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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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25 avril 2012

DIVAGATION SINO-BRETONNE A BASE DE VOYELLES NASALES

MIC 2012 04 23 vase mingSur le parchemin de Nankin est mentionnée souvent la chanson insensée des amants nains du Yang-Tsé-Kiang. Elle se prénomme Yin, se parfume d’ylang-ylang et se fait tout un monde troublant de son bonhomme Yang, même s’il est minuscule, aussi menu qu’un gnome des landes d’Ille-et-Vilaine, ce lutin qu’on appelle « korrigan ».

Yang peint des  miniatures bleues sur vases  vases Ming. Elles la représentent, sa Yin, versant des larmes au palanquin, admirant des hérons et des grues au lagon, ou se taillant la corne des orteils au coupe-ongle dans sa salle de bains. Est-elle plus grognon que la mère de Grignan, la Sévigné qui se mina en ses Rochers à faire des pleins à la plume, langue déliée, alors que Gutenberg depuis longtemps déjà avait fondu le plomb mais avant que Claude Chappe n’ait pété un câble sur le plateau du télégraphe collet monté ?

Parfois, grattant sa mandoline, Yin le trouve tout con, le riz blanc de Canton où le petit pois vert lutine l’omelette et juge en tous les cas le toucan taquin et faquin. L’oiseau chante sous les pins les peines de la naine au bain, les bonds de son cœur et ses rêves de publication des bans. Enclin à la faconde, il énerve son monde et la pousse au repli.

Et tandis que Yang peint quelques ménines, son amie vêt l’ascèse à Lascaux comme seconde peau par-dessus son chagrin flagrant de ne pas pouvoir être un paon.

Ô Amour quand tu nous tiens, quelle scansion, quelles questions pour l’impatient pris de passion ! Où s’en va le divin ? Dans le vent ? Où s’en vont, de Denain à Dinan, les gens du Nord dont l’inconscient sur la Bretagne a jeté dévolu absolu, corps moulu, double six, départ neuf vers l’accostage, vers l’amarrage à ce coin de la France où la transe est une constance ?

Tout ceci nous éloigne de la Chine et de nos minutieux artistes, ci-dépeints ton sur ton, mais pas tant. Laissons les pour un temps à leur bonheur pimpant, à leur nanan lointain, ces anges au visage poupin. Par chez nous, à Paimpont, allez savoir s’ils n’iraient pas, au lit, dans la vie, dans le vide, au son des sanglots longs d’un vilain violon ou pire, d’un biniou plaisantin, se chercher, bien plus tard quelques poux dans la tête ?

Ne resterait alors pour conclure en beauté, dans un espoir de jours meilleurs, qu’un proverbe aristo pour chasser les totos : « Parasités par l’ingrat temps, n’hésitons pas, gratin ! Grattons ! ».

Et finissons avec Nino par « Mao et et Moa» ou par « Oh ! Hé ! Hein ! Bon !".

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30 août 2024

Se battre contre son grenier (Joe Krapov)

 

Lui je l’ai reconnu tout de suite : le beffroi de Bruges !

 

Je me suis souvenu de lui sous un autre éclairage et pour cause : c’était la nuit et c’était après la pluie. Sur ma photo les lampadaires fabriquent d’étonnantes étoiles et c’est peut-être ça aussi la photographie : écrire avec de la lumière le monde autrement qu’il n’est vraiment, arrêter le temps sous forme d’une image rien qu’en déclenchant.

 

 

Sur une autre de mes photos le beffroi apparaît plus blanc mais bon, c’était il y a trente et un ans et la pluie ne fait pas que laver les bâtiments. Même si elle ne tombe que très peu en Bretagne, elle n’est utile qu’aux jardins. Elle ne saura pas m’expliquer, cette noyeuse de François Hollande et gâcheuse de cérémonie d’ouverture, pourquoi j’ai retrouvé au grenier, dans mon dossier « Dix sonnets à la gloire de Bruges », des tirages photographiques sur papier couleurs d’après diapos que j’ai dû reproduire à nouveau pour mon projet : les photos en question ne sont pas dans les quatre boîtes de diapositives que j’ai scannées et étaient donc absentes de mon disque dur ! D'où sortent-elles ?

 

Mais je ne suis pas là pour raconter ma vie, la combat de Saint-Georges contre son dragon, celui de Joe Krapov contre son grenier… Quoique ! Cette dernière proposition d’écriture de l’été de l’oncle Walrus aura eu un effet positif et pour moi et pour vous : j’ai retrouvé des textes d’une époque où je n’étais que poète, photographe et aquarelliste !

 

J’en ai fait un joli « zibouque » dont je vous fais cadeau tout en lançant bien fort à nouveau mon fameux cri d’amour fou : « Vive la Belle gigue ! ».

 

A vos tablettes !

 

https://www.mediafire.com/file/llre45liqthznab/Joe+Krapov+-+Dix+sonnets+à+la+gloire+de+Bruges.pdf/file

 

21 mai 2010

ARCHÉOENOLOGIE SPATIO-TEMPORELLE ACCIDENTELLE

Il existe, parmi les multitudes d’univers parallèles auxquels les imaginations fertiles des Créateurs ont donné naissance, un monde dans lequel Jésus, après avoir transformé l’eau en vin, le goûta sans Modération. Cette dernière, Modération, était partie aux lavabos se remettre un peu de rouge aux lèvres. Quand elle était revenue peu après, Jésus avait porté tellement de rouge aux siennes que l’amphore était vide.

Dans cet univers-là ce fait fut marquant et la religion prit du coup une autre tournure, un autre tournant, un autre tournis. En témoigne le calendrier ramené par les spatiocéanothes en combinaison bleue de l’Université de Rennes 3. L’équipe du professeur Chassériau s’est égarée dans cet univers-là un jour que le pilote de leur vaisseau Tornado, l’inénarrable Jurassic Park, avait pris, en état d’ébriété, le manche à balai de l’aspirateur spatio-temporel féministe.

Bien qu’il y ait un interdit total de communication de ce document, je vous en livre une partie en vous demandant de bien vouloir garder le secret absolu là-dessus.

« Les douze mois s’appellent Jasnières, Févriesling, Margaux, Arbois, Médoc, Jurançon, Juliénas, Anjou, Sauternes, Orléans, Nuit Saint-Georges, Dionysos »

A chaque jour correspond un saint. Voici les saints des six premiers mois (Cliquez sur chaque image pour l'agrandir) :

DDS107_01_jasni_res  DDS107_02_F_vriesling


DDS107_03_Margaux   DDS107_04_Arbois


DDS107_05_M_doc   DDS107_06_Juran_on

En raison de la crise économique actuelle, ce document sidérant a été mis sous scellés par M. le Président de l’Université de Rennes 3 afin que sa lecture ne donnât pas de mauvaises idées à la jeunesse de notre beau pays. Déjà que « Sopicrates accusatus est quod corrumperet juventutem » ! Lui ne voulait pas prendre de tels risques. La faille dans l’espace-temps par laquelle Isaure Chassériau et les frères Park avaient pénétré dans cet univers vinicole avait été rebouchée et on avait demandé à l’équipe de chercheurs de garder le secret.

Par la même occasion, l’hypersobre Président avait interdit que l’on servît de l’alcool aux pots de départ en retraite de ses personnels. Cela fit bien rigoler le petit personnel qui savait bien qu’il ne partirait plus jamais en retraite maintenant et que, question arrosage, il suffisait de lancer un message sur Facebook pour réussir à rassembler des milliers d’alcoolos quelque part en ville !

Quant au secret à propos du calendrier, m’est avis que Mlle Chassériau, un peu prise par le temps, va sans doute publier dans son journal « le Défi du samedi » les mois de Jasnières à Jurançon dont elle a gardé une copie par-devers elle ! Le vin délie les langues !

Pour les mois de Juliénas à Dionysos, personne ne vous empêche d'inventer vos propres saints ! Le vin stimule l'imagination ! Vive l'
archéoenologie !

5 mai 2010

33 fois 3 ver(re)s d'un marcheur de travers !

<p><p><p><p><p>Document sans nom</p></p></p></p></p>

Ils s'en vont par trois DDS105_3mousquetaires
Les mousquetaires du roi
Louis 1 et 3

Celle qu'on préfère
Car elle n'aura pas lieu :
La guerre de Troie

DDS105_bilboquetLe roi de Pologne
Et du mignon bilboquet :
Sacré Henri III !

Quand ce n'est pas large,
Ample, évasé, boulevard,
Alors 7 et 3

Le mari, la femme
Et le placard pour l'amant :
Théâtr' de boul'vard


Trois vers japonais DDS105_jardin_japonais
Emplis de saké et de
Douce poésie

(Quand il (haï)kaï dehors,

J'aime boire un (haï)ku !)

Trois ours dans leurs lits
Qui rêvent en boucle d'or
Et de poupées blondes

DDS105_yellowsubmarineOne ! Two ! Three ! Mommy,
Can i bring my friends to tea ?
Ringo ! John ! Paul ! George !

En état de grâce,
Acceptèrent que je les
Immortalisasse

Les trois vieilles cloches
Dans le fond de la vallée
Sont un peu fêlées

Trois petits cochons
Bouyg-Bouygues, Bwag-Bouagues et Boug-Bougues
Construisent maisons


Trois jeunes tambours !
  (La masturbation rend sourd !)
Jetez vos baguettes :

Il n'y a, à la fenêtre,

Plus que des républicaines !

Serge a trois oranges
Mais elle n'a que deux amours :
Joséphine Baker


Trois chevaux dans l'ordre !
Pour arroser la victoire
Bois un triple sec !

Joye, Marotte et moi DDS9105_Poupoune
Il fallait bien qu'on soit trois

Pour chanter Poupoune !
(Cliquez sur ce lien pour chanter et rire avec nous !)

Qui sont Croquignol,
Ribouldingue et Filochard ?
Les Pieds-nickelés !

Ne le cherche pas,
Gibraltar, sur ton vieux plan :
Il est en D3


Dans ses intestins
Il sent bien que ça remu(gl)e
Le cheval de Troie !


A fond les manettes !
Descendre tout Belleville
A fond les triplettes !

1 : labour en Bresse ;
2 : et pourquoi tant de Aisne ?
3 : Fou à(l)lier ?

DDS105_pim_pam_poumTante Pim, Pam, Poum,
Capitaine, l'astronome :
Lectures d'enfance


Dans mon vieux grenier,
Un roman de Paul d'Ivoi :
Corsaire Triplex !

Metz, Toul et Verdun
Les trois évêchés étaient
Fermés du dedans

Les connaissez-vous
Riri, Fifi et Loulou ?
Un peu, mon neveu !

Quand reviendra-t-il
Ce bon Monsieur de Malbrough ?
A la Trinité  ?

Quand on nous entend
Un rideau rouge se lève :
Trois coups au théâtre !


Goncourt historique :
Valérie, Janeczka, MAP !
Trois femmes puissantes !


Trois points, deux tirets !
Qui n'a envoyé que ça ?
Walrus, forcément

(…-- signifie « trois » en morse !)


