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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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25 avril 2014

Ne serais-je pas, moi aussi, un Leningrad cow-boy ? par Joe Krapov

Depuis que le hasard m’a mené en Bretagne, je ne cesse de me poser la question : pourquoi la femme que j’ai suivie jusqu’ici et son amie de toujours m’emmènent-elles toujours marcher sur le sentier des douaniers ? Et pourquoi n’y avons-nous jamais rencontré aucun douanier ?

En un sens, cela tombe bien : je n’aurais rien eu à lui déclarer d’autre que mon amour des plages, des petits ports fermés où les bateaux sommeillent, des barques assoupies attendant voyageurs.

MIC 2014 04 21 SklabeZ

 Voyageur, je le suis mais pas autant sans doute que n’était mon grand-père. Dans ses yeux bleu-gris de prolo converti à l’Histoire, au combat idéologique, aux livres-évangiles et aux discours prometteurs, la passion reflétait les étoiles.

Lui et ses pareils rêvaient d’un autre monde. L’Orient était rouge, il n’y avait rien de nouveau à l’Ouest, les temps étaient changeants et eux rêvaient, c’était possible encore, de changer le monde ou de décrocher la Lune ! Et du coup j’ai passé mon enfance entre Youri Gagarine et John Glenn parce qu’à cette époque bipolaire-là, les étoiles reflétaient les passions des adultes des deux camps !

Apollo contre Vostok, Spassky contre Fischer, Khrouchtchev contre Kennedy et au milieu, n’ayant pas choisi son camp, Joe Krapov, si terriblement voyageur en chambre, amoureux des livres, dévoreur des Pionniers de l’Espérance, de Teddy Ted, Davy Crockett et Loup Noir car même dans « Vaillant » l’Amérique était là parallèlement à Rodion et Tsin-Lu qui fraternisaient de l’autre côté.

MIC 2014 04 21 annonce_Pionniers

Tout comme la frontière française avec le nuage de Tchernobyl, le rideau de fer arrêtait tout sauf les films d’Eisenstein, les cigognes qui passent, Nadia Comaneci, Lev Yachine, les Chœurs de l’armée rouge, les nageuses Est-Allemandes aux épaules carrées, Karpov, Kortchnoï et Kasparov et même la langue russe apprise par votre serviteur comme deuxième langue vivante au collège puis au lycée. Il m’en reste quelques bribes comme le fait de savoir encore que l’étoile rouge se dit « Krasnaïa zviezda », comme la musicalité de certaines chansons et je n’exclus pas de retourner à son étude quand je serai libéré « de mes obligations militaire » !

leningrad_cowboys

Mais si je fus docile, je fus aussi ouvert, curieux et dans le même temps j’écoutais les musiques venues d’outre-Atlantique (Linda Ronstadt, Crosby, Stills, Nash et surtout Young, Emmylou Harris). Je lisais aussi Jack Kerouac, Francis Scott Fitzgerald, Henry Miller, Clifford Simak, Philip K. Dick. La tête dans les étoiles, je n’ai jamais choisi quel était mon drapeau, pas plus le fanion de l’Etoile rouge de Zagreb que le « Star spangled banner » des USA.

MIC 2014 04 21 Neil_Young_-_Hawks_&_Doves_cover

Car je ne suis qu’un marcheur du long des plages, un internaute abasourdi, enthousiasmé par ce qu’il a découvert hier soir : les Leningrad Cowboys reprenant, en compagnie des chœurs de l’Armée de l’air de Russie, cet hymne de Neil Young, « Keep on rockin’ in the free world ».

Grand-père, je t’en supplie, reste où tu es, ne reviens pas ! Sois content de ta vie ! Il n’y a plus de camp à choisir, camarade, tout a changé, rien n’a changé, demain ne chante plus, c’est aujourd’hui qui rit jaune en dansant par-dessus le volcan des centrales nucléaires qui fuient, les politiques de droite sont menées par les partis de gauche et l’on se demande tous les jours si c’est ainsi que les hommes vivent. Tu ne serais plus heureux parmi nous, tu ne t’y retrouverais pas dans ce monde-là ! Et moi je viens de comprendre pourquoi, sur les sentiers de Bretagne ou de l’île d’Yeu, on ne rencontre pas de douaniers : il n’y a plus de frontières non plus ! 

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2 octobre 2020

99 dragons : exercices de style. 61, Récit de rêve (Le Défi du samedi n° 631)

Saint-georges par Baden Powell (communiqué par Baden Powell le 27-09-2020) 127705243

Ah la la ! Quel imbroglio ! Je me suis réveillé ce matin dans un état proche de l’Ohio ! Quelle belle série de rêves idiots !

Primo, j’étais attelé à un chariot et j’allais dire des fabliaux à la Taverne d’Attilio – où était-ce le Don Camillo ? – pour un public de gens spéciaux, drôles de zoziaux par trop joviaux tous venus de Bonifacio ou d’Ajaccio où souffle ce vent de folie qu’on appelle le Libeccio. On me dételait du chariot, on me poussait sur les tréteaux et mon impresario me lançait depuis les coulisses :

- Vas-y ! Chante leur « O sole mio » ! Tu enchaîneras ensuite avec « Si tu vas à Rio » de Dario Moreno puis « Le petit joueur de flutiau » de Brassens.

J’étais tétanisé, sans voix, agonisant, bon pour un passage en cardio. Il est vrai que les dragons ne chantent pas ce genre d’airs familiaux que l’on entend à la radio ou qu’on joue sur l’autoradio. Ils n’ont pas la voix d’un loriot ni celle de Don Juan Tenorio. Je n’ai rien d’un griot et s’il me fallait un jour fréquenter la musique, je préférerais de loin l’adagio d’Albinoni ou le Juditha triumphans, ce bel oratorio de Vivaldi, voire les Capriccios de Paganini.

Bref je restais muet devant le micro et les Corses, peu conviviaux au naturel, devinrent bientôt antisociaux voire triviaux puis vipériaux, me balançant des noms d’oiseaux et des glaviots. Le calme s’en revint lorsque j’ouvris la gueule et que d’une flamme puissante je mis le feu à tout le patio ! Houla ! Comme ils sont redevenus cordiaux ! Seulement, la tronche du proprio !

Ayant fait place clarinette je jouai alors le trio des quilles de Mozart et des flûtes pour aller dans des lieux plus enchantés.

Deuzio, rêve encore plus dingo : au bout du viaduc de Millau je rencontre un autre barjo avec des habits ecclésiaux, des affûtiaux de nobliau, monté sur un bidet tout blanc et ses grands chevaux qui me demande mes fafiots (si vous n’avez pas votre Gaffiot, je vous traduis : les fafiots ce sont les papiers).

Il me questionne :

- D’où c’est que vous venez ?

- De la station Campo–Formio, c’est direct avec le métro !

- Où qu’vous allez ?

- C’te question ! A Mogadiscio, San-Antonio, en Ontario ou aux pays équatoriaux ! A Quimper, aux faïences Henriot ou à Baguio 78 voir jouer Tolia Carpovio contre Victor Kotchnio !

- D’après ce que j’vois d’écrit ici, vous vous appelez Marcel Petiot ? qu’il continue, le Fantasio.

- Jamais d’la vie ! C’est quoi, ce nouveau scénario ? Tu vois bien qu’je suis un bestiau ! J’m’appelle Elliott ou Emilio, je suis de la classe des marsupiaux et champion de France des arts martiaux. Et toi, t’es qui, Super Mario ?

Le maigriot, sur ses ergots, prend des airs inquisitoriaux, aérospatiaux, comme Blériot chez Latécoère, et manche à balai dans le derrière, mordant comme un chiot en colère, d’humeur guerrière, décline son identité :

- Tout le monde m’appelle San Giorgio. J’suis c’qu’ on appelle un estradiot ou un stradiot, un éclaireur qui vend du bio aux provinciaux. J’ suis envoyé par le daïmio pour retrouver le salopiot qui boulotte toutes les côtes d’agneau et qui a foutu l’feu au studio ! Numérote tes abbatiaux ! Prépare ta tête pour le billot, docteur Petiot !

Voilà-t-y pas que ce salopiot m’balance un chtard dans les tuyaux ! Oh la la ! Ca va être sa fête ! J’vais lui réclamer des agios, au loupiot ! Tu vas voir, tristesse d’Olympio, qu’t’eusses mieux fait d’choper la polio ! J’vais t’soigner ton compère-Loriot ! J’vais t’transformer en carpaccio ! En atriaux, eh, Pieds nickelés !

Y eut-il massacre à l’île de Scio ? Si le viaduc était un bateau, lequel des deux chut du rafiot ? Se battit-on (Oh chou ! Ma chère !) avec brio ?. (Oui je sais Battiston-Schumacher, c’est nul, mais, à contrario, c’était aussi dans le rêve !). Je ne sais plus : c’est à ce moment-là que je me suis réveillé pour aller pisser.

Tertio : une fois que j’ai eu replongé, je me suis retrouvé dans le bus n° 11 dans une ville nommée Rennes avec un masque sur le visage et je lisais un in-folio sur le catalogage des fonds patrimoniaux. Il y avait plus loin une fille en robe rose, masquée elle aussi, qui appuyait sur le bitoniot pour demander l’arrêt du char à la station Charles Géniaux. Je l’ai bien reconnue la fille ! Elle s’appelait Isaure Chassériau. C’était la belle-fille du député Guyot-Desfontaines ! Mais après elle a disparu et j’ai fini ma nuit tranquille en censurant tout le restant du matériau.

***

Bon, c’est pas le tout ça. Qu’est-ce que j’ai sur mon agenda aujourd’hui ? Ah oui. « Aller bouffer des brebis en Libye ». Pourvu que je ne tombe pas là-bas sur un de ces frappadingues adverbiaux d’ces bas du Front Police à Rio !

St-Georges patron de Cacéres par Walrus 127705049

Illustrations aimablement fournies par notre bien-aimé oncle Walrus
que je remercie de son soutien à l'entreprise Nonante-neuf !

4 septembre 2020

Les Moissonneuses / Joe Krapov (Défi du samedi n° 627)

Maintenant que j’ai assez de temps pour pouvoir regarder dans le rétroviseur je m’étonne d’avoir été accompagné, tout le long de mon chemin, par un fabuleux moissonneur.

Moisson 09

C’est une espèce de Canadien errant. Il s’appelle Neil Young et on a absolument le droit, si c’est votre cas, d’être passé à côté de sa voix nasale, de son rock lourd, de ses interminables soli de guitare électrique et de sa production pléthorique. J’en connais beaucoup qui, dans un autre genre, n’ont toujours pas lu Proust, par exemple.

Et justement, on va rire, c’est dans une ville appelée La Madeleine, chez mon copain Jean-Baptiste B. que j’ai entendu pour la première fois «Uncle Neil» et ses premières galettes plus ou moins «country» ou «country-rock».

Le chef d’œuvre du bonhomme dans ces années-là était un album intitulé «Harvest», sorti en 1972. Il y enfonçait des portes ouvertes comme «Un homme a besoin d’une femme» c’est pourquoi je suis comme toi, «Vieil homme», je cherche «un cœur en or» et je ne me paie pas de «mots» avant de faire ma «moisson».

