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Le cahier de brouillon de Joe Krapov

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2 août 2012

TU N’ES PAS BIEN PORTANT ? par Joe Krapov

Si tu as les pieds en compote,
Si tu as la voix qui chevrote,
De la douleur entre les côtes,
La rotule qui s’escamote ;

Si tu as les nerfs en pelote,
L’œil bilouteux qui papillote,
Si t’as des nœuds dans l’épiglotte
Et du mou dans la redingote ;

Si t’as la mine un peu pâlote,
Si t’as l’estomac qui chipote
Et l’équilibre qui capote,
Si t’as besoin qu’on te dorlote ;

Si, au niveau de la culotte,
Tes roustons dansent la gavotte,
T’as la hulotte qui gigote
Et la chènevotte qui clignote ;

Si ta vitalité barbote,
Si t’as le lièvre en gibelotte,
L’Hérodote qui décalotte
Puis s’endort comme une marmotte ;

Si tu te sens tête de linotte,
Si t’as besoin d’un copilote,
Si t’as les pognes qui tremblotent,
Les abattis qui s’numérotent ;

Si tu te sens en manque d’azote,
Si ta misère est asymptote,
Si t’as la laiterie qui ballotte,
Si tu trottes à côté d’tes bottes 

(Quand on voit tout ce que tu sirotes
Il est temps de payer la note !) ;
Si t’aimes pas qu’on t’appelle « camelote »,
Si tu n’veux pas qu’ton corps clabote,

Je ne vois qu’un seul antidote :
Va donc voir un docteur, mon pote !
Et nous, pendant qu’il te tripote,
On se f’ra une petite belote !

 

MIC 2012 07 30 joueuses de cartes

 

La photo a été prise à Lille en 2008. Une autre illustration, sonore, ici : http://youtu.be/zPba8RBkTvU

 

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25 juillet 2012

UN TRIO MUSICAL ASSEZ SPATIAL par Joe Krapov

Neil, Buzz et Michael sont dans une toute petite pièce. Ils ont tous les trois un casque sur la tête. Visiblement, c'est Michael qui fait office de chef d'orchestre ou d'ingénieur du son.

- Bon, vous êtes prêts, vous deux ? Je déclenche le magnéto, je compte jusqu'à trois et on y va : Three, two, one, zéro !

Blue moon
You saw me standing alone without a dream in my...

- Allons bon ! Pourquoi tu nous arrêtes, Michael ? On chante faux ?
- Non, Neil. Simplement tu chantes une octave au-dessus de nous !
- Ah bon ? Et il ne faut pas ?
- Déjà que tu as la voix haut perchée et assez nasale, si en plus tu montes...
- C'est vrai que pour ce qui est de monter, on est déjà assez haut déjà !

Buzz et Neil rient de cette saillie, pas Michael. Buzz ajoute :

- Et puis, s'il a la voix NASAle, c'est un peu normal, non ?
- Excellent, Buzz ! Faudra qu'on la replace, celle-là, elle va plaire ! Avec un peu de chance elle va faire le tour de la planète !
- Messieurs, un peu de sérieux ! On replace sa voix, on respire et on recommence. C'est en fa, je vous le rappelle. Un, deux trois !

Blue moon
You saw me standing alone
Without a dream in my heart
Without a love of my...

- Qu'est-ce qu'il y a encore, Michael ?
- Maintenant c'est toi, Buzz ! Tu te prends pour les Everly brothers ou quoi à faire des « harmony vocals » ?
- Ben quoi ? C'est pas joli ?
- Je veux une version simple, sans fioritures. Tous les trois, nous devons chanter exactement la même chose. A l'unisson.
- A l'unisson ?
- Oui, à l'unisson.
- Bon, OK, on y va. Je ne m'étais pas rendu compte qu'on était arrivés.
- Mais... Où est-ce que vous allez ?
- Ben, dans le LEM ! Tu nous as dit « Alunissons ! ». T'arrives, Neil ? T'as préparé ton sermon ?
- Je crois que je vais dire « C'est un petit fa pour l'homme et un grand fa dièse pour l'humanité »
- Enlève le dièse, je crois qu'il ne plaira pas non plus à Michael !

