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Le cahier de brouillon de Joe Krapov

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19 octobre 2011

On ne voit pas le temps passer mais il ne fait rien à l'affaire ! (Joe Krapov)

Maintenant c’est tous les cinq ans
Qu’on peut jouer au chamboule-tout
En vue de dégommer le grand
Dépendeur d’andouilles un peu fou
Qui crèche à l’Elysée Palace.
C’est qu’elle est bonne, là-bas, la place !
 
DDS164_3Si t’as pas l’estomac qui flanche,
Tu t’y tapes vraiment bien la cloche :
Super boustiffe, super-boutanche.
Quand ils y sont, ils s’y accrochent
Les politicards bien pépères
Plus ou moins septuagénaires !
 
Et même s’il a les portugaises
Plus ensablées qu’Mad’leine Renaud
Le vieux roublard de la Corrèze
Y coule des beaux jours bien au chaud.
Il aimerait mieux mourir ici
Plutôt qu’au château de Bity
 
Où, paraît-il, c’est mal chauffé !
Tandis que là, dans ses babouches,
Il songe à tout c’qu’il a baffré
Avec l’argent des frais de bouche.
Il rêve des billets d’avion
Vers l’île Maurice et le Japon
 
Et de tous les coups bien foireux
Par lesquels, roi du couteau suisse,
Il élimina les envieux.
Et tel un Raminagrobis
Il se pourlèche les babines
De les savoir dans la débine.
 
- Mais… Joe Krapov…
 
DDS164_2Ce qu’on ne comprend pas vraiment
C’est comment notre grand flandrin
S’est fait soul’ver ses régiments
Par le patron des argousins,
Un p’tit teigneux à talonnettes
Qui montre partout sa binette,
 
Un type qui fait croire aux moukhères
Qu’il a, dans son slip kangourou,
Un machin gros comme un Kärcher
Avec lequel il nettoie tout !
Ah vous m’en direz tant et tant
Sur le cont’nu des culbutants !
 
Moi, l’encravaté de Neuilly
Il peut remballer sa réclame :
Je n’irai pas voter pour lui
Et, devant vous, je le proclame,
Je le hurle, mieux, je le slamme :
Il faut qu’on vote pour des femmes !
 
- …Je crois que tu te trompes…
 
DDS164_1On en a marre de ces bagarres
Entre mecs à grosses paluches !
Il faut confier, et dare dare,
Les clés du pouvoir aux greluches !
Il faut redire ici, en somme :
« La femme est l’avenir de l’homme »
 
Et « l’homme n’est l’avenir de rien ! » :
Il ment comme l’arracheur de crocs,
Il a des manières de vaurien
Il a le bagou des escrocs ;
Premier imbécile venu
Il est sot de chez saugrenu.
 
Nous on veut une présidente
Avec des accroch’-coeurs mignons,
Des agates aux lueurs ardentes,
Des roberts comme des lumignons ;
On veut vivre en Intelligence !
On veut une femme pour la France !
 
On veut unir nos volontés
Pour voir le retour de l’éthique
On veut à volonté bander
Pour le retour du politique ;
Et pour cesser de fantasmer,
Il faut s’en remettre aux mousmés.
 
Il faut voter pour Clémentine,
Pour Christiane, pour Marie-Georges,
Pour Ségolène ou pour Martine,
Pour une qui porte un soutien gorge,
Une mini-jupe ou bien des couettes :
Christine Boutin ! Ou bien Arlette !
 
- … de date : on n’est plus en novembre 2006...
 
Et s’il s’avère après usage
Après élection de la dame
Qu’elle cachait dans son corsage
Le fil acéré d’une lame
De poignard et un braquemard
Sévère derrière son Shalimar,
 
DDS_164_9Si nous nous retrouvons baisés
Comme après chaque nuit d’élection,
Si plus rien ne peut apaiser
Nos utopiques érections,
Alors jusqu’en deux mille et douze
Il nous faudra chanter le blues,
 
Traîner la queue entre les jambes
Attendre la prochaine fois
Où nous retournerons, ingambes,
Le rire aux lèvres, ivres de joie,
Voter pour Isaure Chassériau
Ou pour le commandant Cousteau !
 
