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Le cahier de brouillon de Joe Krapov

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12 décembre 2012

Végétariens s'abstenir ! (Joe Krapov)

Végétariens, végétariennes, s’abstenir ! A midi, il y aura du cadavre d’animal dans les assiettes ! Mais avant cela il me faut attendre dans la queue, parmi des mamies à caddies (et pas des mamies d’Acadie chères à Michel Fugain) et des retraités heureux : il leur est resté des dents.

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Heureusement le bestiau crevé ne sent rien ! Sa viande est suspendue aux esses. L’usage de ce substantif ne vise pas à faire la preuve que l’auteur a des lettres mais qu’il a pratiqué jadis le cruciverbisme, le scrabble et l’anagramme ! Le quartier entier vient ici acheter l’élément central du repas de midi, ces quartiers d’animaux que l’artisan divise en suivant les desiderata que ses clients émettent. Derrière chaque demande il y a ce cri ancestral : « Pas de quartier !». Une devise de sauvage qui traverse le temps ! La vie est ainsi faite qu’elle est cruelle aux faibles. Ici, de la queue du taureau aux entrailles de la génisse, la chair de l’animal abattu est charcutée, parée, débitée dans une ambiance finalement assez gaie : les mecs en tablier et chemise bleu gris sifflent des airs de « La Vie parisienne » tandis qu’un peu de sang s’épand de ci de là cahin caha sur le marbre et le carrelage. Mais la sciure, c’est bien là qu’elle a de l’utilité !

Déjà, dans la vitrine du magasin, celle sur laquelle les passants zyeutent depuis la rue, un pauvre veau au regard éteint fait la tête, dans une indifférence généralisée, parce qu’il lui a été inséré dans chacune de ses narines un paquet bien vert de branches de persil. Quelle idée, franchement ! Il y a un chant ancien qui parle de cela, qui fait rire plus d’un pékin en disant l’absurdité de cette pratique, en la ramenant à l’humain.

Pendant l’attente dans la file, j’ai une pensée émue à l’égard du sieur J.-C. Averty en apercevant l’équivalent de ses bébés trucidés. Leur chair hachée pend tristement à la grille de la machine à décerveler. Celle-là eût plu à Ubu, le déjanté Sire né à Rennes. Ah la la qu’est-ce que Jarry, mais en silence quand même, des cheminements de ma culture qui va du télévisuel au théâtral en passant par le musical ! Qu’est-ce que je trimballe, décidément !

Au frais, derrière les vitres réfrigérées, des tas de victuailles attirent les regards des clients. Le cervelas ne se lasse pas de pulluler, l’araignée rêve de s’appeler Gipsy, la bavette demande à être taillée, l’aiguillette perd le fil de ce que jaspine la crépine, la macreuse aguiche la cliente à belles miches. Le faux-filet sait bien qu’il est destiné à finir emmené dans un vrai. La langue rêve-t-elle déjà de persillade ? Le veau a-t-il idée qu’une certaine Paulette sera décrétée par l'assemblée rassasiée reine des paupiettes ?

Vu que le maître de céans fait aussi charcutier-traiteur, il y a des chapelets de saucisses, des pâtés divers, des plats préparés à réchauffer, du hachis Parmentier, du museau vinaigrette, des pieds panés… D’aucuns, d’aucunes, par avance, se lèchent les babines. Simplement, ainsi que je le disais au début, végétariens s’abstenir !

Je n’ai qu’une autre certitude en ce lieu c’est que la brave dame assise dans sa caisse dégage une sensualité intense. Elle aussi est bien en chair et elle dégage autant de sex-appeal que la caissière du grand café chère à Fernandel. Le travail fini, le rideau de fer baissé, les carcasses rangées, à l’abri des regards mais si près de la rue, il s’en passe certainement de belles dans ce ménage ! J’aime à imaginer les étreintes enivrantes auxquelles les a menés leur désir exacerbé par l’inactivité, l’attente, le bruit du maniement des tranchelards, des lames et des instruments de métal qui s’abattent sur les carcasses, les pénètrent, les lacèrent, en extirpent le meilleur, les agitent, les emballent, et bibi, lui aussi, dans la file d’attente des tapas s’emballe : se peut-il que le charcutier manie avec la même vigueur sa mie que sa galantine ? Que la vue permanente sur ces cylindres durs, ces messieurs musclés qui s’agitent, à elle, lui fasse un effet… stimulant ? Qu’ils ahanent pendant le déduit, ici-même, sur l'étal, les pieds dans la sciure... ?

