !
- ???
- Vous n’entendez pas des chants d’oiseaux, vous avez un air de piaf !
- Soyez poli, Docteur !
- Ce que je voulais dire c’est que vous avez un air de Piaf dans la tête !
- Et… Et dites... Qu’est-ce que je dois faire pour m’en débarrasser ?
- Mettez des boules Quiès pour dormir la nuit et dès que vous en avez l’occasion, ouvrez la cage aux oiseaux ! Regardez-les s’envoler, c’est beau !
- Merci Docteur. Je vous dois combien ?
- Ca fera 72 euros.
- 72 euros ? Mais vous êtes un vrai rapace, vous alors !
- Tss ! Tss ! Tss ! S’il vous plaît ! Pas de nom d’oiseaux dans mon cabinet ! J’en ai déjà plein la tête !

DDS 292 Folon

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3 avril 2014

Au revoir, Petite fleur !

1
C’était un très fumeux big band
Qui datait un peu du Big Bang :
On jouait du jazz Dixieland,
On était fringués comme Jack Lang,
Ch’veux plaqués à la brillantine
Sauf un échalas qui détonne.

Si vous aviez vu la trombine
Du gars qui jouait du trombone !

2
C’était la môme Joséphine
Qui jouait du grand saxophone.
Elle envoyait sa sonatine
Dans l’pavillon du sonotone
Des clients qui prenaient racine
Au casino de Carcassonne.

Si vous aviez vu la trombine
Du gars qui jouait du trombone !

MIC 2014 03 31 090321_296

3
L’alto jouait du Borodine,
Le chef hurlait : « Il y a maldonne !
Vous jouez à côté d’vos bottines,
Le programm’ c’est Duke Ellington !
On doit faire danser Ernestine !
Balancez-lui un Charleston ! ».

Si vous aviez vu la trombine
Du gars qui jouait du trombone !

4
Le chanteur buvait trop de fine
Certains soirs il était aphone
Mais, toujours d’une humeur badine,
Il entamait, pour qu’on s’bidonne
La chanson d’Anna Karénine
Qu’avait composée John Lennon !

Si vous aviez vu la trombine
Du gars qui jouait du trombone !

MIC 2014 03 31 100425_300_m

5
La chanteuse s’appelait Marilyn
Elle avait une crinière de lionne
Nous étions tous amoureux d’elle
De ses froufrous, de ses dentelles.
Elle électrisait toute la troupe
Rien qu’en ondulant de la croupe.

Si vous aviez vu la trombine
Du gars qui jouait du trombone !

6
N’empêche, la jolie Colombine,
C’est lui qu’elle avait à la bonne !
Aussi fûmes-nous dans la débine
Quand après le concert d’Eaubonne
Il piqua notre Marilyn
En lui promettant Babylone

Nous étions d’humeur vipérine,
Chocolats comme Toblerone !

MIC 2014 03 31 060708A_453

7
On n’y avait vu que du bleu
Il avait bien caché son jeu !
Le chef en a perdu le goût
De nous faire jouer l’blues du Bayou
L’orchestre fut dissous, c’est moche
Et on en fut de notre poche :

L’énamouré et sa gonzesse
Avaient filé avec la caisse !

8

Si vous aussi êtes musicien,
Je vous le dis pour votre bien,
Faites attention à la bobine
Du gars qui souffle dans l’trombone !

Avec sa tête d’Aldo Maccione
Il combine de drôles de machines !
Avec ses allures d’Al Capone
Il peut embarquer votr’ copine !

28 mars 2014

Abécédaire du temps passé à la fenêtre de la rue Broca (Joe Krapov)

 

DDS 291 tableau barbe-bleue 2

Barbe

Le peintre en bâtiment qui repeint la maison bleue adossée à la colline de M. le forestier et qui se fait des taches de peinture sur la barbe ne s’étonnera pas de trouver sur son trousseau de clés des taches de gros rouge sang pour sang indélébiles : la tachéite chronique est extrêmement contagieuse. Sa sœur Anne l’en avait averti mais quand son tour est arrivé il n’a rien vu venir.