 

 

P.S.

Mr Youtube vous fait cadeau de la version complète de la chanson :

 

 

Je ne sais pas s'ils la chantent à l'unisson mais les frères Jacques m'ont bien inspiré pour ce texte :

Les cosmiques troupiers

 

22 juillet 2012

SOUVENIR DE FALAISE par Joe Krapov

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- Dans la famille Lificoté je demande le grand père.

- Pioche !

- Dans la famille Demant je demande la grand'mère.

- Pioche !

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- Dans la famille Colateur, je demande le père.


- Pioche !

- Dans la famille Konvoitdanserlelongdesgolfesclairs, je demande la mère.

- Pioche !

- Dans la famille Bourreaufaistonneau, je demande le fils.

- Pioche !

- Dans la famille Delair, je demande la fille.

- Elle est partie sniffer de la poudre d'escampette avec sa cousine Suzy qui à de belles anglaises. Pioche ! A mon tour. Dans la famille Terrassier je demande le père.

- Pioche !

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Photos prises au Musée des automates à Falaise

(Calvados - dans la famille Magloire je voudrais le père)

 

12 juillet 2012

OSS 117 A LA FLECHE AVEC UN PORTABLE POUR DEUX par Joe Krapov

Il y a trois ans, sur le bitume fléchois, on se brûlait les fesses ! Je me souviens d'avoir revu Denis d'Arcangelo dans le rôle de Madame Raymonde sous une chaleur suffocante.

Mais cette année, le bitume était du genre mouillé au festival des Affranchis à la Flèche en Sarthe. Ce sont les aléas du théâtre de rue. A peine avions-nous monté notre tente au camping de la Route d'or d'or que la pluie s'était mise à tomber. Nous avons déjeuné sous la toile d'un traditionnel taboulé maison concocté par Ursula puis nous sommes allés prendre le café au bistrot «L'Entracte » qui est un peu notre QG là-bas.

Je m'appelle Nick Kent et je suis journaliste-espion pour le compte d'un journal en ligne basé aux Etats-Unis. Mon assistante tient un rôle important dans cette affaire : c'est elle qui détient le téléphone portable que nous nous partageons ce week-end. Vous ne saurez pas grand' chose sur elle car nous autres, les journalistes-espions du journal de MIC-KEY, nous sommes très économes en matière de renseignements sur Ursula A. Elle est trop efficace, je n'ai pas envie qu'on me la pique ou que la Rédac'chef l'affecte au service des sports. Pour plus d'efficacité dans la mission du jour, à savoir l'identification et l'interview du mystérieux Docteur Z, ma collaboratrice et moi avons décidé de nous séparer. Tout ce que nous savions, c'est qu'il porterait une veste rouge , un pantalon rouge et une écharpe rouge. 

MIC 2012 07 09 veggies

Ursula a tenté sa chance du côté de la Compagnie Thé à la rue. Le descriptif du spectacle « La succulente histoire de Thomas Farcy » dit ceci : « Prenez une marmite, plongez-y un saucisson. Epluchez délicatement une banane tout en retenant vos larmes lors de l'épluchage de l'oignon. Mangez des choux en abondance et sacrifiez pour l'honneur une courgette. Gardez votre torchon à portée de main ».

 

Elle a bien ri mais n'a aperçu personne qui portât une veste et une écharpe rouges. Ce déguisement "Mélanchonniste" avait été choisi par le docteur Z, fan absolu de François Béranger, pour se signaler à nous. 

