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Le cahier de brouillon de Joe Krapov

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11 février 2011

Parfois Médée lyre près Tahrir, parfois non

- Alors ces vacances en Egypte, Raymond et Simone ?

- Le pied, Daniel et Renée, le pied !

-
Les pyramides, les pharaons, tout ça ? Tout en car ou tout en camion ?

-
Tout en avion, maintenant ! Depuis les événements de début 2011 ils ont une très bonne compagnie qui s'appelle Air Mou-Barack ou un nom comme ça.

-
Ils n'aiment toujours pas les Américains, c'est ça ?

- Pas du tout ! Quelle que soit leur nationalité les touristes sont traités comme des rois !

-
N'exagère pas, Raymond. Disons plutôt comme des ministres qui ont un savoir faire en matière de police dans la vallée.

- ...Des rois ! Des rois, je te dis, Simone !

-
Alors les avions tu vois, Renée, magnifique ! Des jolis petits coucous, très colorés, très maniables avec des noms très rigolos. Nous on a volé avec « La Mère Michel ».

- Les Durand se sont retrouvés du coup avec « Le Père François ».

-
Il y avait aussi « Le Grand Saint-Nicolas » « Le roi des cons » « L'Auvergnat ».

- Mais pas "La mauvaise réputation" !

-
Et alors, vos impressions sur l'Egypte ?

- Le Caire, qu'est-ce que c'est bien ! Surtout la formule « Reconstitutions » !

-
C'est cher mais c'est génial ! Un nouveau concept : la révolution permanente. Tu payes un droit d'entrée et tu peux rejoindre les manifestants sur la place Tahrir pour te défouler !

-
Mais... Ca ne castagne pas une révolution ?

- Pas du tout ! C'est des gens civilisés ! Ils jettent juste du jasmin sur des groupes de soldats qui se contentent de sourire.


- Et puis vous verriez ! On peut jouer au chamboule-tout avec de vrais sosies d'hommes politiques. En fait ce sont des comédiens attachés dans un carcan et tu leur balances des tartes à la crème.

-
Comme l'entarteur des Belges mais en les injuriant. Prends ça dans les arpions, ça te fera les pieds, dictateur !

- Dégage, vieux loukoum !

-
Casse toi, pauv'con !

- Ah, Simone ! Qu'est-ce qu'on a ri avec tes pieds-de-nez au sosie de Saddam Hussein !

-
Et au sosie de Georges W. Bush, Raymond a lancé des savates ! Mais bon, il l'a raté parce que lui est posté un peu plus loin. On n'est pas des sauvages, non plus !

-
Vous avez lancé des pavés comme en 68 ?

-
Ah ben non, quand même ! Mais on a pu gueuler « CRS=gonzesses ! » « Ben Ali p'tit zizi ! »

- C'est dommage, il n' y avait pas de dictateur avec un nom en "ite".

-
Tiens, en parlant du Maneken Pis, tu veux un p'tit Martini, Mussolini ? Qu'est-ce que je vous sers, Daniel et Renée ?

- Tout ça on l'a photographié et mis sur Picasa, on va vous montrer après l'apéro.

-
Mais les pyramides, qu'en avez-vous pensé  ? Le Nil ? Le sphinx ?

- Gizeh celui-là ? Nous on n'est pas descendus de l'avion. Pour se prendre les pieds dans le tapis ? Non merci !

-
On est toujours restés au parc d'attraction du centre ville, on était à pied d'oeuvre dès l'ouverture. Trop bien ! Le deuxième jour ils l'avaient transformée en place Tian'anmen. On vous montrera sur Flickr les photos de Raymond qui arrête une colonne de chars ! C'est trop trop, voilà, quoi !

- Comme en 89, dis donc ! Ils m'obéissaient au doigt et à l'oeil, les bidasses en folie !

-
Et justement, en parlant de 89 le troisième jour c'était la Révolution française en 1789 secondes. Par une compagnie théâtrale française en tournée. Ca c'est sur Youtube.

- Trop bien joué ! Trop drôle ! On était dedans à plein !

-
Et alors, du coup, c'est quoi votre prochain voyage ?

- ...

- Lourdes.

-
Vous allez... faire la révolution à Lourdes ?