 

 

 

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Bobinette

Ce verrou d’un genre particulier est connecté à une chevillette que l’on tire depuis l’extérieur de la maison pour faire tomber le bousin et permettre au visiteur d’entrer dans le logis. Vous avouerez que c’est particulièrement stupide comme système d’alarme anti-cambriolage ! Certains loups-bards ne se sont pas privés d’utiliser cette faille sécuritaire afin de pénétrer chez la mère-grand comme Jean Moulin entra ici dans la légende ou comme dans un moulin empli de lettres ce dadais de Daudet fit (du samedi !)

 

  

Tableau Bottes

Botte

Sachant qu’une botte mesure sept lieues de long et deux de large soit 28 km de long et 8 de large ; sachant qu’un petit poucet mesure un pied de long soit 33,33 cm de long et 10 cm de large. Calculez combien de petits poucets on peut allonger dans le fond d’une botte de sept lieues.

Sachant qu’un autocar Illenoo contient 57 places assises, combien l'Association des bûcherons nécessiteux de la Forêt de Rennes aurait-elle dû louer de véhicules pour remplir une botte de sept lieues et abandonner au plus profond de l’étang des Gayeulles des enfants qui coûtaient une fortune en Nutella, en Nintendo et en smartphones ?
Ne cherchez pas, la réponse est 117 906 528 et le dernier bus n’est rempli qu’à moitié !

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Chat : 

Dans « Alice au pays des merveilles », le chat de Cheshire (ou de Chester) disparaît en laissant flotter un sourire derrière lui. C’est devenu depuis un signe du zodiaque et les natifs les plus célèbres en sont Jacques Prévert, Robert Doisneau et Boby Lapointe.

 

 

DDS 291 chèvre

 Chèvre

La chèvre est un animal têtu, naïf et aussi buté du chapeau neuf que la mule l’est du pape. A force de s’adonner à la lecture un peu niaiseuse des « Contes de l’apéro » et des « Récits des frères Grimage » elle a fini par croire que la réintroduction du loup dans les Pyrénées était un bienfait écologique alors qu’il s’agit surtout d’une réintroduction de l’agneau troubleur de breuvage dans la panse dudit loup. De même elle confond le légionnaire et le missionnaire et n’est donc pas en position de deviner ce qui va se passer quand le porteur de képi entre dans son enclos avec sa grande taille, sa beauté virile et son odeur si caractéristique de sable chaud.

 

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Houppe

Il faut être belge comme Tintin ou être étriqué comme Riquet pour porter une houppe : cette coiffure est passée de mode depuis qu’à l’arrière de son yacht on a vu DSK trinquer à la poupe avec Sherlock le friqué à la loupe et Watson qui tendait son briquet à la Boop (Betty).

 

 

 

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Petit pois

En parlant de petit pois, il était une fois une princesse qui s’appelait Nabila. Quoi ? Tu ne la connais pas ? Non mais allô quoi ! Allume ta télé et mate-la !

 

 

 

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Pomme

Alors qu’il faut manger cinq fruits et légumes par jour, certains esprits chagrins essaient de nous faire croire que les pommes peuvent quelquefois être empoisonnées. Ils prétendent que le slogan « Mangez des pommes » de Jacques Chirac contenait en germe dans le fruit un petit ver nerveux et gigoteur qu’on appelle « Sarkozy Fan Tutte ». Il s’agit d’une réelle nain-posture : en 1995, le démolisseur du mur de Berlin aujourd’hui rattrapé par la Stasi, plutôt que de soutenir la grande asperge molle, avait pris le parti du M’bala M’bala dur.


sept d'un coup

Sept

Si vous n’arrivez pas à imaginer ce que pouvaient bien fabriquer les sept frères Poucet dans le lit des sept filles de l’ogre, si vous ne savez pas comment Barbe-bleue a épuisé sept femmes, si vous ne voyez pas à quoi Blanche-Neige et les sept nains pouvaient bien jouer quand il y avait une panne d’électricité dans la maison, si les sept péchés capitaux sont inconnus de vous, alors allez-vous faire voir chez les sept samouraïs de la Grèce ! Ce n’est vraiment pas la peine que je me mette en quatre pour vous raconter la guerre de Troie * !