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De mon côté je commençai ma recherche du côté de la fanfare Joe Bithume – si, si, cela s'écrit bien avec un « h »- car je savais le docteur Z ami avec ces musiciens. Ce premier jour, en raison de la pluie, leur prestation fut annulée mais je les ai revus à 20 heures : ils étaient vêtus de rouge ! Allez savoir si ce n'est pas le docteur Z, las de nous chercher dans la foule, sur cette photo de ravouilleur endormi ! On reconnaîtrait presque sa canne africaine !

 

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A « Madame Rosa, reine de la pop » donné par l'appréciable duo de la compagnie Crue, je n'ai repéré que cet homme-ci en rouge. Sûr que le docteur Z n'avait pas prévu qu'il pleuvrait tant ce jour. Ce spectacle en fut même interrompu au bout d'un quart d'heure.

A 16 h 30, sur la place Henri IV, alors que le ciel bleu faisait enfin son apparition, j'assistai aux pas de danse de la compagnie K (comme Krapov ?) dans « Ponktuel ». Certes, pour ma part, j'étais ponktuel au rendez-vous fléchois, habillé en rouge et or comme promis, mais mon contact n'était toujours pas là.

 

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A 17 h 30 je suivis la déambulation du SAMU. L'un des comédiens aurait très bien pu être le mystérieux docteur Z. « Et pourquoi pas ? ». Tel était d'ailleurs le titre de leur spectacle consacré aux treizièmes rencontres utopistes : il y avait là des représentants du Parti Communiste américain qui auraient bien sûr pu me reconnaître mais je restai discret et ris comme tout le monde lorsque l'organisateur leur dit : « Je vois que vous êtes deux : vous êtes venus au complet ! ».

Je m'esquivai à la dernière station au parc des Carmes et je gagnai la cour de l'école Descartes. Je dus rester debout à la représentation de « Carmen opéra clown », posté pratiquement derrière Ursula A. assise sur une chaise de métal vert.

 

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Nous assistâmes ensemble aussi en soirée au spectacle suivant « Le Tapis franc fait son cinéma ». Le docteur Z avait promis qu'il y serait mais il avait dû se déguiser en courant d'air ou se faire une gueule d'atmosphère : nous ne le vîmes point ! Nous fûmes du reste assez effarés de constater comme le rouge se portait beaucoup à La Flèche ! Ce n'était visiblement pas le bon signe de ralliement. Au terme de cette première journée, nous avions fait chou blanc !

Le lendemain à midi, je demandai à Ursula d'envoyer un texto au docteur Z. Il avait bien voulu me donner son n° de portable mais ne voulait pas entendre ma voix au bout du fil (je chante si mal que ça, Doc' ?) « sous peine de représailles » ! Comme je n'ai pas d'Assurancetourix, j'obéis. Je restai neutre : « Bonjour – Conseil Nick Kent Carmen opéra clown A+ ».

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Je vous fais grâce de mes recherches et de mes spectacles du dimanche après-midi. A 18 h 30 j'étais de nouveau dans la cour de l'Ecole Descartes, au soleil cette fois, pour une deuxième vision de Carmen, assis au 1er rang un peu sur la gauche face à la scène parmi des petits mioches bien remuants. Je m'esclaffai comme un bossu des pitreries de Don José, Escamillo, Alfredo et des deux Carmen.

A la fin du spectacle je me levai et arborai ostensiblement mon tee-shirt de l'ISU. Mais le docteur Z ne me remarqua pas, pas plus que je ne le vis.

En retournant au camping je croisai sur le pont Ursula qui venait à ma rencontre le téléphone à la main.

- Tu ne l'as pas vu ? demanda-t-elle. Vous étiez assis l'un à côté de l'autre, séparés par une dame et un petit garçon !
- Il s'est éclipsé trop vite, répondis-je. Il est coutumier du fait. Go, Johnny, go ! Telle est sa devise.

 Cette aventure aurait d'ailleurs pu s'intituler « James Bond contre le docteur Go » si nous avions eu des intentions hostiles mais tel n'était pas le cas. Ratée de très peu, cette opération « réunion du French western fan-club de Mrs Super-Joye » était donc à remettre à l'année prochaine. 