Mais il faut que je cesse de décrire ce lieu et d’énumérer mes fantasmes d’égrillard quasi Strauss-Kahnien, bien allumé, bien grillé, qui, bien avant que les Chrétiens ne célèbrent la naissance du Christ et que le vieux barbu qui passe par la cheminée n’entasse au pied du sapin les cadeaux des bambins, se farcirait bien la dinde aperçue là, qui ressemble un peu à Pétula Clark. Mrs, please, clarkez lui le beignet à l’Augustin !

- Qu’est-ce que ce sera ? demande le mari de la belle aguicheuse.

- 200 grammes de steack haché.
- Il y en a un peu plus. Je le laisse ? Et avec ça ?
- Une demi-épaule d’agneau.

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Je lui permets de me suggérer d’en faire un navarin - pas la peine de lui parler de cuisine indienne, à lui, byriani, il ne sait certainement pas ce que c'est ! - puis je vais à la caisse régler mes achats à Peggy. C’est ainsi que j’ai baptisé la femme du butcher, du blase de la peluche à grand cils des Muppets.

Je lui tends un billet de vingt, elle m’en rend un de cinq et des petites pièces et, je ne rêve pas, me glisse un petit papier manuscrit plié en quatre dans la main.

Je quitte l’établissement en saluant ces braves gens, je fais quelques pas dans la rue et m’arrête devant la pharmacie. Là je déplie le truc et je lis :

Cher Augustin
J’ai bien reçu ta lettre. Je ne savais pas que tu m’aimais autant. C’est d’autant plus curieux que tu ne m’as jamais fait d’aveux ni laissé paraître aucun signe de cela auparavant. Cependant – ne jette pas la pierre à la femme adultère ! - l’idée d’une aventure ensemble m’intéresse bien. En vue de se divertir Maxime va passer quelque temps, chaque mardi après le travail au club de bridge de l’avenue Trudaine. Le quartier est ainsi libre, si je puis dire. Viens vers 21 heures. Tape sur le rideau de fer, je serai derrière et te ferai entrer dans le magasin et peut-être dans ses dépendances si affinités. Je t’assure que tu ne seras pas déçu de la visite. Tendrement. Emmeline Sanzeau.

La lettre que j’avais perdue ! C’était ici, l’autre matin en achetant du lapin ! C’est elle qui l’a ramassée ! Une lettre destinée à Irma, l’assistante de la cantatrice. Dans quel pétrin me suis-je fichu ? En même temps, quand le rêve d’un instant devient réalité, faut-il cracher fâché sur le lama argenté ?

***

Pendant ce temps, au château, un énième appel mal aiguillé retentit, dérangeant le capitaine dans sa sieste.

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P.S. Les plus perspicaces des lecteurs et lectrices du Défi du samedi l'avaient deviné, bien entendu. Maintenant les autres savent quelle lettre a disparu dans ce texte qui aurait peut-être pu aussi s'appeler "une aventure inédite de Tintin" mais je ne veux pas d'ennuis avec Casterman !

 

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12 décembre 2012

L’ASSASSINAT DU VENTRILOQUE PAR LES SŒURS DE MISERICORDE par Joe Krapov

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Il y a deux dames à la terrasse du café.
Elles ont l’air de cachottières.
Si on regarde un peu comme elles sont attifées,
Comme elles savent rester fières,
On ne devinera jamais laquelle, plus que l’autre cinoque, 
Rêva d’assassiner l’artiste ventriloque.

La vie est dans les plis. Je ramasse les cartes
Et je fais un vœu pieux pour que vite s'en viennent
Un Lacédemonien tout droit issu de Sparte,
Une valse de Vienne
Forcément un peu lente
Et une immense étoile filante.