Suivants d'une étoile
Au désert, avec présents :
Trois rois bienveillants

En haut du podium
On a mis un drôle d'homme
Haut comme trois pommes !

Les cornards descendent DDS105_trois_cocus
A la station « Trois cocus » !
Gros blues à Toulouse !


Tissent le Destin
Pour que tout se barre en qu'nouille :
Trois Parques rouées

Petit poucet : six frères.
Les Finistériens : qu'un père !
Tchekhov : les trois sœurs.

28 avril 2010

Lettre à Elise avant d'aller se faire pendre

 DDS104_1_Beethoven

Si je parcours avec emphase

Ce clavier où mon poignet s’use
C’est pour chanter le teint de rose
De la trop charmante amoureuse
Que je souhaite rendre heureuse.

Mais si je suis un peu morose
C’est dû aux froideurs de ma muse
Que mon appassionata rase (B -o-u-l-b a !)

Elle est si sourde à mon amour
Que j’en ai l’ouïe qui s’ankylose (Q -u-i-n-t-a l)

Et tandis que luit Artémise
Je rêv’ que je rafle la mise
Et qu’avec fougue je la bise
Ô mon Elise

 DDS104_2_Beethoven

Mes doigts s’envolent, tels Pégase,

Vers une mélodie abstruse
Sur laquelle, en apothéose,
Je pose un hymne à la joie pieuse
D’adorer une langoureuse.

Je sens bien que ça l’indispose
Et qu’elle voit comme une ruse
Ces touches qui soudain s’embrasent. (H -é-r-o s !)

Tout ce dédain pour mon amour
Me fait comme des ecchymoses

Et je promène au clair de lune
Cette envie de bonne fortune
Ciel ! Fais qu’un jour prochain je bise
Ma douce Elise

 DDS104_3_Beethoven

J’entends, héroïque, qu’on jase

Et qu’on moque ma cornemuse.
L’épithète fou qu’on m’appose
Me rend d’humeur calamiteuse
Et ma sonate en est boiteuse

Mais je poursuis en virtuose
Et j’oppose aux voix qui m’accusent
De la surdité à leurs phrases

Jouer du piano avec amour
C’est là la plus belle des choses

Et tandis qu’au temple d’Ephèse
Chaque jour s’écroule la Grèce
Je rêv’ toujours que je vous bise
O mon Elise

 DDS104_4_Therese_Malfatti

Acceptez, ma belle Islandaise

Un peu de bouillie b-o-r-d-e-l-a-i-s-e
Pour la santé de vos mélèzes,
Et quelques œuf durs m-a-y-o-n-n-a-i-s-e.

Sans doute trouvez vous mauvaise
Que je sois dur des p -o-r-t-u-g-a-i-s-es
Mais j’ai pour vous des yeux de braise
Et mon cœur est une fournaise

Avant qu’on soit au Père L-a-c-h-a-i-s-e
Avec Ronsard et ses fadaises

Venez avec moi sur la chaise
Mettons nous un peu plus à l’aise
Et permettez que je vous bise
ô mon Elise


N.B. La solution des des mots "pendus" devient visible si vous faites un clic gauche sur votre souris, le laissez enfoncé et déplacez le curseur sur l'ensemble du poème ou, ici,  sur l’espace entre les mots « ballade » et « dépendu » ci-dessous :

Ballade Boulba quintal héros bordelaise mayonnaise portugaises Lachaise Dépendu                                                               

P.S. Cet extrait de Wikipédia explique très clairement le changement de structure du poème et surtout des rimes entre les strophes 3 et 4 : « On ne sait pas vraiment qui était Élise. Selon une des hypothèses les plus probables, Beethoven aurait initialement appelé ce morceau Für Therese (Pour Thérèse), Thérèse étant Therese Malfatti von Rohrenbach zu Dezza (1792-1851), que Beethoven a demandée en mariage en 1810, requête qu'elle a rejetée. Quand l'œuvre a été publiée en 1865, Ludwig Nohl, qui l'a découverte, aurait alors mal transcrit le titre illisible en Für Elise (Pour Élise)»

OK, je sors ! OKjesors


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26 janvier 2024

Le Zigoto (Défi du samedi n° 804)

 

Pour qui fréquente les dictionnaires volumineux le mot « zigoto » arrive bien tard. La lettre Z est en effet la dernière de notre alphabet.

Si on considère les vocables qui contiennent les voyelles ou plutôt les sons i, o, o dans cet ordre, le zigoto vient après les biscoteaux, le quiproquo, le rigolo, le rizotto et le sirocco.

Il y a fort à parier que le zigoto se verra affublé d’une notation « pop. » pour populaire ou « argot. » pour argotique. Quand un mot est argotique il est rarement utilisé en art du roman, du moins dans ce genre de littérature qu’écrivent des zigotos prénommés Marcel ou Michel et devant laquelle des critiques littéraires s’extasient comme s’ils venaient d’en prendre une pilule.

Par bonheur il nous est encore permis de fréquenter d’autres écrivains dont la langue est plus verte que celle de Monsieur Proust et plus colorée que le vomi du sieur Houellebecq.

Retournons donc à nos sources populaires (Frédéric Dard, Léo Malet, Pierre Perret, Alphonse Boudard et les auteurs de la Série noire) pour en savoir plus sur le zigoto.

A moins d’un quiproquo le zigoto est un mec plutôt rigolo qui mange du rizotto pour avoir de gros biscoteaux et sait distinguer Sidi Rocco de Sidi Freddy. Plus sérieusement le zigoto est juste un bonhomme qu’on ne connaît pas et qui a (ou qui fait) quelque chose qui attire l’attention. Il n’est, à priori, pas de votre monde.

Les synonymes de zigoto sont nombreux, beaucoup plus en argot que dans le français soutenu.

En argot on peut dire un gus, un gazier, un mec, un mecton, un zigue, un zigomar, un m’as-tu-vu, un rigolo. Sinon en français c’est un gars, un type, une personne et vous êtes souvent obligé de préciser votre description en ajoutant un adjectif ou une proposition relative : un gars bizarre, un type étrange, un individu louche, une personne originale qui doit trouver rigolo d’associer biscoteaux, quiproquo, rizotto et sirocco dans une seule et même phrase. Ce peut être aussi un frimeur, un fanfaron, un extravagant.

Terminons par deux considérations importantes :

 

- En argot le zigoto et ses synonymes n’ont pas de féminin. On ne dit pas une zigotote, une gusse, une gazière, une mecque, une mectonne, une zigue, une zigomare. On emploie un tout autre mot : une moukère, une gonzesse, une greluche, une meuf, une pépée. Il y a cependant dans ces vocables-là un jugement de valeur assez péjoratif et on ne retrouve pas vraiment le côté étrange ou hors norme du zigoto. Peut-être faudrait-il dire une allumée ? Une rigolote ? Une louloute qui apporte comme un coup de sirocco ? Une metteuse de pieds dans le plat de rizotto ? Les dames et demoiselles n’ont d’ailleurs pas plus de chance en français soutenu. Une garce, une typesse, une individue, ça n’existe pas. Si ? J’ai de la chance, personnellement je n’en connais pas ! Le féminin de zigoto doit être plutôt une drôle de fille, une fille bizarre, une drôlesse ?

- Il existe des zigotos partout dans le monde :

en Turquie le zigoto ment ;
en Syldavie le zigoto carre son sceptre dans une vitrine ;
en Sarthe on surnomme l’ami Vegas « le zigoto du Layon » parce qu’il a abandonné sa Bourgogne natale aux riches vignobles pour venir s’installer dans un pays où l’on ne boit que du Jasnières ! ;
en Allemagne le zigoto Klemperer ;
au Japon le zigoto rit au nô de son larynx de joueur de go pas logique ;
au Japon encore notre amie Tokyo en ramène des tas de Kyoto dont André son gorille ;
en Angleterre, d’après Jacques Bodoin, Philibert zigoto the blaqueboharde ;
dans le Nord-Pas de Calais on l’appelle « agosil » ;
en Afrique il porte un pagne et est appelé « zoulou » ;
dans les années quarante, à Paris il portait des knickerbockers et dansait le swing sous le nom de « zazou ».

Bref le zigoto est un drôle de zèbre. Un type dans mon genre, en fait !

 

 

22 mai 2019

On n'a pas tous les jours vingt ans (V2.0)

On n’a pas tous les jours vingt ans ! 

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Les résidents ont chanté et dansé le 14 mai 2019. La Maison de retraite Raymond Thomas fêtait ses vingt ans.

 

Tu vas au bal ? qu'y m'dit

J' lui dis : Qui ? Y m'dit : Toi

J' lui dis : Moi ? - Y m'dit : Oui

J' lui dis : Non, je peux pas

C'est trop loin. Y m'dit : Bon.

Et toi, t'y vas ? qu' j'lui dis.

Y m'dit : Qui ? J' lui dis : Toi

Y m'dit : Moi ? J' lui dis : Oui

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Y m'dit : Non, j'y vais pas

J'ai un rhume et j'ai froid,

J'ai cent ans et j’ suis bien content.


J’ suis assis sur un banc


Et j’ regarde les contemporains


C'est dire si j’ contemple rien !


J’ file des coups de canne aux passants


Des coups de pompe aux clébards


Qui m'énervent et je me marre !


On peut rien m’ dire, j’ suis trop vieux


Trop fragile, trop précieux


J'ai cent ans ! Qui dit mieux ?

Voilà deux extraits de chansons de Renaud Séchan que l’étincelant accordéoniste Serge Briand n’a pas interprétées à la fête d’anniversaire à laquelle nous avons assisté le 14 mai 2019. Et pourtant il aurait pu, c’eût été de circonstance.

 Il en a négligé plein d’autres comme « Votre EHPAD a vingt ans » de Georges Moustaki ou le traditionnel

« A Villejean y’a une vieille ouais
A Villejean y’a une vieille ouais
Qui a plus d’quatre-vingts-ans Rantanplan la vieille
Qui a plus d’quatre-vingts-ans Rantanplan ».

Même le petit vin blanc qu’on boit sous les tonnelles du côté de Villejean ne faisait pas partie de son répertoire !

Pas plus que  le grand classique de la plus toute jeune Chantal Goya :

« Voulez-vous danser grand-mère ?
Voulez-vous valser grand-père,
Tout comme au bon vieux temps
Quand vous aviez vingt ans
Sur un air qui vous rappelle
Combien la vie était belle ?»

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Sur le coup de seize heures on a cru que les ténors de la politique locale, départementale et même nationale pallieraient cet oubli fâcheux mais au lieu de pousser la chansonnette, le quatuor Dézélus (François André, Véra Briand, Jean-Luc Chenut, Sylvain Le Moal,)  n’a fait que parler de son propre bon vieux temps, se contentant de fredonner sans la musique les paroles de « Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître », de « Je ne sais pourquoi j’allais danser à Villejean au musette », de « La Bohème » et de « Je m’voyais déjà ». 