MIC 2012 07 09 Charlie 2En conduisant le véhicule vers notre home sweet home j'imaginai déjà la réplique cinglante de ma Rédac'chef préférée en recevant ma carte postale de La Flèche :

- Mon cher Nick Kent, si vous n'êtes pas capable de discerner un homme tout en rouge dans une foule, vous devriez prendre rendez-vous avec un ophtalmologue. Vous êtes peut-être Daltonien ? Tendance Averell, même, comme on dit à Brest ! Ou alors, si c'est une névrose d'échec que vous trimballez, allez donc vous allonger sur le divan d'un disciple de Siegmund !

OK ! OK ! Chef ! Il n'y a pas de réussite facile ni d'échecs définitifs ! L'année prochaine le docteur Z et moi on se déguisera en Charlie de « Mais où est Charlie ?». Ca sera sans doute plus facile pour se reconnaître dans la foule !

 

MIC 2012 07 09 Charlie

 

 

5 juillet 2012

AD VERBUM par Joe Krapov

Si j'ai à cœur d'écrire,
Ce n'est pas que je veuille
M'épandre dans le dire
Ou noircir de la feuille
Obstinément ;

C'est juste qu'un instant
La rose que l'on cueille
Nous rend un peu distant,
Comme un qui se recueille
Aimablement.

A mon jardin j'enlève
Un peu de sa couleur.
Dans la maison, je rêve
Qu'elle y porte chaleur
Pour un moment.

Ainsi la chose écrite
Est pareille à la fleur :
Effeuille Marguerite,
Tu feras mon bonheur
Durablement

Ou celui de quelqu'une
Ou celui de la Lune
Pourvu qu'à ce labeur
Tu y mettes du cœur
Humainement.
 

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30 juin 2012

L’ENVOÛTEMENT DES CASSE-COU par Joe Krapov

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A la consultation médico-psychologique, dans un des immeubles qui entourent la dalle Kennedy à Rennes, M. et Mme Becdelièvre assistent, quelque peu dépassés, à ce dialogue entre la doctoresse et leur fils Kevin pour lequel ils sont venus. L’enfant, quelque peu agité, couvert de sparadraps, de griffures et de mercurochrome sur les genoux et les coudes , ne cesse de se tordre les bras au-dessus de la tête pour poser devant chacun de ses yeux un cercle constitué de son pouce et son index joints. Ca lui fait une paire de lunettes et une belle tête de débile, d’autant plus qu’alternativement il tire la langue, sourit béatement, fait d’atroces grimaces avec sa bouche.

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- Tu dis qu’il y a une voiture au-dessus du lac ?
- Oui, c’est une voiture bleue Spécial Deluxe immatriculée US 1941. Avec Papa, maman et oncle Steve à l’intérieur.
- Ni mon épouse, ni moi, intervient le père, n’avons de frère prénommé Steve ou Stephen ou Stéphane !
- Ce ne sont pas ces parents-ci, continue Kevin, c’est mon autre père et mon autre mère. Maman a un chapeau et papa à l’arrière passe sa tête dehors et me regarde. Je ne sais pas comment il font : l’auto est trop petite pour eux ! C’est une Chevrolet. Elle vole au-dessus du lac et ils sourient tous les trois. Plus tard, moi aussi je veux devenir pilote de stock-car !

MIC 2012 06 25 B Le lac

 

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- Il y a bien une photo de lac dans sa chambre mais il n’y a aucune voiture à voler au-dessus. Juste une barque attachée à un ponton ! commente la mère.