- … on est en octobre 2011 !
- Qu’est-ce que ça change à mon discours ?
- Oui tu as peut-être raison. Dans « poème de circonstance » on entend effectivement bien « Aime pô constance de cirque » !
- Mais tu as peut-être raison quand même, toi aussi : quand je le resservirai en 2017, je remplacerai le commandant Cousteau par Nafissatou Diallo ! 


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18 octobre 2011

LE PATINEUR EST VIERGE DU PREMIER DECAN par Joe Krapov

LE PATINEUR EST VIERGE DU PREMIER DECAN par Joe Krapov

Celui qui ne manque pas d’air, il y a toujours un moment dans la vie où il lance aux copines : « Regardez-moi, je vais vous faire un double axel ! ».

Il s’élance, prend de la vitesse, on voit ses muscles qui se contractent et le « Candeloro est arrivé » du jour décolle de la glace, le voilà devenu papillon immortel, il ne rêve plus que d’une chose : l’autoportrait d’une caméra invisible qui le garde à jamais dans sa suspension-sustentation de gloriole tandis que la reine Victoria, accoudée au bord de la patinoire, maugrée en confidence à son index de gauche posé contre sa joue : « Qu’il se viande, ce con ! ».

Je suis la reine Victoria. J’aime les fleurs et les étoiles, les voiles de tulle et les diadèmes mais je n’habite pas un palais et je vis comme tout le monde dans un studio trop cher une vie de galère.

Si j’avais un choix à faire, je partirais vers le Sud. Il paraît que la misère y est moins pénible au soleil. Mais je ne suis pas sûre que ce soit le bon moment pour aller se faire voir chez les Grecs. Tout va vraiment très mal, là-bas. Nana Mouskouri vient d’avoir 77 ans et pour peu qu’on la pousse elle chanterait encore alors que Georges Moustaki, au même âge, n’a plus qu’un tout petit filet de voix. Et sans filet, ce n’est pas pratique de faire les courses (de déambulateurs). Si on travaillait sans filet, ce n’est pas malin d’arrêter son cirque, ça ne fait pas de rentrée d’argent dans la caisse, le directeur ne peut pas rembourser ses dettes, l’Acropole est décati, les ânes de Santorin s’indignent, refusent de monter l’escalier, les coupoles bleues ne resplendissent plus pour personne par-dessus les blanches maisons, il n’y a plus d’ouzo à la taverne et les chats noirs ne dansent plus le sirtaki dans les ruelles.

Tamara Tarama qui est ma meilleure amie m’appelle quelquefois « Hibou observateur ». Ca fait totem de « scout toujours » mais je n’ai rien contre. Oui, c’est vrai, j’aime bien regarder le monde en train de faire ses singeries au pluriel.

Collage_JER_13_Le_patineur_est_vierge_du_premier_d_can

Tout comme le patineur, vierge du premier décan, ignorant du dernier quartier de noblesse sous prétexte qu’en compète il porte des collants, le monde tourne en rond et offre à nos regards ses airs d’éternel recommencement. Il nous fait sentir son parfum de singe : c’est de lui qu’on descend, à la station Glacière, là où le métro est comme le meeting, aérien, et il n’est pas rare qu’une fanfare incongrue nous y accueille, dont le chef aux allures de macaque lance à sa clique « En avant la nasique ! ». Là-dessus on entend un mélange de « Singe-ing in the rain Somewhere over the rainbow Gare au gorille » qui décoiffe quelques peu les bonnes au bow-window.