 

MIC 2012 12 10 vintage+paris+20s soeurs Papin

Il y a deux mousmés curieuses chez le Bougnat.
Elles ont l’air de sortir d’une soucoupe volante.
Si on regarde un peu leurs lèvres incarnat
Et leurs bijoux grenat, insignes d’élégantes,
On ne devinera pas laquelle en a trop dit
Sur les mœurs dépravées de l’artiste maudit.

La vie est dans le jeu. La vérité culbute
Les mots qui se bousculent au portillon du soir.
Moitié anges, mi-démons, mi bourgeoises, moitié putes !
Qui trouvera la clé du sinistre boudoir
Où, pour un mot de trop qu’avait sorti son ventre,
L’homme gît, l’homme geint comme un ours dans son antre ?



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Il y a deux criminelles attablées au bistrot.
Elles ont l’air d’avoir un peu forcé la dose.
Si on regarde trop sur le plan du métro
La station Châtelet, c’est certain, on s’expose :
On ne devinera pas ce que coûte l’excès
D’écrire au juge afin qu’il engage un procès.

La vie est dans le ventre. Il est temps de me taire
Et d’offrir au papier quelques phrases, sans plus.
Que puis-je dévoiler de mes savants mystères ?
Ce que vous entendiez ? Une voix de surplus,
Un masque vénitien sous une bauta,
Du clinquant surfilé sur un vieux taffetas.



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Il y a deux assassines et le garçon a peur :
Elles s’en vont saisir le siphon sur la table.
Si on regarde un peu comment étaient leurs mœurs
Et leur désir profond de devenir pendables
On ne devinera pas laquelle a fait le coup,
Qui a lié les pieds, qui a tordu le cou.

La vie est dans les mots ? L’homme s’est fait silence.
Nul ne soupçonnera la femme au chapeau cloche.
Du cadavre déjà monte la pestilence.
A l’âge qu’il avait, vraiment, mourir, c’est moche
Et nul n’a recueilli sa dernière parole.
Pour la première fois de sa vie, véridique,
Pour la première fois de sa mort, fait unique,
Le ventriloque n’est pas drôle.


Mais la voix de Cohen est toujours aussi grave

Qui semble venir d’outre-tombe.
Quelquefois aussi ça me gave
D’être celui qui fait la bombe.

 

 

N.B. Sur les trois collages de Jean-Emile Rabatjoie, on aura reconnu les soeurs Papin, Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert dans "La Cérémonie" de Claude Chabrol et Judith et sa complice par Cristofano Allori et Artemisia Gentileschi.

4 décembre 2012

MÊME PÔ PEUR DE BLASPHEMER ! par Joe Krapov

Non, rien n’est plus calamiteux,
Pitoyable, miteux, piteux
Que l’arrogant ubiquiteux
Qui t’envoie promener là-bas
Pour que tu vérifies s’il y est.
Tu y vas et… il n’y est pas !

L’ubiquiteux, s’il est malin
Se trouve au four et au moulin,
A l’Ouest et à l’Est de Berlin,
Avec les bons, avec les brêles,
Si tu le suis à la jumelle
Surtout ne m’l’ubiquiteux pas !

Il a des yeux derrière la tête,
Il a oublié d’être bête,
Il participe à toute fête,
Il pêche au grand jour en eau trouble
Il boit plus que nous pour voir double
Puis il se répand en injures,
L’ubicuiteux à la dent dure,

Contre le fait vraiment odieux
De n’être pas l’égal de Dieu,
Ce rigolo sans feu ni lieu
Qui prétend nous suivre partout,
Etre responsable de tout
Et quand tu le sonnes : personne !

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Non, rien n’est plus calamiteux,
Pitoyable, miteux, piteux
Que l’arrogant ubiquiteux
Qui t’envoie promener là-bas
Pour que tu vérifies s’il y est.
Tu y vas et… il n’y est pas !

29 novembre 2012

La chanson des optimistes (Joe Krapov)

Mais c’est rien, la fin du monde ! C’est rien du tout !

Et puis vous n’allez pas tout de même pas croire des charlatans qui n’ont même pas été fichus de prévoir l’écroulement des deux tours du World Trade Center ni le tsunami au Japon ni Tchernobyl ni Fukushima ni le Pen au deuxième tour en 2002 ni la défaite de Sarkozy en 2012 ni l’éclatement de l’UMP ni la chute du mur de Berlin ?