- Est-ce que tu sais où ils vont ainsi, tes autres père et mère et ton oncle Steve ?
- Ils vont voir Mémé qui est dans son assiette.
- Tu veux dire qui n’est pas dans son assiette ?
- Si, elle est dans l’assiette, assise sur un fauteuil avec des accoudoirs noir. On dirait qu’elle chante ou qu’elle danse ou qu’elle sourit, ravie, à celui qui vient de lui offrir la montre qu’elle porte au milieu du bras.
- Ma mère n’a jamais eu de montre, se défend le père.
- Et la mienne ne se fiait qu’à l’horloge du salon ! ajoute la mère
- Peux-tu m’en dire plus, Kevin ? C’est très important, tu sais ?

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- Non, parce qu’il va falloir que j’aille me coucher ; le soleil se décline sur la ferme de Jackie Blue dans les Lowlands !

- Tu es sûr ? Les Lowlands ? Où est-ce que ça se trouve ce pays ?
- Ben, près de Cobblestone mountain, c’te question ! Là où oncle John élève des poulets ! ne regarde pas en bas, qu’il dit tout le temps, et tiens bien la corde sinon les huit casse-cou vont tomber dans le lac !
- Vous savez docteur, si vous continuez à le laisser causer, il va aussi vous parler des hommes de la terre, de leurs trois chevaux et de la fusée ! intervient Maman Becdelièvre.

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- C’est sûr ! confirme Kevin. Ils viennent après dans l’ordre chromo-chronologique : Il y a de la brume dans le champ, ce doit-être le matin, et des charrues non attelées encore aux chevaux. Le premier homme ressemble à Popeye mais sans les muscles. L’autre, avec sa corde, il fait peur un peu. Mais ce doit être de bons zigues parce qu’ils prêtent leur charrette aux risque-tout de la montagne.
- Qu’est-ce qu’ils font dans le champ ?
- C’te question ! Ils attendent le vaisseau spatial ! Moi aussi un jour je le prendrai, dans l’autre sens pour aller au pays du patchwork à l’écusson. Le vaisseau d’Orion me déposera là-bas. Il y a ma soeur jumelle qui m’y attend avec le carré rouge de plastique souple. Elle m’a promis qu’on voyagerait au centre de mon cœur et qu’on s’établirait à Sensass City !

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- C’est bien, Kevin, tu peux t’arrêter de faire des grimaces et de nous raconter ces choses que tu vois chaque nuit. C’est quoi le livre que tu as amené avec toi ?
- C’te question ? C’est mon atlas de géographie des Zétazunis !

***

L’enfant est sorti hors du cabinet médical avec son père. La mère interroge :

- Vous en pensez quoi, docteur ? Lui qui était si tranquille, toujours à lire calmement, à écouter de la musique ou à dessiner, le voilà qui grimpe partout, qui court, qui saute sans faire attention à rien autour de lui depuis qu’il a ces… visions ?
- Il va falloir que je me documente. J’ai une piste mais j’ai des vérifications à faire auprès d’un collègue à l’Hôpital Sud. Ne vous inquiétez pas : il n'y a rien à craindre de la vie. Il y a juste tout à comprendre. Vous pouvez me confier l’enveloppe avec l’adresse que vous avez trouvée dans sa chambre ?
- Je ne sais pas si c’est lié, mais ça nous a semblé bizarre, qu’il envisage d’écrire là-bas. Voyez, cette adresse : OMD 4218 Main Street Kansas City Missouri Zuhessa. On ne connaît personne, nous, au Zuhessa !
- J’ai votre n° de téléphone. Je vous rappellerai dès que j’ai du nouveau.
- Merci docteur. Nous vous devons combien ?
- Rien pour l’instant.

