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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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1 avril 2012

Ca se passe dans un paradis sur la terre, une

DDS 187 drapeau_canada_1_Ca se passe dans un paradis sur la terre, une contrée de grands lacs, de forêts profondes. Le gibier abonde, on peut le suivre à la trace dans la neige, poser des collets, tirer le caribou ou, plus original, l'orignal au fusil. On commence à situer ?

On récolte la sève sur le tronc des érables pour en faire du sirop et la feuille de cet arbre a fini, elle aussi, par coller au drapeau. La région est vaste, peu peuplée, sauvage au possible et pourtant, la perfection n'étant pas de ce monde, Georgette Pérec est bien en peine.

A l'inverse du sieur Juvet, roi de la disco des années 80 ("Où sont les femmes ?", c'est lui), elle se demande : « Où sont les mecs ? ». Ces pleutres se calfeutrent : ils s'avèrent incapables de remédier à l'état de siège. Il est impossible en effet de sortir de Silène de Mont-Louis, leur village, car un monstre sanguinaire terrorise les passants sur la route menant à la bourgade. Il ne réclame ni brebis ni fille de roi, il dévore tout le monde, ce gros insecte rançonneur, les entrants comme les sortants.

- A grand mal, grand remède ! Prenons notre destin en mains nous-mêmes, les filles ! a déclaré Georgette Pérec. Le moment de mettre fin à la vie de ce tourmenteur sur pattes est arrivé !

L'aimable Canadienne enfile sa canadienne et prend sa canadienne car il lui faudra bien plus d'un jour de route pour atteindre l'ennemi.

DDS 187 aiguiser- Tu vas camper au bord du lac ? lui demande son amie Madeleine Basdelaine. Caaalice ! J'irais bien avec toi mais j'suis ben trop molle du genou ces temps-ci !

- Crisse de Tabarnac ! Je m'en vas l'assassiner, ce dragon ! J'ai entendu une jolie tune d'un nommé Daniel Lejeune dans mes écouteurs. Ca dit ceci : « Je sais une ville au nord de l'Ontario. J'ai là des souvenirs de jours paisibles et bienfaisants. Si jamais j'ai besoin de me ressourcer, je retourne vers elle de manière à renaître. » Moi aussi, Madeleine, je rêve de voir cette ville et des tas d'autres endroits du monde où l'on s'amuse sûrement beaucoup et pour cela, ben, il faut nous débarrasser de c'tenflure de maringouin géant !

- Je t'admire Georgette, mais comment vas-tu faire pour venir à bout de c't affaire ?

- Je vais d'abord affûter mes outils et je l'amadouerai en lui balançant l'air du gars Daniel. Il m'écoutera et pis au moment où lui aussi se sentira « désemparé et sans aide » je lui collerai un grand coup d'ma cognée en gueulant « Timber » ! D'ordinaire j'sus contre la violence mais là, t'avoueras, elle est nécessaire. Comme le maudit gouvernement ne veut pas s'emparer du problème, c'est à nous de le régler, non ?

DDS 187 090819_030


Ainsi fit-elle. Elle se mit en route et parvint face au monstre dans le milieu du troisième jour de son périple. Le gros diptère était au milieu du sentier en train de se taper une broue avec une paille.


Georgette posa sa guitoune, entama sa tune, la bête l'écouta puis, comme un ouragan, la routarde lui monta au pif et, vengeresse, lui planta le fer dans l'antepronotum, lui coupa la somite et la culicida du Gregor Samsa du démon clamsa ! Un coup d'aiguille et le dommage était causé, la cause gagnée et morta la vaca !


***


Depuis ce jour, grâce à la courageuse Georgette Pérec, les maringouins de cette partie du Canada où l'on parle encore le français ont tous rapetissé, ne voulant pas connaître le sort réservé au clone de la bestiole pragoise par notre personnage de maîtresse-femme. Ils sont maintenant tout petits et, pour tout dire, inoffensifs. De plus on trouve auprès de tout bon dépanneur de l'endroit de la crème efficace et des voiles de tulle à se mettre par-dessus la tête pour se protéger des bibittes.

En souvenir de Georgette Pérec, de sa force d'âme, de son regard bleu vosgien et de sa victoire sur le maringouin géant, les générations suivantes ont inventé la journée internationale de la femme. Le 8 mars de tous les ans, on a désormais pour coutume là-bas d'offrir à sa porteuse de brassière d'amour, à sa blonde ou à son agace-pissette préférée une brassée de mignonnes fleurs bleues dont j'ai oublié le nom. Je sais, je n'aurais pas dû. Ce sont peut-être des « Forget-me-not » ? Ca justifierait mon trou de mémoire !

Cette jolie légende aurait pu bien se terminer mais c'était sans compter sur Groscouillu Joliesgosses, le dieu des coupeurs de bois du Canada et des porteurs de pourpoints en tissu écossais et bonnets de castor.
Pour se venger de l'outrecuidance féministe de Georgette et de ses pareilles, pour réparer l'outrage du ravalement de la gent masculine de la région au rang de lopettes indéfendables, Groscouillu Joliesgosses dota les auteures interprètes féminines de ces coins-là d'un organe vocal à faire trembler les épicéas. Cadeau empoisonné ! Du coup on ne comprend même plus, tant elles gueulent, les paroles de leurs bluettes !
Depuis-ce jour, moi-même, je préfère le maringouin de Silène au baragouin de Céline. Comme je dis à mon épouse dans notre vieille automobile : "C'est Dion, tourne le bouton ".

DDS 187 je me souviens


Pour se souvenir davantage encore de Georgette Pérec, « je me souviens » est devenu la devise de cette partie du monde et Mme Marie Travers, dite la Bolduc, a composé et interprété une gaudriole intitulée « Les maringouins ». Si ça vous dit de la turluter avec moi et d'entendre mon ruine-babines à fausses notes, c'est ici !

 

 


Ce texte a été écrit sans utiliser les lettres H,K,Q,W,X,Y et Z.


 

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30 mars 2012

Quoi de neuf ? Pérec !

DDS 187 drapeau_canada_1_Ca se passe dans un paradis sur la terre, une contrée de grands lacs, de forêts profondes. Le gibier abonde, on peut le suivre à la trace dans la neige, poser des collets, tirer le caribou ou, plus original, l'orignal au fusil. On commence à situer ?

On récolte la sève sur le tronc des érables pour en faire du sirop et la feuille de cet arbre a fini, elle aussi, par coller au drapeau. La région est vaste, peu peuplée, sauvage au possible et pourtant, la perfection n'étant pas de ce monde, Georgette Pérec est bien en peine.

A l'inverse du sieur Juvet – rien à voir avec Louis ! -, elle se demande : « Où sont les mecs ? ». Ces pleutres se calfeutrent : ils s'avèrent incapables de remédier à l'état de siège. Il est impossible en effet de sortir de Silène de Mont-Louis, leur village, car un monstre sanguinaire terrorise les passants sur la route menant à la bourgade. Il ne réclame ni brebis ni fille de roi, il dévore tout le monde, ce gros insecte rançonneur, les entrants comme les sortants.

- A grand mal, grand remède ! Prenons notre destin en mains nous-mêmes, les filles ! a déclaré Georgette Pérec. Le moment de mettre fin à la vie de ce tourmenteur sur pattes est arrivé !

L'aimable Canadienne enfile sa canadienne et prend sa canadienne car il lui faudra bien plus d'un jour de route pour atteindre l'ennemi.

DDS 187 aiguiser- Tu vas camper au bord du lac ? lui demande son amie Madeleine Basdelaine. Caaalice ! J'irais bien avec toi mais j'suis ben trop molle du genou ces temps-ci !

- Crisse de Tabarnac ! Je m'en vas l'assassiner, ce dragon ! J'ai entendu une jolie tune d'un nommé Daniel Lejeune dans mes écouteurs. Ca dit ceci : « Je sais une ville au nord de l'Ontario. J'ai là des souvenirs de jours paisibles et bienfaisants. Si jamais j'ai besoin de me ressourcer, je retourne vers elle de manière à renaître. » Moi aussi, Madeleine, je rêve de voir cette ville et des tas d'autres endroits du monde où l'on s'amuse sûrement beaucoup et pour cela, ben, il faut nous débarrasser de c'tenflure de maringouin géant !

- Je t'admire Georgette, mais comment vas-tu faire pour venir à bout de c't affaire ?

- Je vais d'abord affûter mes outils et je l'amadouerai en lui balançant l'air du gars Daniel. Il m'écoutera et pis au moment où lui aussi se sentira « désemparé et sans aide » je lui collerai un grand coup d'ma cognée en gueulant « Timber » ! D'ordinaire j'sus contre la violence mais là, t'avoueras, elle est nécessaire. Comme le maudit gouvernement ne veut pas s'emparer du problème, c'est à nous de le régler, non ?

DDS 187 090819_030


Ainsi fit-elle. Elle se mit en route et parvint face au monstre dans le milieu du troisième jour de son périple. Le gros diptère était au milieu du sentier en train de se taper une broue avec une paille.


Georgette posa sa guitoune, entama sa tune, la bête l'écouta puis, comme un ouragan, la routarde lui monta au pif et, vengeresse, lui planta le fer dans l'antepronotum, lui coupa la somite et la culicida du Gregor Samsa du démon clamsa ! Un coup d'aiguille et le dommage était causé, la cause gagnée et morta la vaca !


***


Depuis ce jour, grâce à la courageuse Georgette Pérec, les maringouins de cette partie du Canada où l'on parle encore le français ont tous rapetissé, ne voulant pas connaître le sort réservé au clone de la bestiole pragoise par notre personnage de maîtresse-femme. Ils sont maintenant tout petits et, pour tout dire, inoffensifs. De plus on trouve auprès de tout bon dépanneur de l'endroit de la crème efficace et des voiles de tulle à se mettre par-dessus la tête pour se protéger des bibittes.

En souvenir de Georgette Pérec, de sa force d'âme, de son regard bleu vosgien et de sa victoire sur le maringouin géant, les générations suivantes ont inventé la journée internationale de la femme. Le 8 mars de tous les ans, on a désormais pour coutume là-bas d'offrir à sa porteuse de brassière d'amour, à sa blonde ou à son agace-pissette préférée une brassée de mignonnes fleurs bleues dont j'ai oublié le nom. Je sais, je n'aurais pas dû. Ce sont peut-être des « Forget-me-not » ? Ca justifierait mon trou de mémoire !

Cette jolie légende aurait pu bien se terminer mais c'était sans compter sur Groscouillu Joliesgosses, le dieu des coupeurs de bois du Canada et des porteurs de pourpoints en tissu écossais et bonnets de castor.
Pour se venger de l'outrecuidance féministe de Georgette et de ses pareilles, pour réparer l'outrage du ravalement de la gent masculine de la région au rang de lopettes indéfendables, Groscouillu Joliesgosses dota les auteures interprètes féminines de ces coins-là d'un organe vocal à faire trembler les épicéas. Cadeau empoisonné ! Du coup on ne comprend même plus, tant elles gueulent, les paroles de leurs bluettes !
Depuis-ce jour, moi-même, je préfère le maringouin de Silène au baragouin de Céline. Comme je dis à mon épouse dans notre vieille automobile : "C'est Dion, tourne le bouton ".

DDS 187 je me souviens


Pour se souvenir davantage encore de Georgette Pérec, « je me souviens » est devenu la devise de cette partie du monde et Mme Marie Travers, dite la Bolduc, a composé et interprété une gaudriole intitulée « Les maringouins ». Si ça vous dit de la turluter avec moi et d'entendre mon ruine-babines à fausses notes, c'est ici !

 

 

P.S. Les lecteurs assidus et les lectrices perspicaces auront deviné qu'il s'agissait ici de « 99 dragons : exercices de style. IX, Lipogramme ».
Ce texte a en effet été écrit sans utiliser les lettres H,K,Q,W,X,Y et Z.
Quoi de neuf ? Pérec !

P.S. La photo de Georgette et Madeleine a été fournie par Joye qui est un peu leur voisine !


 

23 mars 2012

99 dragons : exercices de style. VIII, Rêve (Joe Krapov)

Oui, bien sûr, j'ai enregistré « File la laine » et « La légende » hier soir. Mais ça n'explique pas tout. Ce n'est sans doute pas pour cela que j'ai fait ce rêve étrange qui m'a réveillé à trois heures du matin.

J'étais tombé en panne et j'avais dû poser mon avion dans le désert libyen. Pas trop de bobo à l'atterrissage mais il allait falloir que je me débrouille tout seul pour réparer et repartir.

J'étais donc en train de trifouiller dans le quadrimoteur avec mes deux fois cinq doigts quand tout à coup j'ai entendu une petite voix derrière moi qui demandait :

- S'il vous plaît, dessine-nous un bazooka ?!

DDS 186 090521 423Je me suis retourné et je me suis retrouvé face à deux moutons dont un noir et un à cinq pattes.