Du coup, une fois les discours terminés, le nombreux public et les résidents frustrés se sont rués sur le grand gâteau d’anniversaire.

On a eu droit pour l’occasion à un pot-pourri de madisons, à une chorégraphie sauvage sur  la musique de «Les pouces en avant (tchic et tchac han han)" de Kris Law et même à la fièvre disco du samedi soir grâce au «Saint-Malo» de Strollad et à « Magic in the air » de Magic System interprétés par l’accordéoniste. Le personnel de l’établissement et les danseuses du groupe « La Ritournelle » ont fait virevolter tout le monde. Les cannes et déambulateurs ont valsé et c’est tout juste si on n’a pas cassé les fauteuils roulants comme aux temps bénis des concerts de Gilbert Bécaud ou Johnny Hallyday à l’Olympia. Dieu merci, la mode féminine d’envoyer sa petite culotte sur la scène pour dire son amour à l’artiste s’est perdue ! Même Madonna ne balance plus la sienne au public !

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Félicitations donc à toutes celles et ceux, personnel, encadrement, médecins et bénévoles qui oeuvrent quotidiennement pour que les 80 personnes âgées, non, pardon, les 80 seniors bien conservé.e.s, dont huit centenaires, qui logent ici puissent chanter ad libitum :

 « Y'a d'la joie bonjour, bonjour les hirondelles
Y'a d'la joie dans le ciel par-dessus les toits
Y'a d'la joie et du soleil dans les ruelles
Y'a d'la joie partout, y'a d'la joie »

Joe Krapov

23 août 2013

Cinq petites légendes du début d'un siècle

DDS n° 260

- Ce n’est pas un peu tôt pour lui donner à lire du Emile Ajar ?
- « La vie devant son soi », vu l’âge qu’il a, c’est idéal, non ?

DDS n° 260

- Dis chérie, tu n’aurais pas vu mon édition du Kama Soutra illustrée par Dubout ?

DDS n° 260

- La chair est triste hélas et j’ai lu tous les livres !
- Pas moi ! C'est le premier qui me tombe sous la main et je crois que je vais le dévorer !

DDS n° 260

- Tu ne crois pas, chéri, que ta mère aurait mieux fait de lui offrir une liseuse ?
Il appartient quand même à la génération Y 3.0, non ?

DDS n° 260

Photo de notre oncle Walrus, enfant, se lançant dans la « Recherche du temps perdu »
(à moins qu'il ne s'agisse d'Adrienne  ?)

30 juin 2012

L’ENVOÛTEMENT DES CASSE-COU par Joe Krapov

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A la consultation médico-psychologique, dans un des immeubles qui entourent la dalle Kennedy à Rennes, M. et Mme Becdelièvre assistent, quelque peu dépassés, à ce dialogue entre la doctoresse et leur fils Kevin pour lequel ils sont venus. L’enfant, quelque peu agité, couvert de sparadraps, de griffures et de mercurochrome sur les genoux et les coudes , ne cesse de se tordre les bras au-dessus de la tête pour poser devant chacun de ses yeux un cercle constitué de son pouce et son index joints. Ca lui fait une paire de lunettes et une belle tête de débile, d’autant plus qu’alternativement il tire la langue, sourit béatement, fait d’atroces grimaces avec sa bouche.

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- Tu dis qu’il y a une voiture au-dessus du lac ?
- Oui, c’est une voiture bleue Spécial Deluxe immatriculée US 1941. Avec Papa, maman et oncle Steve à l’intérieur.
- Ni mon épouse, ni moi, intervient le père, n’avons de frère prénommé Steve ou Stephen ou Stéphane !
- Ce ne sont pas ces parents-ci, continue Kevin, c’est mon autre père et mon autre mère. Maman a un chapeau et papa à l’arrière passe sa tête dehors et me regarde. Je ne sais pas comment il font : l’auto est trop petite pour eux ! C’est une Chevrolet. Elle vole au-dessus du lac et ils sourient tous les trois. Plus tard, moi aussi je veux devenir pilote de stock-car !

MIC 2012 06 25 B Le lac

 

120630 001

 

- Il y a bien une photo de lac dans sa chambre mais il n’y a aucune voiture à voler au-dessus. Juste une barque attachée à un ponton ! commente la mère.

- Est-ce que tu sais où ils vont ainsi, tes autres père et mère et ton oncle Steve ?
- Ils vont voir Mémé qui est dans son assiette.
- Tu veux dire qui n’est pas dans son assiette ?
- Si, elle est dans l’assiette, assise sur un fauteuil avec des accoudoirs noir. On dirait qu’elle chante ou qu’elle danse ou qu’elle sourit, ravie, à celui qui vient de lui offrir la montre qu’elle porte au milieu du bras.
- Ma mère n’a jamais eu de montre, se défend le père.
- Et la mienne ne se fiait qu’à l’horloge du salon ! ajoute la mère
- Peux-tu m’en dire plus, Kevin ? C’est très important, tu sais ?

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- Non, parce qu’il va falloir que j’aille me coucher ; le soleil se décline sur la ferme de Jackie Blue dans les Lowlands !

- Tu es sûr ? Les Lowlands ? Où est-ce que ça se trouve ce pays ?
- Ben, près de Cobblestone mountain, c’te question ! Là où oncle John élève des poulets ! ne regarde pas en bas, qu’il dit tout le temps, et tiens bien la corde sinon les huit casse-cou vont tomber dans le lac !
- Vous savez docteur, si vous continuez à le laisser causer, il va aussi vous parler des hommes de la terre, de leurs trois chevaux et de la fusée ! intervient Maman Becdelièvre.

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- C’est sûr ! confirme Kevin. Ils viennent après dans l’ordre chromo-chronologique : Il y a de la brume dans le champ, ce doit-être le matin, et des charrues non attelées encore aux chevaux. Le premier homme ressemble à Popeye mais sans les muscles. L’autre, avec sa corde, il fait peur un peu. Mais ce doit être de bons zigues parce qu’ils prêtent leur charrette aux risque-tout de la montagne.
- Qu’est-ce qu’ils font dans le champ ?
- C’te question ! Ils attendent le vaisseau spatial ! Moi aussi un jour je le prendrai, dans l’autre sens pour aller au pays du patchwork à l’écusson. Le vaisseau d’Orion me déposera là-bas. Il y a ma soeur jumelle qui m’y attend avec le carré rouge de plastique souple. Elle m’a promis qu’on voyagerait au centre de mon cœur et qu’on s’établirait à Sensass City !

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- C’est bien, Kevin, tu peux t’arrêter de faire des grimaces et de nous raconter ces choses que tu vois chaque nuit. C’est quoi le livre que tu as amené avec toi ?
- C’te question ? C’est mon atlas de géographie des Zétazunis !

***

L’enfant est sorti hors du cabinet médical avec son père. La mère interroge :

- Vous en pensez quoi, docteur ? Lui qui était si tranquille, toujours à lire calmement, à écouter de la musique ou à dessiner, le voilà qui grimpe partout, qui court, qui saute sans faire attention à rien autour de lui depuis qu’il a ces… visions ?
- Il va falloir que je me documente. J’ai une piste mais j’ai des vérifications à faire auprès d’un collègue à l’Hôpital Sud. Ne vous inquiétez pas : il n'y a rien à craindre de la vie. Il y a juste tout à comprendre. Vous pouvez me confier l’enveloppe avec l’adresse que vous avez trouvée dans sa chambre ?
- Je ne sais pas si c’est lié, mais ça nous a semblé bizarre, qu’il envisage d’écrire là-bas. Voyez, cette adresse : OMD 4218 Main Street Kansas City Missouri Zuhessa. On ne connaît personne, nous, au Zuhessa !
- J’ai votre n° de téléphone. Je vous rappellerai dès que j’ai du nouveau.
- Merci docteur. Nous vous devons combien ?
- Rien pour l’instant.

***

- Allô ? Madame Becdelièvre. Ici le Dr Robert, Sylvie Robert, du Centre médico-psychologique. Je vous rappelle à propos de Kevin.
- Oui ? Vous avez trouvé quelque chose ?
- Oui. Kevin a été envoûté par une diablerie des montagnes d’Ozark en Amérique du Nord.
- Une... diablerie ?
- Contre ce genre d’ envoûtement, il n’y a qu’un seul remède.
- Et c’est ? Allez-y, je vous écoute, quoi que vous demandiez, on le fera.
- Inscrivez-le à l’association de danse country de la Maison de quartier de Villejean.
- Kevin ? Danser ? Ce n’est pas son genre !
- Détrompez-vous, ça va lui faire un bien fou. Ses symptômes disparaîtront. Et aussi… Il faudrait vous débarrasser des disques des Ozark Mountain Daredevils !
- Des quoi ?
- C’est en écoutant cette musique des "Casse-cou de la montagne Ozark" que Kevin a attrapé la maladie. Il ne faut pas qu’il recommence !

120630 008

- Ecoutez… C’est une histoire de fous, je ne comprends pas. On n’a que du Benjamin Biolay et du Keren Ann, comme disques, à la maison ? A moins que…
- Il faudrait qu’on sache où il s’est procuré le disque souple rouge en acétate. Mon collègue est très intéressé. Il est prêt à vous le racheter car ils ne l’ont pas mis à l’intérieur dans la réédition en CD-audio.
- Vous parlez de disques vinyles ? Mais alors, elle va m’entendre, tatie Danielle ! Je crois que c’est chez elle que Kevin écoute des vieilleries. Elle a plein de disques des années 60 et 70 et une platine qui marche encore.
- Ne cherchez pas plus loin. Inscrivez le à la danse country ça le laissera dans l’ambiance et lui évitera d’écouter ce groupe. Et n’oubliez pas mon collègue ! Si elle vend, la Tatie, il est preneur ! Plus que jamais !

Ami(e)s lecteurs et lectrices, ne visionnez pas vous non plus cette vidéo-ci ou vous serez également envoûtés comme Kevin et comme moi par ces diables d’Américains !

10 septembre 2012

Impertinence ou pas ? par Joe Krapov

Je tire ma langue en permanence
Vers le classique du sonnet,
Vers les almanachs du nonsense
Ou pour l'entendre résonner
A partir de réminiscences
De ce que j'emmagasinai
En fréquentant, depuis l'enfance,
Les livres, disques et le ciné.

Je tire ma langue en permanence
Et c'est une belle aventure
D'aller, au p'tit bonheur la chance,
Faire ces travaux d'écriture.

Je manque parfois d'assurance
Car je n'ai pas de couverture.
C'est toujours ainsi quand on danse
Sur le sommet de la toiture
Comme le font les somnambules.
Les nuits de cogitation dense,
Les mots me sortent de la bulle,
Mon stylo se meut en silence.

Poète-espion, mouton, balance,
A deux doigts de la forfaiture
J'envoie valser mon innocence
Dans un bal de littérature.
Je tire ma langue en permanence !
Je résiste à l'envahisseur
En multipliant l'assonance ;
Tant pis si pauvre est mon tailleur !