Tamara Tarama pense aussi que je suis un porte-manteau original. Peu importe la façon dont je m’habille : quels que soient les vêtements que j’accroche à ma peau, la seule chose que l’on voit de moi c’est ce visage de grenouille, les yeux de Marty Feldman par-dessus le corps de Marguerite Duras, un hommage assuré assumé aux Freaks de Tod Browning.  Je ne me tirerai pas deux balles pour autant : la peau se souvient. Nous sommes des êtres de tissu et je tiens à mes robes !

Quoi ? Vous êtes encore là ? Vous n’avez pas encore décroché de ce début de roman à personnage central hautement improbable ? Vous êtes déjà curieux de la connaître, totalement amoureux de Tamara Tarama ? Oh, comme je vous comprends ! Moi aussi, quelquefois, j’en ai l’eau à la bouche !

Mais non, vous ne rêvez pas. C’est pourtant bien moi qui vous mènerai jusqu’à la page 190 de ce roman à clé. Parce que le gars qui ne manque pas d’air vient de retomber sur la glace. Pas d’espoir non plus qu’il vous emmène jusqu’aux J.O. Il s’est viandé, ce con, et fracturé la cheville. Vos idées de fiançailles entre lui et moi sont tombées dans le lac, on repêchera un autre jour leurs cadavres accrochés à la porte de l’écluse.

MIC_2011_10_17__cluse

Allez, mes mignons, sortons de cette patinoire où nous avons fait connaissance. Dehors, rien que pour vous, je changerai de peau, je deviendrai une autre, peut-être la Vénus de vos rêves, peut-être la femme de votre vie.

Je suis la reine Victoria, je deviens ce en quoi je crois, je suis la reine des transformistes, je me transforme, je te transforme, je nous transmute tous azimuts, je t’emmène vers d’autres cieux et le septième n’est qu’un d’entre eux.

Je suis la femme culméléon ! 

 

14 octobre 2011

Schizophrénie (Joe Krapov)

- Cette semaine vous aviez le choix entre :

AVANT LEURRE C’EST PÂLEUR, APRES L’HEURE C’EST PUS RECELEUR

- Oh, dis donc , t’as vu, Loreille, la belle boîte aux lettres ?
  Je la piquerais bien pour ma collection !

- Mais enfin, Lardu ! Ce serait du vol à la roulotte !

DDS163_roulotte

et

RENVOYER CHEZ EUX ( ???) LES ROMANICHELS

Puisque tous les chemins ne mènent plus à Rome
Et que l’on crie haro sur nos déplacements
Qui alimentera vos désirs de romans,
Vos scénarios de peur et vos rêves de chrome ?

Quelle main raclera le violon sans racines 
Pour animer la noce ou fleurir les marchés ?
A quel charme malin irez-vous raccrocher
Ce que nous accolions aux magies enfantines ?

Le monde licencie, les chiens sont dans les niches,
Le scénario charrie la morne loi des riches :
Semer la haine, éliminer, hurler « chaos » !

Voler des poules est crime à trop petite échelle.
La valise bourrée  rapporte bien plus gros
Et la vente des armes est tout sauf criminelle !

Une espèce de hara-kiri du clown, en quelque sorte !

- Tu aurais pu aussi botter en touche et chanter ceci :

 

- Aussi ! Avec un peu de chance Sebarjo l'aura fait !

12 octobre 2011

IL NE FAIT PAS L’OMBRE D’UN DOUTE par Joe Krapov

IL NE FAIT PAS L’OMBRE D’UN DOUTE par Joe Krapov

 

MIC111010_2_daltonIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que l’on n’est jamais sûr de voir

Le bout du tunnel

Quand on est à l’ombre.

 

MIC111010_5_baudelaireIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que les sœurs songent à la douceur

D’aller là-bas vivre ensemble.

 

MIC111010_4_schlemihlIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que l’homme qui a perdu son ombre

S’appelait bien Peter Schlemihl.

 

 

 

Il ne fait pas l’ombre d’un douteMIC111010_lucky_luke

Que Lucky Luke tire plus vite

Que la sienne.