- Un bazooka ? Est-ce que vous saurez seulement vous en servir ?

- Aucun problème, Red baron ! On a fait nos classes. Je suis le lieutenant Pascal Panurge et celui-ci est le sergent Ovid D. Sheependale.

- Je ne suis pas le Red Baron, je suis le capitaine Georges Poujouly. Et d'abord, contre qui voulez-vous l'utiliser, ce bazooka, si je le dessine ?


- Contre le méchant dragon qui terrorise la contrée. Chaque jour il boulotte deux d'entre nous.


- Bêêênédicte, Bêêêlinda, Bêêêrnadette, Bêêêrthoise, Bêêêttina, Bêêêatrice, Bêêêrengère, Elisabêêêth, Bêêêthsabée, Robbêêêrta, Bêêêrénice et Bêêêrgamotte y sont déjà passées, ajouta le sergent. C'est la Bêêêrézina ! Nous ne sommes plus que deux pelés, trois tondus et une brebis galeuse. Et le roi de Silène s'inquiète, lui aussi !


- Pourquoi ? Le dragon bouffe aussi les rois et se tire avec la galette ?


- Quand tout le troupeau aura été décimé, il y a de fortes chances pour que le monstre réclame de bouffer ses jeunesses. Il aime tout ce qui gigote.

DDS 186 091114 088Tout en les écoutant dérouler leurs doléances de cette façon un peu bébêêête, j'avais continué mes réparations. Je fermai le capot, m'installai aux commande, tournai la clé. Miracle, les hélices se mirent à tourner. J'allais pouvoir repartir et mener « Le petit prince », mon avion chéri, vers d'autres aventures.

- Mon capitaine... Très saint Georges Poujouly... Ne nous abandonnez pas ! Vous êtes notre seul espoir. Tous ces bêêêllâtres de chevaliers qui entourent le roi n'oseront jamais aller affronter la Bêêête du Gévaudan.

- Montez ! leur dis-je, aux deux frisés défrisés. Pas besoin de long discours ni de petit dessin. Vous allez me guider vers l'endroit où sévit ce guignol, j'en fais mon affaire.

Dans son marécage boueux, il était vraiment bien hideux et si je n'étais pas intervenu, cela aurait été une plaie pour le roi de devoir donner sa fille à becqueter à cet effroyable animal.

En deux rafales de mitrailleuse, l'affaire fut réglée. On ne m'a pas surnommé l'allumeur de réverbêêêres pour des prunes - zut, voilà que j'ai attrapé le tic de langage de l'autre, maintenant - !

Le seul problème c'est que le bruit de la mitrailleuse me fit sortir de mon sommeil. Je jetai un œil au réveil à cristaux liquides de la chambre. Il indiqua deux heures, puis, tout aussitôt, trois heures. Ah oui, c'est vrai, on changeait d'heure ce week-end ! Allons bon ! Que de contrariétés ! Pourvu que je me rendorme ! J'ai horreur de découcher et d'aller lire « A la recherche du temps perdu » dans la chambre d'amis en vue de ne pas réveiller Françoise, mon épouse, et de retrouver mon cycle de sommeil.

- Ne te bile pas, Georges, me dirent Panurge et Sheependale, on va t'aider. Ca on sait faire !

DDS 186 laineIl y avait avec eux toutes leurs brebis ressuscitées. Leur laine avait repoussé et, au lieu d'être blanche, elle était devenue multicolore. Chaque épaule d'agneau était devenue un patchwork de fils de couleurs variées savamment emmêlés. Ils se mirent en file indienne et entreprirent de sauter par-dessus une haie.

- Compte nous !

Je les comptai et effectivement, je ne fis ni une, ni deux, je me rendormis.

Au matin, quand le radio-réveil se mit en route, j'entendis Françoise, déjà levée, qui pestait contre le chien :

- Une écharpe à 32 euros, complètement déchiquetée ! Décidément, Câline, tu fais tout pour qu'on te préfère les chats !

DDS 186 120304 032Mon dragon domestique allait encore venir me secouer les puces pour que je sorte de ce lit où je me sentais si bien. Je n'allais tout de même pas lui raconter ce dont j'avais rêvé pendant le reste de la nuit ! Parce que la fille du roi, son trikini à 129 euros, je crois que je lui avais fait subir un sort aussi peu enviable ! Qu'est-ce qu'elle était jolie la sirène de Silène ! Une rousse flamboyante ! Un vrai renard du désert ! Ce n'est pas toutes les nuits qu'on apprivoise un animal pareil ! Mmmh !

Et justement, en rejetant les draps, je l'aperçois. Le trikini en lambeaux est là, à la place qu'occupe d'habitude mon épouse. Je me rappelle alors la chanson « J'ai encore rêvé d'elle et j'ai rêvé si fort que les draps s'en souviennent » du groupe « Il était une fois ».

Si Françoise la voit, cette pièce de lingerie, ça va être le martyre toute la journée pour moi, car ma bergère, native du bélier – ça ne s'invente pas – est d'un naturel très jaloux.


C'est alors que je réagis. La femme que j'ai épousée ne s'appelle pas plus Françoise que je ne me prénomme Georges et, Câline ou pas, nous n'avons pas de chien, de chat ni de mouton chez nous. A part sous le lit peut-être. Et pourquoi est-ce qu'on aurait mis le réveil un dimanche ?

A ce moment-là, le réveil sonne et je me réveille réellement. Avec ce changement d'heure, je trouve qu'on est encore partis pour de beaux décalages !

[signé : Antoine de Saint-Exubêêêrant]

13 novembre 2011

SE PAYER LA TETE DE QUELQU’UN par Joe Krapov

SE PAYER LA TETE DE QUELQU’UN par Joe Krapov

 - On avait dit quinze à l'aller et quinze au retour et j’ai pris en charge tous vos frais de mission à Moscou qui n’étaient pas rien. Comment c’était là-bas ?

- Glacial. La place rouge était vide.

- Si j’en juge par vos notes de frais, il devait à voir un joli nom, votre guide !

- Ne rigolez pas avec ça, monsieur Francis. Quand je travaille, je travaille. Je laisse la bagatelle de côté, même à l’hôtel.

- Je vous crois, je vous crois, Frédo. D’autant que, comme on dirait à Lille, vous avez fait car(l)ton plein ! Bravo ! Evidemment, vous ne me direz pas comment vous avez fait pour dérober cette pièce ?

- Nous autres cambrioleurs, nous sommes mieux avec un rossignol que sans rossignol.

- Effectivement, on peut le dire comme ça ! Voilà donc un chèque de quinze mille roubles !

- Vous rigolez ou quoi ?

- Bien sûr, que je rigole ! Quinze mille euros, comme d’habitude, Frédo.

- Merci, M’sieur Francis.

- La prochaine mission est dans cette enveloppe. Même tarif, quinze et quinze plus les frais de séjour. C’est à Mexico cette fois.

- Arriba, Arriba ! C’est comme si c’était fait, M’sieu Francis.

 ***

Mais comment donc Frédéric Chassériau, dit Frédo-la-Belle avait-il pu faire pour pénétrer dans le Musée RKK Energia et y subtiliser cet élément majeur de la collection d’aéronautique ? L’espèce de grosse sphère contenant un visage trônait maintenant dans le bureau ovale de Francis Carcopino. Elle en constituait désormais la pièce majeure et la plus effrayante parmi un bric-à-brac hétéroclite d’apparence qui allait d’une chaussure de Nikita Khroutchev à une pipe que Joseph Staline avait cassée en 1953 en passant par la casquette du gardien de buts Lev Yachine. Il y avait aussi une dynamo que Frédo avait ramenée jadis de Kiev et un album de photos ayant appartenu à Léonid Brejnev : toute une collection de jeunes filles blondes, plus ou moins dénudées, qui se prénommaient toutes Natalia et envoyaient des bécots au photographe.

On ne comptait plus dans cette pièce les matriochkas – on devrait plutôt écrire matriochki – de tailles diverses ni les bouteilles de vodka vides dans lesquelles flottait très symboliquement un brise-glace Lénine, un croiseur Aurore, un cuirassé Potemkine et même un batelier de la Volga qui avait oublié de descendre à Iasnaïa Poliana.

Une fois le cambrioleur congédié, Francis Carcopino était venu déposer dans son sanctuaire privé, sous une affiche jaunie de « Quand passent les cigognes » son nouveau trophée aussi spécial que spatial. Impressionnante quand même cette tête de cosmonaute momifiée à la peau jaune à peine parcheminée sous son casque et au sourire figé pour l’éternité. Elle lui était revenue à 90 000 euros, pour ainsi dire Peanuts. Puis il avait appelé la jeune stagiaire qu’on avait recrutée pour remplacer madame Bellazzi qui était partie se faire refaire les seins et prendre des vacances à la suite en Espagne.

- Stolitchnaïa d’amour, allez donc me chercher ce vinyle dans la discothèque !

Et maintenant, confortablement installé dans un canapé de la maison, il écoutait parmi ses trésors en fumant un cigare de La Havane « Bring me the head of Yuri Gagarin » par le groupe Hawkwind qui ne datait pas d’hier lui non plus.

MIC_111107_Yuri_Gagarin

 ***

 Le collectionneur avait ses bureaux dans la banlieue de Rennes, à Montgermont, sur la fameuse « route du meuble ». Une fois rentré en centre-ville, Frédo-la-Belle avait ouvert l’enveloppe de Carcopino puis il s’était rendu place Sainte-Anne. Là il avait descendu la rue d'Echange, traversé le parvis de l’église Saint-Etienne et pénétré dans le petit bistrot de son oncle Camille Cinq-Sens « Au vieux Saint-Etienne ».

 - Regarde donc, Agatha, qui vient nous rendre visite cet après-midi ! C’est cette petite crapule de Frédéric Chassériau, dis donc ! Alors, comment va le plus voyou de mes neveux ?

- Bien, Camille, bien. Je viens de faire une bonne affaire.

- Pas trop malhonnête, j’espère ! Parce que, je te signale, la prison des hommes, maintenant, elle est à Vezet-le-Coquin !

- Tu veux dire Vezin-le-Coquet ?

- Moi j’ai pas signé le serment d’Hypocrite, j’appelle un chat un chat quitte à rebaptiser les cités de Rennes métropole ! De toute façon, ça revient au même : c’est trop loin pour que j’aille t’y porter des oranges, sache-le !

- C’est noté, Tonton ! Mais en fait c’est de l’argent honnêtement gagné et ce grâce à toi. J’ai juste racheté à ton copain de Paris une statue de cire déclassée du Musée Grévin et j’ai revendu une pièce détachée à un collectionneur richissime et un peu gogo.

- J’ai du mal à te croire. Vu ton absence de scrupules, rien ne t’empêche de te payer ma tête !

- Non pas la tienne, Camille, jamais.

- Mais je veux bien te servir à boire quand même, à condition que tu paies ! Puisque tu as les moyens !

- Alors ce sera une vodka.

- Bien frappée, comme d’habitude, et nature ?

- Oui avec une eau gazeuse à côté et des cornichons.

- Ca, les cornichons, s’il n’y en avait pas, je me demande bien où irait le monde !

- A propos de vodka bien frappée, Tonton... Tu n’aurais pas un vieux pic à glace à me refiler ?

- Pour quoi faire j’aurais ça ? J’ai des bacs à glaçons tout ce qu’il y a de plus normaux au congélo. Ca fait des cubes parfaits.

- Tu ne vas pas me croire. C’est pour assassiner quelqu’un ou pour faire croire qu’on a assassiné quelqu’un avec !

- Je n’en connais qu’un à qui c’est arrivé, ça ! Qu’est-ce qu’il t’a fait d’abord, ce petit Trotsky ?

- A moi, rien. Mais si tu te délestes de ton pic à glace ou si tu me trouves quelqu’un qui en possède un, j’hérite d’une semaine tous frais payés à Mexico ! Pas mal, non ?

- Allez, à ta santé, sale petit hooligan ! Espèce de vipère lubrique !

- A ta santé, mon oncle !

1 mars 2012

MON AMANT DE SAINTE-GENEVIEVE par Joe Krapov

Avant de partir à son rendez-vous, Henri est passé dans l'atelier où son épouse Camille met la main à sa dernière sculpture : une caricature en pied d'une femme écrivain quelque peu extravagante.

- Merde, monsieur Labrouste !
- Merci, ma chérie. Ca n'est jamais gagné d'avance et c'est toujours très éprouvant de passer une telle épreuve après tout ce travail accompli.
Il l'embrasse et sort.

***

- La poutrelle de fer monte à l'assaut du ciel et symbolise l'aspiration humaine à s'élever par la connaissance, par le regard qu'on pose autour de soi pour s'inspirer de ceux qui nous ont précédés. C'est pourquoi les livres sont disposés tout autour de la salle. A l'exception des lampes, d'un joli vert opaline, vous avez remarqué ?...