Il y a tant de richesse en France
Dans les mots de plusieurs syllabes
D' "asticoter" à "transcendance",
De "zigomar" en "astrolabe".
Je « ballade » mon libertin
Dans le vocable en insouciance,
Je m'assois sur des bouts de prose
Pour emmusiquer ma jactance.

Le soir, le midi, le matin
J'arpente la langue en tous sens.
Il va y perdre son latin,
Le pion qui tient la permanence !
Loin des usages fonctionnels,
Tandis que tout l'univers tangue
Dans un délire ascensionnel,
Dans son dos, je tire la langue.

MIC 2012 09 03 Rolling Stone Breton

 

 

24 août 2012

Dernière station avant le désert numérique (Joe Krapov)

J’irai, sous la cabane au toit de maroquin

Ramasser quelques mots échappés de ses pages,

Quelques lettres perdues tombées de ses étages,

Le petit matériau qui fait le grand bouquin.

 

Je ne vous promets pas qu’il vaudra un sequin

Le sonnet qui naîtra de mon présent courage

Mais, fidèle à la scène, au public, au mirage,

J’essaierai d’endosser le manteau d’Arlequin,

 

Je ferai le Gugusse au violon famélique

Et frotterai l’archet sur la corde, comique

Ainsi qu’un cigalon engourdi par l’hiver,

 

Obligé de danser, de compter ses pas, ivre

Et de faire rimer peu à peu chaque vers.

Voilà, c’est terminé, Fourmi, je vous le… LIVRE !

DDS 208 livre-cabane (MAP)

 

18 septembre 2015

Quand c’est flou c’est qu’il y a un loup

 

DDS 368 IMG_1271331028913

Je ne suis pas carrée d’épaules,
Ni Nord, ni Sud, ni magnétiques
Mais je n’ai cure des boussoles
Dans les mondes labyrinthiques.

Je ne suis pas comme la marquise
Chez qui tout brille, tout étincelle,
Qui sort de chez elle à cinq heures
Ni comme le petit Marcel.
Ca me laisse comme la banquise
Qu’ il se couche ou pas de bonne heure.

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A l’insomnie seul dans sa turne,
Aux sympathies pour le dais vil
Dont je ne suis que peu friande
Je préfère la vie nocturne,
Le dédale des rues des villes
La marche des guides gourmandes.

Rennes a été mon territoire
Et d’avoir été la première
A explorer ses décalages
Ne me rend pas pour ça plus fière ;
Cela n’a rien de méritoire :
J’ai toujours aimé les voyages.

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Si je ne suis pas Parisienne
Est-ce que cela gêne ? Ou peine ?
Car j’ai au Louvre deux conseurs
- Nous sommes, en vérité, cousines,
Chère Adèle et très douce Aline ! -
Et j’ai travaillé des années
Dans un musée dont je connais
Les coins et les recoins par cœur.

Il faut une tenue spéciale ?
Je n’ suis pas la femme aux bijoux
Mais j’aime assez à en porter.
J’adore le camée ovale,
Le rose est un atout en tout
Et j'apprécie fort l’églantier.

DDS 368 Yin Xin -chasseriau_les deux seours , 2002, (130x97cm) - copie

J’ai même voyagé dans le Temps,
Traversé des siècles d’histoire
Quand j’étais universitaire
Pour aller…

***

- Je vous arrête tout de suite, Mademoiselle Chassériau. J’ai l’impression que nous avons un malentendu sur le sens du mot « visite ».
- Vous ne cherchez pas une guide touristique ?
- Pas vraiment. Il s’agit en fait de faire une livraison de galettes et de pots de beurre à une dame qui habite une maison abandonnée à l’autre bout de la forêt. Une ancienne fée en fauteuil roulant. Si cette situation vous intéresse, il faudra que vous endossiez le costume rouge de notre compagnie. Le job consiste à rendre visite à une mère-grand.

DDS 368 clindoeil - Copie

Isaure Chassériau a été tellement estomaquée par ce quiproquo qu’elle est retournée vivre dans son tableau d’où, peut-être, elle n’aurait jamais dû sortir.

DDS 368 isauredisparait2 - Copie

 

25 avril 2012

LI-POU DANS MON LIT !

MIC 2012 04 23 B LI-POUCe que le peintre peint,
De son pinceau encré,

Sur le beau papier blanc,
Des singes, des lapins
Des ponts, des paons,
Des pins,
Des courtisans, du linge fin
Des jeux d'enfants
Et dans le fond un éléphant,
Des mandarins et des dragons,
Des paysans, des étudiants,
Des vagabonds,
Des rizières, des pagodes
Et des monts à l'horizon,

Ces drôles d'illustrations,
Ces contes jaune citron,
Sont l'élément le plus ancien
Qui me vient, qui me reste
D'une enfance au pays des corons
Et je me demande comment
Ces récits d'un pays lointain
Ont pu se mélanger
Avec le chant si endormant
Du petit Quinquin local
Sans dommage pour mon bocal.

Quoique... ?

Peu importe !

Aujourd'hui, encore, à mes yeux,
C'est mon livre le plus précieux.

MIC 2012 04 23 B frères Lu

Les illustrations de ce livre sont de N. Kotcherguine. 

7 février 2012

Les pousseurs de bois (Joe Krapov)


MIC 2012 02 06 Début BirdTrente deux pièces noires ou blanches, lesquelles pour moi ? Les blanches, c'est moi qui commence. Deux gorgées de Vittel et je pousse mon pion.

Je rêvais de surprendre, comme au détour d'un bois, mon adversaire du jour avec une ouverture de derrière les fagots. Je crois que j'ai réussi.

Elle arriva bien vite, la tempête crânienne ! Suant, réfléchissant, le regard effaré devant cette poussée du pion f en premier, Harry K. laissait déjà filer le temps à sa pendule, trifouillant dans sa mémoire, triturant ses neurones surpris pour savoir que jouer contre cet oiseau rare, 1. f4 le début Bird.

MIC 2012 02 06Dieu merci, il n'a pas répondu par le gambit From (1. ... e5) mais il a poussé son pion dame en d5.

Quelques minutes plus tard il s'avéra que nous avions transposé dans une Hollandaise en premier, un stonewall Arthurien : ce fou de Gauvain était en d3, Lancelot sur f3 paré pour sauter en e5 et Perceval derrière piaffant devant Guenièvre pour aller se poster en soutien sur f3.

Harry ne s'est pas méfié de ce qui se profilait : il a pondu un petit roque ! Sur la piste de danse, ma Dame se prépara à jouer les Salomé sous la boule à facettes. Meet me at the wrecking ball

Au bout d'un moment, il a fini par m'énerver aussi à se lever toujours, à marcher rapidement dans la salle du tournoi, à venir se rasseoir inquiet, à battre du pied nerveusement sur le parquet de la salle Galatée et à taper violemment sur la pendule après chacun de ses coups car il était toujours en retard.

Quand j'avançai mon pion en g4 à l'assaut de son cavalier, cela l'embêta au plus haut point. Je me levai alors, pris ma bouteille d'eau, allai voir sur les autres échiquiers comment s'en sortaient mes collègues.

Puis je revins m'asseoir. Il avait joué le fou pour dégager la case où pouvoir replier le cheval menacé. J'ai poussé g5 et j'ai attendu.

Il devint rouge, il éructa, ses yeux roulèrent, il en voyait vraiment de toutes les couleurs. Mais quand la tour vint en h3, il sentit que ça allait chauffer pour son matricule. Fais du feu dans la cheminée, je reviens chez nous

Je le gratifiai d'un sacrifice du cavalier puis je donnai mon fou et le mat s'ensuivit.

C'est ainsi qu'au tournoi open de Guichen, en 1992, moi, Joe Krapov, 1710 points au classement ELO, je battis Harry Krasparov, classé 1930. Avec une combinaison dont il m'avoua à l'analyse qu'elle était un peu dégarnie de dentelle. Je le lui concédai bien volontiers, ajoutant ceci, qui est de Proust, je crois : « Il n'y a rien comme le désir de gagner pour empêcher les choses qu'on fait d'avoir aucune ressemblance avec ce qu'on a dans la pensée ».

Il me regarda interloqué : le pauvre Harry ignorait que dans le fin fond de la Sarthe ou j'exerçais alors mes talents de pousseur de bois, ma réputation d'arnaqueur était déjà assez bien établie !

25 janvier 2012

OPERATION CASSOULET par Joe Krapov

On était sur la fin de la pause de midi et on disputait, avec mon collègue Raymond Lafontaine, une énième partie d’échecs en semi-blitz, comme les attaques sur Londres quatre ans plus tôt, quand l’Obersturmpführer Schultz est entré dans notre bureau.

- Ach, les petits Franzosen, il fa falloir laisser té côté le Springer, le König la Dame und die Türme pour rétourner Arbeit ! Nous fénons t’intercepter ce messache te Ratio-Lontres. Fous né sérez pas troppe té eux pour técoter cette kolossale cochonnerie, che pense !

J’ai posé mon crayon avec la liste des coups de la partie et on s’est penché avec Lafontaine sur le bout de papier que le lieutenant SS venait de nous remettre. Pendant ce temps-là lui considérait la feuille de notation.

1. e4 c5 2. d4 cxd4 3. c3 Cf6 4. e5 bxc3 5. Cxc3 Cf6 6 Cf3 d6 7 . o-o f6 8. Dd5 De7 9. Te1 Ce5…

- Fous poussez le fice chusqu’à encoter fos parties t’échecs ? Schweinhunt ! Chamais fu des fous pareils !

Lafontaine a fait une photocopie du document et on a commencé à travailler chacun de notre côté, nos bureaux se faisant face dans la même pièce. Le message était le suivant :

Cher Hg RV bus PD avec Ag portable Sn car silence Au sous Ne bleu. Tenue Ni exigée. Serai au Zn, pieds sur barre de Cu. Si pas pété Pb d’ici là car Kr présentement avec code d’en fe. Espérons autre camp S si intercepte. Besoin P et Mg car supplice Ta ou H pas de plaisir. Anti ABI fait Sb. Amène As & vieille dent. L. Santé, Ch’timis !

- C’est un nouveau code, j’ai l’impression. Aucune des grilles que j’ai ne donne quoi que ce soit ! » m’a lancé Lafontaine.

- C’est un fait. Travaillons en silence, veux-tu ?

A trois heures de l’après-midi, on était encore dessus à suer sang et eau pour tâcher de comprendre.

MIC 2012 01 23C Cap Blanc nezA cinq heures Lafontaine a dit :

- Je renonce, William. Ca m’énerve trop ce truc. Le « Santé Ch’timis » laisserait supposer qu’ils s’intéressent à la Mer du Nord. Ils peuvent débarquer là s’ils veulent, les Schleus les attendent de pied ferme et l’escalade du Cap Blanc Nez par la face Ouest, ça n’est pas de la tarte. Je vais chez Laurette boire un verre, tu viens avec moi ? »

- Non, je reste là, je crois que je suis sur une piste. Je compose des mots avec les consonnes parasites du message.