* On ne sait toujours pas d'ailleurs, à l'heure où nous mettons sous presse, si celle ci aura (botte de sept) lieu !

25 mars 2014

Je suis né en 1989 ! par Joe Krapov

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Ah non, hein ! Pas de disco ici ! 
Qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour empêcher ça ?

Sans compter que ces rotations incessantes
du bassin des danseuses, à la longue, ça nous bassine !
Qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour empêcher ça ?

Plus j'essaie de faire croire que je n'étais pas né en 1977
et plus la blogosphère me renvoie des images que je ne veux plus voir.
Qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour empêcher ça ?

C'est sans doute parce que celui Qui songe à oublier se souvient encore plus !
Qu'est-ce que je vais pouvoir faire pour empêcher ça ?

Mettre une clôture de fil de fer barbelé autour de Youtube ?;-)


- Mais enfin, Jean-Baptiste ! Tu as les doigts en sang !
- Désolé, Salomé, je n'ai pas pu m'empêcher d'aller vérifier sur Wikipédia si ces magnolias n'étaient pas en fait des tulipiers et je les ai écorchés au fil de fer barbelé qui entoure ce site.
- J'ai l'impression surtout que toutes ces filles du net, ces vedettes, ces Claudettes t'ont fait perdre la tête !

MIC 2014 03 24 Andréa Solari - Salomé

22 mars 2014

Le gâteau au yaourt : souvenir sarthois

Recette du gâteau au yaourt

Le recette de gâteau au yaourt réalisée à l'imprimerie Lego par Mademoiselle Zell !

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20 mars 2014

Une marmite sarthoise (Joe Krapov etc.)

22 mars 2014

Se sont assemblés pour concoter une marmite sarthoise

 

Flash

DDS 290 marmite sarthoise


Vegas sur Sarthe ; Titisoorts ;
Joe Krapov ; Sebarjo

19 mars 2014

Souvenirs de Schiltigheim

Une fois qu’ils avaient touché leur solde, les bidasses, munis d’une permission en bonne et due forme signée du Feldmaréchal des Logis Guillaume allaient s’agglutiner en troupeau à l’arrière des camions. « Pète la ridelle ! » entendait-on. A Strasbourg, ils envahissaient le hall de la gare pour s’entasser ensuite dans les wagons du train pour Paris. Cela constituait un joyeux melting-pot, un tumulte plein d’insultes venues « des quatre coins de l’hexagone ». Les Bretons s’en retournaient retrouver leur celtitude vers Le Pouldu ou Saint-Cast-le-Guildo, les Normands bouffer de la crème fraîche et des « p’têt’ben qu’oui p’têt’ben qu non » à Villedieu-les Poêles. Je ne me souviens plus si le train traversait ou pas Sainte-Menehould mais ça n’a pas d’importance.

Même quand nous n’étions pas de garde ou consignés Aldebert et moi restions à Schiltigheim. Dans la caserne enfin calme, dans la piaule dortoir vidée de ses exaltés, nous sortions du placard une bouteille de Rivesaltes et c’était un bol d’air que d’opérer cette halte œnologique et de prendre ainsi de l’altitude par rapport aux théories de Paul Déroulède.

- Le malthusianisme est le mal du siècle, disait souvent Aldebert. Les militaires pratiquent cette criminelle doctrine en ôtant la vie des enfants des autres.
- Et éventuellement les nôtres ! ajoutais-je alors.

Après le repas du soir, Aldebert m’empruntait mon gel douche, allait se laver, se shampouiner puis il revenait vêtu de son peignoir en éponge blanc, roulant des épaules comme Aldo Maccione, une vedette italienne des nanars de l’époque qu’il imitait à la perfection. Il s’allongeait ensuite sur sa paillasse et lisait « Vol de nuit » de Saint-Exupéry ou l’intégrale des œuvres du natif de Ville d’Avray, Boris Vian, que je chérissais moi aussi. Je ne manquais jamais, d’ailleurs, ces fins de soirée-là, d’entonner sur ma guitare la « Java des bombes atomiques » et, en sourdine quand même, « Le Déserteur » et « Le Joyeux tango des bouchers de la Villette ».