-
Non, on ne va pas faire de tourisme cette fois. Lourdes, on y va rapport à la tendinite à Raymond. Elle ne guérit pas. Faut dire, il passe tellement de temps sur Internet à poster nos photos et raconter notre vie...

- Ah ben oui, Simone, mais que veux-tu, je suis un colosse aux pieds d'argile,  moi, même si c'est à l'épaule que je souffre ! C'est les risques du métier, tout ça ! C'est comme ça quand on est blog-trotter.


P.S. Que la Compagnie CIA me pardonne de l'avoir associée pour un petit temps à ce texte satirique. Leur prestation au festival des Affranchis (!) de La Flèche était totalement envoûtante et reste un de mes meilleurs souvenirs de l'édition 2010. Ne manquez pas d'aller les voir s'ils passent chez vous. Pour qui apprécierait ou voudrait en savoir plus, il y a des vidéos ici.

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4 février 2011

Immortélophobie (Joe Krapov)

Le Ciel est grand, Dieu est généreux et les toilettes sont au fond du couloir à droite. Pour autant, et c'est moi-même, Saint-Pierre, qui vous le dis, ce n'est pas forcément le Paradis tous les jours, par ici. On reçoit de ces clients ! Comme le dit parfois mon adjointe, mademoiselle Miquelon, celle qui a du chien : « Faut voir ce qui monte de la Basse-Terre vile !».

En vérité, je vous le dis, trop peu de personnes souffrent d'acrophobie et pour monter au Ciel, aucun mandataire ne tremble sur l'échelle du Dichter : tout le monde veut y grimper. On a même quelquefois de sacrées erreurs d'aiguillage. Le docteur Petiot en est une. Il a été sur terre une horrible crapule mais ici où l'argent n'a plus cours et où tout le monde a troqué son sexe, ses désirs et ses perversités contre une paire d'ailes blanches la nostalgie n'est plus ce qu'elle était et le toubib s'est bien adapté. Même s'il pratique toujours un humour sarcastique voire caustique et pourtant pas pratique pour la propédeutique, il est souvent de bon conseil.

De toute façon, aujourd'hui, au vu de la situation, je n'avais pas le choix. Madame Dolto m'a bien recommandé un certain docteur Freud mais d'après Miss Miquelon, cet olibrius ne fait pas partie de nos administrés.

- Petiot, ai-je donc dit au docteur, l'heure est grave. Dieu s'est enfermé dans son petit cabinet et il ne veut plus en sortir.
- Il y a quoi dans  ces cabinets ? Des grilles de sudoku ? Des vieux « Point de vue et images du monde » ?
- C'est là qu'on archive les registres d'entrées mais j'ai regardé par le trou de la serrure, il n'y touche pas, il reste prostré, assis dans la position du Lotus bleu et il médite. Il a l'air bien sombre.
- Bon OK, on va consulter. Si ça ne vous ennuie pas, je vais d'abord me changer.

***

De fait, quand j'ai chopé Petiot, il était en bleu de travail. Depuis qu'il s'est acoquiné avec Louis Capet, ils ont monté un atelier de serrurerie. L'ancien roi lime et le caustique soude.