Les mots ne donnaient pas grand-chose : hgas, agneau, asta, féta... Autant aller se faire voir chez les Grecs !

MIC 2012 01 23 lanterneA huit heures, j’y étais toujours. J’ai fait monter des sandwiches et de la bière de chez Laurette, comme si j’étais le commissaire Maigret un soir d’interrogatoire. C’est vrai que j’étais en train de bien le cuisiner le bousin ! Bien que l’on soit en juin avec des jours qui rallongeaient, j’ai allumé la lampe en prévision du couvre-feu. Il n’y avait pratiquement plus personne dans la Kommandantür, que moi le dinosaure, le patient, le lourd, l’opiniâtre M. William.

A une  heure du matin, seule ma lampe brillait à l’étage des transmissions. J’ai regardé le lampadaire en répétant comme une litanie « santé Ch’timis santé Ch’timis santé Ch’timis santé Ch’timis santé Ch’timis santé… » et du coup la lumière est venue : Chtimi sans t, ça fait chimie. Je me suis précipité vers le dictionnaire Larousse usagé qui trônait sur nos étagères et je l’ai ouvert à la page des symboles chimiques. Eurêka ! Ca collait à merveille. Patience et longueur de temps avaient fait encore une fois plus que force et que rage.

"Cher Mercure Rendez-vous bus Palladium avec argent,  portable étain car silence or sous néon bleu. Tenue nickel exigée. Serai au Zinc, pieds sur barre de cuivre. Si pas pété plomb d’ici là car Krypton présentement avec code d’enfer. Espérons autre camp soufre si intercepte. Besoin phosphore et Magnesium car supplice Tantale ou Hydrogène pas de plaisir. Anti ABI fait Antimoine. Amène arsenic & vieilles dentelles. Santé, Ch’timis !"

En même temps, je ne comprenais pas le pourquoi de ce message qui restait encore peu compréhensible. J’ai appelé le lieutenant au téléphone. J’ai dû le réveiller, mais il a l’habitude et j’ai la permission. Tant pis pour la « cholie pétite matémoizelle » qui partageait sa nuit (c’était jamais la même mais il l’aimait quand même) la stratégie militaire prime toujours sur le repos du guerrier.

- C’est Saurien, mon lieutenant. J’ai l’impression qu’ils nous ont donné du fil à retordre exprès pour faire diversion. Je vais voir au service des écoutes s’il n’est pas tombé d’autres messages.

- Né mé rappelez pas Saurien, ça peut attentre témain, maintenant ! Gute Nacht !

- Bonne nuit, lieutenant.

 Aux écoutes ils n’avaient qu’un vers de Verlaine à se mettre sous la dent. « Les sanglots longs des violons de l’automne blessent mon cœur d’une langueur monotone». Tombé à 21 heures 30. Là j’ai compris tout de suite.

Bien joué les gars ! J’avais passé trois heures de trop à décrypter leur connerie et pendant ce temps-là le D-day était arrivé sans que Lafontaine ou moi ne soyons sur le pont !

J’ai appelé le n° de Lafontaine. Lui aussi je l‘ai réveillé auprès de sa blonde.


MIC 2012 01 23B jeu d'échecs- La tour prend en e2, tu avances le pion en h5, la tour prend en e7, le roi noir va en g8 la dame va en d8 et donne échec et mat. Il est temps de changer de côté et de recommencer une autre partie.

- OK, j’ai compris, à demain.

J’ai raccroché. A demain ou à jamais. Il était temps aussi de disparaître et de se mettre au vert. Les Fridolins avaient perdu la partie et il ne fallait pas qu’on sache comment nous deux avions passé ces années-là à faire du zèle sous leur aile.

Au pire un peu de chirurgie esthétique, au meiux juste des vrais-faux passeports et d’ici quelques mois le savoir-faire de William Saurien irait se vendre aux Américains ou aux Russes. Si c’étaient les Russes, les parties d’échecs seraient plus dures à remporter, on travaillerait plus mais on gagnerait plus aussi. Si c’étaient les Américains aucun souci non plus. Décodeur et polyglotte, c’est la situation idéale dans le monde de l’espionnite pour naviguer de conserve.

11 janvier 2015

SALUT, VIEILLES BRANCHES !

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Dans le hamac le soleil te caresse
Tu t’ la coules douce tu te tournes les pouces
Tu y cultives le droit à la paresse
La flemme aiguë t’en fiches pas une secousse

Qu’il est donc doux de rester sans rien foutre
Tandis que tous s’agitent autour de vous
Davy Crockett affronte les hommes-loutres
Tandis que tous s’agitent comme des fous


Poil dans la main incroyabl’ comme tu glandes
L’hiver dehors envahit les jardins
Il y a du givre et d’la brume sur nos landes
Dans la ch’minée tu remets un rondin

Dans l’rocking chair c’est vrai qu' tu t’en balances
Du froid dehors, du gel sur le chemin
Poil dans la main, tu l’ regardes en silence
Et tu t’étonnes : c’est plus du poil c’est du crin ! 

28 septembre 2014

TOUR DE MAGIE

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Coincer la bulle savonneuse au niveau de la soupape de sécurité ;
Faire faire aux aiguilles du cauchemar un tour complet sur elles-mêmes à cause du changement d’horreur ;
Jouer au limonaire l’aire hyper-calomnieux destiné au violon afin de dénoncer les sanglots longs du nonce par trop monotones à l’automne pour qui perdit son sonotone ;
Insérer la prière d’un café serré dans le bulletin paroissial ;
Fusionner dans une éprouvette le ressentiment pour Rome, objet unique, et l’inintérêt de se coucher de bonne heure pour longtemps ;
Bayer aux corneilles, prendre racine, boire à la fontaine de jouvence, creuser Nothomb, compter les mouches au plafond de la chapelle en se demandant ardemment « La chopine existe-t-elle ? L’ange a-t-il des oreilles de Mickey ? » ;

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Mettre un pain d’apôtre dans le fournil du mécréant.
Exorciser la nuit noire à coups de tournevis cruciforme.
Egrener le chapelet des noms d’étoiles ;
Faire saigner l’impénétrable Voie lactée ;
Appeler un chat un chat et la lumière sur soi.

Alors Dieu apparaît et dit : « Désolé !
Si vous n’êtes pas satisfait par le produit,
Tant pis. Comme vous le savez,
La vie, il n’y a pas de S.A.V. !».

Recommencer ad libitum car ça fait trop de bien d’entendre Dieu parler.

14 mai 2014

LECTURES DE VACANCES

Mais quel livre passionnant le procureur lisait-il donc ?
Il était tellement bien plongé dans sa lecture qu’il ne s’est pas aperçu que la marée montait et qu’un photographe moqueur immortalisait sa situation.


Peut-être s’agissait-il de :


Comment séduire ma sœur Mary en six leçons / par Elsa Poppins ?

MIC 2014 05 12 Elsa Poppins


J’ai tout oublié mais ça baigne quand même ! / par Aloys Alzheimer ?

MIC 2014 05 12 Roman d'Alzheimer


La justice est corrompue. Tome 1, Tous mouillés ! / par Toto Calcio ?

MIC 2014 05 12 Toto Calcio 1


La justice est corrompue. Tome 2, Même le procureur était arrosé ! / par Toto Calcio ?

MIC 2014 05 12 Toto Calcio 2


La justice est corrompue. Tome 3, Tremper dans les affaires ! / par Toto Calcio ?

MIC 2014 05 12 Toto Calcio 3


Comment faire la planche et s’en trouver bien / de Mireille Darc et Jane Birkin ?

MIC 2014 05 12 Mireille Darc


Le principe d’Archimède / N.E.C. Fluctuat ?


Comment marcher sur l’eau / par Jésus Lefermé-Jesséplu ?


En Bretagne il ne pleut que sur les cons / par Natacha Gribouille ?


Le Concombre masqué marinait dans son jus / de Nikita Mandryka ?


Cuisiner au bain-Marie / par Maïté ?

 

J'ai bien peur de ne pouvoir vous donner la réponse demain ou même un autre jour : je n'ai aucun souvenir d'avoir vu un seul de ces livres au catalogue BN-Côte d'Opale ! Et pourtant, j'en ai passé du temps à Berck-Plage et au 58 de la rue de Richelieu à Paris !

 

MIC 2014 05 12 BN 2

 

24 janvier 2013

SCENARIO MEDITERRANEEN par Joe Krapov

 

MIC 2013 01 21

Quand on est Sarde
Il faut que ça barde,
Que ça bombarde,
Que ça s'entrelarde
De coups de couteau
Quand on s'est chopé, au bouleau,
Une écharde d'écorce dans la peau.

Tu vas voir, arbrisseau,
De quel bois je me chauffe
Foi d' Pepponi Krapov !

Alors sans que ça tarde
On veut montrer sa force,
On bombe fort le torse,
Sort ses canines de morse
Et assassine un Corse !

MIC 2013 01 21 bandit corse

Tout ça ne sert à rien :
L'écharde est toujours là
Et les douaniers venus
Du sentier de la côte
Vous mett'nt le grappin d'ssus
- « Ton compte est bon mon pote !» -
Et vous jett'nt au cachot.

Et toutes les nuits se passent
A rêver de trousseau,
Trousseau de mariée
(On veut se faire la belle !)
Trousseau de lourdes clés
Pour ouvrir toutes les portes
Qui mènent à Liberté.

MIC 2013 01 21 clés

 

 

 

 

 

 

 

 

Et puis la porte s'ouvre
Et c'est votre avocate.
Elle a l'air plantureuse
Mais c'est parce qu'elle cache
Sous sa robe, scélérate,
Une vraie sulfateuse !

Avec laquelle vous arrosez
Les poulets du commissariat
Pour prendre la poudre d'escampette
Avec votre escopette
Et la jolie poulette
Un peu pasionaria
Qui vous a tiré de là.

Voilà comment ça saigne
Quelquefois en Sardaigne
Mais à chaque fois tout baigne
Quand s'affiche « The End »

MIC 2013 01 21 the end 1

 

 

 

 

Moralité :
En mordre ou en démordre,
En coudre ou en découdre,
De cela va dépendre
Si on va se faire pendre
Ou pas.

En mordre ou en démordre,
En coudre ou en découdre
Avec de l'huile de coud'(re)
C'est toujours travailler
A la gloire d'Hollywood(re) !

the-end

 

4 décembre 2012

MÊME PÔ PEUR DE BLASPHEMER ! par Joe Krapov

Non, rien n’est plus calamiteux,
Pitoyable, miteux, piteux
Que l’arrogant ubiquiteux
Qui t’envoie promener là-bas
Pour que tu vérifies s’il y est.
Tu y vas et… il n’y est pas !

L’ubiquiteux, s’il est malin
Se trouve au four et au moulin,
A l’Ouest et à l’Est de Berlin,
Avec les bons, avec les brêles,
Si tu le suis à la jumelle
Surtout ne m’l’ubiquiteux pas !