 

 

MIC111010_6_eurotunnelIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que ça ne sert à rien de faire la manche

Dans le tunnel qui passe dessous.

 

 

MIC111010_8_MarilynIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Qu’il y a un tunnel sous le Channel

Et rien sur Marilyn que du n° 5.

 

 

 

MIC111010_7_Du_bellayIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que Du Bellay préfère à l’iode et l’air marin

La douceur angevine.

 

 

 

Il ne fait pas l’ombre d’un douteMIC111010_9_sudoku

Qu’un soudeur soude  avec beaucoup plus de douceur

S’il soude au cul d’une diabolique

Que s’il soude au cul d’une facile

(gazouillidiot de Fukushima)                                      

 

MIC111010_10_b_tise_de_cambraiIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que la bêtise de Cambrai

Le gars de Roubaix la redoute

Et les Trois suisses aussi.

 

 

MIC111010_tintinIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que celle de Bob Morane est jaune

Et que celle de Tintin est bleue comme une orange.

 

 

MIC111010_ombre_d_un_douteIl ne fait pas l’ombre d’un doute

Que je n’ai jamais vu

L’ombre d’un doute.

7 octobre 2011

Le Sâr Rabindranath GPS

 

... qu'à envoyer des baisers à l'assistance publique. Bonsoir, mesdames, bonsoir, mesdemoiselles et bonsoir, messieurs !"

... et surtout à remercier infiniment la délicieuse Joye qui nous TRANSMET ici chaque semaine (et ailleurs tous les jours) ses PENSEES les plus amicales.

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5 octobre 2011

UNE SŒUR PROCHE, UN FRERE LOIN ? par Joe Krapov

UNE SŒUR PROCHE, UN FRERE LOIN ? par Joe Krapov

 

Sur la route jonchée de fleurs de mirabelles

Le lointain horizon semble un ciel de marelle.

 

Qu’il caille en Iowa, que le soleil y brille,

Que l’automne y soit plein d’embellies plus qu’aimables

Ne m’indiffère plus. J’y sais quelqu’un de proche,

Une déesse Inca assez inénarrable

Qui marne quelquefois de n’avoir pas de blé

Pour venir, chevauchant sur le dos d’une abeille,

Visiter Rimini, Malines ou la Calabre.

 

Je sais qu’elle aimerait nous emmener  au bal,

Arrimer sa carène aux ramblas de Barça

Ou marier sa brillance aux vieux remblais du Nil,

Pourvu que le crincrin permette qu’on emballe,

Que le moteur embraie sur des moments de joie.

 

Mais moi, je n’irai pas ! Je suis une baleine

En cale sèche. Dans la baie de poésie,

J’ai pris racine et j’assume ce petit crime

De ne point vouloir suivre Icare allant cramer.

 

Qu’on me blâme si je la brime ; et qu’elle crie :

- L’animal est un pistolet de gros calibre !

Quelle arme ! Caramba ! Il a pété un câble ! »

 

***

 

Mais je ricane et sais que tu n’es pas amère.

Tous les jours que Dieu fait, derrière nos écrans,

Nous échangeons nos rires et nos rimes se croisent.

 

Chacun, chacune, du chaudron de l’arc-en-ciel

Nous sortons des bijoux de mots de leur écrin

Nous nous fendons la bille et ça… c’est de la balle !

 

Câline ton mari, j’embrasse Marina,

Je remercie le ciel de t’avoir pour amie !

 

Porte-toi bien, surtout, ma belle Américaine !
 

100524B_020

N.B. Ce poème a été écrit en suivant "le parti pris des mots" : les mots en gras sont composés "façon anagramme" avec des lettres de "Belle Américaine" puis insérés dans le texte.