MIC 2012 02 27 Salle_de_lecture_Bibliotheque_Sainte-Genevieve_n01

Est-ce bien la peine, Henri, se demande-t-il, de faire du gringue à ces deux dames à l'air revêche ? Tu sens bien que depuis le début de ta prestation quelque chose cloche et pas seulement leurs chapeaux ! Elles ont l'air de tiquer sur quelque chose, mais quoi ? Peut-être la décision définitive du choix de l'architecte sera-t-elle prise par les deux représentants de sexe masculin de ce jury très sérieux. Le petit rondouillard a l'air d'être le Président de l'Université, celui qui tient les finances dans la bande.

-... les tables sont présentées nues. On peut y asseoir seize étudiants de chaque côté. Un esprit de saine émulation devrait naître de ces côtoiements de futurs savants de toutes disciplines. La lumière entre dans la salle par des verrières latérales en forme de demi-lunes. Maintenant je vais vous présenter le plan en coupe de la salle des catalogues que j'ai installé dans une crypte au sous-sol de cette bibliothèque.
- Pas la peine, monsieur Labrouste. Votre conception du bâtiment ne conviendra pas à nos étudiants.
- Pourtant, le plan de circulation, le bureau des bibliothécaires...
- C'est très bien, nous n'en disconvenons pas mais ce que vous nous présentez là n'est pas un learning center.
- Un... quoi ?
- Un learning center. C'est un concept un peu nouveau. Il n'y a pas d'équivalent en français mais c'est ce type de lieu que nous cherchons à mettre en place. Non pas une bibliothèque mais un lieu de vie. L'équipement doit être fonctionnel et stimulant, évolutif et de qualité. Il y a un travail à mener sur les 3 C : Competence, Commitment and Confidence. L'essentiel du projet tient dans la diversité des missions que l'on se donne (orientation, échanges internationaux, insertion professionnelle, pédagogie, détente, petite restauration, etc.).
- La documentation est électronique, immatérielle, les cours sont donnés en non-présentiel. Le papier disparaît. Vous connaissez les tablettes ?
- Celles sur lesquelles on a découvert l'écriture cunéiforme ?
- Non, les tablettes numériques, les liseuses. Des bornes wifi suffisent désormais, des salles d'immersion pour recevoir les cours dispensés à distance.
- Le learning center doit permettre aux étudiants de se restaurer, de se reposer, de se défouler or il n'y a aucun couloir à glissades dans votre projet. Pas de distributeur de barres chocolatées ou de croissants au beurre. Rien n'est prévu pour l'achat de boissons gazeuses ou de café.
- Mais... les taches sur les manuscrits précieux..., bredouille l'architecte désarçonné.

Il lui semble que ce nouveau discours dans une autre langue que la sienne est en train de détruire tout ce qu'il s'apprêtait à faire !

- Aucune télé ! Pas même un baby foot ! Pas de stands d'information ni de salle pour des animations ponctuelles. Pas de fumoir !
- Mais... fumer est interdit dans les lieux publics !
- Comme il n'y a plus de livres, il n'y a plus de risques d'incendies ! On peut bien laisser les étudiants fumer ! ca ne gêne personne qu'eux-mêmes.
- Mais... le personnel...
- Il y a peu de personnel dans un learning center. Comme il n'y a plus de collections, il n'y a plus rien à voler. Plus d'encyclopédies à découper !
- Mais alors, vous, mesdames, qu'allez-vous devenir dans ce contexte ? N'êtes-vous pas en train de scier la branche sur laquelle vous êtes assises ?
- Nous, on fera comme aujourd'hui. On leur dira où sont les toilettes et on leur expliquera que le l'Ascension ou le 1er mai sont des jours fériés et donc, non, le learning center n'est pas ouvert ce jour-là.
- Encore que la notion de fête religieuse, elle non plus, d'ici peu, n'aura plus beaucoup de sens !
- Par contre, la localisation des toilettes, il faut toujours y revenir. C'est un fondemental. Pardon, un fondamental.
- Vous pouvez remballer vos documents, monsieur Labrouste. Nous allons recevoir le candidat suivant.
- Attendez, mesdames, messieurs, je viens de comprendre. J'ai autre chose à vous proposer...
- Quoi donc ?

***

- Alors, chéri, ta journée s'est bien passée ?, demande Camille
- Holala ! Si tu savais comme c'était mal parti, mon amour ! Heureusement, grâce à toi, j'ai eu l'idée du siècle !
- Allons bon ! Raconte-moi cela !
- C'est terrible, Camille comme le temps détruit tout ce qui est fait. Nos savoirs, nos conceptions, nos perceptions, nos mœurs. J'ai dû tout jeter aux orties et tout changer ! Le savais-tu, toi qu'une bibliothèque, maintenant, cela doit être comme un complexe cinématographique du genre du Gaumont où l'on te vend des pop-corns, des sodas, des esquimaux, des cochonneries, tout ce que tu veux et même, accessoirement, des billets de cinéma ?
- Tu sais moi, plus rien ne m'étonne aujourd'hui !
- On appelle ça un learning center. Eh bien je viens d'en créer un ex nihilo ! En une après-midi. Il m'a suffi de sortir toutes mes tables, mes chaises et mes livres de ma bibliothèque !
- Par quoi les as-tu remplacés ?
- Par rien ! J'en ai fait un hall de gare vide avec des poufs à billes partout et 4 cabines téléphoniques anglaises.
- Des cabines téléphoniques ? A l'heure du portable ?
- Elles sont vides mes cabines. Elles servent aux quelques derniers étudiants pudiques ou aux espions chinois qui téléchargent comme des bêtes sur les campus français. Ils viendront s'y enfermer avec leur portable quand ils voudront éviter qu'on entende leur conversation. Mais le mieux, c'est la crypte, le sous-sol !
- Tu n'y mets plus les catalogues ?
- Non ! J'y mets des lits d'hôpital et des lits clos bretons à deux ou quatre places. Et le clou de la fête, celui qui va te faire profiter de l'aubaine : je t'achète ton Amélie. Ta dernière sculpture, celle avec le chapeau.
- Que vas-tu en faire, d'Amélie Nothomb !
- Une dame pipi virtuelle, juste à l'entrée des toilettes ! Alors ça, ça leur a plu aux deux types ! Que je supprime le dernier poste de personnel dans ce learning center ! Tu aurais vu la stupeur et les tremblements des deux autres nanas !
- C'est dommage quand même, je l'aimais bien cette image de bibliothèque !
- Allez chérie, apprends à dire « learning center ». Les bibliothèques, c'est comme dans la chanson « Mon amant de Sainte-Geneviève » : c'est du passé, n'en parlons plus !

MIC 2012 02 27 nothomb

(photo AFP)

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16 mars 2012

Une prétérition pour un rendu nul (Joe Krapov)

Plutôt que de vous livrer ceci...


Y avot ben des années que, ed Cambrai, tout ce qui n’étot pas euch cinéma et cheul comédie d’min couquer n’existot pus pour mi, quand un jour eud l’hiver, comme euj rintros à l’mason, eum mère, véyant qu’ j’avos fro, a’m’proposa eud prinde, contre em’n habitude, un tchio peu d’café. J’y dis non tout d’abord et pis, jé n’ sais nin pourquoi, jé m’ ravisos. Elle alla quer eune tartine avec du burre et du Maroilles eudzeur. Et ch’est là que, machinalemint, tout mat d’avoir traîné m’corée tout l’journée et in m’dijant qué d’main cha s’rot tout parèl, euj porto à m’bouc eune goutte eud jus d’ù qu ch’est qu’j’avos laissé ramollir un morceau dé m’tartine eud Maroilles. Mais à l’instant même d’ù qu’ min gorgeon d’chirloute mélingé à un morciau d’cheul tartine ed ’fromache i’ toucho min palais, euj berloquos su’m cayelle et pis j’sintis qu’i s’ passot quétcose d’extraordinaire in mi. Ej me sintos fin bien, là, tout seul ed’vint min berlafache, sins que j’sache trop pourquo.


120304 011... ou cela... 


« Tous les paradis sont à perdre,
Tous les paradis sont perdus.
- Marcel Proust ? Moi je lui dis « Merdre ! »
A décrété le père Ubu »


... j’ai préféré ne pas participer au Défi du samedi n° 185. Je n'avais pas envie de froisser les adorateurs et adoratrices du petit Marcel qui pourraient se trouver parmi vous.

- C'est raté, Joe Krapov !

- Comment ça ? Qu'est-ce qu'il fout là mon texte ? Pourquoi il est publié ?

- T'es tellement un homme d'habitude qu'hier soir à 20 h 48, pendant que tu nettoyais ta madeleine, le coup est parti tout seul : t'as posté !

- Ah ben ça, c'est trop fort ! Proust, alors !


18 novembre 2011

Comment se centon après un naufrage ? (Joe Krapov)

Nous étions deux, nous étions trois, nous étions trois marins de Groix. Il y avait parmi nous John Kanak, ex-capitaine de Saint-Malo qui f’sait la pêche au cachalot. Il a trois filles qui font la peau, la première à Valparaiso, la deuxième à Rio d'Janeiro, la troisième à San Francisco. Le deuxième d’entre nous s'appelait Jean Quemeneur. C'était le fils d'une demi-sœur à la fameuse madame Lareur, la grande Hortense, celle qui tenait un caboulot "Aux gars d’ Dinard et Saint-Malo" en face la caserne du dépôt à Recouvrance. Et moi bien sûr qui ai été gabier sur « La Fringante » : je m’appelle Jean-François Denantes.

Etait-ce chez Ti Beudeff, était-ce ailleurs ? J’ai la mémoire qui flanche, j’me souviens plus très bien. Toujours est-il que c’est dans une taverne qu’on s’était fait enrôler par un bosco qui nous avait saoulés.

Quittant ses genêts et ses landes, quand le breton se fait marin pour aller aux pêches d'Islande, voici quel est le gai refrain que le pauvre gars fredonne tout bas : « Faut sept jours pour faire une semaine, les s’maines, les mois font les années et la vie est toujours la même, je deviens fou rien qu’d’y penser. »

Un jour le temps se fit très gros sur les flots de la mer d’Iroise. Le vent qui souffle de partout accorde son biniou. La mer a dû boire un coup d'trop, elle qui ne boit que de l'eau ! Elle saute à tort et à travers, la chemise à l'envers.

Pour l’occasion Long John Silver a pris le commandement des marins. Et vogue la galère ! Tiens bon, oh matelot ! Adieu la bamboche et les filles au sang chaud ! Le vieux qui nous mène à du vice plein la peau : il dresse les bordées à coup de barre de guindeaux sur la route de San-Francisco. Serre les voiles ! Tout le monde en haut ! Pique la baleine, joli baleinier !

Mesdames et messieurs, prenez vos mouchoirs, versez quelques larmes. C'est une triste histoire, le mariage secret  de la mer et du vent ! Et le navire roule et tangue,  et se jette sur les brisants de l'île d'Ouessant. Ah ! Matelots, sur le voilier, voilà le moment de prier car on entend les mâts qui craquent sous les lames qui nous attaquent.

Or ça ! C’était pourtant un fameux trois mâts, fin comme un oiseau hissé haut que la « Marie-Joseph » ! La grand-vergue est en ivoire, les poulies en diamant, la grand-voile est en dentelle,
le mât d’origamisaine en satin blanc. Les cordages du navire sont de fils d'or et d'argent et la coque est en bois rouge, travaillée fort proprement. Amis il faut rendre hommage aux voiliers, aux charpentiers qui ont fait d’la belle ouvrage ! Buvons la tasse à leur santé !

Car voilà que maintenant y’a cinq marins sur la mer loin de leurs amitiés ! Quand y r’viendront à terre, Jef, nous les ferons danser. Mais pour l’instant, brassons bien partout carré ! Tout au fond de la mer les poissons sont assis et le bébé requin a très bon appétit ! Et vire, et vire donc façon Laure Manaudou mon gars sinon t’auras pas d’vin dans ta gamelle. Et vire, et vire donc façon Alain Bernard mon gars sinon t’auras pas d’vin dans ton bidon.

J’ai quand même eu la force, avant de sombrer, de brailler :

Du rhum, des femmes et d'la bière non de dieu ! Un accordéon pour valser tant qu'on veut ! Du rhum, des femmes c'est ça qui rend heureux ! Que l'diable nous emporte on a pas trouvé mieux !

Adieu chers camarades, adieu, faut se quitter. L’tonnerre de Brest est tombé, pas du bon côté.
Tout s'est écroulé ! Dans c'qui reste de Recouvrance n'logerait pas un Sarko ! Et Fanny ma connaissance est morte dans son bistrot

***

A c't'heure je suis retraité, maître timonier, aux Ponts et Chaussées. J' n' ai plus rien en survivance sinon que dans mon sac de matelot j’ai mis tout c’que j’avais de plus beau. J’y ai mis l’harmonica qu’j’avais acheté à Malaga. Quand je vais faire flotter mes bateaux de papier, que je souffle dans mon « ruine-babines » mes chansons d’autrefois en suivant le ruisseau, sa musique me rend philosophe et je me dis en repensant à ce naufrage d’autrefois : « Encore heureux qu'il ait fait beau et qu'la Marie Joseph soit un beau bateau ! ».