MIC 2014 03 17 Schiltigheim

Le samedi après-midi, nous rendions visite aux filles des deux maisons. Il y avait encore à Schiltigheim, à l’époque, des maisons colorées comme on en voit dans le quartier de la vieille France à Strasbourg : garnies de couleur bleu cobalt, rose,  moutarde, vert olive, elles mettaient dans la ville « de garnison » autant de gaîté qu’à Burano près de Venise les pêcheurs en ont mis ou qu’à l’île de Groix en Morbihan où les maçons italiens ont aussi œuvré au bonheur des yeux.

Dans la maison rose sévissait – mais quels doux sévices c’étaient ! – la blonde Brunehilde. C’était notre chèvre Amalthée, notre Paris Hilton, un Val de grâce à elle-toute seule que cette belle dame. Entourée d’un cénacle de poètes disparates, elle était la maîtresse d’œuvre de ces matinées littéraires au cours desquelles elle-même jouait de l’alto entre deux déclamations. De vieux émules rimbaldiens se lançaient dans « Le bateau ivre », des dames à chignon exultaient de contentement en susurrant du Paul Géraldy. Dans cette guilde de vieillards accros à la Boldoflorine, Aldebert et moi n’avions aucun mal à surprendre et à détendre l’auditoire avec nos interprétations de Boby Lapointe et nos reprises de stupidités de Georges Milton : « Je t’attendrai sous l’Obélisque » « On se fait pouêt pouêt » ou « C’est pour mon papa ». Autant d’appels cachés ou de déclarations d’amour subliminales à la « golden hair lady of the pink house ». Notre désir le plus fou relevait de l’héraldique : nous rêvions de lui interpréter un jour « Le blason » de Georges Brassens !

MIC 2014 03 17 Maison blanche et maison rose

Sur le coup de cinq heures nous remettions nos paletots et nous nous transportions dans la maison voisine dont la forme identique et le pignon blanc pimpant évoquaient le palais de « Dame Tartine » ou la maison d’Hansel et Gretel – Hansel et Bretzel comme disait Georges W. Bush avant de s’étouffer avec -. Nous passions justement en quelques mètres d’un univers artistiquement altruiste à un monde plus sombre et sauvage, romantique, germanique et gothique, des pages « culture » du « Monde » à celles de « Die Welt der Geister ». Ce journal trônait dans l’entrée avec « Bild » et Hildegarde nous accueillait avec cordialité mais distance. Sa chevelure aile de corbeau, son teint pâle, son regard noir et froid comme un hiver moldave, ses pulls en mohair et ses jupes écossaises plissées comme des kilts nous faisaient rêver à moult flambées dans la cheminée et de whisky pur malt mais avant la séance on n’avait droit qu’à de l’Ovomaltine au goûter.

- Posez-là votre guitare, Gerald !" m’ordonnait-elle en nous faisant pénétrer au salon. Comment va ma voisine Brunehilde ? Je voulais aller l’écouter en concert à la cathédrale de Strasbourg mercredi mais c’est sold out.

MIC 2014 03 17 Wild Bill Hickok

Nous étions toujours les premiers. On attendait en caressant le chat noir l’arrivée d’Ysolde Schwarzwald, une demoiselle grassouillette sans laquelle rien n’eût pu se faire car c’était elle la médium. Puis venait Jean-Balthazar Chanal, un type un peu louche qui avait voyagé des Maldives jusqu’au delta du Gange et qui, par sécurité, disait-il, se baladait avec un Colt dans la poche droite de son long manteau à la Sergio Leone qui lui donnait de faux airs de Wild Bill Hickok.

Une fois que le quintette était au complet, on fermait les volets de la maison blanche, et, comme l’appelait Aldebert, la séance de « Spirite in the sky de Norman Greenbaum » commençait. Poltergeist, es-tu là ?