Il remet ça en 1992 avec un album intitulé «Harvest moon». Mais pour illustrer le mot «éteule» – Que reste-t-il après la moisson ? Des éteules et des chansons ! – j’ai choisi de vous traduire-adapter-massacrer une autre chanson de l’album «Rust never sleeps» intitulée "Thrasher" (La moissonneuse).
Sans prétention aucune, comme est le bonhomme qui ne craint pas, depuis le confinement, de se faire filmer en vidéo en train de gratter-chanter-pianoter… dans son poulailler ou sous le porche de son ranch !

 

31 juillet 2020

Le Temps des fleurs (Défi du samedi N° 622)

DDS 622 127304495- Elles nous en font voir de toutes les couleurs !

- Qui ça ? Les femmes ou les fleurs ?

- Elles sont partout ! Du Roman de la rose au Dahlia noir, de Fanfan la Tulipe au Lys dans la vallée !

- L’amour est un bouquet de violettes… impériales et impérieuses !


- Elles vous disent d’aller siffler là-haut sur la colline, de les attendre avec un petit bouquet d’églantine… et elles ne viennent pas !


- Moi je ne marche plus dans la combine ! J’ai décidé une fois pour toutes : pas d’orchidées pour Miss Blandish !


- La petite marguerite est tombée, singulière, du bréviaire de l’abbé !


- Gentil coquelicot ! Fleur de Paris ! Roses blanches de Corfou !


- Quand refleuriront les lilas blancs ? Au temps du muguet ? A celui des cerises ?


- Si tu veux faire mon bonheur, Marguerite, donne-moi ton cœur !


- On est bien peu de choses et mon amie la rose me l’a dit ce matin.


- La Rose pourpre du Caire ! Le Rosier de Madame Husson ! Le Chevalier à la rose ! La Tulipe noire ! Les roses blanches («C’est aujourd’hui dddiman-cheuh») ! Petite fleur, P’tite fleur fanée, Magnolias for ever, les glycines de Serge Lama (quand lui fâché, lui toujours cracher !). Les Rhododendrons de Sim ! L’important c’est la rose !


- Violetta ! La Traviata ! La Dame aux camélias ! Le Lotus bleu ! La Rose et le réséda !


- En tout cas si tu crains la canicule et que tu ne veux pas rencontrer une jolie vache déguisée en fleur, ne te réfugie pas là, oncle Walrus ?


- Où ça, là ?


- Là où l’on fait catleya : à l’ombre des jeunes filles en fleur !



P.S.

- Eh ! Ne m’oubliez pas !

- C’est qui, lui ?


- Le myosotis !
 

6 novembre 2020

Les Malheurs de Solfie (Défi du samedi n° 636)

DDS 636 Aquarelle Solesmes IDepuis que je suis devenu musicien à temps presque plein, juste interrompu par des confinements gouvernimportementaux, c’est incroyable comme je souffre.

Né nul en solfège comme tout le monde, me voilà chargé d’écrire, de réécrire, de transposer des partitions musicales ou d’inventer des contrechants pour d’autres musiciens qui ne jouent pas d’oreille – c’est hors de leur portée ! – mais en lisant les petits signes noirs posés sur des lignes pleines de codes et pourtant aucun d’eux ne se débrouille comme un chef en informatique.

Mais bon, c’est normal, c’est moi le chef, donc c’est à moi de bosser ! Alors OK, je m’en tire très bien avec Noteworthy composer, Van Basco Karaoké et Partitionsdechansons.com mais là, faudrait voir à ne pas pousser le bouchon trop loin avec le chant grégorien et ce neume dont je n’avais jamais ouï parler! Les grands rigolos de l’abbaye de Solesmes, désolé, je les laisse à Vegas-sur-Sarthe : il habite plus près !

Allez, chantons maintenant !


Mon Neume

Sur cette terre ma seule joie, mon seul bonheur
C'est mon neume.
J'ai donné tout c'que j'ai, tout mon temps et toute ma sueur
A mon neume

Et même la nuit, quand je rêve, c'est de lui,
De mon neume.
Ce n'est pas qu'il est beau, qu'il sonne juste ou qu’il sonne faux
Mais je l'aime, c'est idiot,

Il est carré
Mais ses épaules
Par du carton
Sont rembourrés
A l'Auvergnate

Etc.

 

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23 février 2018

ET PAS QU’UN PEU !

DDS 495kaleid11Chaque fois qu’elle revient à Rennes-en-Délires, la toujours pétulante Isaure Chassériau va saluer rue de Dinan son oncle Camille Cinq-Sens. L’oncle Camille tient, en face de l’église du vieux Saint-Etienne transformée en théâtre, un bistrot à l’ancienne baptisé « Au Vieux Saint-Etienne ».

Autrefois, en des temps hélas révolus, on pouvait lire sur la vitrine quelque chose comme « Ici on peut apporter son manger » mais les temps sont devenus durs et depuis que l’oncle a épousé la belle Agata aux talents culinaires si incontestables qu’ils sont mesurables à l’embonpoint du patron, le bistrot fait restaurant et on ne peut plus apporter que son franc-parler, son goût de la rigolade et ses cris du cœur.

Le cœur n’apparaît pas que dans les cartes des joueurs de belote qui viennent là taper le carton l’après-midi. Lorsque la nuit est tombée ou le matin, avant que le café n’ouvre, quand les volets sont fermés, on en voit quatre qui sont percés en haut des panneaux de bois.

DDS 495 96706808Même si la rue semble déserte il vient beaucoup de monde dans ce café : le public et les artistes du théâtre situé en face, les gens du quartier, les Rennais qui font leur marché sur la place des Lices le samedi. Car la rue de Dinan prend naissance au bas de celle-ci, dans le prolongement de la rue de Juillet. Le mardi après-midi, maintenant, il y a Joe Krapov et ses potes qui viennent pousser du bois sur leurs jeux d’échecs Kasparov sans lettres ni chiffres sur le côté ! On ne sait pas comment ils font mais ils ont beau être huit inscrits ils sont toujours en nombre impair pour jouer et le dernier arrivé est obligé de kib(b)itzer. Ce jour-là, ça carbure en silence, chez Camille. Et pas qu’un peu.

Parfois l’après-midi, aux heures creuses, Camille vient s’asseoir avec ses vieux potes Jacques-Henri Casanova et Jean-Emile Rabatjoie. Ils ont tous les trois des ciseaux et découpent des vieux numéros de Télérama « le journal qui ne jure plus que par Harvey Weinstein pour pouvoir parler de sexe à tous les étages et même sur la couverture». De ces découpages collectifs, Jean-Emile réalisera ensuite des collages surréalistes qui n’ont rien à envier à ceux de Jacques Prévert qui est leur maître à panser les plaies de l’existence. Encore que ces trois-là n’ont rien de grand blessés : ils se marrent tout le temps. Et pas qu’un peu !

Sauf aujourd’hui où, après avoir embrassé Isaure, Camille est obligé de répondre à la question « Et à part ça, la santé ? ».

- Ah ! Ne m’en parle pas ! Les médecins me font chier ! Et pas qu’un peu ! Tu veux que je te raconte la dernière ?

- Peut-être pas, Camille, intervient tante Agathe, on va bientôt passer à table !

- Si, si  ! Raconte, Camille ! protestent Petitprince et Lemouton, les techniciens régie de l’église-théâtre d’en face. Tu es inénarrable quand tu narres !

- Rigolez, rigolez, les jeunes ! Un jour ça vous arrivera aussi, même si vous n’êtes pas malades ! Et d’ailleurs, pour répondre à Isaure, je suis en parfaite santé ! Simplement, comme tout le monde, j’ai l’ADECI au cul !

- C’est quoi ? Un genre d’hémorroïdes ?

- Pire que ça ! Une secte de dingues du principe de précaution ! Dès que tu as cinquante piges ils te sautent dessus ! Ils t’emmerdent tous les deux ans en t’envoyant un courrier pour que tu participes à leur jeu-concours de merde !

- Sois moins grossier, mon oncle ! Tu sembles bien énervé aujourd’hui ! Et pas qu’un peu !

- Il y a de quoi ! Non seulement je perds toujours à leur jeu à la con mais en plus cette année j’ai été disqualifié ! Et c’était même pas de ma faute !

- Tu ne m’as toujours pas dit ce que c’était que ton… « indécis » ?

- ADECI ! abrège Agata. C’est pour pister le cancer du colon !

- Et ça marche aussi pour le lieutenant et le sergent-chef ! plaisante Lemouton.

DDS 495 mode d'emploi- C’est simple, explique Camille. Enfin non, c’est hyper compliqué. Il faut tu ailles aux toilettes et que tu colles une espèce d’origami sur la lunette. Ensuite tu fais ta grosse commission mais tu ne dois pas mélanger ton pipi et ton caca ni déchirer le papier ni faire tomber ta crotte dans le trou. Quand tu as terminé tu prends la pince à tiercé qui est dans le tube du kit.

- ???

- Tu prélèves dans ton étron, à trois endroits différents, à l’aide de la tige verte, de quoi recouvrir la partie striée. Puis tu remets la tige dans le tube que tu secoues énergiquement.

- Aller aux toilettes pour se secouer la tige, ça n’a rien de l’amour sorcier, en même temps ! commente Agata qui, de temps en temps, – elle est native de Bogota - a des saillies involontaires du fait de sa maîtrise plus ou moins colorée de notre langue. Après reste plus qu’à coller les étiquettes et renvoyer.

- Sans oublier de décoller l’origami et de le vider sans s’en mettre plein les doigts !

- On dirait un rituel de l’église scatologique, ton truc, ajoute Petitprince. C’est qu’un mauvais moment à passer, pourquoi ça te rend vert ?

- Avant ils t’envoyaient le matos pour jouer. Maintenant tu dois aller le chercher chez ton médecin maltraitant. Et regarde le résultat !

L’oncle se retourne et prend parmi les cartes postales accrochées derrière son bar un courrier d’un laboratoire de biologie.

DDS 495 courrier labo


- J’ai été éliminé à cause d’un problème de gestion de stock ! Les touillettes du toubib étaient périmées ! Et pas qu’un peu !

Tout le monde, à l’exception du taulier, est hilare dans le bistrot.

- Alors t’as dû recommencer ?

- Oui mais cette fois je n’avais plus les étiquettes autocollantes du courrier d’invitation. J’ai dû réécrire tous les renseignements à la main sur leur fiche à la con et même sur le tube. Est-ce que je le connais, moi l’organisme de rattachement du médecin traitant ? J’ai laissé la case vide. Si ça se trouve ils vont me disqualifier encore une fois à cause de ça. Le pire c’est que j’ai retrouvé la feuille avec les codes à barre après avoir renvoyé le tout.

- Des codes à bar pour un patron de bistrot, c’est indiqué, non ? en remet une couche Lemouton.

- Je ne sais vraiment pas pourquoi j’y joue encore à leur jeu, je ne gagne jamais ! Ca fait dix ans qu’ils me répondent «résultats négatif» d'un air désolé !

- Oncle Camille, réfléchis ! Il vaut mieux qu’ils ne trouvent rien, tu ne crois pas ? Avoir un cancer, ce n’est pas très drôle !

- En attendant c’est chiant, leur truc. Et pas qu’un peu !