 

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16 décembre 2011

PETITES ANNONCES PAS POSTOLIQUES MAIS PRESQUE (Joe Krapov)

A VENDRE :

- Chaise d’appartement de style Louis XIV. Etat neuf, excepté un trou au milieu du siège.
Contacter M. Aillagon, le château 78000 VERSAILLES
 

- Trône ayant trop fait la foire.
S’adresser à M. Silvio Bunga-Bunga  2, place de l’Eglise79100 SAINTE-VERGE
 

- Nain de jardin devenu germanophile au fil du temps.
Ecrire à Mme Blanche Neige chez sa maman au Cap Nègre 83980 LE LAVANDOU
 

- Pomme de douche historique subtilisée dans la suite 2806 de l’hôtel Sofitel à New-York.
Faire offre à M. Fantomas, sage thaïlandais, hôtel Sofitel de BANGKOK

 

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- Un remède peu conventionnel mais efficace contre la maladie d’Alzheimer : perdez la tête en une seule fois grâce à l’invention révolutionnaire du Dr Guillotin, utile aussi pour raccourcir les ambitions de ceux qui ont attrapé la grosse tête.
S’adresser à M. Deibler, 12 rue du Petit matin blême à 35150 CORPS NUDS ou téléphoner aux heures de bourreau au 06 99 99 99 99
 

- Lot exceptionnel d’objets destinés à lutter contre la bêtise proverbiale des proverbes. Se compose de :
1 emplâtre pour jambe de bois ;
2 boîtes d’épinards pour masque de fer ;
Trois pansements prophylactiques pour plaie d’argent ;
Un truc en plumes pour alléger les années de plomb ;
Une cruche incassable pour aller souvent à l’eau ;
Une bouée de sauvetage fluorescente et un manuel de natation pour chien accusé de la rage ;
En vente à la pharmacie Lopez place Edouard Condom, 02400 GLAND

- Meublez votre maison et votre conversation à bas prix grâce à notre catalogue de mobilier rare :
Porte ouverte déjà enfoncée ;
Fenêtre de tir pour fusée Ariane ;
Cheminée grande largeur pour que le père Noël dépose plus de cadeaux ;
Vaisselle incassable pour scènes de ménage de jeunes couples et couteaux de marque « Ravaillac » pour scènes de ménages de vieux couples. Ces couteaux sont fabriqués à Thiers où l’on se moque du tiers comme du quart du quart de Brie comme du brie de Meaux et même du bris dû aux mots ;
Pour les familles pauvres, la maison ajoute la table de multiplication des pains.
Notre magasin, « L’Arlequincaillerie », est situé 32, rue Félix Lévitan à 49150 BOUZILLE

 

CEDE GRATUITEMENT :

- Cause crise économique, céderais gratuitement à couple hétéro ou homosexuel en mal d’adoption sept charmants bambins dont un petit dernier très déluré.
Ecrire à M. et  Mme Poucet, 12 rue Marcellin Caillou 35250 SAINT-SULPICE-LA-FORET

 

ON RECHERCHE :

- Bandit manchot achèterait bras artificiel pour pouvoir à nouveau brandir deux pistolets et crier « Haut les mains ! ».
S’adresser à  Mme Martingale, caisse du Casino, 73 rue de la Roulette russe 51130 BERGERES-LES-VERTUS

 - On recherche, dans l’intérêt des familles : Ornicar ; La septième compagnie ; Suzan désespérément ; Le diamant vert ; Les pantoufles de Jean Constantin ; Les amants de Fréhel ; Les tuyaux et la grande échelle pour éteindre l’incendie à Rio ; Les années folles de l’ex fan des sixties
Ecrire à M. Guy Lecorne, 23 rue Montéton 47250 COCUMONT

 

VIDE GRENIER VIRTUEL : 

Logiciel servant à multiplier par 3 les triples A dégradés par des agence de notation de deuxième classe donc mal notées ;

Chéchia ayant appartenu au B de Tunis ;

Machine à transformer les C, utile aux rugbymen intimidés par l’AAK ;

D truqués ;

Poêle magique pour réussir l’omelette sans casser d’E ;

Pendule tournesolaire servant à localiser le point G de la Castafiore ;

Nécessaire de réparation des coups dans l’L ;

Boîte à bisous destinée à chantourner ceux qui sont visés par la Tyrolienne de la N ;

Coussin lâcheur de P ;

Canapé de marque Cossard permettant de ne pas se casser le Q ;

Bouteille d’oxygène Sanplaisir pour ne pas manquer d’R ;

Edition princeps du « Loup des steppes » d’Hermann SE ;

Pluie bretonne pour pourrir les T de ceux qui n’ont pas les moyens de se payer des séances d’UV ;

Méthode oulipienne pour écrire sans Z des lipogrammes en W ;

Logiciel de notation des films X consacrés à la copulation entre eux de celles et ceux qui vont se faire voir chez les chromosomes Y ;

Texte court de Joe Krapov permettant d’aggraver son K,  si c’est encore possible : « Ca, c’est fait ! ».

 DDS172 Brad Pitt

18 février 2012

UNE AVENTURE DE SUPERMAN ??? par Joe Krapov et Joye

C'est vrai que je m'étais avancé masqué, mais les ficelles du masque étaient très grosses : déjà l'article s'intitulait « Petit moment d'Hil(d)arité » et je mentionnais en fin d'article que j'avais emprunté l'illustration à un journal concurrent. La rédac' chef, pas dupe, m'a fait appeler dans son bureau.

- Dis donc, Nick, déjà je m'en doutais quand j'ai vu le titre, mais il me semble que tu as utilisé la photo de notre concurrent pour ton conte des mille et une nuits. Je préfère ne pas marcher sur leur plates-bandes. J'espère que tu me pardonneras de ne pas publier ton texte ? Qu'est-ce que tu en penses ? Suis-je trop pointilleuse là-dessus ? Et puis j'ai lu et relu mais je ne vois vraiment pas le rapport avec la consigne de cette semaine : ni le mot, ni l'image, ni la citation ?

Je lui ai expliqué, un peu penaud, que cet article sur un texte retrouvé de la grande philosophe belge Annie Cordy avait bien été écrit uniquement à partir du mot « incommode » mais que oui, bon, elle pouvait sucrer le papier. J'arriverais bien à le placer ailleurs un jour ou l'autre ce texte d'une grande hauteur intellectuelle à propos d'une notoire pochade :

MIC 2012 02 13 Hilda 21
Y veulent bien mais n'peuvent point

C'est incommode d'être à la mode
Quand on est fan de purée
C'est pas facile d'être gracile
Quand on aime le cassoulet
Entre l'allure et les figures
Des top-models empaillées
La vie est dure quand on aime grailler

Refrain 1
Oui mais les princes n'aiment pas les minces et pour prendre leur pied
Tous ces sacs d'osses, quel sacerdoce, leur font un peu pitié
Sans rembourrage pas d'amarrage ils ne peuv'nt pas durer
Dieu me pardonne ils sont dans la purée.

2
Y veulent bien mais n'peuvent point

C'est pour la ville que ces débiles
Ont besoin d'une femme glaçon
C'est pour paraître, sembler connaître
Tous les couplets d'la chanson
Mai s'ils veulent faire une bonne affaire
Ils se radinent tous ici
Y'a d'la matière dans notre paradis

Refrain 2
Car nous les rondes on est girondes on sait comment y faire
Pour qu'il choisisse l'aile ou la cuisse et fasse bonne chère
Ca les chatouille ça les grassouille ils crient « olé ! olé ! »
Dieu me pardonne dans tous les cas soûlés. (1)

MIC 2012 02 13 Hilda 3Et puis, comme j'ai toujours l'esprit de l'escalier, je suis revenu une heure après et je lui ai dit :
- Je sais que tu vas te retrouver dans une situation incommode mais je tiens à te remercier des critiques que tu viens de faire sur ma contribution. Je les prends comme un encouragement à faire mieux la prochaine fois !
- ???
- Je sais bien qu'elles n'ont rien d'hostile mais figure-toi... Si je racontais tes hésitations, notre dialogue... Eh bien nous serions en plein dans l'illustration de ta citation de Marcel Duchamp : « Plus la critique est hostile, plus l'artiste devrait être encouragé ». Et l'illustration, je peux la changer. Alors ? On danse ?

Et puis j'ai pris du champ, comme Marcel, justement : je suis sorti sans attendre la réponse et je l'ai laissée réfléchir au truc. A l'heure actuelle je ne sais toujours pas si le papier sera publié demain mais j'en ai appris beaucoup sur moi-même. Finalement, j'ai beau ne pas bien l'aimer, je suis quand même un type dans le genre de Sarkozy : déjà on porte le même prénom et en plus, si on me fout dehors par la porte quand j'ai un masque de président, je reviens par la fenêtre avec un masque de candidat ! (2)

(1) Cela se chante bien entendu sur l'air de « La bonne du curé » d'Annie Cordy. 

(2) Les illustrations, tirées de la série de tableaux  "Hilda", sont signées de Duane Bryers.


 

2 février 2012

This town is not big enough for both of us ! (Joe Krapov)

Ce Georges Pérec et ses émules, décidément, quels chieurs ce sont !

120129 121Celles et ceux d'entre vous qui me croient Breton se gourent lourdement, se mettent le doigt « in the eye until the knee » si je peux dire (M. Reverso et Mrs Joye me corrigeront si cette tournure est incorrecte). Je ne suis rien qu'un Ch'ti en exil chez les « Breizhou », un immigré presque intégré et je suis très heureux de me trouver ici où je vis et crèche depuis 1997.


Rennes ! Ses spécificités, ses délires, ses monuments, son côté « terriblement stérile » : « Rien n'y prend excepté le feu », dixit un supérieur de prêtres un poil ignifugé qui connut peut-être l'énorme incendie de 1720 et celui du toit surmonté d'emblèmes dorés sous lequel des gugusses en robe( et perruque ?) rendent un minimum de justice encore de nos jours.


120129 026Rennes ! Prenez pitié de moi ! On m'y torture en silence, on obtient de moi que je devienne une espèce de moine bénédictin rongé de chiffres, de listes et de procédures, on m'y trucide sous des tonnes de livres de comptes pour me fournir en retour, en un système de troc presque éternel, le peu de fric que j'utilise pour tortorer, nourrir mon épouse et quelquefois (souvent ? toujours ?) trépider du ciboulot. Oui, c'est ici que je vis et bosse et me meus tel un ongulé de première du désert.

 

Le bus n° 11 m'emmène, que l'on soit lundi, mercredi, jeudi, vendredi vers Cesson-Sévigné. Il tourne toutefois vers senestre et me dépose près du RU, entouré de jeunes gens peu réveillés qui s'en vont étudier toutes sortes de disciplines plus ou moins scientifiques.
 

120128 001Le week-end c'est une musique toute différente. Je me lève moins tôt, j'enfile mes godillots et je descends en ville humer les bonnes odeurs des commerces en extérieur des Lices, remplir de nourritures diverses une gibecière en osier puis je file en toute liberté zyeuter les merveilles et trésors qui m'entourent.

Rennes ! Que vous dire, sinon qu'une rivière coule en son milieu et qu'elle est bien plus jolie que le nom qu'elle porte. « Ouest-torchon » une institution du coin sise rue du pré-Botté pond moult lignes ces temps-ci sur ce sujet rigolo : on projette de doter d'un nom exotique les résidents de notre district : les Breizh-iliens !
 

120129 013Lorsque s'en vient le jour où le Seigneur se repose, je me promène souvent le long des péniches en file indienne qui semblent indiquer, telles les pierres du Petit Poucet sur le sentier du bois, le chemin du centre ville. Comment vous décrire mes coups de cœur, mes tours et détours, mes points de chute ? Que vous dire de cette ville que je chéris si fortement ?
 

111217 A 042Peste soit des Oulipiens, de leur liposuccion kilométrique et de leurs jeux cons-cons ! Mon lexique est restreint d'une voyelle rien moins qu'essentielle et c'est bien ennuyeux de devoir l'éviter ! Peut-être est-il plus simple d'énoncer poétiquement, en peu de sons, tout comme le font les poètes nippons, ces lieux qui me séduisent, ces coins de verdure qui me revigorent, ces étendues cernées de logis où l'on peut voir de jeunes mômes juchés sur des bêtes de bois, (cygne, lion, jument très Disney-Poppinsienne , bidet noir ou gris ou beige que, ni hic ni nunc ni oncques l'on n'entendit hennir ou gémir) ou bien grimpés sur des véhicules divers : gros truck rouge de pompier, zinc dénommé « Petit prince », etc ? (Goûtez-vous comme le périph' coupe le poil ici?)