Il a enfilé une blouse blanche et s'est collé un bougeoir sur le front. Il a tapé trois coups à la porte.
- Monsieur Dieu ? Vous êtes là ? Vous existez encore ? Vous n'êtes pas tombé dans le trou ?
- Foutez-moi la paix, a rugi Dieu. Je n'ai pas besoin de vous, Petiot, ni de personne d'autre. Et puis d'abord je suis iatrophobe.
- Connaissant moi-même très bien mon lourd passé, je vous comprendrais presque mais figurez-vous que de mon vivant je ne vous ai rien fait, ni à vous, ni à ceux de votre confession.
- C'est du passé, n'en parlons plus. Je dis ça, c'est surtout rapport à Adam et Eve. S'ils ne s'étaient pas mis en tête de jouer au docteur, on ne se serait jamais retrouvés coincés, Miquelon, Saint-Pierre, les Archanges et moi, dans cette administration inepte à tenir des listes et établir des statistiques d'entrée au Paradis de paroissiens pas forcément tous très catholiques et malheureusement quasiment tous mélomanes...
- Je ne demande qu'à vous aider, moi, monsieur Dieu. Vous me semblez allez très mal. Pouvez vous me décrire votre saint homme ? Pardon, vos symptômes ?
- ... Et pendant qu'on bosse comme des malades, poursuit Dieu qui n'a écouté que sa voix intérieure, les bienheureux passent leur vie éternelle à chanter des inepties et à lire les magazines idiots qu'on nous envoie d'en bas !
- Ben quoi ? On l'a bien mérité, quand même, notre Paradis, non ? Si vous croyez que c'était drôle tous les jours sur Terre, fallait y rester dans votre Eden Park et montrer plus de savoir-faire policier ! Ils n'attendaient peut-être que ça, Adam et Eve ?
- Même à cette époque-là, on ne pouvait faire confiance à personne !
- En attendant vous voulez qu'on fasse quoi, ici ? Y'a même pas un jeu de cartes ! Il pourrait même y avoir 72 vierges ou 72000, vu qu'on n'a plus de sexe, ça nous ferait une belle jambe de bois, comme à Arthur Rimbaud ou au capitaine Achab. Et puis cette idée aussi, de mettre tous les bouquins au pilon !
- …
- Monsieur Dieu ? Vous m'ouvrez ? Je ne vous demande rien, moi, juste d'ouvrir la porte, la bouche et de dire « 666 ».

Le Créateur est demeuré silencieux et Petiot a établi son diagnostic en regardant par le trou de la serrure. Il est reparti chez Saint-Pierre en chantonnant le succès de Pauline Carton dans l'opérette « Pas sur la bouche ».

***

- Alors ? » a demandé Saint-Pierre.
- Alors il n'y a pas besoin d'être psychanalyste ni sorcier pour voir que votre factotum est à bout ! Ah ah !
- Pourquoi ça vous fait rire, ça ?
- Parce que « factotum est à bout » ca me fait penser à "Totem et tabou". Freud ! Freude ! Freude schönes Götterfunken Tochter aux Elyseum Wir betreten feuertrunken, Himmlische, dein Heiligtum!
- Arrêtez, Petiot ! Vous savez bien que nous autres, fonctionnaires, nous sommes métrophobes ; nous craignons la poésie. Qu'est-ce que vous me conseillez de faire pour le guérir de son coup de calcaire ?
- Je ne sais pas, moi. Payez-lui des vacances !
- Des vacances ? Où voulez-vous que je l'envoie, moi ? Vous êtes drôle, vous !
- Pas en Tunisie toujours ! Ou si, pourquoi pas ? N'importe où, du reste ! Je serais vous, je le renverrais faire un tour là en bas. Ca fait combien de temps qu'il n'est pas allé voir là-bas si j'y suis ?
- Ah ça, fait Saint-Pierre, ça fait un paquet de vos siècles ! Mais vous savez que vous n'êtes pas con, vous, quand vous voulez ? On ne saurait pas ce qu'on sait sur votre compte, on vous ferait presque confiance.
- C'est vous qui voyez. Moi de toute façon, je n'ai plus rien à vendre et j'ai du taf qui m'attend chez Loulou. Il m'apprend à fabriquer des clefs de fa !

***

En arrivant devant la porte du cabinet de Dieu, Saint-Pierre tombe nez à cul avec Louis XVI qui reluque l'Eternel à travers le trou par lequel on connaît tout. Il est en train de lui balancer sa traditionnelle jérémiade :
- Dites, Votre Grandeur, je voudrais protester une fois de plus. Je viens de recevoir un numéro de la revue « Première » Il paraît qu'il existe un univers parallèle dans lequel Marie-Antoinette ressemble à Kirsten Durst et où on bouffe des friandises à longueur de journée. Et justement, Versailles, côté bouffe ça n'a jamais été royal comme ça ! Ma Toinon à moi était moins canon. La preuve que j'avais raison de lui garder un chien de ma chienne à l'Autrichienne, c'est que vous ne l'avez pas fait grimper jusqu'ici. Tant mieux, remarquez ! Mais c'est pas pour dire, de mon vivant, j'aurais mieux aimé me fendre la pipe que la cafetière. Ca serait-y un effet de votre bonté que de m'offrir une second life en remerciement de tout ce que j'ai fait jadis pour le maintien de la royauté et de votre plus grande gloire ? Quand on voit les mini-monarques que vous avez mis sur le trône de France pour me succéder, je trouve que je n'ai pas démérité. Je ne comprends pas pourquoi ma carrière a été coupée court alors qu'il n'y avait même pas d'instituts de sondages à l'époque ! Et peut-être même que chez la mère Coppola j'arriverais à trisser jusqu'au-delà de Varennes avec ma reine ?
- Ah ben toi, mon cochon, tu as de la fuite dans les idées, décrète Saint-Pierre en lui bottant les fesses. Dégage de là, Capet, et laisse-moi causer à Dieu, on a des affaires à régler. Un voyage autrement plus intéressant à discuter. De toute façon, on t'a déjà expliqué que tu ne peux pas reprendre l'ascenseur pour retourner à l'échafaud.