Quoi ? Vous continuez de porter du Paco Rabanne ? Vous non plus vous ne croyiez pas à l’efficacité de la ligne Maginot contre l’avancée des chars russes après l’élection de Mitterrand en 1981 ?
Puisque je vous dis que ce n’est rien, la fin du monde !

L’Empire romain s’est écroulé mais ça n’a pas empêché Mussolini ni Berlusconi de manger des macaronis entre deux séances de bunga-bunga ?
On a connu le sac de Rome mais Gucci en vend de très beaux et ceux d’Hermès ne sentent pas le pâté non plus ! (J’espère qu’ils vont me verser quelque chose pour leur avoir fait de la publicité par ici !).
Pompéi a disparu mais Pont-Péan  est toujours debout !

Tout le monde est rivé devant l’écran, fiché sur Facebook, abêti par la téléréalité et les journaux gratuits mais personne ne m’empêche de lire « Le Canard enchaîné », l’hilarante autobiographie de Neil Young, de chanter du Brassens et de déblatérer sur le Défi du samedi ! Alors ? Il ne va pas bien, le monde ? Il arrive à sa fin ? Il y aurait un terme à ce paradis ? Allons donc ! C’est comme si un stupide médecin voulait me faire croire que je ne suis pas immortel ! J’en ris d’avance !

La Bérézina ne fut pas une mince affaire et Waterloo a été une morne plaine mais même si tout empire chaque jour, vous buvez toujours autant de fine Napoléon qu’avant, non ? C’est la crise depuis 2008 mais le code civil est toujours debout et les institutions comme le mariage n’ont jamais fait autant florès, non ? C’est bien simple, le fait de se passer la corde au cou rend tout le monde gay ! Rions, mes frères, marions, mon maire, parions, mes pairs que le 21 décembre au soir mon cher oncle Walrus me maudira encore et toujours d’avoir posté si tard mon billet de tocard (je mériterais un sceptre !) pour le Défi du lendemain !

La fin du monde ! Vous me faites rire !

Par contre, vous imaginez ? Si vous attrapiez « cette maladie infectieuse due à la bactérie Streptococcus pyogenes, un streptocoque du groupe A, grandes colonies » (et pas de vacances !) et que ça vous flanque plein de boutons sur la peau ?
Un truc « complètement toxinique, c'est-à-dire que les streptocoques sécrètent des toxines dites érythrogènes encore appelées exotoxines pyrogènes : A, B, C, D. » Qu’en plus « ces toxines sont immunogènes, elles sont responsables d'une vasodilatation, associée à un œdème dermique et à un infiltrat lymphocytaire. » Hein ? Vous voyez d’ici le tableau ? Vous vous imaginez avec « la coloration rouge-lilas caractéristique de la peau que confère cette affection, provoquée par les toxines érythrogènes secrétées par les streptocoques » (oui je sais je l’ai déjà écrit mais comme j’imite Houellebecq – une fin du monde à lui tout seul, ce mec-là ! - et que je recopie le descriptif de Wikipédia pour tirer à la ligne, ce n’est pas moi, ce sont eux qui se répètent !). Je vous entends gémir d’ici, le jour où vous aurez chopé la deuxième maladie ! (« Le nom « deuxième maladie » provient du fait qu'à l'époque où l'on a voulu établir une liste des maladies provoquant un exanthème infantile, elle a été la deuxième à être énumérée »).

Non, non, en vérité, je vous le dis, croyez en ma longue expérience, la fin du monde, ça vaut mieux que d’attraper la scarlatine ! 

28 novembre 2012

L'aventure d'une vie par Joe Krapov

"Quel besoin avons-nous de quitter nos tanières ?
N’étions-nous pas heureux auprès de nos parents ?
Ils nous avaient bordés de bonheurs apparents
Et nous sommes partis courir dans les ornières !

Allons ! En vérité, sont-ce là des manières ?
Loin des yeux, loin du cœur, toujours désobligeants,
Nous leur vantons l’Ailleurs ! Nous sommes affligeants
A brandir dans le vent du chagrin nos bannières

D’aventuriers soucieux d’aller toujours devant
Affronter des armées de vieux moulins à vent !
Eux restent pleins d’amour vieillissant à l’arrière.