Il a des yeux derrière la tête,
Il a oublié d’être bête,
Il participe à toute fête,
Il pêche au grand jour en eau trouble
Il boit plus que nous pour voir double
Puis il se répand en injures,
L’ubicuiteux à la dent dure,

Contre le fait vraiment odieux
De n’être pas l’égal de Dieu,
Ce rigolo sans feu ni lieu
Qui prétend nous suivre partout,
Etre responsable de tout
Et quand tu le sonnes : personne !

MIC 2012 12 03 cabine-telephonique-belge-2

Non, rien n’est plus calamiteux,
Pitoyable, miteux, piteux
Que l’arrogant ubiquiteux
Qui t’envoie promener là-bas
Pour que tu vérifies s’il y est.
Tu y vas et… il n’y est pas !

4 octobre 2012

UN PETIT SUISSE, DES BROUILLARDS (Joe Krapov)

Bien que fort gracieuse, la guide touristique galopait gaillardement dans le brouillard épais de Garges-les-Gonesses et cela la faisait ressembler à une grande girafe quelque peu incongrue aux yeux des bradeurs matinaux. Dans son sillage elle entraînait six solides Suissesses qui sinuaient en silence parmi le bric-à-brac. Cette scène surréaliste était tout à fait contradictoire avec le proverbe qui insinuait ceci : « Quand une Suissesse rencontre une autre Suissesse, elles se racontent des histoires de petits suisses ».

Parmi les parapluies rouges, les crucifix rouillés, les tabourets vintage et les plaques émaillées vantant le Dubonnet, dans le grand vide-grenier de Garges les Gonesses, ces dames de l’Académie « Parce que je le Vaud bien », massées derrière la greluche en rose, cherchaient le Z. Il leur fallait mettre en effet, à leur dictionnaire du jeudi, un terme apothéosocratique. Par Zeus ! Il fallait voir comme elles retournaient la zibeline, malmenaient le zinzolin sur les étals, rêvaient de dénicher le baiser de Zézette, l'aspirateur de table de Zigmund, le boa de la grande Zoa et toisaient le zébu miniature qui avait orné autrefois le buffet d’un vieux zouave. La première d’entre elles, madame Colette, poussa soudain un cri qui les fit venir se masser autour d’elle.

 

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- Venez donc voir ce livre, mes amies !

Tout le monde s’agglutina autour d’une vieille valise en imitation de peau de crocodile. Le brocanteur s’y méprit et crut qu’on s’intéressait au contenant plutôt qu’au contenu.

- C’est une valise historique, leur dit-il. Elle a appartenu à un missionnaire de Cochinchine, le père Rothschild S.J Il était à bord du Titanic quand celui-ci a fait naufrage.
- Peu nous chaut ! répondirent les Suissesses-drôlesses.

Elles formaient un groupe si compact que maintenant, manifestement, la traversée de la braderie allait être houleuse. La trouvaille passa de mains en mains, atterrit dans celles de Marie-Madeleine Trainmusical qui avait fait du théâtre dans son jeune temps.

- C’est le livre des chansons de Zofingen !
- Tourne les pages, Marie-Madeleine !
- Ce sont des chants patriotiques suisses et d’autres fantaisies des montagnes. Ecoutez celle-ci !
- Ne la chante pas, s’il te plaît. Derrière le brouillard, le ciel est menaçant mais il ne pleut point encore !
- Ca ne risque pas, commenta Sophie Sirupeaux. J’ai dans mon sac à dos ma cape de pluie fluo qui pèse trois kilos. Chaque fois que je l’emporte, il ne pleut jamais !
- Et moi je ne risque pas de chanter, se justifia madame Colette. Je ne lis pas la musique. Dis-nous les paroles, Marie-Madeleine. Avec le ton, s’il te plaît.

Un petit Suisse des brouillards

1
Dans sa trente-cinquième année
Le nain du cirque Barnaboum
Se mit à grandir soudain’ment.
C’était un phénomène dément
Que chantèrent dans maints pantoums
Quelques poètes forcenés

Vivent les gens de Zofingen
Qui adorent le mirobolant !

2
Ca s’passa sur un quai de gare,
Un matin, près de Paddington,
Alors qu’il attendait le train.
Il sentit d’abord que ses mains
Dev’naient raquettes de badminton.
Il trouva ça un peu bizarre.

Vivent les gens de Zofingen
Qui sont tous des as du volant !

3
Ai-je dit qu’il s’appelait Georges ?
Sous ses grands pieds un peu clownesques
Il lui poussa des talonnettes
Et, au niveau de la braguette
Un manche à balai gigantesque
Qui aurait plu aux filles des Forges.

Vivent les gens de Zofingen
Qui vont toujours caracolant !

4
Il grandit, grandit et grimpa
Si haut qu’il gagna les nuages.
Alors, d’un coup, il s’envola.
Tout le monde fit la hola
Quand on vit le nain des Alpages
Devenir un soleil sympa.

Vivent les gens de Zofingen
Qui sont souvent désopilants !

5
Gloire à lui et gloire à sa cuisse !
Là-haut, quand le soir il se couche
On a tous le cœur grenadine
Mais de dessous sa gabardine
Coule un miel vert qui vient, nous douche
Et rend plus belle encore la Suisse !

Vivent les gens de Zofingen
Qui aiment le sanguinolent !

Très émues, les dames de l’Académie se turent. Madame Colette, qui avait été bibliothécaire autrefois, chercha la date d’édition de l’ouvrage et trouva « 9e édition augmentée de 28 nouveaux morceaux. - Lausanne : Georges Bridel et Cie éditeurs , 1901». Elle sortit son porte-monnaie et dit au marchand :

- Vous le vendez combien celui-ci, monsieur ? On va peut-être vous le prendre.

Elles furent très étonnées de la réponse du vendeur :

-C’était durant une nuit sombre
Et impétueuse.
Nous étions alignés en nombre
Et la tueuse
Surgie de sinistres décombres,
Talentueuse
Exécuta son œuvre d’ombre
Et nous faucha.
Cinq euros !

L’affaire fut conclue. A l’issue de cette matinée gratinée où elles avaient déniché sur ce champ de bataille du passé tout ce qu’elles cherchaient depuis toujours, ces dames s’en retournèrent en Suisse achever leur dictionnaire. Elles n’oublièrent pas de rémunérer leur guide gracieuse mais non désintéressée, Mlle Isaure Chassériau qui leur avait vendu ce « Parcours du vide-grenier magique ».

- Et encore, conclut-elle en les quittant, ici ce n’est rien par rapport à la braderie Saint-Martin à Rennes !".
-
Sacrée Isaure ! Elle disait vrai comme toujours. Moi qui, depuis quinze ans, ai mis mes pas dans les siens pour trouver de la fantaisie dans la vie, je puis vous l’avouer, mes ami(e)s : avec elle, je suis servi !

DDS 213 Clécy

Image de brouillard sur la Suisse... normande (!) prise à Clécy (Calvados) le 21 juillet 2012

 

5 avril 2013

Les vies de Patachon (Joe Krapov)

 

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23 lignes pour raconter une vie de Patachon ? Mais on me demande l’impossible, là ! Et quelle vie, d’abord ? C’est qu’il y en a, des vies et des souvenirs, dans sa valise ! Voulez-vous que je vous parle de la diligence de Beaucaire à Bellemecque dont il était, vers 1869, le cocher Tonkiné, pardon taquiné, par les mouches ? Ca vous intéresse vraiment de savoir qu’il transportait dans sa patache des porteurs de moustaches, des moureurs à la tâches, des trafiquants de grenache à la pistache, des adjudants bravaches, des potaches sans attache, des lanceurs de sujets qui fâchent ? Qu’entre deux étapes bien arrosées il livrait les lettres de mon moulin, les colis du révérend père Gaucher qui pour la plus grande gloire de son père envoyait ses flacons d’elixir au château de Mamers (Sarthe) ? 

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Préférez-vous l’époque précédente, vers 1855, quand, grimé en non-voyant  sur le Pont neuf, il formait un incroyable duo, lui jouant du trombone à coulisse et Giraffier, son complice amoureux d’aptonymes, de la guitare à cou long ? Faux aveugles bien sûr mais vrais escrocs : aucun des deux n’avait le moindre diplôme, pas même un offen-bac et certaines de leurs notes étaient fausses !

 

Voulez-vous que je vous parle de sa carrière cinématographique entre 1921 et 1928 avec le moustachu Doublepatte ? On les avait baptisés les z’héros du cinéma !

 

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La dernière fois que j’ai eu de ses nouvelles, c’est lorsqu’il m’a annoncé, récemment,  qu’il était retourné en Asie. Apparemment, sa chaîne de cafés français en Chine marche bien ! Je crois que si j’avais 600 000 euros sur un compte en Suisse, j’irais bien moi aussi investir là-bas et lui faire concurrence avec des boutiques où je vendrais du kouign amann, des m’cheweks aux amandes, des cornes de gazelles et des gaufres flamandes ! (Vive l’internationale pâtissière, camarades !)

Non, puisque la limite des 23 lignes approche ou est dépassée, je vais juste vous massacrer une des chansons qu’il a ramenées de son premier voyage en Orient en 1881. C’est dans la série « Ben mon colon, Joe Krapov chante n’importe quoi ! ». C'est même peut-être du honky tonky noise !

 

P.S. Oui, je sais, ça semble bizarre qu’un type comme Patachon, avec les vies qu’il a menées, soit resté aussi jeune d’apparence. A croire que les voyages déforment les valises mais apportent un surcroît de jeunesse à certains ! Chez notre ami, aucune ride, aucun cheveu blanc, aucun stigmate alors que Jésus, à 33 ans, fallait voir comme il était marqué ! Je le concède à Christine Boutin et Frigide Barjot, c’est à vous dégoûter d’avoir de la religion !

12 décembre 2012

Végétariens s'abstenir ! (Joe Krapov)

Végétariens, végétariennes, s’abstenir ! A midi, il y aura du cadavre d’animal dans les assiettes ! Mais avant cela il me faut attendre dans la queue, parmi des mamies à caddies (et pas des mamies d’Acadie chères à Michel Fugain) et des retraités heureux : il leur est resté des dents.

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Heureusement le bestiau crevé ne sent rien ! Sa viande est suspendue aux esses. L’usage de ce substantif ne vise pas à faire la preuve que l’auteur a des lettres mais qu’il a pratiqué jadis le cruciverbisme, le scrabble et l’anagramme ! Le quartier entier vient ici acheter l’élément central du repas de midi, ces quartiers d’animaux que l’artisan divise en suivant les desiderata que ses clients émettent. Derrière chaque demande il y a ce cri ancestral : « Pas de quartier !». Une devise de sauvage qui traverse le temps ! La vie est ainsi faite qu’elle est cruelle aux faibles. Ici, de la queue du taureau aux entrailles de la génisse, la chair de l’animal abattu est charcutée, parée, débitée dans une ambiance finalement assez gaie : les mecs en tablier et chemise bleu gris sifflent des airs de « La Vie parisienne » tandis qu’un peu de sang s’épand de ci de là cahin caha sur le marbre et le carrelage. Mais la sciure, c’est bien là qu’elle a de l’utilité !