En fîmes-nous tourner, des tables, à cette époque ! Avec quels esprits tordus n’entrâmes-nous pas en communication ! Il y eut un Ildefonse de Tolède dont nul(le) d’entre nous n’avait entendu parler, une Mary Bolduc qui comprenait tout de travers, un esprit voyageur qui nous a contactés depuis l’étoile Aldébaran dans la constellation du Taureau, Harald III de Norvège et puis une Mrs Vanderbilt qui est revenue souvent, vivant dans la jungle, couchant sous une tente avec M. Paul de Liverpool, à ce qu’elle prétendait.

- Hold on baby, hold on ! » conseillait Chanal à Mlle Schwarzwald quand il sentait que la médium était sur le point de défaillir.

Sous la table, souvent un pied frottait le mien. Mais à qui donc pouvait-il bien appartenir ?

MIC 2014 03 17 faire du pied

MIC 2014 03 17 spiritisme

Nous en causions parfois avec Aldebert à la pizzeria où, le soir, nous nous reconstituons à coup de platées de spaghetti al dente ou au Balto, plus tard, quand, survoltés, nous jouions au flipper jusqu’à ce que la bécane trop secouée finisse par faire tilt.

- Moi aussi on m’a fait du pied, répondait-il mais en matière de drague, si tu veux bien, chacun se mêle de ses oignons. Socrate a dit : Le secret du changement, c'est de concentrer toute son énergie non pas à lutter contre le passé, mais à construire l'avenir.

Je ne sais pas quel avenir Aldebert s’est construit. Lorsqu’est arrivé le temps de la quille, je l’ai laissé allongé ivre-mort sur un banc de la gare de Strasbourg et je ne l’ai jamais plus revu. Je ne sais pas si Brunehilde n’est pas devenue une « old laughing lady » comme nous en connaissons tous maintenant que les gens vivent plus vieux. Je ne saurai jamais si c’était Hildegarde ou Ysolde qui me faisait du pied sous la table tournante. Ou Aldebert ou Chanal ! Et je me demanderai toujours si ce Chanal-là avait quelque chose à voir avec l’adjudant qui séquestrait des appelés dans sa camionnette à la même époque du côté de Mourmelon-le-Grand. Si c’était le même, alors, malgré les gardes par – 15°, la fraîcheur du Gewürztraminer et la neige dans le paysage d’Alsace, je pourrai dire que j’ai eu chaud à Schiltigheim !

13 mars 2014

99 dragons : exercices de style. 21, Conte animalier, ferroviaire et Lucky Lukien

On venait de quitter l’Iowa. Depuis que l’on avait posé des rails sur la prairie, le train traversait d’Est en Ouest les Etats enfin unis d’Amérique, histoire de confirmer ce que cette sentence du Sussex susurre même aux sourds : « il faut bien que les guerres de succession et de sécession cessent sinon c’est du souci incessant». On était en 1878 et si on ne se battait plus depuis plus de dix ans entre Nordistes et Sudistes, on n’était pas sortis de l’auberge pour autant vu que les guerres indiennes avaient pris le relais. Enfin bon, ça faisait un an que les Sioux et les Cheyennes du Nord s’étaient rendus. On allait pouvoir assister à une autre ruée vers l’or dans les Black Hills.

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A l’arrêt de Mitchell, une femme jeune et jolie, vêtue d’une robe mauve, d’une grande capeline assortie et coiffée d’un chapeau à rubans était montée dans le wagon. Elle l’avait balayé du regard, s’était installée sur la banquette vide tournant le dos aux quatre employés de banque qui jouaient aux cartes. Elle avait sorti un livre de son sac et s’était mise à lire.

Johnny Horse était le seul autre occupant du wagon. Il décida de tenter lui aussi sa chance. Il vint s’asseoir en face d’elle et la dévisagea le plus innocemment du monde.