Nous les voyons aller un peu couci-couça,
Papa qui ne dit rien, maman qui fait la fière
Ils sont du même signe que Sancho Pança."

L’animateur a posé son stylo, a repris la carte postale et l’a relue :

MIC 2012 11 26 Carte postale verso

MIC 2012 11 26 Quijote et sancho

Il a pensé qu’il en était de même pour tout le monde : ce n’est pas rien d’être parent. Pour certains c’est une fois ou deux ou trois par an que la progéniture fait un saut en voiture pour les voir se débattre avec le quotidien, pour partager les mots du mal-être au travail, ceux pires encore du malheur de n’en trouver pas ou plus, d’en être exclus parce que le monde marche sur la tête.

Il va si vite, on arrive si rapidement à l’âge d’être dépassé qu’on se retrouve un jour coincé entre des tas d’angoisses quasiment touristiques. La réservation par Internet de l’hôtel a-t-elle bien fonctionné ? Dois-je composter mon e-billet ? Ai-je pris le bon chemin ? Dans la ville, dans la vie, trouverai-je ma place ?

En Alcala de Henares, qui va pêcher Léna la petite gambas ? Dans l’auberge espagnole, trouvera-t-elle meilleure nourriture, meilleure aventure, meilleure armature qu’en l’Université de Haute-Bretagne ou pourtant les roulements du Tambour – c’est le nom de la salle de spectacle – donnent bonne culture ?

 

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Décrochera-t-elle la timbale, le carnet de bal exceptionnel, le Graal sensationnel, le diplôme à douze balles qui la feront danser sur l’échelle sociale, gagner une vie professionnelle aussi épanouissante que celle de papa et maman ? Cependant il faut bien avouer, maintenant qu’ils sont en retraite, que leurs souvenances se font parfois évanescentes ?

Faut-il par ailleurs se mêler de la vie personnelle de la donzelle ? Comme on lui a lâché la main pour qu’elle effectue ses premiers pas, ne faut-il pas lui lâcher les baskets pour qu’elle gère ses premières conquêtes ?

Ce qui plaît le plus à l’animateur, finalement, c’est l’axe Nord-Sud qui traverse cette carte postale envoyée par des gens de l’Ouest à des gens qui sont à l’Ouest. Car grâce à Erasmus il y a le vent du Nord qui souffle sur l’Escaut jusqu’à l’Estremadure. Sur un canal pendu une péniche lourde amène de là-haut l’éloge de la folie qui rassure sur tout ! Regarde bien, petit, dans le port d’Amsterdam, la sagesse des vieux qui contemplent le monde avec leur bienveillance, leur pendule au salon qui dit oui qui dit non, qui pensent « au suivant » et mettent, en leur tanière quelque peu désertée, des fleurs en lieu et place des bonbons d’autrefois.

En même temps, se dit-il, ça doit être un peu chiant de devenir grand-parent !

P.S. Et moi je ne vois pas pourquoi je vous embête avec ces préoccupations-là. J’ai bien le temps de les avoir plus tard : je suis comme vous, je n’ai que 23 ans !

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23 novembre 2012

RONDE DES SAISONS OU SAISON DES RONDES ? (Joe Krapov)

1
Quand elles ont suivi régime
On peut parfois faire son deuil
De certaines dames accortes

A l’état de sac d’os réduites
Honorer ces côtes saillantes
Devient terrible sacerdoce

2
Quand l’automne a commis ses crimes
Il en est peu qui se recueillent
Devant toutes ces feuilles mortes

Quand vous étiez toutes petites
Vous ramassiez ces encombrantes
Et pensiez en faire négoce

3
Il est assez illégitime
De les fourrer en un cercueil
Ce serait trop d’émotions fortes

Certaines sont de vraies pépites
Leurs couleurs sont si éclatantes
Qu’on s’imaginerait à la noce

4
Pour son petit journal intime
L’adolescente émue en cueille
- Des marques pages en quelque sorte ! –

Dans ce feu tous les mots crépitent
Les confessions sont plus troublantes
Et la plume devient véloce

5
Ce que la saison froide abîme
Nous est un tel régal pour l’œil
Que sans cesse je prends la porte

Tant d’images que j’ingurgite
Loin du vieux confort des fauteuils
Avec un appétit féroce !