Je commence donc cet énoncé de lieux "indicibles" de Rennes que l'on peut considérer, si on le désire, comme une suite de devinettes (très géocentrées, indeed forcément, beloved Joye !) :

 

DDS 179 Orphée


Orphée pétrifié :
Hermès enlève Eurydice
Et court vers l'Enfer
 


120129 092Déesse des nuits
Ton chemin cynégétique
Epuise tes chiens
 


DDS 179 Opéra


Un dieu et neuf muses
Se sont perchés sur le toit :
On joue « Othello »



DDS 179 place sainte-anneMère du Seigneur
Reine chérie des Bretons
Ce lieu t'est dédié


(On y vend de vieux bouquins,
Les mômes y tournent en rond)



120129 055


Les rues sont désertes
Doucement le soleil pointe
Le bout de son nez



DDS 179 parmiggiani

Tête découpée,
Victime d'un sculpteur fou
Rue de Coëtquen




120129 017Vénus dénudées,

Coloriées pour, nous dit-on,
Trouver nos voitures

(C'est nous supposer ivrognes :
On ne boit que du jus d'fruit !)


120129 104Volière importée
Edifice un peu chinois
Chez monsieur Bühler



DDS 179 kiosque


Ici, sous le kiosque,
Combien de temps, les scottishs ?
Le biniou s'en fout.


Ce Georges Pérec et ses émules, décidément, quels chieurs ce sont (Sévigné) !

P.S. Le titre de ce texte fait référence à celui d'une chanson des Sparks. (On se venge comme on peut des consignes tordues de son voisin du dessus !). 

13 décembre 2011

Fragmentation du disque dur

Nous avons signé un pacte. A l’encre sympathique, évidemment. Alors que Joe Krapov 1 est poète à ses heures, Joe Krapov 2 est photographe à seize heures trente.

Parfois l’un prend le pourquoi pas sur l’autre. Heureusement quand le monde va trop vite l’un des deux schizos freine.

- Dis donc, vieille branche, demande le poète au photographe, où s’arrêtera ta maboulimie d’images ? Il ne reste déjà presque plus de place sur le disque dur externe ! ».

- Sans doute stoppera-t-elle à la logorrhée du bois dont tu fais des héros ! » répond le photographe au poète.

Aucun des deux n’est dupe. Ils savent très bien qu’ils n’aiment pas se casser le tronc, qu’ils ont besoin de leurs racines, du repos du guerrier, des sources de chaleur, de la parole des femmes et des pieds sous la table.

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Ils ne seront jamais de grands artistes. La peur d’aller trop loin les arrête toujours : les forêts sont profondes et les loups sont partout.

Quand de trop d’abstraction le photographe est las, que ses yeux papillotent et voient vraiment trop floues les lumières de la fête, quand l’élucubrateur perçoit qu’il lâche trop la bride au cheval de ses mots, ils viennent se rasseoir dans la petite cuisine auprès de Marina. Elle les connaît très mal et n’a d’yeux que pour moi qui les regarde tous.

Car à 19 heures 30 Joe Krapov 3 le cuisinier met tout le monde d’accord :

- C’est drôlement bon, Joe Krapov 3 ! ».

Et plus tard dans la soirée Joe Krapov 4 le philosophe épicurien chanceux se permet de penser :

- Pourvu que ça dure ! ».

14 octobre 2011

Schizophrénie (Joe Krapov)

- Cette semaine vous aviez le choix entre :

AVANT LEURRE C’EST PÂLEUR, APRES L’HEURE C’EST PUS RECELEUR

- Oh, dis donc , t’as vu, Loreille, la belle boîte aux lettres ?
  Je la piquerais bien pour ma collection !

- Mais enfin, Lardu ! Ce serait du vol à la roulotte !

DDS163_roulotte

et

RENVOYER CHEZ EUX ( ???) LES ROMANICHELS

Puisque tous les chemins ne mènent plus à Rome
Et que l’on crie haro sur nos déplacements
Qui alimentera vos désirs de romans,
Vos scénarios de peur et vos rêves de chrome ?

Quelle main raclera le violon sans racines 
Pour animer la noce ou fleurir les marchés ?
A quel charme malin irez-vous raccrocher
Ce que nous accolions aux magies enfantines ?

Le monde licencie, les chiens sont dans les niches,
Le scénario charrie la morne loi des riches :
Semer la haine, éliminer, hurler « chaos » !

Voler des poules est crime à trop petite échelle.
La valise bourrée  rapporte bien plus gros
Et la vente des armes est tout sauf criminelle !

Une espèce de hara-kiri du clown, en quelque sorte !

- Tu aurais pu aussi botter en touche et chanter ceci :

 

- Aussi ! Avec un peu de chance Sebarjo l'aura fait !

25 avril 2011

Au pays de "Tout en cartons" (Joe Krapov)

- Tu vois, Lardu, ce qui est bien quand tu déménages avec Europcar, c'est qu'ils t'échangent ton épouse de cinquante ans contre deux de ving-cinq ! OK, je sors !

- Tu fais bien Loreille ! Ca n'est pas avec des considérations comme celle-là que tu te feras des copines par ici !

- Oh, des copines, j'en ai tant que j'en veux ! Vu le nombre de fois où j'ai déménagé avec Europcar ! Pas vrai Cléo ?

- Sors du bain de jouvence, Loreille ! Tu pollues le lait d'ânesse avec tes bêtises !

- C'est du lait d'ânerie maintenant avec cet idiot-là !

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3 mars 2011

Non content d’être mélophobe, Dieu est télépathe ! Ca t’épate ?

Lorsque Dieu entra dans la chambre, les deux poupées étaient en train de jouer au jeu du dictionnaire. C’était à Angélique de s’y coller :

110302_005- MARACAS n.f. plur. : Grenades explosives mexicaines servant lors des révolutions et coups d’états fort nombreux dans cette contrée.
« On ne sait comment il avait goupillé son affaire mais l’accoutrement du général Castagnetas était ainsi fichu qu’il arborait deux énormes maracas et oune touté pétite arquébouse».
FRERE JACQUES. - Viva la Zapataphysique ! 1953, p. 32.


C’est qui celui-là, Démo ? Un nouvel ami de la famille Lejolusse ?


110302_001- ARQUEBOUSE n.f. : Au Mexique petit escopette qui fait parler la poudre.
Rem. Besch. 1845 : Le pluriel de Arquébouse est irrégulier : on dit : oune arquébouse, deux vaches.
 « L’arquébouse ça veut dire ah que je t’aime et que j'ai mal à en crever »
JOHNNY HALLYDAY. - Toute la musique ah que Johnny il peut plus arqué mais il l'aime.


D’après la dégaine, on dirait Mandraque le magicien. Encore qu’on doive plutôt dire Meundreyke.  Mandraque c’est dans les souvenirs du père Lejolusse que j’ai pioché ça, il a pas fait d’anglais à l’école des Basques espagnols !



110302_006- TAM TAM n.m. : batterie de 105 d’un poids et d’une envergure tels qu’il faut lui aménager une route spécifique afin de l’amener sur le champ de bataille. De même qu’il y a un chemin des Dames et une route des taxis de la Marne subsistent après les hostilités des voies nommées en hommage à la beauté de ces canons.
« Aux Etats-Unis à la fin de la guerre de Sécession il y eut une tam tam way nommé désir et une tam tam road nommée Stewart
". Hervé Morin. -  Ce que la grande muette m'a dit.
« En temps de paix on utilise cette artillerie lourde contre l’invasion des fourmis de dix-huit mètres. Il y a ainsi des tam-tams à rouges et des tam-tams à noires ». Robert Desnos. - Chantefables et Chantefleurs.
« Car dans le labyrinthe des fantasmes nocturnes et de l’Afghanistan pour toujours mystérieux le tam-tam erre en slip ». Sophocle. - Œdipe roi (acte 1 scène 2).

Pourquoi il me regarde comme ça, j’ai l’impression que je lui rappelle quelqu’un !



110302_002- TIMBALE n.f.

Fusée en forme de suppositoire géant qui fait piquer les yeux de sa récipiendaire quand on la propulse dans la Lune.
« On voit de magnifiques timbales dans les romans de Jules Verne, dans les films de Méliès et dans les fesses de l’Emile ». Jean-Jacques Rousseau. - Les Confessions d’un gars qu’on fesse, tome XXIII.
« J’m’en irais dans les étoiles pour décrocher la timbale si tu me le demandais ».
Edith Piaf - L'hymne à Gagarine.


Je n’arrive pas à le capter, ce mec ! Il n’émet rien !



110302_004- CLAVE : ecclésiastique bas du front.
«  Lors des conciliabules du pape, le souverain pontife allait de cons claves en qu’on vexe avec circonspection sans jamais se départir de ce sourire en coin qu’il destinait toujours aux caves du Vatican ». M. Audiard et M. Papistache. - L'amour de la Belle Gide.
« Lorsque le drapeau noir flotte sur la mâle mitre, le clave se rebiffe ». A. Simonin
et B. Sebarjo. - Touchez pas au grand bi.

 Ca c’est trop fort alors ! A croire qu’il se retient de penser ! Ou qu’il ne pense rien !



110302_003- TROMPETTE : vendeuse de médocs  spécialement formée pour être employée par les pharmaciens en vue de faire face aux récriminations des patients impatients rendus méfiants depuis tout le cirque judiciaire lié à l’affaire du Mediator. 
«  Trompettes de l’arène Homais, vous êtes bien mal embouchées ». G. Brassens. - En revenant de la la revue Prescrire de se gratter le ventre en chantant des chansons pour se guérir de tout même de ce qu’on n’a pas»
.

Il y a quelque chose qui fait écran et je ne comprends pas pourquoi on est parties d’un coup sur des définitions d’ordre religieux ?


- CYMBALE : espèce de calame mité avec lequel on écrivait jadis sur les parchemins religieux et notamment sur ceux de Saint-Jacques de Compose-t-elle oui elle s’y est enfin mise.
« Que bénie soit la bière qui remet bien d’aplomb le croyant qui titube ! Sous le chapiteau corinthien, là où les écrivains font les pitres, lorsque la cymbale de Saint-Paul  s’emballe c’est là tout un symbole fort  peu pâle ô people : son style s’alambique, sa prose s’intoxique et se xylophonise et seule la belle gueuse Lambic peut le remettre apoplectique à peu près droit dans le saint-axe de la syntaxe afin que son obole à la postérité  s’habille des aspects de  la très sainte bulle plutôt que de l’aspic de la piquante brune. Courons donc le guilledou blond, même si personnellement, à l’or je préfère les rousses ! »
Julos Beaucarne. - Virelangues de bois (ou était-ce Walrus, un jour exceptionnel qu’il avait décidé de faire un peu plus long ?).


On est passées du sabre au goupillon ! Ca y est j’ai trouvé, c’est la musique ! Ce sont les instruments de musique que nous sommes en train d'évoquer qui le rendent comme ça ! Faisons une pause ! Fais silence !

- [Soupir]. Ca ne change rien !

- C’est parce que "pause", "silence" et "soupir" relèvent encore du vocabulaire musical !

- Dis donc bonhomme, quand t’auras fini de mater ma copine, tu pourras peut-être nous dire qui tu es.


- Je m’appelle Augustin Dieu, répond le Créateur qui a suivi tout l’échange car, en plus d’être mélophobe et de s’ennuyer le dimanche, il est aussi et surtout télépathe. Sans ça, comment voudriez-vous qu’il fasse pour être partout, entendre tout et savoir tout ? Oui d’accord , il peut lire vos blogs ou vos murs Facebook. C’est une bonne réponse.  Mais ils en sont encore à recevoir des revues en papier là-haut !


- Il pourrait épouser madame Wikipe aussi, suggère Démoniaque à Angélique, mais ses définitions ne sont pas aussi drôles que les nôtres !


- Enchanté, Augustin ! Je crois qu’il y a quelqu’un qui te demande !


- Ah mais ce n'est pas possible, se lamente Augustin. Qu'est-ce que j'ai fait au Bon Dieu pour mériter ça ?

(à suivre)

N.B. Les "poupées" sont en fait des sculptures créées par Mlle Zell, une créature "divine" dont nous aurons sans doute à reparler.

4 novembre 2010

No Futurisme (Joe Krapov)

1008229_048bisLe nuage en pantalon
N’aura pas vu venir
Le coup de revolver
Qui mit Maïakovsky
Echec et mat.



Rien n’est plus silencieux090122_001
Ni plus indifférent
Que ces moutons informes
Qui passent en silence
Au-dessus de nos têtes
Et cachent le soleil,


100514_003Témoins muets et neutres
D’un cycle permanent
De romans policiers
Où l’homme rivalise
Avec la main de Dieu.