- Bonjour, dit-il. Tu t’appelles comment ?
- Je m’appelle Lily Lasouris. En fait non, je m’appelle à nouveau Lily Saint-Georges.
- Tu es française ? C’est un pseudonyme ?
- Saint-Georges est mon nom de jeune fille mais je suis la veuve du sergent Lasouris. Et toi, beau blond, comment t’appelles-tu ?

 

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(Les Anglais et les Américains en viennent d’autant plus vite au tutoiement que dans leur langue le « vous » de politesse ne les étouffe pas : il n’existe simplement pas. Cela donne de piquants dialogues comme :
- Permets que je te baise, baronne, le bout des doigts ?
- Fais, Dulogis ! (Car le maréchal se nomme ainsi).
- Les yeux dans les yeux, je te jure que je n'ai jamais eu de compte en Suisse !

- Il y en a un peu plus. Je te le laisse ?
- Comment as-tu trouvé le Minnesota ?
- En remontant le Mississippi !)

- Je m’appelle Johnny Horse. Je reviens d’un stage de pâtisserie orientale que j’ai effectué à Davenport dans l’Iowa. J’ai pris ce train pour rejoindre mon salon de thé à Rapid City. C’est quand même super le train ! Autrefois on était obligés de prendre la diligence pour faire ce trajet. Et toi, Lily, où vas-tu ?
- Je vais derrière les Collines noires, à Gilette. C’est là que mon mari a rendu l’âme. Je vais me recueillir sur sa tombe et après je m’installerai là-bas pour évangéliser les Cheyennes.
- Evangéliser les Cheyennes ? Après qu’on les a exterminés et parqués dans des réserves ? Je trouve ça un peu Sioux, comme démarche, pour ma part.

Lily ne répondit pas.

- Tu n’as donc peur de rien ? Ne sais-tu pas que plus on va vers l’Ouest, plus il y a de dangers ? Il y a sans cesse du grabuge à Pancake Valley : quand ce ne sont pas des voleurs de chevaux, c’est une alerte aux Pieds bleus ! Et puis toute cette lignée de hors-la-loi, Jesse James, Billy the Kid… sans compter que les Dalton courent toujours !
- J’ai une lettre de recommandation pour le lieutenant Chicken au 20e de cavalerie. Il était sous les ordres de Custer avec mon mari à Little Big Horn. Il pourra me protéger, m’offrir une escorte en cas de besoin.
- En tout cas, tu n’es pas rendue, le voyage est encore long. Sans compter qu’il y a un passage dangereux après Canyon Apache. Et puis… il y a Gulliver.
- Gulliver ? Qui est-ce ?
- C’est une espèce de dragon, un monstre sanguinaire qui dévore tout ce qui s’aventure sur la voie ferrée.
- Tu racontes des bêtises, Johnny ! Tu essaies de me faire peur pour me détourner de mon projet, de ma mission. Je parie que tu es célibataire et que tu rêves de te trouver une bonne petite épouse bien soumise pour tenir ton saloon !
- C’est un salon de thé, Lily, tout ce qu’il y a de plus honorable, destiné aux dames de la ville et pas un abreuvoir à cow-boys.
- Ta ta ta ta ta ! C’était bien essayé mais n’y songe pas, même en rêve ! Et à part ça, à quoi il ressemble ce Gulliver ?

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- C’est un chat sauvage du Kansas. Un chat géant qui a la particularité d’être tigré et omnivore.
- N’importe quoi ! Un chat omnivore ! Pourquoi pas un cochon avec des bottes rouges pendant qu’on y est ? Que veux-tu qu’un chat, même géant, puisse faire à un train lancé à toute vapeur sur ses rails vers les promesses de l’Ouest ? Un chat sauvage du Kansas ! Many Dick Rivers to cross ? C'est pas sérieux ! Tiens, je veux bien parier avec toi, Johnny Horse ! Si un jour je rencontre ce Gulliver, je reviendrai m’engager comme femme de mauvaise vie dans ton saloon, foi de Lily Saint-Georges !
- C’est un salon de thé, mais pari tenu, je t’engagerai comme cuisinière pour faire des gâteaux.
- Maintenant, si tu veux bien me laisser lire ma bible, Johnny, je t’en serai reconnaissant. Au moins, là-dedans, il n’y a pas d’histoires aussi abracadabrantesques !
- Mais certainement. Lis, Lily !