30 septembre 2011

YOYO LE CANARD IATROPHOBE (Joe Krapov)

- COIN COIN !
- Bonjour Docteur !
- COIN COIN ?
- Oui, ça va très bien, merci.
- COIN COIN COIN COIN COIN ?
- Oui je viens prendre ma tension des ailes, comme d’habitude.
- COIN COIN COIN COIN COIN COIN ?
- Que je retire mes palmes académiques avant de m’allonger ? Si vous voulez !

Le docteur Piqueblé lui prend la tension

- COIN COIN. COIN COIN COIN COIN.
- Un électrocanardiogramme ? Je ne pense pas avoir subi un supplice comme ça ! Ah si, peut-être, la première fois que je suis venu vous voir.
- COIN COIN COIN COIN COIN COIN. COIN COIN !
- Si vous voulez !

Il retire ses chaussettes. Le docteur lui passe des espèces de bagues aux pattes, lui pose des ventouses sur le jabot, attache les fils de sa machine à une espèce de boîte à ryhtme.

- Docteur, vous avez vu comme c’est drôle ! J’ai l’air d’un canard enchaîné !
- COIN COIN COIN. COIN COIN COIN COIN COIN COIN. COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN ! COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN ! COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN !
- De l’arythmie ? M’envoyer chez un canardiologue ? Si vous voulez ! Ca ne va pas arranger le stress que je développe à chaque fois que j’entre dans un cabinet médical ! Mais si ça peut vous faire plaisir, j’irai !
- COIN COIN COIN COIN ?
- Non, merci, je n’ai besoin de rien d’autre. Je vous dois combien ?
- COIN COIN COIN !
- 36 oranges ?! 36 au lieu de 23 à cause de votre corde à nœuds électrique qui secoue les plumes? Eh ben dites donc, c’est fort de café ! Vous vous sucrez bien sur le dos des canards, vous !


Yoyo paie, rajuste son col vert et sort. Une fois dehors il pense : « C’est bien parce que j’ai reçu une bonne éduckation chez M . Krapov à l’animalerie de l’Université de Rennes 3 que je me tais mais un jour il faudra que je lui dise quand même que je suis iatrophobe ! Et puis les toubibs, non seulement on ne comprend rien à ce qu’ils écrivent sur l’ordonnance mais en plus j’entrave que couic à leur langage à la con ! ».

Rentré chez lui il prend rendez-vous avec le canardiologue.

« Pas avant le 26 octobre ! », répond la secrétaire.

Ca lui en bouche un coin, ça lui cloue le bec. De quoi se ronger les ongles au sang si jamais c’était grave. Un mois d’attente, ça te laisse tout le temps qu’il faut pour faire une bonne crise canardiaque des familles !
 

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23 septembre 2011

MEME LES TYPOGRAPHES COMMETTENT DES FAUTES MORALES EN COMPOSANT « COQUILLE » par Joe Krapov

MEME LES TYPOGRAPHES COMMETTENT DES FAUTES MORALES EN COMPOSANT « COQUILLE » par Joe Krapov

Le presbytère n’a rien perdu de son charme ni le jardin de son éclat, la statue est toujours à la même place et la chambre de Richard est jaune, tout illuminée du chaud soleil d’été qui brille à Meung-sur-Loire.

A l’issue du repas, Mégret s’est endormi sur la terrasse dans l’un des transats proposés par le bedeau noir. Un peu comme partout en France on ne trouve plus de curé blanc pour assurer la messe et ce sont bien souvent des hommes de couleur qui suppléent à la tâche. En Bretagne parfois l’Afrique et le Trégor, culturellement, se fritent.

A Meung-sur-Loire où, depuis quelques années, ils viennent passer leurs vacances en attendant peut-être de s’y installer définitivement, Jules et Louise Mégret se sont pris d’amitié pour ce Richard, un laïc bien conservé, bien charpenté, aux yeux très bleus, qui est revenu à la religion après avoir perdu son épouse. C’est une espèce de veuf joyeux, paisible, solide, au charme duquel dame Louise n’est pas insensible.

meung 

Pour l’heure, alors que montent dans la cour les premiers ronflements de Jules, elle et lui sont en train de feuilleter l’album de famille du sacristain faisant office de.