La fumée des canons,070805_145
La cendre des volcans,
Les cheminées d’usines,
Rien n’atteint jamais
Ces coursiers hautains.



100716_022Seul parfois quelque pic
Transperce leur secret
Mais le berger se perd
Dans leur brouillard intime,
Dans leur cercueil ouaté.


Moi qui marche dans la plaine101029_011
Je les aime rosés par-dessus la Vilaine
Et j’apprécie qu’ils y noient
Leur peu de poids,
Leur peu de foi


Car après tout
Ils sont fragiles comme nous :
Un peu de dépression
Et les nuages en pantalon…
Trois petits tours… et pluie s’en vont !


7 octobre 2010

Souliko

Alouette, tu pars, le gosier tout gonflé
De jeunes mélodies
Et tu vas saluer le jour renouvelé.

Mais connais-tu aussi cette chanson de Géorgie
Que j'adaptai hier
En français ?

Même si je n'ai pas la voix appropriée
D'un rossignol milanais
Laisse-moi te la chanter :

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1

Dans le cimetière de province
Où n’est enterré aucun prince
Mes pas font crisser les graviers de l’allée
Et dessous la voûte étoilée

2
Un rossignol chante sa chanson
Pour accompagner à l’unisson
Mes sanglots muets et ma douleur profonde
D’être resté seul en ce bas-monde

3
Oh ma Souliko où donc es-tu ?
Mais le rossignol soudain s’est tu
Une rose rouge pousse au pied d’un arbre
Souliko est là sous le marbre

4
Ici gisent nos amours mortes
Nos bonheurs que le vent emporte
Et ce que souligne la petite rose
La fragilité de toute chose

5
Chante rossignol chante encore
Peut-être que tu n’as pas tort
Joins ta mélodie au bruit sourd de mes pleurs
Ton grain de folie à ma douleur

Pour entendre la chanson en français par Joe Krapov, cliquez ici



14 janvier 2011

Allô, Adrienne ? Pourquoi tu tousses ?

- Excusez-moi, madame l'épicière, mais à l'intérieur de cette boîte je n'ai trouvé ni crabe ni pinces d'or !

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- Ah bon ? Mais il ne fallait pas l'ouvrir ! Vous avez trouvé quoi à l'intérieur ? Du sucre en poudre ?
- Non, de la schnouf d'ecclésiastique !

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- Ecoutez monsieur Krapov, je crois que vous ne comprendrez jamais grand chose à l'art. Si la religion est l'opium du peuple, l'art est celle de l'élite. Voulez-vous, en guise de dédommagement, que je vous offre un tire-bouchon ?
- Moi, vous savez, je ne bois que de la Chimay bleue, de la Zubrowka ou de l'eau plate. Un décapsuleur, peut-être, plutôt ?
- C'est comme la boîte de crabe, ce n'est pas utilitaire, c'est de l'art. Choisissez votre modèle... et foutez le camp !



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Photos prises à Bruxelles en décembre 2010

15 octobre 2010

Les choses secrètes qu’on ne fait qu’en vacances et dont on n’a pas forcément envie de parler après (Joe Krapov)

1)    Apprécier les journées qui commencent mieux que les autres.

La baguette de pain est commandée pour arriver à huit heures et, ça tombe bien, à 7 heures 20 ce bouffon de Joe Krapov est réveillé. Quand il met le nez dehors de la tente, l’examen des conditions météorologiques met en joie la moitié masculine du ménage cyclotouriste : le vent est tombé, le ciel est bleu, bien que chargé de nuages blancs dont on sait très bien, à Pont-Coblant, Finistère, que cela ne veut rien dire tant ils peuvent, dans la demi-heure qui suit, devenir gris ou noirs. A 9 h 25, le petit déjeuner absorbé, on met en route nos bicyclettes en direction de Châteaulin. La première borne kilométrique rencontrée le long du canal de Nantes à Brest porte le n° 338 et nous indique que cette petite ville se trouve à 21 km d’ici. A la première écluse, chacun de nous donne un coup de pompe à sa roue arrière. Ce n’est pas que nous aurions abusé du taboulé la veille au soir. C’est juste qu’il faut bien expliquer pourquoi on se retrouvera, un peu plus tard, rendu au point n° 5 de ce récit.

2)    Entendre une détonation qui vous fait changer vos plans

A l’écluse suivante, nouvel arrêt. Mon vélo fait un drôle de bruit. Ce n’est pas le cadenas qui cogne contre le cadre, c’est plutôt comme si la roue était voilée et que ça frottait quelque part. L’œil sagace de Marina Bourgeoizovna repère que c’est au niveau du frein que se situe le problème. Le pneu arrière commence à se déchirer et le coup de pompe a fait enfler la chambre à air qui cherche à se faufiler par la brèche. Je sors la clé miracle, desserre le frein et reprends la route sans être plus gêné mais sans plus avoir non plus trop de freins à l’arrière. Le temps reste beau et variable jusque Châteaulin avec à nouveau du vent dans le nez à l’arrivée. Nous pique-niquons au pied du pont et puis finalement, Marina décide de m’accompagner jusque Port-Launay et au-delà. Nous prenons un café dans un restaurant routier près du viaduc de Guilly Vraz. Auparavant Epouse-qui-pense-à-tout-et-même-à-sa-gourmandise a acheté deux parts de pommé dont nous décidons de concert qu’elles constitueront notre « quatre heures après l’effort le réconfort ». Au retour de Guilly Vraz, je photographie les bateaux de Port-Launay. A Châteaulin, nouvel arrêt pour acheter « Télérama » et « Le Canard enchaîné ». Puis c’est à nouveau la route qui longe l’Aulne avec une tout autre lumière qu’au matin, beaucoup plus variable. Cette fois-ci nous avons le vent dans le dos et je suis tout heureux de filer deux fois plus vite qu'à l'aller. Une écluse, deux écluses sauf que d’un seul coup je sens à nouveau que ça coince à l’arrière. Je me retourne et je vois quoi ? Une montgolfière ! Non je déconne : il y a un type à l’intérieur de mon pneu qui est en train de mâcher un Malabar et fait de splendides bulles, vous savez de ces gros ballons qui finissent par vous claquer au nez et justement… BANG ! Un vrai coup de fusil ! Qu’est-ce qu’on s'éclate ! On est à dix-neuf kilomètres du camp de base. Vous aimez la marche, Joe Krapov ?

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3) Marcher en poussant son vélo

J’ai crié deux fois et Marina qui était devant s’est arrêtée pour m’attendre. J’ai encore dans l’idée de changer la chambre à air mais quand j’arrive à sa hauteur force nous est de constater que le pneu est foutu, déchiré sur à peu près dix à vingt centimètres. Nous convenons que je vais marcher jusqu’à l’écluse suivante, qu’elle va retourner au camping et venir me rechercher avec la voiture.

4) Vérifier qu’un gag de Woody Allen est toujours prêt à se répéter dès qu’il le peut


Me voilà donc à pousser mon vélo crevé sur le chemin de hâlage (je mets un accent circonflexe sur halage car même avec le soleil sous nuages nous sommes revenus très bronzés de ce séjour en Finistère). Un peu déçu de ne pouvoir inscrire 55 kilomètres à mon compteur ce jour, je m’interroge. J’ai de la lecture pour attendre, il doit bien exister une route qui mène à chaque écluse, la prochaine est, au pire, à deux ou trois kilomètres. Que voulez-vous qu’il m’arrive de fâcheux après cet incident ?
Qu’il pleuve ? Oui, bien sûr. A 14 heurs 43, lorsque j’arrive à l’écluse, il se met à pleuvoir à verse ! La dame de l’écluse me suggère de m’abriter sous son hangar un peu plus loin.

5) Attendre la voiture-balai en compagnie d’un vieux boxer sous le hangar à voitures de l’écluse de Prat-Hir (Prat-Hir, c’est pourrir un peu !)

Bon, ben là, j’ai tout dit et j’ai même pris la photo. Marina arrivera deux heures après. D’où je déduis que la lecture du « Canard enchaîné » de la page 1 à la page 8 en mode linéaire et en lisant pratiquement tout (sauf l’ours parce que le boxer veut bien supporter un Ch’ti rennais qui sent le chien mouillé près de sa niche mais a une dent contre les Pyrénéens), c’est deux heures. Voilà un euro et vingt centimes bien placés, même si ce qu’on lit là à propos du monde est parfois assez déprimant. Inutile de vous dire combien la douche et le pommé à l’arrivée ont été bien appréciés !



Quant au rapport de ce récit avec la consigne Papistachienne, à part le secret éventé d’une journée Krapovienne ridicule, le voici : si vous avez un jour un pneu crevé à Pleyben, faites comme moi, prenez votre mal en patience : le Midas du coin n'est pas facile à trouver !

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25 juin 2010

Un drôle de client (Joe Krapov)

Safari ? Safari ?

Pour un peu je confondrais Safari et Daktari et du coup Clarence trouverait ça louche. Elle diagnostiquerait de la confusion mentale et de l’Alzheimer précoce. Sans compter que je mélange peut-être avec Hatari, laissant quand même de côté Mata-Hari et les rastafaris dondaine, la Castafiori dondon.

090508_109Pour Aloys, ma toubib repassera. Je me souviens très bien d’Isaure Chassériau dans les années 60, de son Agence de Flânerie Amoureuse de Rennes, de son manteau de cuir rouge, de ses robes roses et des deux poignées en forme de baigneuses à l’entrée de sa boutique dans la rue d’Antrain : aujourd’hui encore, elles y sont toujours.

Et de toute façon, ça ne s’appelait ni safari, ni jokari ni panari. Ca s’appelait « Le jeu des animaux ». L’objectif était de constituer un zoo rennais. Voici les règles :
- Le jeu se joue à deux ou à deux équipes de deux ou trois personnes.
- On détermine à l’avance, sur le plan de sa ville, un parcours dans les rues les plus commerçantes de la cité.
- L’équipe 1 se positionne sur le trottoir de gauche, l’équipe 2 sur celui de droite. Chacun a un crayon et un carnet. Chaque fois qu’il aperçoit, dans une vitrine, sur une enseigne, une affiche, la représentation d’un animal, il le note dans son journal de bord et marque un point par animal.
- La carpe et le lapin valent deux points, on ne compte pas la demoiselle d’honneur sauf si c’est une morue salement dessalée. Le lièvre et la tortue valent deux points aussi. Le meunier, son fils et l’âne ne comptent que pour un. Dans ce jeu l’homme n’est pas un animal, il compte donc pour beurre, même et surtout s’il est marchand de kouign-amann.
- Les animaux vivants que l’on croise en chemin, chat errant, petit chien à sa mémère, gorille, petit cheval dans le mauvais temps, ne comptent pas non plus.
- A l’issue du parcours, l’équipe qui a marqué le plus de points à gagné.
- Au retour, on change de trottoir et de calepin afin de vérifier que l’équipe adverse n’a pas triché.

J’y joue encore maintenant à ce jeu, tout seul, et j’ai remplacé le carnet et le stylo par un appareil photo numérique. Dans les années 60, il était rare que les enfants possédassent autre chose qu’un Instamatic à eux offert lors de leur première communion (Chez nous, par radinerie, les parents s’étaient hâtés de devenir athées avant l’heure du thé mais les enfants étaient quand même gâtés ! A Noël !). De surcroît le coût des pellicules, du développement, du tirage des photos semblait coûter une fortune alors qu’aujourd’hui le moindre bambin de quatre ans est doté d’un ordinateur, d’un lecteur MP3, d’un APN et d’un téléphone portable qui le branche sur Internet, fait des frites et fournit du ketchup. C’est que le commerce a fait de sacrés progrès. On arrive à faire croire aux jeunes parents que tout est gratuit – roule mon ampoule ! -alors qu’ils continuent de douiller un max !

Ce sur quoi Clarence pourrait vraiment me chercher des poux dans la tête, c’est sur cette Isaure Chassériau ! Il semble, pour la majorité des Rennais, qu’elle soit une parfaite inconnue, voire qu’elle n’ait jamais existé, que son agence soit du pipeau. Même le tableau la représentant au Musée des Beaux-Arts, ma voisine de pavillon, Stella Monétoile qui a emmené là-bas ses marmots en sortie scolaire, ne l’a pas vu.

Il doit bien exister d’autres Rennais que moi que leurs parents ont confiés il y a plus de quarante ans à la dame en rose de la rue d’Antrain. Chez elle ils ont joué au trappeur le jeudi après-midi, capturant des hérissons, des chats qui pêchent, des lions porteurs d’anneaux dans le nez et des tricératops-laveurs, non ? Il faudra que je pose la question sur Copainsdavant. Mon pseudo c’est Davy. Davy Croquette mais il faut créer un compte avec son vrai nom sinon personne ne vous retrouve ou reconnaît, là-bas.