- En même temps, comme on dit maintenant, tu m’as bien cassé mon coup ! ajoute Isaure. Je vous avais amené des cadeaux à la tante et à toi, mais je ne vais pas pouvoir vous les offrir.

- C’est gentil, chère Isaure, remercie Agata. Je suis prendeuse quand même. Ne tiens pas compte des bêtises de ton oncle. On les a déjà oubliées.

Isaure sort alors deux paquets de son grand sac à main rose. Le premier, plus petit, est pour l’oncle. Camille déchire le papier cadeau et découvre le DVD de la saison 3 de « La minute vieille ».

- Trop bien ! apprécie-t-il. Trop bien vu, ça va me plaire ! C’est la seule émission que je trouve regardable sur Arte !

Lorsque Agata déchire le sien tout le monde éclate de rire et pas qu’un peu dans le bistrot : ce sont des crottes en chocolat !

8 septembre 2017

FAMILLE, JE VOUS HAIS ?

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« Le doryphore déferle sans beaucoup d’efforts
Mais avec grand effet
Sur les pommes de terre du Mont-Dore
Comme Anquetil sur Poulidor :
On est bluffé !

Le doryphore est homicide
Dans le jardin des Hespérides
Où la tomate est pomme d’or
Et le Jupiter impavide :
Le jeune Hercule tète encore.

Le chrysomélidé, l’abominable insecte,
Désespère tout jardinier qui se respecte,
L’esprit placide,
Et n’emploie pas d’insecticide
Contre les soldats allemands ;
Question d’affect,
Evidemment.

Le doryphore est très doué pour l’oxymore
En timide sans-gêne
Qui bouffe ton oxygène,
En aimable gredin
Qui bousille ton jardin,
En Dalton de banlieue,
Rayé de jaune et noir
Toxique dans vesprée,
Déchirant robe des champs
Au pourpre du soleil ».

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Ce sont là ses derniers mots, ceux que l’oncle Jean-Henri Piquechoux a inscrits dans son cahier d’observations scientifiques et poétiques. Après avoir écrit « soleil », il s’est éteint, victime d’une foudroyante crise cardiaque.

L’oncle Piquechoux avait fait fortune en fabriquant et en commercialisant des chaussures à talons aiguilles de luxe. A part l’appât du gain et l’entomologie, il n’avait aucune passion dans la vie et surtout pas celle de la famille.

Tout l’argent qu’il avait gagné était entreposé dans un coffre gigantesque, un espace fermé de la taille d’une salle de cinéma. La légende raconte qu’il venait parfois y plonger, y nager, dans son argent liquide. Il croulait sous le blé, crawlait dans son oseille, faisait de la natation dans ses millions. Il trempait sa barbaque dans ses plaques, faisait le fortiche dans son artiche, noyait son blues dans le flouze.

Parce que le vieux était un grincheux. Le fabriquant de pompes était avaricieux, n’en déplaise à tous ses envieux de neveux. Il y avait Donald le costumier de théâtre qui tirait le diable par la queue. Il y avait Henri, Philippe et Louis qui en étaient réduits à traquer le castor en tant que biographes de Simone de Beauvoir. Tous les quatre furent fort étonnés d’apprendre qu’avant de décéder l’oncle Piquechoux les avait couchés sur son testament. Du coup ils se levèrent, quittèrent le huis-clos de leur salle de bain où ils avaient lavé leurs mains sales et vinrent s’abattre comme des mouches sur les fauteuils de maître Jean-Paul Lanozé, le notaire, pour écouter les dernières volontés du vieil oncle.

DDS 471 entomo

Tous craignaient le pire. Le vieux grigou avait sûrement posé des conditions draconiennes à remplir avant que chacun d’eux ne puisse toucher à une part minime du pactole. Sans doute ordonnait-il qu’on prenne soin de ses ruches, de ses serres à mygales, de ses vitrines de papillons ? Donald trouvait patibulaires ces bêtes à mandibules qui s’envoyaient en l’air et les castors juniors avaient pris pour devise « Les insectes nous débectent ».

Et pourtant non, pas de clause tordue. Quand le notaire se fut tu Cardwell se demanda où était l’entourloupe, pourquoi il n’y avait pas coup de théâtre ce soir. Donald, Phi-Phi, Riri et Loulou touchaient bien la totalité du pactole à parts égales. Sans conditions aucunes.

Maître Lanozé leur remit la paperasse l’attestant, les clés et la combinaison du coffre. C’est peu de dire qu’ils s’y précipitèrent.

Las ! Ils n’y trouvèrent que billets en poussières, pièces plus percées que des galettes de Polydor, lambeaux de rêves et miettes d’espoirs.

C’était là la dernière farce du tonton flingueur. Sachant sa mort prochaine il avait introduit, en guise de dernière calembredaine, sa collection d’insectes dans sa tirelire géante. Il était advenu ce qu’avait entrevu cet oncle psychopathe : les doryphores avaient bouffé toutes ses patates !

11 mai 2018

Vers de mirliteuton

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J’viendrais bien faire le mirlifore
Mirlitontaine, mirlitonton,
Avec mes vers de mirliton
Pour chanter la faune et la flore
Et les charm’s du pays teuton !

Je ne ferais pas de manières
Pour vous jouer un ou deux airs
Avec mon petit mirliton
Et vous dire’ comment, sans façons,
Je me suis prom’né en Bavière.

 

Mais au kazoo vous l’sauriez pas
De cet instrument de carton
Ne sort pas le son de la voix,
Juste un bruit de vol du bourdon !
Pour s’exprimer, c’ n’est pas coton !

Et pour vos oreilles c’est rosse :
Le son est un poil casse-couilles !
Cet instrument est pour les gosses !
C’est la cinquième Ruhr du carrosse,
Ca n’vaut pas La Mirlitantouille !

 

180504 Nikon 052

Alors du coup je passe la main !
Alors du coup je passe le Main !
Tant pis ! Ce sera sans musique
Que je commencerai demain
Le récit quasi mirifique

De mon voyage magnifique
De Marktheidenfeld à Munich
Via le château de Nymphenburg
Et l’alte Brücke de Würzburg
Où l’on boit du vin en public.

 

180504 Nikon 037 B

Finalement ça vaut mieux pour vous !
Quand je turlute dans mon kazoo
Tous les mirlitaires tombent à terre
En criant « Dieu, épargnez-nous !
Ce Breton est un vrai calvaire !».

Aussi pour que grand bien vous fasse
Je passe mon tour, je laisse ma place
A ces chanteuses sympathiques
De la Kantorei germanique
Devant qui, humblement, j’m’efface !

 

 

30 juillet 2017

ECRIRE à RIMBAUD ? 2, Marionnettes

DDS 466 cardinal

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière 
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« Moi je construis des marionnettes
Avec de la ficelle et du papier »

Je te fais grâce de cette chansonnette d’un chanteur pré-nommé Christophe. Celles et ceux qui l’aiment prendront le train de M. Youtube pour aller l’écouter si ça leur chante.

Cette semaine, l’image de départ me ferait dire plutôt ceci : Après «Fanfan la Tulipe», «Les Trois mousquetaires» ?

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Il faudrait que je le revoie ce film de Bertrand Tavernier, «La Fille de D’Artagnan». C’est Sophie Marceau qui tenait le rôle. Est-ce-là que Claude Rich jouait Mazarin ? Y était-il un « cardinal bien tapé » comme le dit la légende de la photo ci-dessus ? Un coup d’œil à Wikipédia me répond que non, que c’est au théâtre dans « Le Diable rouge » qu’il a tenu ce rôle et y a excellé.

Mais revenons à la « superbement idiote entre les petites villes de province », Charleville-Mézières ou Charlestown comme tu la nommais toi-même sans prévoir que tu reviendrais y danser de douleur un autre charleston beaucoup moins drôle pour ton chant du départ.

Il y avait de très beaux mousquetaires au Musée de l’Ardenne dans l’exposition temporaire consacrée aux marionnettes du Nord de la France et de la Belgique proche. Il y avait aussi de magnifiques trésors théâtraux dans les deux salles dédiées de la collection permanente.

Je sais, personnellement, de longue date, les liens de Charleville avec ces figurines dont on tire les ficelles – ou dans lesquelles on met les doigts, ce qui est, avouons-le un peu dégoûtant (ou pas) -. J’ai connu au début des années 1980 une dame qui occupait son temps libre à dresser la liste de tout ce qui avait été écrit de par le monde concernant Pinocchio, Guignol, le Gendarme et consorts pour les montrer dans le petit castelet. C’est elle qui m’a appris l’existence du Festival mondial des théâtres de marionnettes. Peut-être viendrons-nous y assister un jour de folie !

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Le temps me manque ce jour pour explorer plus avant les liens potentiels entre tes œuvres et cette spécificité festivalière locale. A part le fait que pour une marionnette aussi « je est un autre », que, pour la faire parler et bouger il faut être résolument ventriloque plutôt que absolument moderne, habile manipulateur plutôt que fleuve impassible, à part ta phrase disant que «la vie est la farce à mener par tous» je ne vois rien qui te lie plus que ça, mon cher Arthur, au théâtre et aux figurines à bouche immobile, même si tu as dû, comme tout le monde, croiser des pantins à Pantruche et des guignols à Charlestown !

Mais revenons au cardinal tapé qui m’interrompt. « Et Dieu dans tout ça ? » me demande-t-il en s’étonnant que je n’ai pas encore écrit les deux mots « pourpre cardinalice » qui brûlent le bout de mon stylo depuis que j’ai entamé l’écriture de cette deuxième lettre. J’adore connaître des mots qu’on n’utilise jamais !

Eh bien, Dieu… Mon Dieu, comme c’est drôle ! C’est Isabelle la catholique… (Si, si, Dieu est une femme !)… Excusez-moi, cardinal, je vous réponds mais en m’adressant à Arthur !

C’est Isabelle Rimbaud, ta très catholique sœur, qui t’a, paraît-il ramené à lui ou L’a ramené vers toi dans tes derniers moments. Tout cela est décrit en long et en large dans l’exposition au 2e étage de ton musée dans le vieux moulin sur la Meuse. On voit même des photos d’elle et des portraits réalisés par son mari, le peintre Paterne Berrichon. Paterne Berrichon ! Tu parles d’un blaze ! Pourquoi pas Baderne Perrichon comme tu aurais pu le rebaptiser avec insolence.

- Qui vous êtes, vous ?
- Baderne Perrichon, je suis le beauf d’Arthur.
- Avec un nom pareil, vous devez beaucoup voyager, non ?
- Non, c’est lui, surtout, qui marche ! Enfin, qui marchait !

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Mais ne soyons pas méchants. Ce couple n’est pas pour rien dans ta célébrité et ta gloire posthumes.

J’ai quand même des doutes, Monsieur le cardinal dont j’ai toujours garde, sur le sens de tout cela. Un musée consacré à un ado fugueur, à un poète génial, à un marchand d’armes et à un moribond unijambiste ? Et un autre où l’on trouve deux pièces pleines de vitrines emplies de marionnettes ? Quel rapport entre les deux sinon que pour un prix modique, 5 euros en 2017, on peut entrer dans les deux ainsi que dans la maison des Ailleurs où Arthur a vécu de 1869 à 1875 et passer quelques heures à être émerveillé par le passage des hommes dans le travers du temps, par ce qu’il en reste après coup, un plan de Vienne déchiré, un portrait du roi Ménélik, une lance mérovingienne, une légende du temps de Charlemagne, celle des quatre Fils Aymon, racontée par un grand automate, place Winston Churchill à chaque heure que Dieu fait sonner en posant la grande aiguille sur le douze.