Quand l'autre a dégagé tel un Ben Ali les poches pleines,  Saint-Pierre reprend son souffle.
- C'est vrai qu'on n'est pas aidés ici, Seigneur Dieu, avec  tous ces gens qui ont perdu la tête !
- Parce que tu crois qu'Abélard est plus supportable ? répond Dieu en sortant.

***

Finalement, Dieu a accepté l'idée de Petiot. Il a juste eu un mouvement de recul au moment de prendre l'ascenseur. Non qu'il fût claustrophobe, ça se saurait, mais parce qu'un académicien en costume d'apparat vert avec bicorne en sortait justement. Le vieux débris chantait déjà un truc qui colle encore au coeur et au corps. Et Jean Dutourd chantait : « La petite Emilie ».

Dieu souffrait réellement d'immortélophobie et même de mélophobie mais à la vue d'un tel phénomène, et sachant tout ce qu'ils avaient déjà vécu ensemble auparavant, Saint-Pierre lui attribua bien volontiers les circonstances exténuantes.

(Ceci était, bien entendu, un autre extrait de "Dieu s'ennuie le dimanche")

28 janvier 2011

C'est-y du Lare ou du cochon ?

100516A_007De la fenêtre où ne pas naître
On peut voir le feu naître
Qui attise la question
Du pourquoi des volets
Sinon pour dérober
Au regard des curieux
Ce que l'on a volé.

De la persienne d'Aragon
Persienne
Persienne
Persienne
Perd sienne
On voit sombreros et mantilles

Et les danseurs de séguedille

Qui ramassent et comptent leurs billes :

Si chacun des quatre perd « sienne »
Les voleurs, as du leurre,

Ont gagné des « leurs »

De valeur.

 

Alors ils tirent le rideau080815_673
- C'est chose A(i)zay aux ladres
Surtout dans l'Indre -
Et laissent rêver le badaud,
Le vagabond pour qui n'abondent
Que les cailloux sur le chemin.

 

Dieu banni de ces intérieurs,
Voyageant dans l'incognito
Sur cette terre incognita,
Je marche et ne m'arrête pas.
S'ils ont laissé les volets clos,
S'ils ont tiré la mousseline,
Baissé les stores, c'est à raison.

 

S'ils abritent dans leur maison
Leur peur de l'autre et leurs vieux crimes
Derrière d'épaisses jalousies
C'est qu'ils n'en sont que les victimes.

 

Ce que je comprends mal
Chez ce drôle d'animal
C'est qu'il se pose alors devant
Un grand ou un petit écran
Qui lui dévore tout son temps.

 

(Extrait de « Dieu s'ennuie le dimanche et s'emmerde les autres jours, sans compter qu'il se fait chier le reste du temps et qu'avec un titre aussi long ça ne va pas être simple de trouver un éditeur pour ce roman-puzzle que je ferais mieux de publier en feuilleton sur le Défi du samedi et/ou ailleurs » par Joe Krapov)

21 janvier 2011

Une rupture de taille X Ixelles (Joe Krapov)

Ma chère Isabelle

Il m’a tiré dessus, ce con ! Avec une vraie balle d’un vrai revolver ! Tu parles d’un impair ! Il n’est pas près de me revoir ! Heureusement il n’a touché que mon poignet gauche. Ca a beaucoup saigné mais le médecin a dit que ça restait superficiel. Il n’empêche, pour l’instant le bandage est très voyant.