***

- Allô ? Madame Becdelièvre. Ici le Dr Robert, Sylvie Robert, du Centre médico-psychologique. Je vous rappelle à propos de Kevin.
- Oui ? Vous avez trouvé quelque chose ?
- Oui. Kevin a été envoûté par une diablerie des montagnes d’Ozark en Amérique du Nord.
- Une... diablerie ?
- Contre ce genre d’ envoûtement, il n’y a qu’un seul remède.
- Et c’est ? Allez-y, je vous écoute, quoi que vous demandiez, on le fera.
- Inscrivez-le à l’association de danse country de la Maison de quartier de Villejean.
- Kevin ? Danser ? Ce n’est pas son genre !
- Détrompez-vous, ça va lui faire un bien fou. Ses symptômes disparaîtront. Et aussi… Il faudrait vous débarrasser des disques des Ozark Mountain Daredevils !
- Des quoi ?
- C’est en écoutant cette musique des "Casse-cou de la montagne Ozark" que Kevin a attrapé la maladie. Il ne faut pas qu’il recommence !

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- Ecoutez… C’est une histoire de fous, je ne comprends pas. On n’a que du Benjamin Biolay et du Keren Ann, comme disques, à la maison ? A moins que…
- Il faudrait qu’on sache où il s’est procuré le disque souple rouge en acétate. Mon collègue est très intéressé. Il est prêt à vous le racheter car ils ne l’ont pas mis à l’intérieur dans la réédition en CD-audio.
- Vous parlez de disques vinyles ? Mais alors, elle va m’entendre, tatie Danielle ! Je crois que c’est chez elle que Kevin écoute des vieilleries. Elle a plein de disques des années 60 et 70 et une platine qui marche encore.
- Ne cherchez pas plus loin. Inscrivez le à la danse country ça le laissera dans l’ambiance et lui évitera d’écouter ce groupe. Et n’oubliez pas mon collègue ! Si elle vend, la Tatie, il est preneur ! Plus que jamais !

Ami(e)s lecteurs et lectrices, ne visionnez pas vous non plus cette vidéo-ci ou vous serez également envoûtés comme Kevin et comme moi par ces diables d’Américains !

29 juin 2012

Le petit bal perdu mais pas pour tout le monde (Joe Krapov)

Le mot « miroir » a mis son huit-reflets tout noir...

Mais qui voudrait danser avec huit fois soi-même ?

Le mot « anthropophage » se cache derrière un loup.
C'est sûr, ça a de la gueule...
Mais qui se jettera, blottira dans ses bras qu'il a grands
Autant que Mère-Grand ?

Le mot « tomate » a pris sa canne à pommeau d'or
Mais il est si timide qu'il se cache derrière afin de mieux rougir !

Le mot « sucre » a vêtu sa robe d'organdi
Mais cette bête rave est interdite aux travelos
Alors il fond tout doucement d'amour qui boit la tasse pour le café qui fume en lisant le canard

Plus tard, à la buvette, coiffé de sa chapka,
Le mot « scooter » noie son chagrin dans la vodka :
Personne n'a dansé sur sa musique d'enfer
C'est le bal le plus triste qu'il ait jamais animé.
Où sont les blousons noirs, les chaînes de vélo et les bastons de Colombey-le-Bal tragique ?
Oui vraiment c'est la crise on n'est plus à la fête !

Quand, soudain, « cotillon », « java », « langue de belle-mère », « paluches », « Apache », « ampli » se pointent à l'entrée. Le petit Robert Larousse, videur vidé, va donc, les laisse pénétrer, - il est passé minuit – et tandis que « citrouille », « carrosse », « pantoufle », « vair », « bling-bling », « aristocrate » et « chanteuse à voix molle » s'en vont à l'horizon vers leur vestiaire antique voici que « tequila », « tango », « boogie-woogie », « gisquette », « keupon », « picrate », « bibine », « guinche », « lampion » « tchikipoum » et « flon-flon » ne se font pas prier pour mettre sans chichis l'ambiance, le bazar, le torride, et l'humain sans minceur dans la roulotte du suave.

Et tant pis si demain on ne trouvera plus sous sa casquette de plomb ni ses mots ni ses fringues : cela aura été une belle fête impromptue, un beau défi de vie, quelques moments perdus d'égarement des mains et de nouement des langues, d'oubli des maux, sans abus, de fait.

Un petit bal perdu mais pas pour tout le monde !