Un peu dépité, Johnny retourna s’asseoir à sa place initiale, il posa son front contre la vitre et regarda défiler le paysage.

 Plusieurs heures après le train s’arrêta à Rapid city. Johnny prit sa valise et en passant au niveau de Mme Lasouris qui lisait toujours, au lieu de soulever son chapeau, de lui souhaiter bonne route, d’échanger un mot d’adieu avec elle ou de lui reparler de leur pari, il se contenta de faire un signe de croix.

Ce geste, bien que discret, n’échappa pas au regard de la jeune femme. Elle eut un regret. Il était mignon, ce beau blond mais un peu trop craintif, un peu trop crédule et finalement très, très voire beaucoup trop popote. Elle avait besoin d’aventure pour sa part, sans cela elle n’aurait pas épousé un militaire. Et si c’était pour ouvrir un salon de thé, elle pouvait tout aussi bien faire ça sur la côte l’Est.

La souris bibliophile se replongea dans son livre sacré. Le train se remit en marche. Vers la fin de l’après-midi on atteignit les premiers contreforts montagneux des Collines noires. Cela faisait déjà très longtemps qu’on ne voyait plus ni fermes ni barbelés sur la prairie. Un peu avant Sundance, comme le soir tombait, le train pénétra dans un tunnel.

DDS 289 Gurbuz Dogan Eksioglu

Quand la locomotive et les wagons furent ressortis à l’air libre, le chat géant donna un coup de patte qui fit dérailler le convoi. Puis Gulliver croqua Lasouris, les employés de banque, le jeu de carte, la bible, le wagon, la loco et même le tender avec la réserve de bois et de charbon. A quoi ça servirait sinon, d’être Chat sauvage du Kansas, omnivore et tout le temps affamé ?

Puis il s’en alla ronronner d’aise ailleurs et l’auteur posa sa plume. Lui aussi était satisfait de cette variante dans laquelle le dragon n’a rien d’effrayant, Saint-Georges ne remporte pas la victoire, les animaux ne se font pas bouffer, enfin si mais pas tous et pas comme on s’y attend, et la population autochtone qui n’a rien demandé à personne peut continuer à fumer son calumet électronique (ou pas) en paix.

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13 mars 2014

Sur les pas de Léon-Paul Fargue (Joe Krapov)

1
Je ne fais pas preuve de morgue
Car je ne suis pas un cyborg
Mais j’ai plus de chaleur humaine
Que ce sinistre énergumène :
Je veux déclarer en exergue
Que je ne suis pas l’iceberg
Qui sema jadis la panique
Sur le paquebot Titanic

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

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2
Comme arguments à nos folies
Ou même à nos mélancolies
Nous avons bien peu d’arguties :
Notre adoration de Lucie,
La patronne des musiciens,
L’amour des mots neufs ou anciens,
Des maximes de Vauvenargues ,
Des formules folles qu’on largue.

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

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3
Je ne monte pas sur les vergues
Pour déclamer du Lichtenberg ;
Plus qu’un pyrargue sur les voiles
Je suis le targui des étoiles,
Le flamant rose de Camargue
Et dans mes plus beaux jours je nargue
Tous ces fiers à bras qui refourguent
Leurs devises du Luxembourg

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

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4
Seule chose dont je me targue
Sur les pas de Léon-Paul Fargue,
Je suis un piéton de la Terre
Abasourdi par ses mystères,
Par ses beautés de Sorgue, d’îles,
Ses escargots, ses crocodiles,
Ses fleuves, ses flots batailleurs,
Ses vents qui poussent vers ailleurs

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

 

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Les photos de l'Etoile du Roy ont été prises à Saint-Malo le 9 mars 2014

 

7 mars 2014

Cochons la bonne case ! (Joe Krapov)

Comment ? 23 lignes pour faire le tour de cet animal qui se vautre dans la fange comme Christine, Frigide et Ludovine dans la Manif pour tous ? Mais c’est ridicule ! Pire, c’est un tour de cochon qu’on me joue là !