- Votre épouse était très jolie et vos enfants sont adorables.

- Ils ont changé, maintenant, ils sont devenus adultes et sont partis vivre loin tous les deux.

- On ne vous voit pas beaucoup sur les photos de cet album ?

- C’est le cas de tous les photographes ! On ne peut pas sonner la cloche et suivre la procession ! Si je puis dire !

- Dieu merci, nous-mêmes n’avons pas eu d’enfants. Je ne sais s’ils n’auraient pas souffert d’avoir un père policier, alcoolique et fumeur.

- Ce sont là des péchés véniels, Louise !

- Vous savez, Richard, qu’il s’est mis à fumer autre chose que la pipe en Hollande ? Et pas du gouda pour autant, je vous prie !

- Ah oui ? Cela, oui, c’est illégal. Mais bon, selon que vous serez puissant ou misérable…

- Ah ça, pour être misérable, il l’est ! Comment j’ai pu supporter aussi longtemps ce gros patapouf toujours maugréant qui rentrait soûl, me réveillait la nuit, revenait à pas d’heure après avoir torturé de pauvres gens en leur poussant la chansonnette dans des lieux de perdition, je me le demande encore !

- Mais grâce à ce travail, il a assuré votre pitance ?

- Il m’a toujours interdit de travailler, ce phallocrate ! Il les faisait se mettre à table et lui, en rentrant il faisait pareil. A la maison il ne savait faire que ça, mettre les pieds sous la table, grailler, bâfrer et picoler !

- Aujourd’hui plus qu’hier et bien moins que demain. Il faut manger pour vivre…

- … mais lui ne vit que pour manger ! Pensez-vous que cela puisse constituer un motif de divorce ?

- C’est peut-être un peu tard maintenant ! Et puis, malgré que vous en ayez et puisque vous en avez, la Religion, vous le savez, interdirait plutôt qu’on recoure à cette procédure-là.

- Alors… C’est donc définitivement cuit pour nous deux ? Je le sens bien, pourtant, que nous sommes faits l’un pour l’autre et que nous pourrions repartir d’un bon pied pour nous reconstruire une nouvelle vie !

- Taisez-vous, Louise ! J’en meurs d’envie, autant que vous ! Mais tant qu’il sera là…

- Si l’Eglise est opposée au divorce, j’imagine qu’elle ne verra pas d’un bon œil non plus qu’on le fasse disparaître ?

- « Tu ne tueras point » est en effet un des commandements majeurs de notre maison mais…

- Mais ?

- Mais la vie, parfois, est faite d’accidents !

- Que voulez-vous qu’il arrive à Mégret ? Il lit le journal, il fait la sieste, il va jouer sa partie de cartes au café tous les après-midis. De temps en temps il va à la pêche ou aux champignons. Il profite de sa retraite d’une façon scandaleuse. Quand je pense à tous ces pauvres diables qui s’en vont trimer plus pour gagner toujours moins, ça m’écœure !

- Pas de politique, Louise ! Pas de politique ici !

- De plus le docteur Faitexcuze prétend qu’il a une santé de fer ! Et un accident, on en a déjà eu un en Hollande. Je vous l’ai raconté.

MIC_110919_oeufs- Ce que je voulais dire, c’est qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’oeufs

- ???

- Vous dites qu’il va aux champignons. Et s’il en ramenait qui ne soient pas comestibles ?

- ???

- Vous vous y connaissez en amanites ? Moi je connais des coins, dans le bois du Lude, où l’on trouve des serpents venimeux et des champignons vénéneux.

- Serait-ce bien raisonnable, Richard ?

- Les voies du Seigneur sont impénétrables et la gourmandise est un péché capital. Ne nous appartient-il pas de remettre dans le droit chemin ceux qui ont commis des fautes morales, les mécréants épicuriens, ceux qui taquinent la carpe et font les chauds lapins en dehors du mariage ?