Je t’écris du train qui me ramène de Bruxelles à Paris. Je joins à cette lettre une carte postale représentant l’étang d’Ixelles. De Paris, je gagnerai Marseille.

101227_011Quand je pense que tout cela est parti d’une minuscule et ridicule tradition d’hospitalité belge, j’en rigolerais presque. Je sais bien qu’il y avait de l’eau dans le gaz entre Paulo et moi et c’est d’ailleurs pour nous rabibocher un peu que je l’avais rejoint ici. Mais dans la chambre de l’hôtel Blanc, ça a recommencé. Sur la table près du lit, il y avait une petite pochette verte. Paulo s’est jeté dessus, l’a ouverte et il est entré aussitôt dans une de ces phases de méditation mystique dont j’ai foncièrement horreur. Bien sûr il a encore sorti son cahier et il a commencé à noter ses réflexions autour du truc.

Ce n’est pas pour débiner mais moi, quand je viens dans une ville étrangère, ça n’est pas pour jouer au poète inspiré par deux carrés de chocolat et qui du coup, n’entend plus sortir de sa chambre avant d’avoir pondu une romance entière là-dessus. J’avais fait le voyage en train, je crevais la dalle et j’avais envie d’aller faire un tour dans les petites rues qui entourent la grand’place. Je lui ai proposé de venir avec moi mais Môssieu Paul a préféré rester là à taquiner sa muse.

101227_012Dans l’auberge où j’ai déjeuné, je me suis levé un charmant minet. Nous avons vite sympathisé, nous sommes allés chez lui et je lui ai fait son affaire bien comme il faut. Ensuite il m’a fait visiter la ville, charmante au demeurant, et sur la fin de l’après-midi je suis allé retrouver Paulo à l’hôtel. Il avait écrit une espèce de valse hésitation autour du gingembre et de la lavande, des choses, qui, je l’espère, ma chère sœur, ne te froisseront pas. Cela me semble relever, d’ailleurs, si pas du jésuitisme, au moins du plus pur catholicisme et Dieu sait si Paul et toi avez en commun d’être très friands de cela !

« Que faire devant un tel dilemme
Laisser choisir celui qu’on aime ?
S’il choisit la lavande et la tranquillité
Saurez-vous faire croix sur la lubricité
Et remettre à plus tard l’appel de Volupté ?

Si, malgré la blancheur étrange de la chambre
Il choisit la luxure, opte pour le gingembre,
Serez-vous en état d’honorer promptement
Son vil désir d’accouplement ?

S’il mange l’un, vous laissant l’autre,
Comment se mettre au diapason ?
Les chocolats du bon apôtre
Mettent le diable en la maison !

La solution la plus cruelle,
Mais la plus juste en vérité
Serait de mettre à la poubelle
Ce cadeau qui génère tant de perplexité

Ou, solution la plus gourmande,
De les avaler tous les deux.
Tant pis si l’on nous réprimande
Quand nous passerons devant Dieu,
Ce n’est pas là un crime odieux
Que d’aimer le gingembre et aussi la lavande !"

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- Il y a trois trucs qui ne vont pas ! » ai-je dit à Paul
- Ah bon ? Et quoi donc, Tutur ?
- D’une ce ne sont pas des chocolats, ce sont des préservatifs. Et de deux la position des pieds ne correspond pas réellement à nos pratiques. Et de trois, tu n’as pas préféré l’impair !

C’est à ce moment-là qu’il m’a tiré dessus. Il est fou ! Un vrai pédé, ce type ! Il a failli me faire deux trous rouges au côté droit ! Je crois que ce coup-là m’a dégoûté à jamais de la littérature et des littérateurs ! J’en ai assez soupé de ces ambitions-là ! De Marseille je gagnerai l’Afrique, on peut y faire du commerce de manière bien plus lucrative. Je crois de toute façon que je n’étais pas vraiment doué pour la poésie et que, après toutes les souillures de ces dernières années, ça n’aurait pas plu à maman que je laisse notre nom dans l’histoire littéraire.

Quant aux sanglots longs et monotones de Paulo au violon, aussi vrai que je m’appelle Rimbaud, ça me fait une belle jambe, désormais !