Déjà, dans la vitrine du magasin, celle sur laquelle les passants zyeutent depuis la rue, un pauvre veau au regard éteint fait la tête, dans une indifférence généralisée, parce qu’il lui a été inséré dans chacune de ses narines un paquet bien vert de branches de persil. Quelle idée, franchement ! Il y a un chant ancien qui parle de cela, qui fait rire plus d’un pékin en disant l’absurdité de cette pratique, en la ramenant à l’humain.

Pendant l’attente dans la file, j’ai une pensée émue à l’égard du sieur J.-C. Averty en apercevant l’équivalent de ses bébés trucidés. Leur chair hachée pend tristement à la grille de la machine à décerveler. Celle-là eût plu à Ubu, le déjanté Sire né à Rennes. Ah la la qu’est-ce que Jarry, mais en silence quand même, des cheminements de ma culture qui va du télévisuel au théâtral en passant par le musical ! Qu’est-ce que je trimballe, décidément !

Au frais, derrière les vitres réfrigérées, des tas de victuailles attirent les regards des clients. Le cervelas ne se lasse pas de pulluler, l’araignée rêve de s’appeler Gipsy, la bavette demande à être taillée, l’aiguillette perd le fil de ce que jaspine la crépine, la macreuse aguiche la cliente à belles miches. Le faux-filet sait bien qu’il est destiné à finir emmené dans un vrai. La langue rêve-t-elle déjà de persillade ? Le veau a-t-il idée qu’une certaine Paulette sera décrétée par l'assemblée rassasiée reine des paupiettes ?

Vu que le maître de céans fait aussi charcutier-traiteur, il y a des chapelets de saucisses, des pâtés divers, des plats préparés à réchauffer, du hachis Parmentier, du museau vinaigrette, des pieds panés… D’aucuns, d’aucunes, par avance, se lèchent les babines. Simplement, ainsi que je le disais au début, végétariens s’abstenir !

Je n’ai qu’une autre certitude en ce lieu c’est que la brave dame assise dans sa caisse dégage une sensualité intense. Elle aussi est bien en chair et elle dégage autant de sex-appeal que la caissière du grand café chère à Fernandel. Le travail fini, le rideau de fer baissé, les carcasses rangées, à l’abri des regards mais si près de la rue, il s’en passe certainement de belles dans ce ménage ! J’aime à imaginer les étreintes enivrantes auxquelles les a menés leur désir exacerbé par l’inactivité, l’attente, le bruit du maniement des tranchelards, des lames et des instruments de métal qui s’abattent sur les carcasses, les pénètrent, les lacèrent, en extirpent le meilleur, les agitent, les emballent, et bibi, lui aussi, dans la file d’attente des tapas s’emballe : se peut-il que le charcutier manie avec la même vigueur sa mie que sa galantine ? Que la vue permanente sur ces cylindres durs, ces messieurs musclés qui s’agitent, à elle, lui fasse un effet… stimulant ? Qu’ils ahanent pendant le déduit, ici-même, sur l'étal, les pieds dans la sciure... ?

Mais il faut que je cesse de décrire ce lieu et d’énumérer mes fantasmes d’égrillard quasi Strauss-Kahnien, bien allumé, bien grillé, qui, bien avant que les Chrétiens ne célèbrent la naissance du Christ et que le vieux barbu qui passe par la cheminée n’entasse au pied du sapin les cadeaux des bambins, se farcirait bien la dinde aperçue là, qui ressemble un peu à Pétula Clark. Mrs, please, clarkez lui le beignet à l’Augustin !

- Qu’est-ce que ce sera ? demande le mari de la belle aguicheuse.

- 200 grammes de steack haché.
- Il y en a un peu plus. Je le laisse ? Et avec ça ?
- Une demi-épaule d’agneau.

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Je lui permets de me suggérer d’en faire un navarin - pas la peine de lui parler de cuisine indienne, à lui, byriani, il ne sait certainement pas ce que c'est ! - puis je vais à la caisse régler mes achats à Peggy. C’est ainsi que j’ai baptisé la femme du butcher, du blase de la peluche à grand cils des Muppets.

Je lui tends un billet de vingt, elle m’en rend un de cinq et des petites pièces et, je ne rêve pas, me glisse un petit papier manuscrit plié en quatre dans la main.

Je quitte l’établissement en saluant ces braves gens, je fais quelques pas dans la rue et m’arrête devant la pharmacie. Là je déplie le truc et je lis :

Cher Augustin
J’ai bien reçu ta lettre. Je ne savais pas que tu m’aimais autant. C’est d’autant plus curieux que tu ne m’as jamais fait d’aveux ni laissé paraître aucun signe de cela auparavant. Cependant – ne jette pas la pierre à la femme adultère ! - l’idée d’une aventure ensemble m’intéresse bien. En vue de se divertir Maxime va passer quelque temps, chaque mardi après le travail au club de bridge de l’avenue Trudaine. Le quartier est ainsi libre, si je puis dire. Viens vers 21 heures. Tape sur le rideau de fer, je serai derrière et te ferai entrer dans le magasin et peut-être dans ses dépendances si affinités. Je t’assure que tu ne seras pas déçu de la visite. Tendrement. Emmeline Sanzeau.

La lettre que j’avais perdue ! C’était ici, l’autre matin en achetant du lapin ! C’est elle qui l’a ramassée ! Une lettre destinée à Irma, l’assistante de la cantatrice. Dans quel pétrin me suis-je fichu ? En même temps, quand le rêve d’un instant devient réalité, faut-il cracher fâché sur le lama argenté ?

***

Pendant ce temps, au château, un énième appel mal aiguillé retentit, dérangeant le capitaine dans sa sieste.

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P.S. Les plus perspicaces des lecteurs et lectrices du Défi du samedi l'avaient deviné, bien entendu. Maintenant les autres savent quelle lettre a disparu dans ce texte qui aurait peut-être pu aussi s'appeler "une aventure inédite de Tintin" mais je ne veux pas d'ennuis avec Casterman !

 

30 mai 2012

NUL N'EST MAÎTRE DE SON DESTIN par Joe Krapov

120525 026Adeline Pasdebol ne les voit jamais venir, les malheurs qui lui arrivent. Il faut dire qu'elle n'est pas vraiment bien taillée pour affronter l'adversité. Toute mince et longiligne, vêtue toujours de manteaux longs d'une neutralité et d'un classicisme tels que nul ne la remarque jamais dans la foule, elle n'a de surprenant sur elle que ses jolis yeux noirs et ce casque de cheveux roux qui lui donne un air de gravure de mode. Une gravure de mode de 1906. Yvette Guilbert en moins potelé.

Il y a aussi la paume de sa main dans laquelle une voyante a remarqué une ligne de cœur salement brisée et une ligne de chance pas très droite non plus. Avec son air un peu souffreteux de jeune fille pâle et très sage, on n'est pas surpris de la voir prendre tous les matins le bus n° 4 à l'arrêt République à Rennes pour aller s'enfermer dans le bureau d'une administration là-bas au bout des quais. Elle y fait de la comptabilité ou note les appels pour monsieur Frémiaux quand celui-ci n'est pas encore rentré du restaurant d'affaires dans lequel il a emmené M. Moretti, un client, et le repas doit être bon car le patron tarde à rentrer.

Adeline pour sa part déjeune dans la cuisine de chiches portions restées de son repas de la veille au soir qu'elle réchauffe au four à micro-ondes. Une vie de célibataire jusqu'au bout des ongles, jamais peints, allez savoir pourquoi. Pourtant, quand on s'appelle Pasdebol, ce serait bien d'être un peu verni, non, comme disait madame de Lenclos (1) ?

Quelquefois sa collègue, la grosse Françoise Lheureux, lui tient compagnie pendant ce repas frugal. Elle est tout le contraire, boulotte, énorme même, et l'on se demande si M. Frémiaux ne les a pas engagées intentionnellement aussi différentes l'une et l'autre. Une façon pour lui de se rassurer en regardant son épouse le soir : ni squelettique, ni obèse, ce qu'il faut, là où il faut et comme il faut. Les hommes, c'est rien que des cochons, ça ne raconte que des blagues salées, ça ne pense qu'à ça.

Mais justement, aujourd'hui, au volant de sa Kangoo rouge, Adeline a laissé tomber tous les hommes et abandonné le boulot derrière elle. Elle a traversé Nantes, a pris la route du Croisic et puis a suivi la direction de Noirmoutier. Elle a eu un petit frisson et a serré très fort le volant en franchissant le pont qui rattache l'île au continent car elle n'aime pas bien l'idée de la chute de son auto avec elle dans le vide. C'est là un sentiment idiot car depuis qu'elle conduit elle n'a jamais perdu le contrôle de son véhicule et pourquoi serait-ce justement aujourd'hui que... Ne discutez pas ! Adeline Pasdebol est comme ça et elle ne se refera pas.

120518 133C'est la première fois qu'elle met les pieds et les pneus en Vendée et elle est déjà étonnée et agréablement surprise de ces villages aux maisons basses, aux toits de tuile, aux murs blancs et aux volets bleus. Elle s'est posée au camping de La Guérinière où elle a loué un mobil-home pour quatre jours. Elle a déballé ses affaires, a cassé la croûte car il était treize heures puis elle a repris sa voiture en direction de Noirmoutier-en-l'île. Elle s'est promenée dans les petites rues derrière le château, a mangé une glace sous le ciel bleu mais nuageux puis, pleine de courage, elle s'est engagée sur l'allée Jacobsen, une longue esplanade d'au moins un kilomètre. La voie macadamisée est réservée aux cyclistes et aux piétons. A sa droite elle a le chenal d'accès des bateaux au port de Noirmoutier. A gauche, à la façon des polders de Hollande, ce sont des marais salants dans lesquels on peut voir quelques échassiers blancs qui cherchent là leur pitance sans se soucier plus que cela des promeneurs qui les observent depuis la digue.

Adeline Pasdebol en photographie quelques-uns en prenant garde de ne pas trop s'appuyer contre la balustrade pourtant bien solide. Un peu plus loin, pour photographier un joli chardon « à la Nantaise », c'est-à-dire « en gros plan » (2), elle pose un genou en terre et elle entend « CRAC ! »

120518 226Crac ? Non, ce n'est pas son pantalon, les filles minces les craquent rarement. C'est le lacet de sa chaussure droite qui, rompant en plein milieu, vient de rendre l'âme. On fleurira sa tombe avec des œillets mais un autre jour (3)! Elle arrange le coup comme elle peut avec ses deux moitiés de lacet. Elle en trouverait peut-être en ville, bien qu'elle n'ait pas repéré de mercerie parmi les restaurants et les boutiques de souvenirs. Mais elle est rendue bien plus loin que le milieu du chemin et elle a trop envie d'aller jusqu'au bois de la Chaise pour y voir les cabines de bain blanches et la jetée quasi-anglaise qu'elle a repérées dans son guide des éditions Ouest-France. Alors, Clop, Cataclop, Clop, Cataclop, elle avance, un tant soit peu déséquilibrée par moments mais en se disant que c'est un incident bénin, que ça aurait pu être pire, son pantalon ou une pluie diluvienne. En pensant à cela, elle s'aperçoit que le ciel est devenu gris et se souvient qu'elle n'a emporté ce jour, au vu du beau temps du matin, ni K-Way ni parapluie, ni cape de pluie.