Je me souviens avoir joué aussi chez elle au jeu des girafes. Ca consiste à traverser la ville en relevant tout ce qu’on peut apercevoir de remarquable au 1er étage des immeubles. Evidemment, de nos jours, les gens ne risquent plus d’y jouer, à ce jeu. Ils sont trop occupés à regarder où ils mettent les pieds par terre, histoire de ne pas marcher dans les déjections laissées par les animaux vivants écartés du jeu précédent. Une vengeance, peut-être ?

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P.S. Je ne parlerai pas non plus de Kate à Clarence. Kate est sans doute une demoiselle anglaise qui fait partie de mon « harem virtuel ». Elle me suggère de parcourir la ville à la recherche de représentations de signes du zodiaque. J’ai essayé : ça marche aussi ! Kate ne serait-elle pas un pseudonyme qu’Isaure Chassériau utiliserait pour reprendre contact avec nous, ses clients rennais de jadis ? Mystère. Elle connaît plein de choses sur les chansons des années 60, elle sait que dans Danyel Gérard, Danyel s’écrit avec un « y ». Elle n’ignore pas que Minnie est une petite souris ni que la grande Zoa autour du cou porte un boa. Elle a une mémoire d’éléphant !

Je ne parlerai pas de Kate ni de mes autres « fans » à Clarence. Car, non contente d’être ma psy attitrée, Clarence est aussi mon épouse. Et elle est jalouse. Une vraie tigresse !

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10 juin 2010

DIEGO DEGOUTE DU DEDUIT DECOUVRE DUPLICITE DISNEYENNE DISTRAISANTE

Il faisait une chaleur d’enfer par-dessus Los Angeles. La ville était quasiment endormie en cet après-midi du 22 juin 1806. Consuela avait retiré sa large crinoïde et lui son calcite. Ils s'étaient mis nus au lit.

Il tirait la langue. Leur aventurine adultérine durait depuis quelques mois maintenant. Si lui était libre comme l’air, elle était l’épouse d’un militaire. Non pas d’un Feldspathmaréchal car il y avait peu de Teutons dans la région mais d’un simple sergent espagnol, Maurizio Demetrio Lopez-G.

Elle s’était endlichitée de Diego dès qu’elle l’avait aperçu à sa descente du train, de retour d’Espagne. Elle lui était tombée dessus comme une météorite ardente, avait joué de son regard d’opale, de son œil de tigre. C’était une grosse tourmaline et lui, quelque peu sidérite, emporté par cet ouragan, s’était retrouvé tlès lépidolite, chevauché en amazonite par ce volcan. Elle avait découvert ses bournonites, sa kornérupine qui tirait un peu dans les coins et elle l’avait, par jeu, baptisée Stilbite bien qu’il ne fut pas Zircon VI. Bref, tout comme Elsagite Tréolite et son Aragonite, tout chrysocollait magnifiquement entre Diego et Consuela.

Simplement, ils n’étaient pas du même bord politique et il avait jugé bon, ce jour-là, de faire juste une mise au point avec sa Jackie Quartz.

- Ce gouvernement de Monastorio, c’est plus que je n’en puis supporter. Il opprime les Indiens comme les paysans et il taxe les citoyens d’une manière éhontée. Je ne sais pas ce qui me retient…
- Voyons, Diego, tu as par trop la tête près du bonnet ! Tu es toujours prêt à t’emballer. Est-ce que tu es sûr que tu n’en fais pas un peu héliotrope par moments .
- Enfin, ma Pierre de Lune, ce tyran s’emplit les poches sur le dos de tous et nous devrions laisser sévir cette espèce de sodalite sans broncher ? Non ! Bien malachite ne profite jamais ! Il faut que ce proverbe trouve sa concrétisation dans la réalité d’ici peu !
- Je trouve qu’en matière de politique, tu kunzites toujours un peu trop ! Tu as trop de choses dans le cabochon. Veux-tu que nous remettions le couvert ?
- Non, tu es bien gentille, ma Rose des sables, mais il fait trop chaud. On l’a déjà fait cinq fois ! J’ai la biotite en calcédoine !
- Allonge-toi ! Ferme les yeux ! Je vais les couvrir pour que la lumière n’abime pas tes superbes azurites, mon bandit muscovite !

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Par jeu, elle dégrafa à nouveau son soutien-gorge et lui posa les bonnets sur les yeux. Diego se laissa aller. Il avait mal au ventre. Etait-ce parce qu’elle lui avait resservi deux fois du chili con carne avant leurs ébats ? Etait-ce de s’être excité contre elle puis contre cet imbécile de gouverneur de la Californie espagnole ? Toujours est-il qu’il faillit aller au renard.

Finalement, il se mit à somnoler et eut des visons étranges : un peuple d’esclaves muets défilait devant l’alcade avec des pancartes sur lesquelles on pouvait lire « Non au préservatifs oraux ! ». D’extraordinaires machines munies de deux roues et d’une longue trompe de tamanoir s’agitaient dans tous les sens et avalaient de la poussière. Puis il y eut une tempête, un éclair, un cheval au galop…

Il sursauta et se réveilla. Une idée géniale venait de surgir hors de la nuit. Tous ces éléments s’étaient mélangés. Il se rhabilla, embrassa sa maîtresse et partit sans rien lui dire de son projet fou. Simplement, par bonté d’âme envers elle, il se promit que le justicier masqué qu’il allait devenir ne truciderait jamais le sergent Garcia.

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25 août 2019

99 DRAGONS : EXERCICES DE STYLE. 50, Style cocasse

Bien le bonjour, joyeux lecteurs de la chanson de Ricochet ! C’est la toile de Pénélope ici ! On tapisse, on retapisse, on détapisse partout, même dans les toilettes ! Ca a beau être pareil, ça n’est jamais la même chose, ce mythe qui nous vient tout droit des neiges d’antan ! Et tant pis donc si en passant je donne un soufflet à Ronsard ou mets ce bon Vaugelas en pièces !

***

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Ca aurait pu se passer à Dache, à Chquoufougnouze ou à Saint-Profond-du-Lointain. A Perpète-les-Bains, à Pampérigouste ou à Saint-Pisse-qu’en-Coin. Mais non, c’est bien à Trillebardou, chez Jean Guillemette, que le dragon a fait son apparition. C’était un glouton mémorable, du genre qui avale la rue des Lombards.

- Mais quand t’arrêteras-tu de boulotter mon troupeau ? demanda le paysan.

- Mardi s’il fait chaud ! répondit le dragon ! A la venue des coquecigrues ! A la Saint-Glinglin !

Comme les paysans du coin n’étaient pas du genre à jeter les épaules de mouton toutes rôties par les fenêtres, ils appelèrent à l’aide.

- Sire, sire, il a plu sur notre mercerie !

***

Le monarque demanda à ses chevaliers d’aller faire sa fête à ce bestiau bariolé comme la chandelle des rois mais il trouva face à lui des visages de bois.

Ces vassaux-là se croyaient sortis de la côte de Charlemagne mais ils n’étaient en vérité que des carabins de la comète qui, éternellement, tranchaient de l’éléphant sans jamais quitter la table ronde où la chère était si bonne. Bref ils se chauffaient à l’espagnole et se caressaient l’angoulême, ces rodomonts, ces Ramasse-ton-bras, ces dépuceleurs de nourrices !

Ils lui répondirent «Niet !».

***

Ce bon roi était franc comme l’osier et dans cette situation où il apparaissait roulé comme un soleil d’hiver, il lâcha la bonde :

- Jamais je ne fus tant étourdi du bateau ! Ah je suis bien entouré ! Des vendeurs d’épinards sauvages ! Des « Prend-à-gauche toute ! L’autre gauche ! » Des goulafres ! Mais je n’irai pas à travers choux pour ma part. Pas de ça Lisette ! Pas question de jouer de l’épée à deux talons, de faire un trou à la lune ! Je vais la prendre avec les dents !

Il s’en alla trouver le dépanneur du coin, un nommé Larchevêque. Il tenait boutique à l’enseigne de « Crois Robert, c’est un expert ! »

Après avoir encaissé une palanquée de « Tranquille Emile, c’est trop facile », de « A l’aise Blaise on t’le dépèce » et de « Cool Raoul j’lâche le pitbull » le souverain eut droit à sa solution miracle : « Laissez faire Georges, c’est un homme d’âge ! ».

Et de fait Larchevêque semblait de taille à tirer de l’huile d’un mur.

***

Il nous faut faire à présent un détour par les appartements de la princesse.

- Il y a de l’oignon ! s’énervait-elle.

La princesse était toute épaplourdie. Que dans cette version-ci aussi on passât sous silence les exigences sexuelles de la bête, cela l’avait ébarnouflée puis lui avait mis le cœur sur les lèvres. Mais comme à cette époque-là on demandait aux filles de garder les manteaux ou de compter les clous d’une porte, que pouvait-elle faire d’autre que bâtir des châteaux en Asie, rêver d’un hashtag #Superwomanbatledragon, se pimprelocher devant le miroir et rêver qu’un bel homme vînt lui déclamer : « Ma mignonne, ma mie, ma tendrette, ma braguette, ma savate, ma pantoufle …» tandis que les ans filaient ?

***

Et donc Larchevêque envoya Georges pour faire rendre gorge au souffleur de la forge.

Le chevalier Georges avait la mine renfrognée d’un soupe-tout-seul, la tête d’un vendeur de vache foireuse : il ne riait jamais.

Il était logé chez Guillot le songeur. Pour un peu c’eût pu être aux petites maisons, c’est à dire qu’il avait un grain, des visions, des rêves. Mais comme il avait la force virile et la science des armes de poing, il était devenu mercenaire mystique, ce qui lui permettait de concilier ses deux extrêmes et d’avoir un rôle social à jouer dans les récits d’édification religieuse de l’époque.

Il avait donc été recruté par un endormeur de mulots de la Sainte Eglise et de la pire espèce, un grand architecte de fourbes qui prenait des airs penchés. Depuis il voyait vaches noires en bois brûlé ! Il avait ses rats, ses hannetons sous le chapeau, qui lui faisaient croire qu’à force de combattre l’hérétique de façon hiératique il deviendrait saint !

Le combat eut lieu et il fut tout sauf silencieux :

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- Tu ne fais que de l’eau claire, mon joli !
- Tu prends ton nez pour tes fesses !
- Je te promets que tu vas rire du bout des dents et même ne plus rire du tout d’ici peu !
- Tu chantes Guillemette, jeune homme !
- Ris t’en Jean ! On t’frit des œufs !
- Ferme ta boîte à camembert ! Tu l’ouvriras pour le dessert !
- Sur quelle herbe as-tu marché ?
- Tiens prends ce cataplasme de Venise ! Et une giroflée à cinq doigts, une !
- Garde ton onguent de miton-mitaine ! Tu me canules !
- Adieu la voiture ! Patatras Monsieur de Nevers ! Passez muscade ! Va te coucher, Basile, tu sens la fièvre !
- Ah qu’est-ce qui se passe ? Le marchand de sable est passé ! Le petit bonhomme me prend ! Je m’endors ! Je me meurs ! Tu vas me le payer Aglaé ! Je n’ai plus d’encre au cornet ! Je vois des anges violets !

Bourouloulou ! Quel choc ! Quelle tempête quand le chevalier frappe la bête avec la clé de l’autre monde, son épée Ascalon ! Et bientôt, c’est cuit de jeudi pour l’animal à quatre pattes !

- Nous mangerons du boudin, la grosse bête est par terre ! O notre bon roi, le dirons-je ? Ca fait hideur quand on y songe !

***

Il est bien évident que dans cette version-ci la rose qui naquit dans le sang du dragon fut de la variété « Cuisse de nymphe émue » !

Cela ne donna pas pour autant l’idée au bon chevalier Georges d’aller désennuyer la petite princesse. Enfin, bon, les personnages font ce qu’ils veulent ! Comme on disait jadis, les volontés sont libres !

Kiki carabi mon histoire est finie pour aujourd’hui !

Inspiré par le très recommandable livre de dame Catherine Guennec . - A Trillebardou chez Jean Guillemette. - Paris : First editions, 2019.

 

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4 septembre 2015

VALEUR REFUGE

Un serpent monétaire
A mordu Eurydice
Au talon de son chèque.

Orphée, petit porteur
D’une lyre élastique
Aux cordes en lacets
- C’est Rimbaud, trafiquant
De semelles et de vent
Qui les lui a offertes –
Descend pour présenter
Sa requête aux Enfers :
Il s’en va, comme on dit,
Se faire voir chez les Grecs.

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- Pour passer par ici,
Homme, il te faut payer !
Lui a lancé Caron
Sur la rive du Styx
En lui montrant sa barque
Usée par les années.
Pour le prix, c’est cent marks.

- Peut-on payer en lyre
Quand on vient d’Italie... ?

- Ici c’est un pays
De la zone « héros » !

- ...Ou faut-il convertir
Sa douleur en dollars,
en billets ou en vers,
En faire opéra-rock ?

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Silence dans l’errant.