Aucun rapport, entre tout ça. Ou si, un seul : Charleville-Mézières, c’est comme le Harrar, il faut le voir pour le croire

***

Et puis ce matin au réveil, illumination ! Illumination !

Je l’ai retrouvé dans mon hypermnésie galopante le lien entre la famille Rimbaud et le théâtre ! Je viens de scanner l’image pour la partager. Riez, amies lectrices ! Préparez-vous à rire, amis lecteurs. A Riez, charmant village de Provence où nous avons passé nos vacances à l’été de 1987, j’avais photographié, dans le paisible et joli cimetière cette tombe-ci, celle de Hamlet Rimbaud !
Etonnant, non ?

Amitiés et bon vent à toi, Arthur qui as cessé de battre la semelle !

DDS 466 Hamlet Rimbaud

2 juillet 2017

LA CLEPSYDRE ET LA PHONIATRE (genre de S + 7)

DDS 462 clepsydreLa Clepsydre, ayant chuinté
Tout l'étiage
Se trouva fort dépitée
Quand la bonde fut venteuse :

Pas un seul petit morceau
De mouillage ou de verseau.

Elle alla crier fatigue
Chez la phoniatre sa dealeuse,
La priant de lui prêter
Quelques gouttes pour susurrer
Jusqu'à la scansion nuptiale.

- Je vous paierai, lui dit-elle,
Avant l'aube, foi d'appareil,
Interphone et proverbial.

La phoniatre n'est pas princière ;
C'est là sa morne dégaine.

- Que feuliez-vous au temps chaud ?
Dit-elle à l’émulsionneuse.

- Nuit et jour, à tout vibrant,
Je chuintais, ne vous déplaise.

- Vous chuintiez ? J'en suis fort aise !
Et bien ! Dentalisez maintenant !

Plaque_perec (christophe Verdon)
Cette plaque est une oeuvre de Christophe Verdon

28 avril 2017

Comédie-plagiat (Joe Krapov)

DDS 452 Montmartre_PicassoArlequinFaut-il envier les saltimbanques ?

Ils doivent installer les tréteaux, dresser leur estrade, tendre des calicots, parcourir les faubourgs, donner la parade à grand renfort de tambour ! Garer devant l'église la roulotte peinte en vert, installer les chaises pour un théâtre à ciel ouvert et surtout espérer drainer derrière eux tout le pays comme un cortège en folie !

Quelle gageure ! Les candidats à la Présidence de la République réussiront toujours cela mieux que vous, saltimbanques ! Sans rien savoir faire que causer-gloser et en arborant cravate, qui plus est ! Et suivis par des forêts de caméras !

Si vous voulez voir confondus les coquins dans une histoire un peu triste où tout le monde s'arrange à la fin, si vous aimez voir trembler les ambitieux, vous lamenter sur Benoît ou rire avec les heureux, parcourez la toile et entrez donc vous installer ! Sur les étoiles le rideau va se lever. Quand les trois tops du vingt heures retentiront dans la nuit, ce dimanche, ils vont renaître à la vie, les vrais comédiens !

Pendant ce temps les saltimbanques ont démonté leurs tréteaux. Ils ont ôté leur estrade et plié les calicots. Ils laissent au fond du cœur de chacun un peu de la sérénade et du bonheur d'Arlequin.

Arlequin ? Combien de divisions ?

Demain matin quand le soleil va se lever ils seront loin, et nous croirons avoir rêvé. Ils auront disparu dans la nuit et nous, dans nos villages, endormis, nous resterons les indécis à qui on offre de choisir entre patrie et patrons, entre hérésie et peu de raison, entre hystérie et pressage de citron.

Ca m’énerve trop, tiens ! Attendez-moi, les saltimbanques ! Je vous rejoins, j’ai une guitare, l’amour des mots, un nez de clown et un ukulélé rose ! Vous avez une place pour moi dans la roulotte ?

P.S. Un grand merci à M. Jacques Plante à qui j’ai emprunté la moitié, sinon plus, des phrases de ce texte !
P.S. L'illustration du haut de la page est de Pablo Picasso. Elle s'intitule "L'Arlequin au verre"

8 juillet 2016

QU'EST-CE QUE C'EST QUE CE CIRQUE ?

La radio a toujours eu beaucoup d’importance chez nous. C’est par elle surtout qu’arrivait tout ce flot de chansons qui m’accompagnent encore, qui rythment ma prose sous forme de citations et ma vie sous forme de reprises.

Car je suis commissaire-repriseur !

Toutes les chansons qui vagabondent de par le monde, je les reprends par le colbac, je les mets derrière les barreaux des six cordes de ma guitare et je ne les libère qu’après, quand elles m’ont livré le secret de leur grille d’accords et que j’ai mis leur mélodie dans la cabane de ma caboche.

Vous imaginez du coup ma tristesse quand j’ai appris, l’autre samedi, qu’on avait contraint Monsieur Meyer à arrêter son cirque ?

Depuis des années, nous avions l’habitude d’écouter chaque samedi entre 12 et 13 heures, sur France Inter, « La prochaine fois je vous le chanterai » de Philippe Meyer.

Eh bien exit Monsieur Meyer ! Son émission est supprimée à la rentrée. On l’a remercié, comme on dit maintenant quand on met quelqu’un dehors. 


Ma contribution au Défi du samedi n° 409 m’a cependant donné une idée pour compenser cette perte sèche. Qu’est-ce qui m’interdit de te-me-vous concocter une émission personnelle de « La prochaine fois » ? Rien, excepté le manque de temps : je suis à la veille du départ en vacances.

C’est pourquoi je ne vous livrerai que le programme de celle-ci, consacrée bien entendu à la thématique du cirque dans tous ses états. Pour les textes de liaison, vous êtes libre d’aller les chercher dans les œuvres d’Achille Zavatta, Alex et Francini, Grock, Charlie Chaplin, les Marx brothers, Annie Fratellini, Federico Fellini ou Hector Malot (« Sans famille » !).

Toutefois, si la nostalgie de l’émission, de la chanson ou du cirque vous prend, vous pourrez toujours cliquer sur les liens pour les entendre.

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Voilà, je démonte mon chapiteau et m’en vais faire le clown ailleurs. Bonne écoute et surtout bonnes vacances à vous !

Programmation musicale 

L’hélicon / Boby Lapointe

La complainte du phoque en Alaska / Beaudommage

L’Auguste / Kaloutch (Bernard Dimey)

Bravo pour le clown / Edith Piaf

Le cirque / les Frères Jacques

Cirkus / King Crimson

Lapin ! / Juliette Noureddine

Trotte, trotte, ma jument ! / Guy Piérauld


A deux c'est mieux

Le clown / Gianni Esposito

Le clown / Douchka

 

La chanson hôn et La tocade de la semaine réunies !

L'acrobate / Joe Krapov - Bernard Dimey

13 mars 2014

Sur les pas de Léon-Paul Fargue (Joe Krapov)

1
Je ne fais pas preuve de morgue
Car je ne suis pas un cyborg
Mais j’ai plus de chaleur humaine
Que ce sinistre énergumène :
Je veux déclarer en exergue
Que je ne suis pas l’iceberg
Qui sema jadis la panique
Sur le paquebot Titanic

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

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2
Comme arguments à nos folies
Ou même à nos mélancolies
Nous avons bien peu d’arguties :
Notre adoration de Lucie,
La patronne des musiciens,
L’amour des mots neufs ou anciens,
Des maximes de Vauvenargues ,
Des formules folles qu’on largue.

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

140309 029

3
Je ne monte pas sur les vergues
Pour déclamer du Lichtenberg ;
Plus qu’un pyrargue sur les voiles
Je suis le targui des étoiles,
Le flamant rose de Camargue
Et dans mes plus beaux jours je nargue
Tous ces fiers à bras qui refourguent
Leurs devises du Luxembourg

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

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4
Seule chose dont je me targue
Sur les pas de Léon-Paul Fargue,
Je suis un piéton de la Terre
Abasourdi par ses mystères,
Par ses beautés de Sorgue, d’îles,
Ses escargots, ses crocodiles,
Ses fleuves, ses flots batailleurs,
Ses vents qui poussent vers ailleurs

Parmi les voiles que l’on cargue
Je suis un peu le subrécargue
D’une compagnie de poètes
Et de bateaux ivres de fêtes

 

140309 179

Les photos de l'Etoile du Roy ont été prises à Saint-Malo le 9 mars 2014

 

8 janvier 2014

Un passe-temps robot-r‘hâtif (Joe Krapov)

DDS 280 R2D2 duke Hillary white

- Eh bien dites donc ! On dirait que cela vous a plu, Duchesse !
- Je crois que ça relève de l’indicible tant c’était bon !
- Je commence à comprendre pourquoi c’était si moteur pour certains humains.

- Et c’est encore meilleur quand cela a, comme pour nous aujourd’hui, le goût de l’interdit.
- Il n’y aurait pas moyen de remettre le couvert en inversant les rôles ?
- Cela demande qu’on sorte d’abord de cet univers-là.
- Je n’ai pas bien compris ce qui s’est passé sur la fin. C’était un peu comme une décharge électrique et puis mes batteries se sont trouvées soudain complètement à plat. Plus qu’à plat, même !
- Je vois d’ici le tableau. De la rigueur dans l’effort puis de la rigidité dans le cadavre !
- Mais, Duchesse, je ne suis pas mort !
- Non, monsieur le Duc R2-D2. Moi non plus mais je crains fort que nous n’ayons été punis pour avoir pénétré dans ce lieu interdit et surtout voulu goûter aux secrets des humains.
- Punis ? Pourquoi ? Comment ?
- Essaie un peu de bouger pour sortir de ton cadre !
- Merde ! Tu as raison ! Je suis coincé !
- Nous sommes coincés ! Moi aussi je suis condamnée à rester immobile.
- Mais qu’est-ce que c’est que cet univers ? On a traversé quoi en cogitant ?
- On ne dit pas « cogitant », on dit « coïtant ».
- On est passés dans une dimension différente ?
- Il me semble que oui. Ca a un vieil air de …
- Un air de quoi ?
- Un air de 2D, R2-D2 !
- Mais qu’est-ce qu’on peut faire ? Appeler le gardien du Musée ?
- Il n’y en a sans doute plus dans ce monde-ci. Tu as vu la poussière par terre avec la trace de nos pas ? Je crois plutôt qu’il va falloir s’en remettre au Deus ex machina.
- Et quand est-ce qu’il vient, lui ?
- En général, à la fin de la pièce.
- Et c’est quand, la fin de la pièce ?
- Je ne sais pas. Quelques années-lumière ?
- Mais je ne vais pas pouvoir attendre tout ce temps sans bouger !
- Sois philosophe. Tire parti de la situation. Fais comme moi !
- Et qu’est-ce que tu fais de beau, madame la Duchesse C-3PO ?
- J’essaie de sourire !