Impose-t-on la même limite à ce mammifère omnivore de Philippe Meyer ? Et en plus, cette semaine, il faut faire rire les petits mômes ! Mais enfin ! Jamais aucun(e) de vos porcelets de petits-enfants barbouillés de Nutella ne sourira jamais à l’énoncé « Qui vivra verrat » sur lequel je ne saurais faire l’impasse ni à ce petit jeu des suppositions que j’adore : suppose que tu t’appelles A et que tu veuilles importer dans la Sarthe les méthodes d’élevage du Périgord. Alors je te dirai : « Ne fais pas, A, aux truies ce que tu n’aurais pas voulu qu’on fît d’oie ! ». Caca boudin !

Du coup je suis à peu près sûr que même à Pau ce défi gave ! Caca boudin !

Le cochon est un animal qui pond des œufs quand on tire sur sa queue. Encore faut-il qu’auparavant on ait pris soin de le suspendre au plafond. Les œufs du cochon ont ceci de particulier qu’une fois cassés dans votre poêle ils se transforment en omelette aux lardons. Caca boudin !

Le cochon est tellement synonyme de richesse que les Italiens ont toujours placé en lui leur confiance et leurs économies : en italien, cochon se disait autrefois « tire-lires ». L’usage s’en est répandu jusqu’en Bretagne où le summum du luxe est de passer ses vacances en compagnie de Peggy la cochonne à la pointe du Grouin ou à Porc-Navalho. Caca boudin !

Je connais au moins trois chansons consacrées aux cochons : « Piggies » des Beatles, « Tout est bon dans le cochon » de Juliette et « Pork’n’roll » des Nonnes troppo. Je ne sais pas encore laquelle des trois je vais interpréter en complément de programme de ce billet. J’ai lu « La Stratégie pour deux jambons » de Raymond Cousse mais ça non plus, ça ne fera pas rire autant les enfants que la formule ajoutée depuis quatre paragraphes à la phrase de fin de ceux-ci.

Bon j’aurais pu chanter aussi, c’est vrai, « un été de porcelet-ne » de Mort Shuman. Sans compter que je suis aussi l’auteur de ce couplet détourné et ajouté au chef d’œuvre des Charlots :

« On a parlé d'amour et de violettes,
Mais jamais d'amour et de rillettes
Pourtant je connais tout près d’Allonnes
Un hidalgo qui chante à sa bonne,
Tous les jours à l'heure du dîner
Ce chant d'amour bien tartiné :

Paulette, Paulette tu es la reine des rillettes
Notre amour ne serait pas si grand
Si je n’aimais pas les rillettes
Les rillettes du Mans ! »

S’il y a un Edmond le cochon en bande dessinée (Veyron/Rochette) et si Obélix tombe sur ceux de son temps sanglier gare, nous avons à Rennes un Léon le cochon qui est un restaurant non-végétarien dans lequel je n’ai jamais les pieds, fussent-ils panés ou pas !

Au cinéma il y a bien sûr « Le porc de l’angoisse », « Babe », les aventures de Lemmy Cochon avec Eddy Constantine, « POUR qui CEAUnne le glas » d’après Hemingway et, paradoxalement, « La guerre des moutons » pour sa célèbre réplique « Si goret su j’aurais pas venu ».

Avant que nous ne parvenions à la vingt-troisième ligne de cette chronique ou peu de temps après l’avoir dépassée, afin de vous éviter à vous aussi de prononcer cette dernière phrase, je crois qu’il est temps que je m’arrête. C’est vrai qu’une réponse négative à la question « Cela sert-il à quelque chose que je m’échine ? » me resterait en travers (de porc) de la gorge. Et je protesterais alors : Caca boudin !

Aussi évitons de pousser des cris d’Hugues orfraie, l’heure est venue de nous saigner d’une petite chanson. Sortez vos tire-bouchons !

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