6
A la muse je paie ma dîme
Sous forme de photos charmantes
En espérant bien qu’il en sorte

Pour vos feuilles (*) un peu interdites
Des mélodies sérénisantes
Et des réminiscences gosses

7
Et pour vos yeux brillantissimes
Effarés des belles mourantes
Je souhaite que vous réconfortent

L’idée d’un printemps de redites
Et les chaleurs alanguissantes
D’un été toujours plus précoce !  

 

 (*) Feuilles signifie "oreilles" en argot. Beethoven avait tellement les feuilles mortes qu'il se prenait toujours des râteaux avec les filles alors que, tout le monde le sait, il suffit de leur fredonner l'air de la Sonate au clair de lune pour qu'on en arrive très vite au roulage de pelle. D'où l'expression bien connue : "les feuilles mortes se ramassent à la pelle". OK, je sors !

 

21 novembre 2012

LE PLAISIR AVANT LE TRAVAIL par Joe Krapov

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Ma destinée est un tantinet mutine. Elle se saisit du moindre des hasards pour me créer des amusements qui me laissent parfois médusé. C’est ainsi que je me suis retrouvé la semaine dernière obligé de passer deux nuitées à Nancy.

Nancy est une ville un peu éteinte si j’en crois M. Oldelaf, un chanteur médisant qui a peu d’estime pour elle. C’est une cité pourtant bien séduisante avec une âme et des diamants intimidants qu’il faut savoir tailler, comme la route pour l’âne, à même la place et les monuments.

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On a donc envoyé ce semi-dément de Joe Krapov se livrer à des activités quasi estudiantines dans un amphi empli de rats de bibliothèque, d’éminents documentalistes de l’INIST et de chercheurs initiés dont certains pas encore édentés. Parmi eux notre nain muet a joué les timides du dessin animé et s’est contenté d’écouter, dans un mutisme complet, deux matinées et deux après-midis d’affilée, des palabres sur l’univers quelque peu démâté de ceux qui méditent et testent en labo toute l’année puis éditent en revue leurs idées les plus folles, qui publient les minutes de leurs cogitations intimes au sein d’une unité mixte sur les conséquences de la consommation d’huile d’amande douce par les Suisses et les Suissesses ou font le compte-rendu de leurs expériences de reconstitution du combat de la nudité par le port de la mini-jupe à Dinan au XIVe siècle (cette antienne ancienne a bien entendu fait l’objet d’une soutenance de thèse à l’Université de Haute Bretagne dite aussi Université de Rennes 2).

Vu à ma sauce, Joe Krapov dans un colloque scientifique c’est Tintin et Milou au pays des mutants ! A ce stade, à cet instant, la situation est minée. Je garderai le silence, par décence, sur le fait que c’est la crise, que les ressources de l’Etat s’amenuisent et que, nul ne pouvant nier les ennuis à venir, il n’y aura plus rien demain pour empêcher, amis chercheurs, que vos salaires ne diminuent : les éditeurs auront piqué tout le pognon à vos tutelles. Pas de sentiment ! Tudieu ! La Finance est une satanée tueuse, une ennemie damnée et non une sainte aux mains généreuses. Que je sois maudit, madame Amandine, si je mens ou si vous êtes par ma faute « enduite avec de l’erreur ».

Mais je vois qu’il est temps de parler du musée-aquarium de Nancy où eut lieu, comme dit M. Hajtyla, une « méga chouille » (une fête bien plus agréable que le repas de midi au RU !). Parmi les animaux empaillés, daims, ibis, hérons, ours et morses, notre Joe le taxidermiste a pris quelques instantanés amusants autant qu’inédits.

   

 

 

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Il est resté muet devant les carpes, a immortalisé les manteaux des collègues, intimé mais en vain l’immobilité aux anémones de mer, aimé les pendouillis de queues à la sauce Musée d’art contemporain, payé sa dîme à l’alcoolisme mondain en levant par trois fois le coude. « A la tienne, Etienne-Etienne ! » comme chantait dame Guesch Patti sans laisser d’adresse !

 

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Ensuite Joe Krapov, lui aussi, avant même l’arrivée du dessert, a disparu dans la nuit. Il s’est éclipsé.