 

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16 décembre 2022

J’fais un colloque, j'me réunis ! (Défi du samedi n° 746)

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais… je pourrais très bien vous parler du fichier des collectivités dont je me suis occupé dans une vie antérieure lorsque je travaillais au Catalogue Collectif des Ouvrages Étrangers à Paris !

En ai-je vu défiler des fiches perforées visant à signaler des congrès, des colloques, des symposia, des réunions, des publications de l’Organisation des Nations-Unies…

Mais le colloque le plus rigolo qui me soit ou qui m’est tombé sous les yeux, c’est quand même celui, découvert tout récemment, de l’Université de Dijon dont on trouve la présentation ici :

https://www.u-bourgogne.fr/agenda/colloque-international-pif-le-chien

Il se trouve qu’avant d’étudier en détails la sociologie des aventures de Pif, les organisateurs de ce colloque ont lancé un avis de recherche en vue de rassembler tous les numéros du mensuel « les Aventures de Pif le chien ». Dommage que je sois arrivé trop tard ! Je possédais quelques exemplaires dont celui-ci qui représente notre oncle Walrus bien attrapé par le pif - et par le Pif.

DDS 746 Pif 08 couverture

Je pourrais faire de longs billets pour vous narrer les gags qui me sont survenus quand j’ai essayé de reconstituer, de mon côté, depuis l’année dernière, la collection complète de ce périodique.

Las, ce n’est pas le sujet et de plus je suis pris par le temps car j’ai été invité, mercredi dernier, à un colloque musical – on n’en sort pas ! - qui a lieu ce vendredi soir à 17 h 45 à l’Opéra de Rennes. A l’invitation des Résonables, on se réunit pour constituer la chorale éphémère des Lutins en lutte en vue de chanter, un joli bonnet sur la tête, des chants de Noël anti-capitalistes et anti-consuméristes !

Je suis ravi de vous offrir, en avant-première, ma contribution à ce colloque bien décalé !

Si vous n’aimez pas l’humour noir, abstenez-vous d’écouter cette chose ! 

5 janvier 2024

Le Wapiti (Défi du samedi n° 801)

DDS 801 WapitiLe wapiti !

Voilà un animal qui fait ressortir de ses bois non pas le loup qui va manger le petit Chaperon rouge mais, bel et bien, le grand serpent de mer de la réforme simplificatrice de l’orthographe !

Il fait remonter aussi la blague sur la prononciation du w. Je ne me la rappelle plus très bien du reste et je ne la retrouve pas sur internet. C’est un gars à qui on demande :

- Dites-moi, en Belgique on dit un vagon ou un ouagon ?

- On dit un ouagon !

- Vous êtes sûr !

- Sûr et certain. Mais en même temps je ne suis pas belge ; je suis ici en ouacances.

En vacances ou en ouacances dans un vallon en Wallonie ?

A quoi bon en effet disposer d’un v et d’un w si le wagon de queue se prononce "vagon de queue" et le Wisigoth "Visigoth" ?

DDS 801 maquette-voiture-vw-coccinelle-jaune-132Est-ce là l’influence de nos voisins allemands ? Eux prononcent "Vourst" le mot die Wurst qui signifie la saucisse et appellent "Volkswagen" la voiture du peuple.

Chez eux du reste le v se prononce f ! Der Vater, das Volk et le mot wieviel (combien) se prononce "vifil".

Mais retraversons vite le Rhin et revenons au wapiti et à la réforme de l’orthographe.

Wa pourrait en effet être la graphie la plus simple pour transcrire le son que l’on entend dans "oiseau, ouah ouah, pédale wah wah, oie, noix, doigt, toit, mois et wapiti".

Une seule graphie pour un même son simplifierait grandement les choses pour tout le monde et nous ferait regagner quelques points au classement Pisa.

"Quand le chien abwa, on entend wa wa. Plus personne ne joue de la pédale wa wa. Au jeu de l’wa si tu tombes sur la case trente et un et dans le puits, fais gaffe, ne te nwa pas dans l’eau frwade ! Ouille ! J’ai kwincé mon dwa avec le frwi à coque dans le casse-nwa ! Que serais-je sans twa, twa, twa mon twa ? Vive le rwa ! Le rwa bwa ! Sauf le premier mwa de l’année vu qu’il respecte le dry january.".

Je m’arrête ici pour cette première proposition de "réform de l’ortograf".

La semaine prochaine nous nous demanderons s’il faut ou pas conserver le x dans notre alphabet. Cette lettre a le mérite en un seul signe de transcrire le son produit par la suite k+s mais a aussi l’inconvénient d’être prononcée parfois gz. Il vaut mieux peut-être écrire exactement "egzakteman", xylophone "ksilofone", accident "aksidan" – même s’il n’y a pas de x à part sur le panneau priorité à droite ! - et, par respect pour les dames qui n'aiment pas ça, ne plus parler ici de sèks. Laissons cela à Obéliks, de par Dieu !

De la même façon je n’ai pas encore tranché pour ma part sur la question de la graphie du son k. C, k ou qu ? Réfléchissez-y dès maintenant et souvenez-vous :

Wapiti à wapiti l’wazo fè son ni !

P.S. Je ne résiste pas au plaisir de réécouter avec vous ma chanson préférée du triple album « All things must pass » de Georges Harrison. Elle s’appelle « Isn’t it wapiti pity » ! 

30 juin 2023

Toudis in route ! (Le Défi du samedi n° 774)

Nous autres, par ici, au Défi du samedi, nous constituons, l’air de rien, une belle bande d’excentriques.

Lorsqu’il y a une bavure policière, par exemple, nous n’allons pas, pour protester, mettre le feu à une médiathèque.

Plutôt que d’aller répandre de la haine et des insultes sur le site de l’oiseau bleu, nous tâchons, chaque semaine, de poser les pièces d’un puzzle écrit qui constituent, l’air de rien, une œuvre littéraire.

Portrait chinois de Rimbaud

Comme on dit maintenant, « C’est pas n’importe qui qui fait ça ! ». Je me demande même quelquefois si cette excentricité ne confine pas au snobisme !

Mais je ne suis pas ici pour raconter ma vie ni la vôtre. C’est pourquoi j’ai choisi d’évoquer à nouveau, en chanson, le plus grand excentrique de la poésie française.

Voilà un garçon qui avait toutes les qualités pour entrer dans le moule de la société absolument moderne du XIXe siècle occidental et qui a préféré s’excentrer totalement pour faire toutes les conneries possibles aux quatre coins du monde. Si tant est que le monde a des coins.

Sacré Rimbaud ! On n’est vraiment pas sérieux quand on a dix-sept ans ! Et encore moins après !

 

6 janvier 2023

La Pêche au rouget de Jacques P.

1
DDS 749 sgt-pepper-album-cover1_0Allons, en sortant de l’école,
Enfants, danser la farandole !
A l’instar de la ribambellle
L’heure est à se faire la belle
Sur de jolis chemins buissonniers

Voyez-vous bien au quai de la gare
Ce train aux wagons colorés
Où joue un orchestre bizarre
Musiciens en tenues bariolées ?

Montons sur la plate-forme !
Mettons un souk énorme !
Dansons ! Dansons
Ronds d’Saint-Vincent
Et laridés huit ans !

(Euh...  je crois que ça s’écrit « huit temps »!)

2
Allons, en sortant de l’école,
Enfants, danser la farandole !
Faisons fi des garde-barrières !
Condamnons les faiseurs de guerres
A se tenir par l’auriculaire !

DDS 749 rouget_lisle_chantant_marseillaise (réduit) 3Comptez vos pas, tyranneaux grotesques !
Sautez, balancez en cadence 
Vos bras, vos allures simiesques
Et suivez le rythme de la danse !

Cessez votre bla-bla !
Dansez la lambada !
Soyez, grands fous,
A no(z)s festou
Bombardés de binious !

3
Allons, en sortant de l’école,
Enfants, danser la farandole !
Le train nous emmène à la plage
Ramasser de beaux coquillages
Et voguer vers les îles parfumées

DDS 749 SUB_SUB_009 drew _0Au Japon des trois mousquetaires
Par quatre descendons au jardin
Faisons le tour de l’Univers
Dans notre sous-marin jaune ou vert

Dansons dans le printemps !
Donnons-nous du bon temps !
Fest-deiz ! Fest-noz !
La vie en rose
Rien d’autre n’est important !

Poil au dents !

 

Cette vidéo n'est semble-t-il visible qu'en France. Pour les autres pays, essayez ce lien-ci :

https://vimeo.com/125800098

En sortant de l'école - collection PREVERT from Tant Mieux Prod on Vimeo.

2 février 2018

RÉCAPITULAYÉTIF (Joe Krapov)

Kikséti l’yéti ?

C’est-y le hobereau de l’ubac ?
Le roi des hypocondriaques ?
Un iatrophobe un peu braque ?
Un chasseur de doryphores
Buveur de Monbazillac ?

Un manieur de vilebrequin,
Un fêlé du bidouillage,
Un fabriquant de clepsydres
A la va comme je te pousse ?
Une fripouille de quarterback ?

Adrienne 2203273366

(image empruntée à Adrienne)

Y danse-t-i l’yéti ?

Y danse-t-i la lambada
Au son d’un vieux gramophone ?
Y fait-y le saltimbanque
Sur des rythmes de syncope
Balancés au saxophone ?
Y suit-y cure de jouvence
En écoutant du vieux rock
Avec des noctambules nazes
Qui cherchent un poil d’extase ?

Y mange-t-i l’yéti ?

C‘est y un jobastre qui
Hante les wagons-restaurants ?
Un goinfre qui se nourrit
De witloofs au kangourou,
De sauterelles xylophages
Et de nouilles au lipizzan
(Mon royaume pour un cheval !
Mon droit d’aînesse pour des lasagnes !)
En buvant du xérès d’antan ?

Ouksétikilé l’yéti ?

C’est y un thuriféraire
De très sainte-Ubiquité
Caché de manière fortiche
Dans le un vertical d’un poème acrostiche ?

Le vois-tu au téléscope
Ou dans ton kaléidoscope ?
Y’est-y gravé sur l’obélisque ?
Y’est-y tatoué sur l’odalisque ?
Caché dans les rhododendrons ?
Planqué derrière un paravent
Pour préparer des maléfices ?

Y s’chass’-t-i l’yéti ?

Yaka prendre quinze fusils
Ou bien quatre-vingts chasseurs
Ne pas craindre dans la nuit
De pister cette fripouille
Dans les montagnes des Pouilles
D’être taxé d’ostracisme
Envers les Himalayens…

- Tartarins, mes camarades !
Cessez vos rodomontades !
Ecoutez l’iconoclaste
Prompt aux procrastinations !

Ce yéti n’est rien qu’un mythe
Inventé après une cuite
Par un Bhoutan-train ironique
Pour le plus grand bonheur de nos zygomatiques

Rien ne glossaire de courir
Dans la neige, d’y souffrir,
D’y bleuir et d’y mourir !
Il vaut mieux choisir d’en rire !

DDS 492 107984875_o

6 juillet 2014

JOURNAL IN-DREAM-TIME D’UN KIOSQUIER JALOUX ?