Allons, qu'importe ! Les nuages Baudelairiens et Boudinesques réveillent son désir de peindre – à ses heures perdues elle fait de l'aquarelle. Elle continue de photographier la nature car pour ces courtes vacances elle a décidé de (re)devenir la femme sauvage, la Vénus et le fou à la fois, de céder à l'invitation au voyage. Elle est un peu à l'étranger ici, désireuse de succomber aux tentations.

Au bout de la jetée le chemin tourne à gauche, la ramène dans l'intérieur des terres puis un plaisant panneau indique la direction de la plage. Elle ôte ses chaussures, ses socquettes et marche pieds nus dans le sable. Ploc ! Ploc ! Cette fois ce sont de grosses gouttes de pluie qui dessinent par terre des cercles dentelés. Elle presse le pas. Tout au bout, après les rochers, le chemin longe un camping et il y a un café-restaurant qui ne paie pas de mine mais qui est le bienvenu. Elle s'y réfugie, s'installe à la terrasse sous le vélum et commande un café.

Le patron le lui apporte, il reste posté là, debout, près d'elle et la dévisage longuement. Il lui rappelle vaguement quelque chose à elle aussi.

- Excusez-moi... Je me trompe peut-être... Est-ce que vous ne vous prénommeriez pas Adeline, par hasard ?
- Si, Adeline Pasdebol.

Maintenant elle le remet. C'est Rocky Badluck, son premier amour. Il était guitariste dans un groupe de rock amateur. Son vrai nom c'était Roger Malchance. Tout le monde se moquait d'eux à l'époque. « Pasdebol et Malchance, vous êtes faits l'un pour l'autre ! » leur disait-on en riant.

C'est gênant de le retrouver là, dans l'odeur de graillon de cette gargote qu'il tient où il nourrit et dépanne les campeurs et les randonneurs de passage.

En même temps, ce n'est pas si gênant que cela.

MIC 2012 05 28 la terre vue d'un satellite russeLa preuve : le lundi suivant monsieur Frémiaux a reçu une lettre de démission de sa comptable et Françoise Lheureux a reçu une carte postale d'Adeline : « J'ai rencontré quelqu'un que je n'avais pas vu depuis longtemps. Je crois que je vais habiter au bord de la mer pendant quelque temps. Je te réécrirai pour t'en dire plus long. Prépare-toi à venir nous voir cet été ».

On comprend mieux à la fin de cette histoire pourquoi les Bretonnes trouvent toujours du bon à la pluie. Elles ont de la chance : la terre est recouverte à 70% d'une eau qui ne cesse d'aller et venir. A cause du fil des Parques et du lacet cassé, on comprend mieux aussi pourquoi ce récit s'intitule « Nul n'est maître de son destin » (4).
 

(1) Piqué à Philippe Gelück)

(2) Piqué à Agnès Varda

(3) Piqué à personne, ça m'est venu tout seul en dactylographiant !

(4) En même temps le prénom et le nom du personnage étaient imposés par Anne-Françoise ainsi que la rupture du lacet et les retrouvailles avec le copain de lycée par Dominique, sans compter les titres de poèmes du « Spleen de Paris » fournis par l'animateur quelque peu sadique de notre atelier d'écriture « In Real Life ». J'espère qu'on ne s'y PAUME pas trop dans ce texte, malgré tout ça !

2 septembre 2010

Le porteur n’est pas commode, il préfère le bonheur-du-jour (Défi #3) (Joe Krapov)

7 h : 7 heures ? Oser me réveiller à 7 heures du mat’ un dimanche de vacances ? Ca va pas, non ?

8 h : Rasé de frais, l’esprit un peu plus clair, le Dimanche-Ouest-France dans le sac à dos et le croissant au beurre rendu au bout des orteils, j’admets qu’on l’avait bien prévue, cette équipée sauvage dans Nantes.

8 h 05 : La petite Peugeot est pleine à craquer. Assis à la place du mort bien qu'ignorant tout du bridge over troubled water, je suis même obligé de poser mes pieds sur un carton plat. J’espère que ce n’est pas un truc fragile, à l’intérieur !

1008229_0329 h 30 : La cliente, Mlle Fifille, est chez elle, rue Dumoulin, en compagnie de M. Fiston, venu prêter main forte. Il arbore un tee-shirt de geek qui lui va bien au teint.

9 h 45 : Evidemment, dans la rue des Kébabs, il n’y a pas de place pour stationner ! Heureusement, à gauche un peu plus loin on en trouve une dans la rue du Gus maffieux.

10 h : On a fini de crapahuter là-haut le premier chargement. 4 étages sans ascenseur ! On retourne rue Dumoulin en laissant des tréteaux sur la place de stationnement « pour ne pas qu’on nous la pique » dixit Madame Epouse. Moi je crains plutôt qu’on ne nous embarque les tréteaux !

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10 h 15 : Mais c’est quoi ces cartons ? Elle a jamais déménagé ou quoi l'étudiante ? La mini-chaîne avec ses deux baffles dans un carton même pas scotché au fond, elle a vraiment pas peur ! Faiche, comme on dit chez Claire Bretécher ! (Madame Wiki m’apprendra plus tard que cette native du bélier est née… à Nantes !).

10 h 30 : 1er étage : 10 marches, un coude, 10 marches ; 2e étage : 13 marches, un coude, 11 marches ; 3e étage : 6 marches, un coude, 7 marches ; 4e étage : 6 marches, un coude, 9 marches plus étroites et plus raides que les autres ! Ils ont vraiment tout fait pour qu’on se casse la gueule, les architectes nantais ! Mais les Rennais résistent !

11 h : Comme il n’y a que deux places dans la voiture, je laisse madame Epouse et M. Fiston faire la navette en caisse ( !) et je marche du studio à l’ex-piaule. Sur mon chemin, je trouve moyen de repérer une voiture décorée d’un fer à cheval et une boutique de coiffure qui s’appelle « Je reviens de suite » !

11 h 30 : Arrêt des hostilités pour cause d’estomac dans les talons. Les clients m’emmènent dans un « Routiers » où on avait bien tortoré la dernière fois qu’on avait fait du transbordement à Nantes.

12 h : En général les Routiers sont sympas mais plus celui-ci ! Le Gasthaus a changé de nom, de cuistot, de carte et de tarifs ! Je n’ai pas retrouvé ma pizza « Pescatore » et la « Rosa » tiédasse avec ses feuilles d’épinards crus décorées de trois gouttes de crème fraîche, c’est limite du foutage de gueule bobo, non ?

13 h : C’est aussi une drôle d’idée que d’installer la terrasse entre la piste cyclable et les rails du tramway : chaque fois que le bestiau passe, on n’entend plus ce qu’on mange !

13 h 30 : Le café gourmand est très bien ! A 6,50 euros, il peut ! Si je reviens ici, je ne commanderai que1008229_034 ça et un verre d’eau du robico parce que la carafe de rosé de Provence de 50 cl à 16 euros, ça donne envie d’aller faire bouffer au bistrotier sa baisse de TVA à 5,5% non répercutée au client !

13 h 45 : Comment ça, « L'addition est pour toi » ? Elle se paie ma tronche, la cliente, ou quoi ? Madame Epouse me fait valoir que le Bon Dieu me le rendra. Je me vois, tiens, en train de demander des comptes ou des contes à Ludivine ! Soit disant que Mlle Fifille et moi on serait parents à la mode de Bretagne ! Mais à ce tarif-là, on deviendra jamais riches non plus ! Déjà qu’on paie le loyer !

1008229_035bis14 h : On retourne au turbin, ce malgré l’ambiance « Millionnaires du dimanche ». En route on croise le Maneken pis, des bateaux sur l’Erdre, des orchestres qui font leur balance. Car non seulement on bosse un dimanche mais en plus on rate la Fête de la musique locale ! Consolons-nous : Favet Neptunus Eunti ! Neptune favorise ceux qui marchent !

15 h : Un transporteur au prénom espagnol est venu renforcer l’équipe avec sa Citroën Saxo. Il ne reste plus que le canapé, heureusement démonté, et le futon en trois morceaux. 2 voyages seront suffisants.

16 h : C’est fini. Après un peu de nettoyage dans l’ancien gourbi, on rentre à Rennes sous ce soleil radieux qui vient toujours narguer le monde l’avant-veille du retour au boulot !

17 h 30 : Je vide une demi-bouteille de limonade !

18 h : Pourquoi j’ai une soudaine envie de m’endormir dans mon bain, moi ?

19 h 30 : Pour le dîner, une bière blanche me suffit. Je suis encore en train de digérer la pizza et le verre de rosé bio de luxe ! (Le lendemain, je retrouverai dans ma poche de veste le ticket de la brasserie Paul à Rouen où la même prestation nous a été facturée 7,80 €, soit moitié moins cher !)

21 h : Bonheur-du-jour ! Seul devant mon ordinateur, j’ai enfin réfuté le coup. 6… f5 dans le gambit Morra de la défense sicilienne ! Je le savais que c’était un coup foireux  mais je me cassais les dents depuis vendredi sur cette partie d’échecs au niveau 6. Je vous donne la solution, elle vaut le jus, je trouve !

dds_2010_ete_9_gambit_morra1. e4  c5 2. d4  cxd4 3. c3  dxc3 4. Nxc3  e6 5. Bc4  f5 6. exf5  exf5 7. Qb3  Nf6 8. Bf7+  Ke7 9. Nf3  Nc6 10. o-o  d6 11. Re1+  Kd7 12. Nb5  Qb6 13. Be3  Qa6 14. Bc5  Na5 15. Qe6+  Kd8 16. Qe2  Ne4 17. Rad1  Nc6 18. Bc4  Qa4 19. Bxd6  Bxd6 20. Nxd6  Nxd6 21. Rxd6+  Kc7 22. Bb5  Qxa2 23. Red1  f4 24. Qc2  Kb8 25. Bxc6  bxc6 26. Ne5  Bb7 27. Nxc6+  Bxc6 28. Qxc6  Qa5 29. R6d5  Qb6 30. Rb5  Qxb5 31. Qxb5+  Kc7 32. Rd7+  Kc8 33. Qb7+

Comment ? Ca ne parle à personne, ici, ce charabia ? Même pas le sacrifice de fou au 14e coup ? Tant pis, je jubile quand même !


22 h : Finalement j’ai bien fait de poser le lundi 30 comme jour de congé avant de reprendre le travail mardi. Peut-être, par un coup de chance insoupçonné m’arrivera-t-il demain une espèce de miracle qui me fera sortir de la catégorie « Fous contemplaintifs de la 44e D.B.D.B.* » ?

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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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