Car c’est bien gentil Nancy mais « même si le cœur ne parle pas, il faut savoir l’écouter » : on est quand même mieux auprès de sa mie ou de sa muse quand on est quelque peu midinette et finalement mieux tout court à Rennes! C’est une cité plus aimante ou plus aimantée où l’on est plus ému par les minettes que par Dieu, le roi et son beau-père Stanislas sur la place du même nom, même si elle est très belle aussi !

 

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18 novembre 2012

UN OURS BIEN MAL ELEVE par Joe Krapov

MIC 2012 11 12 Jeanne d'Arc

Madame Laurence est bonne mère, M. Hajtyla est bon père et l’administration qui m’emploie bonne fille. Et par-dessus cela, si j’en crois Georges Brassens et François Villon, Jeanne bonne Lorraine.

Je m’explique, je vous explique. Les celles et ceusses qui suivent parfois sur « Le Défi du samedi »  les aventures de Joe Krapov, l’ancien gardien de l’animalerie de Villejean, savent qu’il travaille dans un sous-sol sous les ordres de M. Hajtyla, le dézingueur en chef de la GCA (Gabegie Consacrée à des Archaïsmes) de l’Université de Rennes 3.

 

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Ce bourreau de travail a une charmante compagne qui se prénomme Laurence et qui a obtenu de l’un des trois cerveaux de son homme qu’il lui fasse deux enfants. Oui, je sais, ça fait un peu « nul en éducation sexuelle », cette phrase, mais pas tant que cela en fait vu qu’il paraît que « tout ça, ça se passe dans la tête ». Bonne mère ! En tout cas, madame Laurence est bonne mère. On la voit ici dans sa bulle de protection où elle s’apprête à mettre à l’abri d’un monde cruel l’image du couple parental idéal tant malmenée ces jours-ci par les militants du mariage pour tous sous la boulette de François Bobollande et Jean Marc Ayraultport de Notre Dame d’EtrangeLand. Oui, je sais, c’est plutôt « houlette » qu’on dit d’habitude.

 

Le deuxième de leurs bébés vient de naître (je parle de M. Hajtyla et Laurence, pas de François et Jean-Marc) et du coup pour lui rappeler qu’il n’y a pas que la messagerie électronique du boulot dans la vie, Mme Laurence a demandé à M. Hajtyla de lever le pied sur les déplacements professionnels multiples auxquels il l’a habituée. M. Hajtyla est donc bon père : je ne sais s’il se lève la nuit pour donner le sein ou le biberon au bébé mais il a accepté ce diktat de la jeune maman.

 

MIC 2012 11 12 CARIST

Du coup, comme notre administration est bonne fille, elle a accepté que le sous-fifre d’à côté, une espère d’ours de l’URSS (Union des Récoltants de Statistiques Superfétatoires) qui a vu l’homme qui a vu l’ohm, le dénommé Iosif Ilarionovitch dit « Joe » Krapov, soit envoyé à sa place au colloque CARIST (Colloque des Animaleries et Réservoirs Ichtyologiques servant de Soutien à la Technocratologie) à Nancy chez Jeanne la bonne Lorraine.

Vous aussi, vous trouvez que je suis un peu long quand j’explique ? OK, alors, j’abrège car je suis déjà de retour de ce colloque de deux jours. Je ne vous en parlerai pas (les bars et les barbeaux, à la longue, c’est barbant alors poissons là-dessus !) et me contenterai de vous dire que Nancy est une très belle ville et que le musée-aquarium où nous avons eu droit, le premier soir, à un buffet-dînatoire, vaut vraiment le détour.