Ma vie privée ne regarde que moi !

Passez votre chemin avec votre appareil photo, votre curiosité malsaine et votre prétendu détachement ! Vous êtes sans doute encore une de celles qui pissent de la copie à la tonne pour tous les lecteurs de journaux ! Une fouille-merde, oui !

 

MIC 2014 06 30 Kiosquier par Vivian Maier

 

 

Ma vie privée ne regarde que moi ! Je le sais bien que sans vous, je ne serais rien ! Et d’ailleurs je ne suis rien. Rien qu’un marchand de journaux, un kiosquier, un ouvrier anonyme, quasi-sédentaire, quelqu’un sur qui on ne pose même pas le regard. A qui on demande rapidement « Le Livarot », « le Livarot magazine », « Transes soir », »Le Mouroir du cyclisme », « Le Chiasseur français », « Le Panard déchaîné », « Points de vue et images de l’immonde », « L’Aberration », « L’inanité » ou « L’Inanité-dimanche ». Ah non, celui-là, ce sont les heureux qui comme Ulysse qui le vendent eux-mêmes le dimanche quand j’ai fermé ma boutique et que je vaque à mes occupations. Mais cela ne vous regarde pas.

 

Robert-Doisneau-Le-Peintre-du-Pont-des-Arts-1953-e-Un-Regard-Oblique-1948

 

 

C’est ma vie privée et elle ne regarde que moi. Et puis d’abord c’est quoi, cette nouvelle mode d’aller coller un Leica sous le nez des braves gens ? Les concierges, les bouchers, les agents, les prostituées ? De la photographie humaniste ? Parce que vous pensez que ce monde-là va disparaître et que vous cherchez à en conserver la beauté qui est toujours poignante parce qu’éphémère ? Mais je suis désolé, ma petite dame, il y en aura toujours des putes à l’entrée des hôtels de passe, des poinçonneurs aux Lilas, des gens qui fument dans les bistrots, des agents à pèlerine et bâton blanc, des petits épiciers, des librairies et des disquaires ! Comment vous le voyez, le monde de demain ? Chacun derrière un écran, qui ne sort plus de chez lui, se fait livrer des pizzas, commande tout par téléphone, ne lit plus, passe ses journées à regarder la télé, échange avec des machines grâce à des machines, est surveillé par des machines ? Mais vous rêvez éveillée, ma petite dame ! Ou vous lisez trop de science-fiction !

En quoi ma vie privée vous concerne-t-elle ? Vous croyez que je suis un serial killer ? Vous travaillez pour la police ? Vous êtes sociologue ? J’ai bien le droit, une fois les volets baissés, une fois les quotidiens repartis, d'aller m’envoyer en l’air avec qui je veux, non ? La mère Michel qui a perdu son chat, la fleuriste du coin de la rue, la boulangère qui a des écus, même si celle-ci a un mari, mon dieu quel homme, quel petit homme ? Se pourrait-il… ? Travaillez-vous pour celui-ci ? Détective privée ?

Peu importe ! Ma vie privée ne regarde que moi. Et d’ailleurs c’est bien simple. Si un jour ma vie privée regarde quelqu’un d’autre, je l’étrangle, je lui tords le cou à ma vie privée et j’en étale des bribes au grand jour. Un morceau chaque jour. Il y a des gens que ça intéressera, j’en suis sûr. C’est que je n’aime pas les infidèles, moi, Madame ! Et tant pis si ce meurtre-là s’étale à la une des journaux ! Ou pas !

 

14 août 2014

FERME TA BOÎTE ! (Joe Krapov)

Sur la petite place de ce petit village il n’y avait personne. Et pourtant je n’avais pas rêvé. Une petite voix m’avait interpellé et elle continuait de me parler.

Boîte aux lettres MAP DDS 311

- … Et c’est vrai que maintenant il n’y a plus besoin d’entrer dans une cabine téléphonique pour appeler du dehors le 22 à Asnières ? C’est ça que ça veut dire tous ces gens qui se promènent en se tenant l’oreille droite et qui causent tout fort dans la rue comme des débiles sans plus rien regarder autour d’eux ? Au début j’avais cru à une recrudescence d’idiotisme de village cumulée avec une épidémie d’oreillons ! Et les courriels, c’est quoi exactement ? Vous tapez un message sur votre clavier, vous tapez « envoi » et il arrive instantanément dans la boîte de votre destinataire ? On est en pleine science-fiction, là ! Comment ça fonctionne ? C’est un facteur factice sur un vélo virtuel qui pédale pour faire passer le pli dans les tuyaux ? Vous n’écrivez vraiment plus sur du papier ? On m’a même dit qu’aux Etats-Unis ils allaient arrêter d’apprendre aux mômes à écrire avec un stylo ! Vous vous rendez compte ? Qu’est-ce qu’on va devenir, nous ? Des pièces de musée ? Déjà qu’il n’y a plus qu’une levée par jour ! Et vous, vous écrivez encore ? Vous avez envoyé des cartes postales cet été ?".

C’était bien de la boîte aux lettres archaïque que la voix sortait. C’était bien la boîte elle-même qui me questionnait. Je n’ai pas eu le cœur de lui parler de Skype, de Facebook, de Twitter, des SMS ni de la blogosphère où je suis très actif.

Et puis j’ai paniqué. Jeanne d’Arc aussi a commencé par entendre des voix et puis après son destin a basculé tragiquement parce qu’elle est allée bûcher dans un autre domaine que le sien. Alors j’ai eu pitié de la boîte aux lettres jaune et verte et j’ai fait un truc idiot. Dans la fente réservée aux lettres et aux cartes j’ai glissé mon baladeur MP3. Si elle farfouille un peu dedans elle y trouvera, avec les petites merveilles d’Emmylou Harris ou de Cécile Corbel, la carte postale virtuelle et sonore de mes vacances à A…
 

1 novembre 2017

CHEVAUX DE RETOUR

- Dans «lipizzan » il y a « pizza » !
- Dans «lipizzan » il y a « pizza » !
- Dans «lipizzan » il y a « pizza » !
- Y’a « pizza », rappelle-toi !
- Y’a « pizza », rappelle-toi Balavoine !
- Bats l’avoine !
- Bats l’avoine et fais l’âne pour avoir du son !
- Du gros son ! Comme Crazy Horse ! Le groupe de Neil Young !

Tous les vilains petits poulains du haras ne cessaient de moquer le cheval étranger. Lui ne comprenait pas l’ostracisme de ces jobastres et le hobereau se souciait de ce qui se passait dans les écuries comme de son premier kaléidoscope ! Il n’était pas du genre à murmurer à l’oreille des chevaux.

« Il advint que lassé d’être en butte aux lazzis », comme le chante Georges Brassens, le lipizzan admit qu’il devait disparaître.

C’était compter sans le général Patton !

Mais ceci est une autre histoire. Elle est ici. Je n’ai pas le temps de vous la raconter car, contournant l’obstacle, je saute sur mon propre lipizzan et pars au galop ce mercredi chercher d’autres trésors en Trégor.

Jouez bien aux petits chevaux sans moi !

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13 juillet 2023

Pas encore tout à fait amnésique. 2, Les Mascarons de Beaumarchais (Défi du samedi n° 776)

DSC_0082Les Mascarons de Beaumarchais ! Je ne sais pas qui l'a inventé ce jeu de mots stupide mais il ne me fait pas rire. Il faut dire aussi qu'en matière de farce théâtrale, nous autres, les mascaranaons, on nous a joué un sacré tour de cochon !

Autant que vous en soyez averti(e)s : le paradis est un club privé ; n'y entre pas qui veut. Il y a une sacrée crise du logement, faut croire, chez les anges sans quéquette ! Et le restaurant-grill du père Lucifer, lui aussi, refuse du monde.

Alors ces Messieurs ont trouvé la solution : ils nous ont condamnés à l'immortalité et, partant, à l'immobilité. Dès lors que nous avons une représentation sur terre, photographie, sculpture, tableaux, nos âmes s'y retrouvent attachées à jamais et nous devenons des anaons. Voilà pourquoi certaines peuplades primitives ont toujours refusé de se laisser photographier. Le repos éternel est certainement plus doux dans les prairies sacrées du grand Wakonda que dans une boîte de clichés pris par Hugues Krafft, gastronome-voyageur rémois dont il faut visiter le musée Le Vergeur, place du Forum à Reims. On ne peut guère faire autrement vu que tous les autres établissements culturels de la ville sont fermés ou emballés pour travaux de réfection. C'est mon "hôte" qui m'a dit ça.

Je peux avoir l’air de me plaindre comme ça au nom d'un collectif de mascaronistes mécontents mais en fait, nous, ici, à La Flèche, ville du Sud de la Sarthe où siègent un prytanée militaire et l'imprimerie Brodart et Taupin, qui réalisa longtemps les fameux livres de poche, nous les mascarons de pierre, nous sommes depuis trente ans d'horribles privilégiés.

Depuis trente années maintenant on nous a affranchis. Libérés de la condamnation à notre purgatoire ! Mais pour deux jours dans l’année seulement. Ce n'est certes pas beaucoup mais c'est la rareté qui fait le prix des choses, pas vrai ?

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Deux jours dans l’année, en juillet, quand a lieu le festival de théâtre de rue des Affranchis, nous redevenons vivants. De la même façon que les tiques se laissent tomber de l'arbre et pénètrent la peau d'un animal à sang chaud, pansu ou non, nos âmes se glissent dans les corps de touristes en goguette qui viennent festoyer sur la place Henri IV, à l'îlot aux moutons, dans la cour de l'école Descartes ou dans celle de l’école Pape-Carpentier, à l'hôtel Huger ou au parc des Carmes. Cette année dans le corps de mon nouvel hôte, j'ai encore découvert plein de nouveaux spectacles très amusants. J’ai aimé surtout Jacqueline et Marcel qui ont fait le pari de nous lire les 175 lettres des "Liaisons dangereuses" de Choderlos de Laclos. En vérité, la lecture ne commence pour ainsi dire jamais tant les comédiens ont pondu de préambule digressifs et de dialogues drôles avec les otages du public pour se faire offrir bière ou vin blanc – ils y parviennent ! - ou pour le draguer effrontément, Jacqueline avouant qu’elle occupe la Chambre 7 de l'hôtel Henri IV pour ceux que ça intéresserait.

Le lendemain pour le spectacle musical de Jean-Luc Lagarce, par les mêmes, elle a annoncé qu’elle ne portait pas de culotte ! Elle nous a raconté ses démêlés avec les régisseurs de divers théâtres en vue d’obtenir un tabouret sur lequel elle puisse pivoter. Et là c’est Marcel – quel prénom, vraiment ! - qui est allé draguer un bonhomme dans le public ! Vous comprenez maintenant pourquoi ce festival s’appelle les Affranchis ? Cette introduction du graveleux et du trivial dans l'interprétation de pièces littéraires, quelle joie collective cela procure !
- Jean-Luc Lagarce est le dramaturge français le plus joué en France, fait remarquer Marcel.
Mais il n'y avait qu'une quinzaine de personnes ce soir-là à avouer le connaître.
- Tu vois, Jacqueline, nous sommes plus connus que Jean-Luc Lagarce maintenant !
Le fait est et ils le valent bien.