Je t’embrasse, chère sœur !

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L'étang d'Ixelles en 1873 (Daguerréotype d'Isaure Chassériau)

15 janvier 2011

Tracteur nantais

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14 janvier 2011

Allô, Adrienne ? Pourquoi tu tousses ?

- Excusez-moi, madame l'épicière, mais à l'intérieur de cette boîte je n'ai trouvé ni crabe ni pinces d'or !

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- Ah bon ? Mais il ne fallait pas l'ouvrir ! Vous avez trouvé quoi à l'intérieur ? Du sucre en poudre ?
- Non, de la schnouf d'ecclésiastique !

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- Ecoutez monsieur Krapov, je crois que vous ne comprendrez jamais grand chose à l'art. Si la religion est l'opium du peuple, l'art est celle de l'élite. Voulez-vous, en guise de dédommagement, que je vous offre un tire-bouchon ?
- Moi, vous savez, je ne bois que de la Chimay bleue, de la Zubrowka ou de l'eau plate. Un décapsuleur, peut-être, plutôt ?
- C'est comme la boîte de crabe, ce n'est pas utilitaire, c'est de l'art. Choisissez votre modèle... et foutez le camp !



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Photos prises à Bruxelles en décembre 2010

5 janvier 2011

Le Monomalpoly des Papous (Joe Krapov)

Le Monomalpoly des Papous est un jeu inspiré d'une émission dominicale de France-Culture. Il est tout à fait possible que vous ne connaissiez pas France-Culture car c'est la radio officielle du FBI (le FaceBook des Intellos) et c'est vrai que ça n'a pas grand chose à voir avec les émissions de téléréalité ni avec la presse « people ». Par contre, en tant que futur étudiant(e) en économie des périodes de crise, il est essentiel pour vous de connaître les règles du Monomalpoly.

Le jeu est composé d'un plateau circulaire où sont représentés, vus de dessus, différents studios de la maison ronde qui abrite l'ORTF, 116, avenue du président Kennedy, Paris 16e, de quatre pions de couleurs différentes et de deux séries de cartes. Le dos des cartes « Malchance » représente un cyclope qui se met le doigt dans l'oeil jusqu'au coude. Le verso des cartes « Caisse de singularité » représente un masque de Venise en blazer. Au recto les cartes « Malchance » indiquent une épreuve à réaliser et les cartes « Caisse de singularité » proposent deux mots qui n'ont rien à voir ensemble comme, par exemple, « Moloch » et « pistache ».

Le premier joueur lance les dés, compte les points et avance son pion d'autant de cases qu'il veut sur le plateau. Il tire une carte « Malchance » et une carte « Caisse de singularité ». Les second, troisième et quatrième joueurs font pareil. Quand chacun est doté de deux cartes il prend une feuille de papier et un crayon et essaie de réaliser  ce qui lui est demandé par les deux cartes. On a un quart d'heure devant soi et on sent bien, derrière, la pression du désir de qualité littéraire.

A titre d'exemple voici quelques unes des épreuves que l'on peut être amené à réaliser pendant l'heure et quart que dure le jeu. Toutes les parties durent en effet une heure et quinze minutes.

Ecrire des bouts rimés à partir des mots qui riment avec « atlante » et « suspension ». Ca peut donner:

« LE CANCRE MOU »

Sur les cariatides, en la ville de Nantes,
On voit le grand balcon de l'ancienne pension
Où Jules Verne rêvait d'épopées exaltantes
Dans des mondes lointains, toujours en expansion.

Sa copie d'SVE, oeuvre de dilettante,
Restait pendant ce temps un peu en suspension,
Bloquée sur cette idée à vrai dire navrante :
« Si mon oncle n'en avait pas, on l'appellerait Atlante »


Ecrire, à l'exemple de Raymond Roussel, une homophonie approximative de « otage des fortifications ». Il y a par exemple « potage des mortifications » ou « Cottage des nidifications ». Imaginer l'histoire qui mène de l'une mise au début du texte à l'autre mise à la fin.