28 juin 2012

ETUDE CLINIQUE par Joe Krapov

- Comme tu me vois, Loreille, je suis assez déprimé aujourd'hui.
- Ah bon ? Et pourquoi cela, Lardu ?
- Jamais je ne serai chanteur de reggae adulé à la Jamaïque !
- Toi qui habites rue des Merlus, tu es plus marlou que Marley ?
- Jamais je ne jouerai au tennis contre Jimmy Connors !
- C'est vrai que ça c'est plutôt déso-ro-lant et méga-rosse !
- Jamais je ne ferai de jam-session avec Jimmy Page !
- « Let the spleen come in » chantait déjà Baudelaire !
- Jamais je ne jouerai en duo avec Jimi Hendrix
- Certes le prodige est mort mais tu feras d'autres expériences !

MIC 2012 06 25 le-signe-des-gemeaux

- Jamais je ne saurai lequel des deux gémeaux est Castor et lequel est Pollux !
- Ils ne sont pourtant pas difficiles à différencier : Castor a une queue plate et deux incisives proéminentes alors que Pollux a un accent anglais qui enchante près du manège !
- Jamais je n'aurai de frère jumeau qui habite Longjumeau !
- Rien n'est perdu : tu as peut-être as-tu un sosie de Strasbourg qui pédale dans la choucroute ? Ou une sœur jumelle quelque part avec la courroie et l'étui ?
- Jamais je n'aurai vu Marilyn Monroe en pyjama.
- N'aie aucun regret, elle n'en portait pas. Enfin, du coup, si, tu peux avoir des regrets !
- Jamais, tu ne t'arrêteras de faire des commentaires sur mon mal-être ?
- Non ! J'écris un article sur toi.
- Un article ? De quel genre ?
- Médical. Il sera peut-être publié dans le prochain JAMA.
- Et quel en sera le titre ?
- « De l'influence du « Lac » de Lamartine et du « Où est-ce que j'ai mis mon flingue » de Renaud sur les gémissements de douleur de la personnalité borderline ».
- Aaaargh !
- Qu'est-ce que tu as ?
- Ton projet m'achève ! Je meurs !
- Cause toujours ! Ca, ça n'arrivera jamais !
- Pourquoi ?
- Nous autres, les personnages de fiction, on est immortels !

24 juin 2012

LE SECRET DE L'HALLA-LIT-CORNE par Joe Krapov

HALLALI 01

 

HALLALI 02- Waoh ! Quel pied ! Alors ? Heureuse ?

- Oui, très heureux. Et toi, heureux aussi ?

- Oui, très heureuse !

Il s'agit ici, allez savoir pourquoi, d'un dialogue entre deux escargots après l'amour. Ne l'oubliez pas avant de marcher sur leur coquille : les escargots sont hermaphrodites.

HALLALI 03

 

HALLALI 04

- C'était très bien... sauf que sur la fin, j'ai bien senti que tu tirais la langue un peu !

- C'est à cause de la musique. Trop molle, trop émouvante. Quand c'est joli comme ça, j'ai le cœur qui bat fort, j'ai plus trop la tête à ce que je fais.

- Pas que la tête. Mais arrêtons de parler de cul. D'ailleurs il va falloir qu'on lève les nôtres. Tu n'oublies pas qu'on doit aller à l'enterrement de la feuille morte ?

HALLALI 05

 

HALLALI 06

- Oh flûte ! Je l'avais oubliée, celle-là ! On y va comment ? A vélo ? Parce que moi, chéri-e, après cette séance de radada, je ne suis pas en état d'y aller ventre à terre.

- On pourrait aller prendre le train à la gare. Du coup, au lieu de parler de sexe, on parlerait de Chaix ! C'est vrai que j'ai beaucoup aimé quand tu m'as fait le coup de la brouette auvergnate !

HALLALI 07

 

HALLALI 08

- C'est une technique que j'ai apprise en lisant « Les Pensées de Pascal ». Il paraît que c'est lui qui l'a inventée !