Il faisait très chaud le samedi. Mon hote et sa compagne sont allés boire une bière au café “L’Entracte”. 363 jours que je n'avais pas éprouvé cette sensation de désaltération ! Un mascaron, ça reçoit l'eau du ciel sur la gueule quand il pleut, le soleil dans les yeux quand il daigne briller et quelquefois hélas aussi le guano des oiseaux s’ils viennent à nicher dans un recoin du toit par-dessus le pignon où nous sommes sculptés.

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Mon couple de touristes rennais a éprouvé ensuite beaucoup d’émotion dans ses retrouvailles avec Madame Raymonde, une chanteuse de la Compagnie du Tapis Franc. C’est elle, avec Philippe Bilheur, Geneviève Delanné et plein d’autres gens dont elle a cité les noms qui a créé le festival il y a trente ans et en est devenue la mascotte. Ce samedi lis ont chanté “La Java” “Les Amis de monsieur”, “Le Pinard (c’est de la vinasse)”, du Bernard Dimey et une chanson que Jean Ferrat a écrite pour Zizi Jeanmaire et qui fait un peu pendant à “Ma môme”.

Sur le coup de 19 heures mes touristes sont allés manger des chinoiseries au parc des Carmes mais il y avait trop de monde à faire la queue pour des bières alors ils sont revenus dans ce même troquet de la place Henri IV et lui a bu, plutôt qu’une Grimbergen, une Pelforth alors qu’elle à choisi une Blanche hermine à la place d’un Perrier rondelle.

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Après, tout s’est mélangé pour moi. Plus l’habitude de boire, trop de kilomètres sans avoir mis le podomètre, le souvenir d’avoir trop ri à "Zaï Zaï Zaï", très drôle, de Fabcaro, d’avoir apprécié l’acrobate muet qui fait monter son mât de cocagne par le public, d’avoir boudé une pièce-concert de rap anti-boomers, d’avoir vu le montage et l’envol d’une montgolfière déjantée - parce que belge peut-être ? – au stade Montréal.

Et si la tête ne m’avait pas tourné autant j'aurais pu enregistrer la scène de ménage des voisins au camping. Où c'est la femme qui est rentrée complètement saoule toquer à la porte du camping-car à 01h30 du matin. Mam Goudig à l'envers !

DSC_0337Maintenant, il faut que je vous raconte l’essentiel, mon choc émotionnel à moi que ça me concerne personnellement. Le dimanche à midi, mon couple de Rennais s'est retrouvé au restaurant “L’Etoile du Maroc” avec des blogamis. J'ignore ce que signifie ce terme mais j'ai appris que Joe, c'est le prénom de mon hôte et le docteur Z avaient autrefois l'habitude de se lancer des défis d'écriture le samedi ou quelque chose comme ça.

J'ai écouté d'une oreille distraite les récits de voyages et les projets de publication d'archives familiales du docteur parce que l'autre, j’étais tout occupé de la conversation entre Marina B. et la belle Gabrielle, la compagne du docteur.

Outre que son élégance et sa beauté relâchée en séduiraient plus d'un, cette jolie dame s'est lancée dans un cours d'histoire des croisades puis a parlé de ses cultures de plantes exotiques. Les dames d'aujourd'hui ont toutes les pouces verts, semble-t-il. Et puis elle a parlé du jeu d'échecs auquel elle joue régulièrement.

Et à un moment, elle a lâché LE morceau : il existerait selon elle une chatière à la porte du paradis ! Et là, malgré l'effet du kir à la mûre que j'avais pris en apéritif, malgré l'enchaînement des verres de Boulaouane par-dessus le couscous Merguez, j'ai compris que nous étions bel et bien quatre anaons autour du thé à la menthe clôturant le repas annuel des blogamis.

Alors évidemment, nous l'avons interrogée, la belle Gabrielle. D’après elle, ça se passerait à l'heure où nous quittons les dépouilles vivantes de nos hôtes. Il suffirait de se remémorer puis de réciter la suite des coups gagnants de la variante avec 4. e3 du Contre-gambit Albin pour nous retrouver avec juste nos têtes de mascarons devant la chatière. Et là, comme un vulgaire matou domestique, il n’y aurait plus qu’à rouler pour entrer discrètement dans le domaine de Saint Pierre.

Sur mon programme du festival j'ai noté la suite de coups magique. Je me la suis répétée tout l'après-midi en regardant d'autres spectacles dont une excellente version de “L’Ours” de Tchekhov, du cirque et deux fanfares spectaculaires.

Et le soir au camping, au moment de quitter les deux pseudo-intellos rennais, j'ai commencé la litanie des coups. Mais les voisins du camping-car d'à côté ont fait à nouveau un barouf d'enfer : elle a mis du rap à fond en cuisinant des courgettes. Le mec, un ex-taulard sans doute, a téléphoné à quelqu'un pour lui raconter sa dernière entrevue avec les flics.

Résultat, j'ai raté la chatière ! La preuve : je suis de retour avec mes huit potes sur le mur latéral de l'Église de La Flèche.

Et en apercevant mon reflet dans la vitre d'en face, je peux bien vous le dire : j'ai une sacrée gueule de bois ! C’en est au point que je me demande si je n'ai pas rêvé tout cela !

20 août 2021

Les Étranges rêves de Marcel P. Chapitre 10, Centon vénitien

VeniseA Venise, ville exquise, j’arrivai pour le carnaval, accompagné de mon ami Reynaldo H., de MAMAN et du livre de John Ruskin, «Pierres de Venise» dont j’espérais bien qu’il me servirait de guide touristique dans la cité des doges puisque Gaston Gallimard n’avait pas encore lancé les beaux objets bibliophiliques de sa collection «Découverte».

Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître puisque c’était en 1900, une année un peu folle où Bruxelles Bruxellait, où Venise Venisait et où le carnaval promettait d’être plus joyeux encore qu’à l’habitude car le tournant du siècle ne s’était pas accompagné de la fin du monde prédite par un grand couturier de Paris qui donc continuait de Pariser tandis que dans son coin Buda pestait… presque autant que moi.

vittore-carpaccio-arrivee-des-ambassadeurs-venise- T’as voulu voir Venise et on a vu Venise ! me reprocha MAMAN toute l’année qui suivit ce voyage mais c’était bien à tort qu’elle s’en prenait à moi qui ne m’intéressais alors qu’à ce joli manteau sur le tableau de Carpaccio à la galerie de l’Accademia et qui n’avais même pas voulu l’accompagner à ce bal masqué sur la place Saint-Marc d’où elle et Reynaldo avaient ramené la petite fille, adorable au demeurant, dont ils avaient hérité là-bas.

Au bal masqué ohé ohé, il s’était déroulé un incident regrettable, une farandole tragique. L’Arlequin qui menait la sarabande avait enlevé, par jeu, à une famille française leur petite fille déguisée de la même façon que lui et l’avait intégrée à la chaîne humaine des danseurs allumés qui tournaient autour du campanile puis partaient vers la tour de l’horloge et c’était tout juste s’ils n’entraient pas dans la basilique pour profaner de leur transe vivaldienne le sol de mosaïque – heureusement, le bâtiment religieux avait été fermé – mais au moment où la musique s’est arrêtée Arlequin dans sa boutique chanstiquée a rendu la petite fille… à MAMAN !


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- Laisse les gondoles à Venise ! La prochaine fois on ira voir le printemps sur la Tamise ou te chercher une promise à Vesoul ou Vierzon… ou Aurillac !

Ce fut là le leitmotiv de toute l’année 1900 car MAMAN m’en voulait énormément de cette mésaventure : on n’avait jamais retrouvé les parents de la gamine qui disait se prénommer Céleste «mais je sais pas mon nom de famille sauf que papa s’appelle Ginette et qu’on habite à Aurillac» et les carabinieri qui étaient tout sauf polyglottes haussaient les épaules, écartaient les bras et les laissaient retomber pour bien signifier qu’ils ne pouvaient rien faire de plus et que le mieux était de voir avec le consulat de France : «Franchement, depuis 1515 et même avant, vous ne faites rien qu’à nous embêter, vous, les Francese, que si ça continue vous allez nous rendre Venise invivable à force d’y venir si nombreux vous livrer à vos fredaines homosexuelles comme ce Georgio Sand et cet Alfred de Musset qui ont fait tant de scandale à l’hôtel Danieli…» mais on n’a pas entendu la suite de la diatribe parce que MAMAN excédée a fichu un coup de parapluie sur la tête du brigadier Tarchinini, ce qui n’avait en rien amélioré le climat – climax ? - de la discussion qui avait fini au poste et tout s’était terminé par un retour à quatre à Paris puisque on ne pouvait pas, décemment, laisser à la rue, dans une ville étrangère, notre jeune compatriote au si mignon minois.

***

- Tu me fais tourner la tête ! Mon manège à moi, c’est toi ! Je suis toujours à la fête quand je te prends dans mes bras ! ». Voilà comment je lui déclarais mon amour à Céleste ! Pendant cette année de ma vie au cours de laquelle j’ai fêté mes vingt-neuf ans, j’ai eu une petite sœur de neuf ans, une petite fille, une petite mère et c’est sans doute de cette gamine anodine qui apporta tant de bonheur dans mon existence que MAMAN est tombée gravement, maladivement et méchamment jalouse.

- Je suis malade ! Complètement malade de ce que nous coûte cette peste ! se plaignait-elle à tout bout de champ. Déjà ce voyage d’une semaine à Aurillac où elle dit qu’elle habite mais où personne ne l’a jamais vue et où elle-même ne reconnaît rien et maintenant ces bouquins de la Comtesse de Ségur, ces robes, ces tabliers de bonniche qu’on lui achète pour qu’elle aide en cuisine et serve à table mais va te faire lanlère, avec la gangrène socialiste qui s’annonce bientôt on ne pourra même plus faire travailler des enfants de cinq ans dans les mines ! Pourquoi pas leur offrir des congés payés tant qu’on y est ?

***

Aujourd’hui MAMAN est morte. MAMAN est morte de rire ! Nous somme le 24 janvier 1901. Elle a dit à papa qu’elle avait eu l’idée du siècle et qu’elle s’absenterait quelques jours en février mais que Céleste et Félicie aussi s’occuperaient de la maison en son absence. Papa a à peine levé les yeux de son journal et fait « Moui, si tu veux ». Moi je n’ai rien vu venir.

***

Que c’est triste Venise au temps des amours mortes ! De quelles trahisons ne sont-elles pas capables puis coupables, les femmes et les mères ? Rétrospectivement je crois que j’ai eu raison, lorsque j’avais vingt ans, de lui casser son beau vase de Sèvres le jour où elle m’a acheté des gants gris à la place des gants beurre frais que je lui avais demandés et où, après avoir pleuré et encaissé sa très déplaisante réflexion, j’étais quand même allé voir cette actrice de théâtre très ouverte dans l’espoir qu’elle me dépucèle et où j’étais tombé sur des huissiers en train d’emporter les meubles de son appartement, excusez-moi si je ne suis pas très clair mais je le sais aussi bien que vous qu’un jour mon amour des longues phrases me perdra et d’ailleurs, c’est fait, je suis perdu, trahi, blessé jusques au fond du cœur d’une atteinte imprévue aussi bien que mortelle : MAMAN est retournée à «Veueueunise», comme elle dit maintenant avec ironie, en emmenant Céleste avec le costume d’Arlequin qu’elle portait quand on l’a trouvée-recueillie-adoptée.