MIC 2012 11 12 café Foy

J’en ai profité pour soigner, de différentes façons, mes côtés « ours » : j’ai copiné pendant les deux jours avec une collègue du CNRS (Centre National de Recherche de la Sérénité) que je n’avais jamais rencontrée auparavant : nous avons surtout échangé sur nos vacances à Jersey, Guernesey, Bréhat et  Grandville. Le soir, au grand café Foy, sur la place Stanislas, j’ai claqué deux bises à une dame que je n’avais jamais rencontrée non plus et qui administre un atelier d’écriture sur internet. Ensemble, nous avons écrit une carte postale à une amie commune qui fait le même boulot. J’en ai aussi envoyé une à ma maman, une à notre amie Anita qui habite près du paradis de Beg Leguer dans les côtes d’Amor [sic] et une autre à Madame Chèvrefeuille, mon ancienne patronne avec laquelle j’étais déjà venu en mission à Nancy il y a dix ans et qui avait oublié une culotte noire à l’hôtel Piroux et que même, quand elle avait raconté cela à sa sœur, celle-ci avait été quelque peu choquée que sa soeurette portât des itsi bitsi petits bikinis de cette couleur mais bon c’est un secret de famille, aussi ne comptez pas sur moi pour que je propage de tels renseignements dont personne n’a rien à faire sur Internet, je suis un homme discret quand même même si je sais que les culottes de Berthoise sont blanches et ses collants bariolés Olé.

MIC 2012 11 12 ours

Malgré tous ces beaux effort de ma part, le soir du premier jour, au buffet dînatoire du musée, j’ai cherché un miroir pour me recoiffer et j’ai bien dû constater que j’étais quand même resté un ours : vous avez vu ma gueule ? Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

 

 

MIC 2012 11 12 morse

Et puis, autre surprise, un peu plus loin, j’ai rencontré mon oncle Walrus qui vérifiait lui qu’il n’avait pas une feuille de salade coincée entre les dents !

A croire que tout le Défi du samedi s’était donné rendez-vous à Nancy ! Ne manquait plus que « Mais où est Charlie Zigmund » !

Et puis, comme le Défi me semble dépeuplé depuis deux semaines du fait de l’absence d’un seul être, j’ai laissé tomber ma pelisse et je suis revenu chez mon oursonne préférée (après Marina-Oursoula Bourgeoizovna bien sûr) publier ce récit en faisant le vœu, jamais deux sans trois, d’y retourner, à Nancy et d’y rencontrer, sur la reine des places, la reine de l’Iowa et son amie photographe-haïkiste qui laisse des commentaires en bleu !

13 novembre 2012

Elle est bien bonne... du curé ! (Joe Krapov)

- Est-ce que vous lisez les modes d'emploi ?

DDS 220 aderma 1

DDS 220 aderma 2

- J'voudrais bien... mais j'peux point !

9 novembre 2012

FABLE AFRICAINE (Joe Krapov)

En son for intérieur, quand le marabout
Bout, son épouse en boubou a les nerfs en pelote de ficelle.

Fi ! Celle de leurs deux filles qui connaît la grammaire
Amère à l'écurie va seller deux chevals (1).

Un pâle freux niais kényan, champion de course à pied
Sans papiers ni cale-pieds lui met la main aux fesses.

Elle le traite de cochon, de laid
Et lui de vache en s'enfuyant

- Cheval dire à ma mère ! » entend-il dans son dos
Car la bravache de ferme
Ouvrant sa grande boîte lui a rivé son clou.

Mais aciérie comme ça ! C'est l'heure, à la cuisine,
De préparer le riz pilaf pour l'affligeant
Père marabout qui bout
Et la mother aux nerfs en pelote de ficelle
Qui se met à gronder :

- J'en ai marre marabout bout de ficelle selle de cheval cheval de course course à pied pied de cochon cochon de lait lait de vache vache de ferme ferme ta boîte boîte à clous clous d'acier aciérie riz pilaf affligeant j'en ai marre marabout ! (2)

En son for intérieur, et même fort à l'extérieur

Quand la marabunta gronde
Il vaut mieux se sentir des fourmis dans les jambes
Et les prendre à son cou de revolver du starter
Pour aller voir ailleurs ou dans le pré du voisin si le bonheur y est
Ou si l'herbe est plus verte.

(1) : « L'homme africain n'est pas assez entré dans l'histoire pour savoir que chez Citroën on dit maintenant deux chevaux » - Henri Sarkoguaino

(2) :  Mon système D à moi s'appelle "l'Agenda du presque poète" de Bernard Friot. J'y ai trouvé la consigne d'écriture, que j'ai mal respectée mais c'est comme ça, du poème dont la première syllabe (ou le premier mot) est la même que la dernière du vers précédent.

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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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