Exercices de style : écrire sous forme de dialogue de théâtre, de nouvelle policière, de fable de La Fontaine ou de tout autre chose la scène suivante : une dame dont le mascara coule quand elle rit ou quand elle pleure reçoit un coup de téléphone. Sa correspondante lui demande ce que c'est que « l'autobus S ». Plus tard elle est à la caisse du supermarché et engage la conversation avec un historien belge qui lui fait du rentre-dedans avec son caddie.

Du côté de chez Signe : faire le portrait d'une personne dont le signe astral est « rez-de-chaussée » et dont l'ascendant est « autobus ».

Etat de chose : vous êtes une suspension et ça fait des lustres que personne ne vous a écoutée. Racontez votre vie en y glissant les mots « Iowa » et « Lorraine ».

Les grands airs des aires de repos : sur l'autoroute des vacances, vous vous êtes arrêtés sur l'aire de Moloch. Expliquez pourquoi on appelle ainsi ce lieu. Racontez ce qui s'est passé ici de remarquable.  Résumez ensuite votre histoire sous la forme d'une chanson sur un air connu.

Experts contre faussaires : pour les faussaires, réécrivez les phrases de début et de fin d'un roman peu connu d'un auteur célèbre. On mélange vos tentatives avec l'original et les experts doivent retrouver qui a écrit quoi.

Diagnostic littéraire à l'aveugle : en vous aidant de votre intuition, essayez de deviner quel auteur célèbre a écrit ce texte méconnu :

«  La jeune femme avait franchi les fortifications. Après les portes mordelaises, le pavé de la ville devenait glissant. Au coin de la rue du Chapitre et de celle de la Psallette un Arlequin aux yeux bleus derrière son masque noir invitait à entrer dans une pizzeria au rez-de-chaussée d'une maison à pans de bois. L'inconnue se souvint qu'ici, jadis, un étudiant avait été pris en otage par une serveuse de crêperie que l'on disait plus belle que la reine des Atlantes. Quand elle arriva en vue de la place du Calvaire elle eut l'intuition que quelque chose de bizarre allait se produire... (Ici, des points de suspension).
A l'entrée de l'ancien cinéma Gaumont un cerbère borgne filtrait les entrées. Le Cyclope ouvrait l'oeil et le bon. Il eut soudain l'air effaré en voyant devant lui la jeune femme vêtue de rose et coiffée de macarons.
- Isaure Chassériau ? Vous ici ? Alors comme ça vous aussi vous aimez la musique d'Ivan Le Moloch et de ses potes les gitans ? »


Sans oublier les lettres inattendues : imaginez la lettre que pourrait écrire le Cyclope de l'Odyssée à Jean-Marie Le Pen en y insérant les mots « borgnes » et « rois ».

Vous l'aurez compris, le Monopoly des Papous peut se jouer tout seul comme à huit ou à dix ou à plus, cela même sans pions, sans dés ni plateau de jeu. Quand c'est comme cela, on l'appelle « atelier d'écriture ». Personnellement, ça fait plus de douze ans que j'y joue toutes les semaines et je ne m'en lasse pas. Je pousse même le vice jusqu'à écouter l'émission originale «Des Papous dans la tête» chaque dimanche à 12 h 45 sur France-Culture, la radio du FBI. Amusez-vous bien vous aussi ! Comme dit le poète Charles Trénet, "Il suffit pour ça d'un peu d'imagination !".

P.S. Tout ce texte était en fait une Publipapoucité ! Y a de la mise en abyme au château !

26 décembre 2010

Après les douze coups de minuit (Joe Krapov)

Avec un 2 et deux 1, si j'ajoute un 0, ce qui ne me coûte pas grand chose, je peux obtenir

2011


C'est une année que je vous souhaite bonne et heureuse,
pleine de couleurs, de bonheurs et de bonne humeur !


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Profitez bien de ses douze mois !