- Ce n’est pas trop son genre mais je bois vos paroles comme du petit lait. Richard, en matière de sagesse, vous me semblez un orfèvre.

- Tout ceci reste secret pour l’instant, OK ?

 Elle se jette dans les bras du grand black aux yeux translucides. Elle se colle contre lui, puis lève la tête et l’embrasse goulûment. Par-delà la ligne bleue du regard qui, de place en place, évoque les Vosges débarrassées de la déesse Kali, elle se remémore avec bonheur les derniers propos de Richard le noir qui lui ouvrent un boulevard.

21 septembre 2011

JE SUIS BALLADE, COMPLETEMENT BALADE ! (Joe Krapov)

DDS160_navigateur

L’enfant qui conduit le bateau
Je vous le jure, c’est mon fils !

110916__189


J’ai vécu la vie de château (1)
Dans la Sarthe du temps jadis.

Vous croyez que je vous balade
Et vous raconte des salades
Sur un passé tout effrité ?

Mais non, c’est pure vérité !

 




DDS160B_Solesmes

 

J’ai joué aux échecs par ici
Où l’abbaye (2) copie Venise.


C’était un autre paradis
Avant que Rennes me séduise.

 

Quand nous avons levé le camp
Avec notre postérité
Ce fut quelque peu déchirant.

C’est là la pure vérité.

 

 

110817_E_037

Mais c’est en passant par Paris
Que je m’étais laissé séduire.

Depuis lors la Vie me sourit
Car j’aime à me laisser conduire.

 

Attaché au mât de misaine,
Qu’Ulysse bouche ses oreilles !

J’entends le chant de ma sirène (3)
Et nous découvrons des merveilles.



110817_E_031 (4)(5)

Princesses Parques, aux doigts de fées,
Qui filez toute destinée,
Merci de cette ample balade !
Faites qu’elle dure à jamais !
Je vous dédie cette ballade !
Santé ! Et je bois ma Chimay ! (6)

 

(1) A Sablé, dans la Sarthe

(2) A Solesmes, également dans la Sarthe

(3) Elle n'a pas de queue de poisson et n'en fait pas en conduisant

(4) - Joe Krapov, tu t'en vas chercher le Graal déguisé en cyclotouriste ?
      - C'est pas faux !

(5) Ces deux photos ont été prises à Dinan (Côtes d'Armor)

(6) On ne se refait pas : les gens du Nord aiment bien la bière !

 

20 septembre 2011

LE SECRET DES CHEFS-D’ŒUF-VRE par Joe Krapov

LE SECRET DES CHEFS-D’ŒUF-VRE par Joe Krapov

 

Chaque peintre a son caractère et ses canons de la beauté.

Nul ne le mène à la baguette vers une touche de couleur ou vers une autre

Sinon l’inspiration soudaine qui gîte en son intérieur.

 

S’il a posé sur une plage son chevalet et ses pinceaux

Peindra-t-il des nœuds marins ou bien la brasse des enfants ?

 

Mettra-t-il dans son tableau le ballon rouge qui s’envole

Par-dessus le filet blanc, propulsé par les menottes

De volleyeurs à la noix, vers la jolie top-modèle

Qui expose au grand soleil sa fragilité blanchâtre ?

 

Chaque lieu devient jardin suspendu de Babylone

Où volète, typographe, le papillon du soleil :

Au troublant vase de Sèvres posé près du piano

Il fournit ombre et relief, presse de puissants ovales

Sur le vernis clinquant de l’instrument trapu.

 

Toute peinture ainsi sort de manufacture

Et l’artisan cuisine d’amples tours de Babel

Qui ne veulent rien dire sinon qu’il s’est enfin

Sorti de sa coquille, a exprimé son monde :

Gestation, éclosion, naissance, renaissance.


magritte_le_retour 

René Magritte. - Le retour

 

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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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