***

ob_d04a15_par-tullio-pericoli- Derrière chez moi, savez-vous quoi qu’y gn’a ? chantait le campanile sur un air de tarentelle. Il y a la place Saint-Marc, le corso, le carnaval, la farandole et… Arlequin qui, toujours aussi con voire peut-être encore plus que l’année précédente, emmène la petite Céleste dans la ronde folle tandis que MAMAN, contente de son coup, s’éclipse comme la Lune, hilare, soulagée et ayant même peut-être la conscience tranquille en pensant que la famille de Céleste sera peut-être revenue ici elle aussi dans l’espoir de retrouver sa progéniture ou dans l’idée d’un pèlerinage annuel pour faire son deuil mais peut-on effacer tous ces temps de bonheurs perdus ? L’écriture permet-elle de les retrouver vraiment ? MAMAN s’en fout, MAMAN revient retrouver son FIFILS à elle toute seule mais quelque chose est cassé chez FIFILS qui n’aime plus sa vilaine MAMAN.

***

Ce 20 mars 1913 à quinze heures, dès que Marcel P. se réveille et sort de ce cauchemar-là, une fois ingurgités son café noyé de lait chaud et son croissant, il décroche le téléphone et, comme il l’avait noté sur un des cartons à fumigation ce matin en se couchant, il appelle Odilon A., son chauffeur attitré à la compagnie de taxis Gessette-Koulé, pour le cuisiner. Le jeune homme lui a annoncé récemment son indisponibilité à venir pour cause de mariage : il s’en retourne dans la province pour épouser une jeune fille qu’il a connue en Lozère. Marcel a besoin de détails car il souhaite lui envoyer, le jour des noces, un télégramme de félicitations.

- Allô, écoute ! Pardon, écoutez ! Odilon, c’est Monsieur P. Est-ce que vous pouvez me dire où aura lieu la cérémonie de votre mariage le 27 mars prochain ?

- Bien sûr Monsieur Marcel ! Pas de problème ! C’est à Auxillac !

- Aurillac ?

- Non, Auxillac avec un x. C’est en Lozère. Aurillac c’est dans le Cantal.

- Et, dites-moi, Odilon… Serait-ce indiscret de vous demander le prénom de l’heureuse élue.

- Je n’ai pas de secrets pour vous, Monsieur P. Elle s’appelle Céleste. Céleste Gineste.

Bon sang, mais c’est bien sûr ! Marcel se souvient, d’un coup, de la phrase qui le faisait tant rire il y a douze ans : « Mon papa s’appelle Ginette ».

- Monsieur P. ? Vous êtes encore là ?

Odilon entend le déclic de l’appareil qu’on raccroche et il a l’impression bizarre que… le téléphone pleure !

Mais c’est peut-être de bonheur ?
 

18 mars 2022

99 dragons : exercices de style. 70, Problèmes de maths (Défi du samedi n° 707)

C’est certain, je n’ai pas fait l’X. Mais je suis quand même capable, à défaut de les résoudre, de poser certains problèmes. A mon entourage, déjà, qui se demande si je ne suis pas devenu complètement fou avec les 99 dragons qui tournent dans ma tête !

***

Dragon Adrienne 02

 

Monsieur Youstin Al-Brih-Dou, éleveur de moutons libyen, possède un cheptel de 62 animaux (A). Un dragon mal élevé et bâfreur sans scrupules, prénommé Coutainville, débarque un jour dans sa prairie et entreprend de lui bouffer une brebis le midi et une brebis le soir (B=2). Dites au bout de combien de jour le troupeau aura été réduit à zéro.

X=A/B

La Réponse est : 31

(cliquez sur les deux points, laissez enfoncé, et faites glisser la souris vers la droite pour avoir la réponse)

***

Par bonheur Monsieur Youstin Al-Brih-Dou est plutôt du genre réactif. Il décide d’aller porter plainte à la gendarmerie locale. « On ne me tondra pas comme ça la laine sur le dos ! » peste-t-il en avançant sur la route de Janzour à Tripoli.

La distance de Janzour à Tripoli est de 24, 2 kilomètres (A) ;
La monture de Youstin est un vieux bourricot qui fait du 3,630 km/h (B) ;
Combien de temps durera le voyage jusqu’à la gendarmerie si Youstin et son âne ne font qu’un arrêt de 20 minutes (C) à l’auberge de Nasr Eddin Hodja histoire de boire un coup parce qu’il fait drôlement soif dans ce désert médical ?

X=(A/B) + C

La réponse est : 7 heures

***

Arrivé au terme de son voyage Youstin Al-Brih-Dou frappe donc à la porte de la gendarmerie avec son bâton de berger. Le brigadier Tarq Win Inh Yi écoute ses doléances, interrompt ses employés dans leur divine sieste et propose à ses militaires d’aller occire le nommé Coutainville, dragon cracheur de feu de son état, qui fait du grabuge chez le sieur Al-Brih Dou ici présent.

L’effectif de la brigade est de 24 gendarmes(A).

1/4 de l’effectif se découvre soudainement des convictions antimilitaristes et pacifistes et présente sa démission ;
1/3 de l’effectif se fait immédiatement porter pâle et file à l’infirmerie ;
1/6 de l’effectif choisit la neutralité et demande l’asile politique à la Suisse ;
1/12 de l’effectif fait dans son froc, dit qu’il va changer de pantalon et déserte ;
1/8 de l’effectif dit ne pas pouvoir y aller parce qu’il a piscine ce jour-là.

Combien le brigadier Tarq Win Inh Yi peut-il envoyer d’hommes pour débarrasser le pays de ce
fléau ?


X= A – (A/4 + A/3 + A/6 + A/12 + A/8)

La réponse est : 1

***

Le soldat qui n’a rien répondu est en fait un stagiaire sourd et muet. On lui écrit sur un bout de papier qu’« il peut devenir un héros national en allant abattre un chien enragé qui course des moutons dans un pré. Cours-y vite, il va filer !». Touché par ce tant d’honneur-bonheur imprévu (aussi bien que mortel!) il fait une crise cardiaque et décède sur le champ.

L’histoire pourrait s’arrêter ici. Or il se trouve qu’un cavalier surgi hors de la nuit, courant vers l’aventure au galop sur un cheval infatigable, un nommé Georges Da Lydda, surnommé Itsy Bitsi par les militaires de la 1ère légion, 3e cohorte, 2e manipule, 1ère centurie dont il venait juste de claquer la porte en raison de divergences religieuses, demandait justement, du côté de Fam Molga, son chemin à une bergère qui gardait ses moutons. C’est à ses côtés qu’il entendit une voix divine qui lui intima, du haut du Ciel, de se rendre à la brigade de gendarmerie de Tripoli.

La distance de Domrémy Fam Molga à Tripoli est de 63, 6 kms (A) ;
La vitesse du cheval – ai je dit qu’il s’appelait Océdar ? - au galop est de 21 km/h (B) ;

Dites à quelle heure il doit quitter la bergère - qu’il avait entrepris de lutiner un chouïa malgré ses côtés masculins et sa coiffure bizarre - s’il veut arriver à 16 h 36 (C) pile chez le brigadier Tarq Win Inh Yi

Y=A/B
X=C-Y

Y= 3h 01 mn 42 s.
La réponse est : 13 h 34 mn 18 s.

***

Dragon envoyé par Adrienne 2022-02-05 (1) réduitIsy Bitsi, missus dominici, négocie avec le roi de Libye Pti Bik Inh Yi, un parent éloigné du brigadier cité plus haut.

- Si je te débarrasse du dragon, je demande en échange une chose très simple. Pendant les deux mois et les trois jours qui vont suivre (Y= 31+30+3 soit 64 jours) je convertirai à la foi chrétienne en la baptisant une personne de ton peuple. Le jour suivant je doublerai ce nombre. Je le doublerai encore le troisième jour. Et ainsi de suite pendant la période indiquée.

- Tope-là, répond le roi, j’aime les affaires carrées.

Le roi ne subodore pas qu’il y a un piège.

Calculer la valeur de 1 puissance 64.

La réponse est : 9 223 372 036 854 780 000. Vous ne trouvez pas qu’on est un peu serrés dans cette rame de métro ?

***

Le dragon Coutainville a décidé de manger non plus des brebis mais des jeunes filles. Le tirage au sort a désigné aujourd’hui mademoiselle Djamila Leup Riheur. Personne ne proteste contre ce féminicide parce que cette jeune fille est une impertinente qui pose beaucoup trop de questions, une chose très mal vue à l’époque. En même temps, comme on l’a vu dans le problème n° 3 (la gendarmerie) personne n’est en mesure de faire une grosse tête au dragon.

Djamila Leup Riheur, une fois allégée du poids de ses vêtements, pèse 55 kilogrammes (A). Son squelette, que le dragon Coutainville ne consommera pas – il n’aime pas tomber sur un os - , représente 15 % du poids du corps (B).
100 grammes de viande de jeune libyenne représentent 334 calories (Z).

Y=A-(A*15/100)
X=Y*100*Z

Dites combien Coutainville aura absorbé de calories une fois qu’il aura englouti le dernier bout de bidoche de la questionneuse obstinée.

La réponse est : 156 145 calories. Il ferait bien de faire un peu plus d’exercice s’il ne veut pas que son médecin le mette au régime sec un de ces quatre !

***

Une fois que Georges Itsy Bitsi Da Lydda est venu à bout du dragon, il a eu la surprise de voir celui-ci se transformer en une rose blanche de Corfou.

Le dragon pesait 6 tonnes 5 (A)au moment de son trépas.
La rose pèse 20 grammes (B).

Calculer le pourcentage de poids que le régime Saint-Georges fait perdre lorsqu’il est rigoureusement suivi :

X=100-(B/A)*

La réponse est : beaucoup. En fait, un peu arrondi, c’est 99,999969 %

***

Une bouteille de vodka polonaise pèse 1,081 kilo (A).
Vladimir Poutine est un dragon contemporain qui envahit les champs de blé de son voisin et sème une terreur bien plus grande encore que la peur engendrée jadis par le dragon Coutainville.

Si un même phénomène de transformation après décès pouvait avoir pour effet que Poutine soit transformé en une bouteille de vodka polonaise pleine, calculez son poids effectif.

X=(A/100)*99,999969

La réponse est donc : 35 211 726, 384 tonnes

Vous comprenez mieux maintenant pourquoi, au moment de le combattre,

1/4 d’entre nous se découvre soudainement des convictions antimilitaristes et pacifistes et présente sa démission ;
1/3 d’entre nous se fait immédiatement porter pâle et file à l’infirmerie ;
1/6 d’entre nous choisit la neutralité et demande l’asile politique à la Suisse ;
1/12 d’entre nous fait dans son froc, dit qu’il va changer de pantalon et déserte ;
1/8 d’entre nous dit ne pas pouvoir y aller parce qu’il a piscine ce jour-là.

N.B. Les deux dragons nous ont été très aimablement prêtés par Dame Adrienne.

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