17 décembre 2010

Les rois du pétrole (Joe Krapov)

- Ah si j’étais riche ! Eh bien quoi ? Ne le suis-je pas déjà ? Riche du rêve de Belgique à la Noël, de trois jours à l’aventure ?
- Tout de suite, je pense à Tintin !
- Riche des images à venir dans l’appareil photo qui m’est tombé du ciel ?
- Je note : Joe Krapov a déjà reçu un appareil Olympus étanche en prostituant sa libellule buveuse d’eau pour un concours de photographie.
- Riche des commentaires que je trouve déposés sous mes diverses bêtises ?
- Une biographie de Jules César ?
- Riche de toute cette vie en vrai qui m’est un tel trésor que, par superstition ou crainte de le perdre, j’évite d’en parler ?
- Qu’offrir à un sentimental ? Une boîte à musique ?
- Et quand bien même nous serions pauvres…
- Ah non, ne dîtes pas ça, Joe Krapov ! A chaque fois que vous publiez quelque chose sur le Défi du samedi, ça se réalise !
- Ah bon ?
- Mais oui ! Trois jours après que vous avez écrit « Coupez leur l’électricité et leur vie en sera changée » il y a eu une coupure de courant chez vous et la boîte qui vous relie à l’Internet a flambé !
- Oui, c’est vrai. Je suis obligé d’envoyer ma contribution du boulot, en cachette, et je passe des samedis sans joie ! Mais il n’empêche, je ne veux pas devenir riche. En tout cas, pas plus riche que je ne suis déjà, Père Noël !
- J’entends bien, mais moi j’ai obligation de vous faire un cadeau !
- Pour quoi faire ? Toutes les cinq minutes M. Hayjtyla vient pousser la porte de mon bureau pour me persuader qu’on est les rois du pétrole. C’en est au point que j’ai décidé de le rebaptiser Kusturica !
- Kusturica ? Pourquoi ?
- Parce que l’Emir !
- OK, je note. Pour Joe Krapov une édition de « Tintin au pays de l’or noir » en gallo !

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- Finalement, je n’ai pas besoin d’être riche ! On est tellement les rois du pétrole qu’il ne referme jamais ma porte et que, du coup, je chauffe les mouettes du couloir ! Et puis c’est vrai que j’ai déjà un million et demi d’euros entre les mains chaque année !
- Ils ne sont pas à vous, vous ne faites que les compter !
- C’est vrai, mais c’est bien aussi, non, d’être désintéressé ?
- Je ne sais pas si c’est de travailler dans un rez-de-jardin ou quoi mais je trouve que vous manquez d’ambition, comme cave ! Moi, des types qui comptent les pesetas sans pouvoir en mettre une dans leur poche, je trouve ça pauvre, comme job !
- Vous ne me referez pas, Père Noël ! Je ne crois pas en vous !
- Allez c’est noté, Joe Krapov ! Vous avez tort ! Il y aura quand même quelque chose dans vos chaussons le 25 ! Sur ce, je vous dis « A l’année prochaine ! ».

Le Père Noël remet son keffieh, remballe son Blackberry et remonte dans sa limousine noire tirée par des rennes-vapeur puis il s’en retourne vers sa verte Finlande où l’attendent les 72 vierges qui se relaient au long de l’année pour emballer ses cadeaux et tenter de guérir sa déprime de nanti.

P.S. Lui non plus n’a pas fermé la porte. En allant la repousser, Joe Krapov s’est demandé s’il a eu raison de vouloir faire Tintin plutôt que de commander un Spirou : peut-être bien qu’un groom ce ne serait pas mal, non plus ?

9 décembre 2010

Mirliton amoureux d’Ekila (Joe Krapov)

Qu’on me coupe la tête si je mens
Mais mon amante est carrément
La plus belle des triangulaires
Avec qui s’envoyer en l’air

(Ceci n’est qu’une hypothé(nu)se :
Depuis le temps qu’elle se refuse,
Pour Dieu seul sait quelle raison,
Le « non » semble sa religion)

Mais ce soir, dans mon escarcelle
Je compterai cette isocèle !
Derrière l’église, contre un mur,
Elle m’a promis de conclure.

A l’avance je me régale
D’entendre, ô Ekila, tes râles !
Je ferai preuve d’endurance
Quitte à bramer dans le silence
Que c’est là le rût(e) finale.

Dans mes plus fous espoirs je rêve
Que tu demandes « Bisse ! », actrice.
Jusqu’à c’ que le soleil se lève
Je te comblerai o mon Eve
Et puis après bien sûr, je trisse !


N.B. Cliquez sur le triangle pour voir la photo d’Ekila

Triangle_des_bermudes

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