- La position ?


- Non, la brouette !


- En même temps, est-ce qu'on ne pourrait pas envoyer juste nos condoléances par mail ?


- T'as peut-être pas tort, Totor ! Même si on avait une Jaguar, je suis sûr-e qu'on arriverait en retard, à c'te sépulture !

HALLALI 09

 

HALLALI 10

- Ne critique pas ma façon de conduire ! Je suis prudent, c'est tout ! Je connais la chanson : « Poussez poussez l'escargot late » mais on a vite fait de se faire marcher dessus aujourd'hui avec tous ces gens pressés. Et puis il faut voir comment tu remplis le coffre même quand on part pour trois jours. J'en ai plein le dos d'emporter toujours la maison avec moi !

- L'idéal, ce serait de prendre l'avion pour répondre à l'appel de la feuille morte mais j'ai toujours peur qu'on se ramasse.

HALLALI 11

 

HALLALI 12- Je me souviens, il y a très, très longtemps, avant que je ne fasse ta connaissance, mon moyen de transport préféré, c'était le mammouth !

- Le mammouth ? Ce n'est pas dangereux, ça ?

- Il suffit de bien savoir s'y prendre ! La nuit, quand le mammouth est endormi, tu vas te coller sur une de ses défenses. Après ça, qu'est-ce qu'il peut faire contre toi ?

- Mais dis donc ? Les mammouths... T'as connu l'âge de glace, toi ? Ca expliquerait un peu ta baisse de rythme sur la fin du coït et le fait que tu pratiques si souvent l'amour à la papa !
- Oui, bien sûr, il n'y a peut-être plus la vigueur mais on sent bien l'expérience acquise au fil de temps, non ?
- Quand même... L'âge de glace... Tout ce qui s'est passé depuis...T'as dû en baver, non ?
- Pas tant que ça. Quand on a un côté boy scout, toujours prêt...Ça te dirait qu'on remette le couvert avant d'y aller ? Tant qu'à faire d'être en retard à la drôle de fête à Prévert, autant avoir une raison valable, non ?
- Si tu veux. Mais alors change le MP3 dans le Gastéro-Ipod.
- OK, après on passera par le jardin du voisin. Cet idiot a encore versé un litre de bière belge dans des pots de yaourt !
- Quel gâchis pour lui, quelle aubaine pour nous ! Surtout que l'info selon laquelle on se noierait dedans quand on est pompette, c'est complètement fictif !
- Eh oui, c'est comme la camomille de Toutânkhamon !
- T'as connu Toutânkhamon, toi ? Ben tu pouvais parler, tout à l'heure, sur mes capacités en matière de bandelettes : t'es pas un perdreau de l'année non plus !
- Allez, tais-toi et garde la cadence ! C'est au pied du murmure qu'on voit le colimaçon.
- OK, je m'applique.

Un long silence baveux puis :

- C'est de qui cette musique ?
- Un nommé Jibhaine.
- Il faudrait leur dire aussi aux humains que jamais la haine ne cesse par la haine : les petites pilules bleues qu'ils sèment à notre intention...
- ...on le sait bien que ce n'est pas du Viagra !
- Nous, l'un dans l'autre, on n'a pas besoin de ça ! Et leur chanter qu'on a pour la vie, et pour eux, les beaux yeux de Chimène : « Va, je ne te hais point ! »

Tou(te)s les deux poussent un long spi-râle d'extase et le lecteur-la lectrice de ce texte comprend pourquoi j'écrivais la semaine dernière qu'il valait mieux ne pas parler de l'homme qui a un ascendant en scorpion !

22 juin 2012

Microcosmos (Joe Krapov)

 

- Alors ? Heureuse ?

- Très heureux ! Et toi, heureux ?

- Très heureuse ! *

 

 

* Ne l'oublions pas, les escargots sont hermaphrodites.

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