Orphée saisit son plectre
Et frappe l’instrument
Et alors, plus va l’ut,
Plus la magie opère :
L’eau du fleuve s’écarte,
Il passe, soutenu
Par Charon un peu stone :

La musique adoucit
Les moeurs de tout passeur…

…A condition de n’être pas
Sur notre planète aujourd’hui

La descente aux Enfers
Continue chaque jour.

Ami(e)s, veillez sur vos amours !

22 janvier 2015

Amné-drôle de mu-sique ? (Joe Krapov)

02 A Oncle armand 02 1

Comment ai-je pu oublier l’oncle Hubert ? Aurais-je trop bu de vodka polonaise au petit-déjeuner ? Je n’ai pourtant jamais forcé sur le Beaujolais avec le camembert !

Qu’est-ce que c’est que cette histoire de cours d’anglais ? J’ai fait allemand 1ère langue, russe en deuxième et latin sans messe en supplément !

J’aurais eu un oncle Armand ? Et il se serait produit à l’Olympia ? Moi qui pensais être le seul artiste de la famille avec mon frère William ! Et encore pour gagner ma vie j’ai été obligé de bosser sous pseudonyme dans un restaurant mexicain !

Oubliée aussi la tante Louise ! Mais par contre je me souviens bien des Loiseau. Non, pas ceux qui oeuvrent dans Tintin – Le Secret de la Licorne – mais ceux bien plus sympas qu’on a connus en Auvergne quand on allait là-bas pour des vacances forcées – on peut oublier Palerme mais pas La Bourboule ! Ils étaient apparentés avec Bernard Loiseau, le célèbre restaurateur de Saulieu. Mais pourquoi aurait-il donné à son restaurant parisien le nom d’une tante mienne ? Oui, je sais, Louise est un prénom de plus en plus répandu.

Quant à tante Jeanne, aucune trace dans ma mémoire d’un mélange de macédoine et de tiramisu. Ou alors j’ai oublié, ou j’étais parti à l’opéra voir les p’tits rats, mi soûl, Mitsou, Missouri un soir où ça sentait le roussi.

DDS 334 Hélène

J’ose à peine me souvenir que je suis descendu dans le gouffre de Padirac. La photo de la famille dans la barque a longtemps trôné sur le buffet dans la cuisine de mes grands-parents. Qu’est-elle devenue ? Maintenant qu’ils ne sont plus là, elle est peut-être chez Tonton Georges ? Mais à part ça, je n’ai rien fait d’autre en matière de spéléologie. Et surtout pas en galante et russe compagnie ! J’eusse été bien en peine de folâtrer avec une Natacha car je n’en ai jamais connu aucune ! Tout juste ai-je retenu le patronyme de Natacha Lindinger qui jouait le rôle d’Hélène Châtelain dans les premiers épisodes de Nestor Burma.

Alors ? Pourquoi ai-je les prénoms de cette famille inconnue dans la tête ? Pourquoi aurais-je rendu visite à ces ancêtres à l’époque où j’étais au lycée Franklin à Lille ? J’habitais à vingt kilomètres de là et je n’y connaissais personne chez qui aller aux intercours, à part le Furet du Nord vers qui je courais-courais pour y lire des bédés.

M’aurait-on implanté, comme dans un roman de Philip K. Dick, des faux souvenirs ? Pour obtenir quoi ?

Ou alors… Ne devrais-je pas me rendormir pour oublier ce drôle de rêve ? Il est six heures du matin. J’ai encore droit à une heure de sommeil. Oui c’est ça. Je suis au lit, c’est mon inconscient qui délire. Je replonge.

Et puis le réveil a sonné. Je me suis levé, l’air maussade. J’ai posé le pied sur la feuille aux six paragraphes de texte avec à droite les accords de guitare et de ukulélé.
Avant que je parte au boulot, Marina Bourgeoizovna m’a dit :
- Tu ne t’es pas foulé, pour le prochain Défi du samedi, avec ta chanson hôn !

Le matin elle est comme ça, pur jus, la vérité crachée en face, franche du collier, comme toujours.

- Attends, que je lui ai dit, j’ai quand même composé la musique ! Et puis vous avez bien rigolé avec Anita hier soir quand je vous ai fait écouter l’enregistrement, non ?

FillonC’est vrai, les paroles sont de Vegas-sur-Sarthe. Et, oui, c’est un mélange de mémorisation triviale et de poursuite de nostalgie, mais quoi ? C’est drolatique, on est dans la même veine, quelque part, lui et moi, à aller au charbon chaque jour en écrivant et moi ça me fait bien marrer cette polyphonie d’un jour pondue à l’instigation de tiniak. Un vrai défi, bien relevé, bien piquant, non ?

- Tu ne vas quand même pas prétendre que c’est François Fillon le plus grand comique de la Sarthe ? ai-je demandé.
- Je n’ai pas dit ça ! a-t-elle répondu. Allez va bosser ! Oublie !

Oublier ? Je ne peux pas ! Je suis hypermnésique ! Et c’est de pire en pire ! La preuve : maintenant je me souviens même de la famille des autres ! Je la connais par cœur la chanson !  

11 juin 2014

Bienvenue à New-York, Marcel S. !

J’ai passé une excellente soirée mais ce n’était pas celle-ci. Et pour cause !


Longtemps, je me suis couché de bonne heure. Je vais vous dire : c’était que du bonheur ! C’était comme de gagner un match à la maison. En effet, parfois, à peine ma bougie éteinte, - merci infiniment, Mââm Bougie ! - mes yeux se fermaient si vite que je n'avais pas le temps de rebondir et de me dire : « On vient de l’apprendre, les paupières du petit Marcel étaient lourdes, j’ai le sentiment que ça vient de tomber et même que, trop fort, ne bougez pas, le voilà qui s’endort ! ».


Et, une demi-heure après, vraiment du grand n’importe quoi, la pensée improbable qu'il était temps de chercher le sommeil, ou pas, m'éveillait. Surréaliste de chez surréaliste.


Je voulais poser le volume que je croyais avoir dans les mains et j’étais plutôt d’accord pour souffler ma lumière. Voilà, quoi. Mais c’était énorme comme je n'avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, trop de la balle, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier, tout à fait même. Enfin un vrai couac, le fameux truc décalé qui permet de revisiter grave le difficile quotidien, ou pas.


J’hallucinais. Il me semblait que j'étais moi-même ce dont parlait l'ouvrage : le très attendu jeune loup de la politique qui viendrait à bout du vieux lion, ou pas, l’église incontournable qui nécessitait l’arrêt sur la route des vacances car c’est dans l’ADN du photographe, c’est clair, de ne pas respecter la moyenne, le dernier des grands quatuors d’Arnold Schönberg, la rivalité au bras de fer de François Ier et de Charles-Quint. Fallait-il avoir peur de ce coup de calcaire ?


Cette croyance improbable survivait pendant quelques secondes à mon réveil. Elle était comme une jeune femme pleine de fraîcheur qui donnait le la aux musiciens et au chef d’orchestre du très attendu sommeil. Elle ne choquait pas ma raison, mais voilà, quoi : elle pesait comme des écailles sur mes yeux. C’était trop too much. Elle les empêchait de se rendre compte que le bougeoir n'était plus allumé. Puis dans l’entourage du metteur en scène de « Revoir sa copie » elle commençait à me devenir tout à fait inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d'une existence antérieure se posent là où j’ai mon doigt, ou pas.


Au chevet de Bouddha où une foule anonyme, on vient de l’apprendre, se pressait, le sujet du livre se détachait de moi, j'étais libre de m'y appliquer ou non, ou pas. J’adorais ce côté décalé et en même temps je sentais monter la grogne au créneau. Aussitôt je recouvrais la vue et j'étais bien étonné de trouver autour de moi la fameuse obscurité qui reprenait la main, douce et reposante, c’est clair, pour mes yeux, mais voilà quoi, peut-être plus encore, j’ai envie de vous demander si vous vous en doutiez, pour mon esprit.


Faut-il avoir peur de l’écrire ? L’obscurité apparaissait pianissimo comme une chose sans cause, incompréhensible, surréaliste, du grand n’importe quoi, voilà, en effet, comme une chose vraiment obscure. Bref, un vrai no man’s land.

Je me demandais quelle heure il pouvait être, ou pas. J'entendais grave le sifflement des trains – Merci infiniment, le sifflement ! - qui, plus ou moins éloigné, - c’est dans son ADN, ne bougez pas ! - comme le chant d'un oiseau dans une forêt tout à fait revisitée à la maison, relevant les distances, me décrivait l'étendue incontournable de la campagne trop déserte de chez Yapersonne où le très attendu voyageur se hâte comme le dernier des grands explorateurs vers la station prochaine, pleine de fraîcheur et le petit chemin qu'il suit va être gravé grave dans son souvenir par l'excitation qu'il doit, comme vous le savez, à des lieux nouveaux – enfin un vrai endroit qui me botte depuis Sète !- , à des actes, voilà quoi, c’est clair, inaccoutumés, j’ai envie de dire aussi à la causerie récente et aux adieux trop glauques sous la fameuse lampe étrangère qui le suivent encore dans l’entourage de la lune et dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du très attendu retour qui, on vient de l’apprendre, est éternel, ou pas.

J'appuyais tendrement mes joues incontournables contre les belles joues improbables de l'oreiller qui, pleines et fraîches, que du bonheur, sont comme les joues de notre enfance, c’est énorme, à la maison. J’avais envie de demander l’heure, mais j’avais le sentiment que vous n’étiez pas là alors voilà quoi, je frottais une allumette pour reprendre la main et regarder ma montre.

Ne bougez-pas ! Trop nul ! Gravosse de chez gravosse ! J’hallucinais béton ! C’était bientôt juste minuit.

MIC 2014 06 09 New-York

C'était l'instant où le dernier des grands malades, qui a été tout à fait obligé de partir en voyage sur un coup de tête et a dû coucher dans un hôtel inconnu de New-York, réveillé par une crise, se réjouit en apercevant sous la porte une raie de jour. C’est trop de la balle ! Que du bonheur ! C'est déjà, merci infiniment, énorme, le matin !

Dans un moment les domestiques seront levés, c’est clair et il a le sentiment qu’il pourra sonner, et qu’une jeune femme noire viendra lui porter secours. L'espérance d'être soulagé fait qu’il va reprendre la main, lui sauter dessus, ce sera du grand n’importe quoi mais c’est dans son ADN, un coup de sang incontournable.

Faut-il avoir peur de l’improbable ? Bien sûr que non sinon on reverrait tout le temps sa copie et on ne monterait jamais au créneau, c’est clair. Après que j’ai eu rêvé, ou pas, cela, les flics m’ont arrêté à l’aéroport. Trop énorme !

J’ai passé une excellente soirée mais ce n’était pas celle-ci. Là c’est trop un cauchemar sur toute la ligne, foi de Marcel Stroskane ! Proust alors !

9 septembre 2010

UNE RETRAITE (A 62 ANS ?) A SOLESMES

Solesmes_1Allons, enfant de la patrie
Tirer parti du patrimoine !

Porte tes pas, minot,
Vers l’abbaye pointue
Qui se mire dans l’eau.

Le moine t’y accueille
Avec sa bonne poire,
Son air de timonier,
Ses nippes de pirate
Et intime silence
A tout ce qui se trame au plus profond de toi :



- Le moment est venuSolesmes_2
De respecter le rite,
De passer à la trappe
La peine qui ramone
Ton âme en peine,
Ton cœur qui trime,
Tes tripes moites de trop plein.

Sois donc pour un petit temps
Le fidèle témoin
Et dis honnêtement
La part que t’ont laissée
Les pères précédents.
Montre-nous que tu sais
Faire le tri parfois. »


Solesmes_3- Ils m’ont donné les mots,
Le statut de poète
Et le goût pour la rime
Plus que pour la raison.

Ils m’ont transmis le rire
Et l’amour des chansons,
L’envie de plaisanter,
Le plaisir des satires.

Et puis, mine de rien,
Ont montré le chemin,
Les routes de la vie.

Alors je suis parti
Chercher Cléo,
Faire le pâtre ;
Faire le pitre,
Faire la pâte du pain pita
Et j’ai suivi la pente
Qui mène à l’amitié
Et aux affinités.


Et même su, peut-être,Solesmes_4
Par manipe ou sagesse,
Tripoter l’émotion
Jusqu’à, modérément,
Supporter leur pure perte.

Voici, bons pères, mon patrimoine
Mais…

Mais j’ai toujours en moi
L’amour des abbayes
Où se retirent du monde
Celles et ceux qui prient pour lui
Avec des mots et des poèmes
Comme celui-ci auquel
Je suis forcé de mettre
Un point final. (1)


Solesmes_5

(1) En effet j'avais utilisé toute la liste des mots composés avec les lettres de "patrimoine" !
(2) Les aquarelles datent du temps déjà ancien où j'habitais dans le même coin que Végas-sur-Sarthe !

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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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