Bien souvent je me dis que tout cela a un sens. On ne peut décemment pas, semaine après semaine, proposer à la réflexion d’autrui un mot de la langue française et récolter sur un site appelé « Le Défi du samedi » les définitions farfelues que rédigent des gens des quatre coins de l’hexagone, du fin fond du royaume d’Iowa ou des hauteurs incommensurables de l’Olympe belge, sans qu’il y ait de concertation entre eux ni de synthèse finale pour inscription dans le marbre d’un dictionnaire académique, et n’avoir pas en vue un objectif, caché aux autres participants, peut-être inatteignable mais forcément antiproustien comme ne le laisse pas supposer cette phrase à rallonges dans laquelle je me suis à nouveau embarqué (comment vraiment, je peux m’arrêter ici ? Ah oui, ça tient debout à la relecture même si j’aurais mieux fait d’écrire « sans avoir en vue » mais ça faisait une répétition pas claire).
Non, c’est vrai. Ça cache forcément quelque chose. Il y a anguille sous roche, entourloupette ou vieille magouille de derrière les fagots si pas complète arnaque.
Et voyez-vous, cette semaine, en listant les sujets sur lesquels nous avons planché ces quatre dernières années, j’ai trouvé !
Ça m’est venu en constatant la présence dans la liste des mots « bachi-bouzouk », « ectoplasme », « rastaquouère » et « sagouin » clairement désignés parfois comme éléments de langage du capitaine Haddock (Archibald pour les dames).
Les mots sur lesquels nous planchons sont des insultes ad hoc pour ce projet à long terme de notre oncle préféré : scénariser, dès que l’oeuvre d’Hergé sera tombée dans le domaine public, à partir de nos élucubrations hebdomadaires, de nouvelles aventures de Tintin et Milou.
Vous me direz certes, comme le personnage de Fernand Raynaud avec son fût du canon, qu’il va se passer un certain temps avant que les éditions M**lins*rt ne lâchent leur emprise sur la machine à cash. Mais ce serait oublier que l’oncle Walrus et moi-même faisons partie de la même famille aux caractéristiques très spéciales : nous sommes immortels. De plus « Patience et longueur de temps font plus que force et que rage » est la devise des chauffeurs de taxi bruxellois dont notre éditeur-entourloupetteur est le maître incontesté.
Des preuves de ce que j’avance ? Tout de suite, avec ce document tombé de sa poche alors qu’il promenait son chien qui est une chienne et que m’a transmis un voisin ramasseur de détritus (!) rencontré sur son trajet dans le domaine des Trois fontaines :
On n’imagine pas la quantité de temps précieux que l’oncle Walrus me fait perdre avec son dictionnaire de mots tordus ! Est-il bien conscient des lectures abominables auxquelles la volonté de comprendre « de quoi-t-est-ce qu’il cause encore » nous conduit les un·e·s et les autres ?
Une chose est sûre : ce n’est pas la page dédiée par Madame Wikipe à ce vocable étrange, "asymptote", qui va me réconcilier avec les mathématiques !
Et maintenant, si, en retour, j’applique ce vocabulaire à une trame bien connue de la maison, est ce que ça rend l’un ou l’autre des deux textes mélangés plus lisible ?
« Longtemps, je me suis courbé de bonne heure. Parfois, à peine mon hyperbole éteinte, mes yeux se fermaient si vite que je n’avais pas le temps de me dire : « Je m’envole. » Et, une demi-heure après, la pensée qu’il était temps de chercher l’infinitésimal m’éveillait ; je voulais poser le paramètre que je croyais avoir encore dans les mains et souffler ma lumière ; je n’avais pas cessé en dormant de faire des réflexions sur ce que je venais de lire, mais ces réflexions avaient pris un tour un peu particulier ; il me semblait que j’étais moi-même ce dont parlait l’ouvrage : une asymptote, un infini, la branche parabolique de François Ier et de Charles Quint. Cette croyance survivait pendant quelques secondes à mon réveil ; elle ne choquait pas ma tangente mais pesait comme des équations sur mes yeux et les empêchait de se rendre compte que le trident n’était plus allumé. Puis elle commençait à me devenir inintelligible, comme après la métempsycose les pensées d’une existence antérieure ; le sujet du livre se détachait de moi, j’étais libre de m’y appliquer ou non ; aussitôt je recouvrais la vue et j’étais bien étonné de trouver autour de moi une droite d’équation x=a, douce et reposante pour mes yeux, mais peut-être plus encore pour mon esprit, à qui elle apparaissait comme une chose sans cause, incompréhensible, comme une chose vraiment obscure. Je me demandais quelle heure il pouvait être ; j’entendais le sifflement des nombres qui, plus ou moins éloigné, comme le chant d’un oiseau dans une forêt, relevant les distances, me décrivait l’étendue de la campagne déserte où le voyageur se hâte vers la fonction f prochaine ; et le petit chemin qu’il suit va être gravé dans son souvenir par l’excitation qu’il doit à des courbes représentatives de la fonction inverse, à des actes asymptotiques, à la causerie récente et aux adieux sous la parallèle étrangère qui le suivent encore dans le silence de la nuit, à la douceur prochaine du retour de y(t) – ax(t). Par mesure de précaution j’entourais complètement ma tête de mon oreiller avant de retourner dans le monde des spirales logarithmiques ».
On ne sait pas mais au moins, j’ai rendu la monnaie de la pièce en forçant mon oncle préféré à relire cet abscons de Marcel ! Un partout, la balle au centre !
La voilà qui solfie par-dessus ses folioles sur le sol de son île et, telle Lorie, chante :
« Eros, en qui j’ai foi, qui imposes ta loi même aux rois, qui fais de l’homme un serf et de la fille un feu suspendu à ton fil, qui rend fol tout mortel sur la frise du temps, je n’ose pas penser que mes jours sont comptés et qu’ils sont érosifs, loin de toute érotique ! En mon for intérieur je pense que tu foires ! Sire du olé-olé et de la bagatelle, trouve-moi un loser qui jette un œil sur moi et soit pris de folie, qui m’isole, me frôle comme si je fusse fille et portasse lolos comme à l’Agnès Sorel plutôt que des épines ! Elis-moi un bon petit esclave aux fers, un poète qui m’aime et me chante en ses vers. Vite, car il fait soif d’amour sur cette terre !".
Cupidon s’en émut, en parla à Vénus. Vulcain, le bricoleur, leur fit un soliflore. On l’offrit à la fleur.
Et c’est à moi bien sûr qu’on a attribué le rôle du loser ! C’est très osé mais le dieu de l’amour, expert en récipients, coups de pot et blagues vaseuses, on peut se fier à lui dès qu’il s’agit de se payer notre fiole !
Si c’était un gâteau, ce serait un Paris-Brest. Tout d’abord pour la symétrie, comme lui constitué de deux cercles parfaits en leur milieu soudés.
Si c’étaient deux villes ce seraient les mêmes.
De la bonne Lutèce - a-t-elle amphore grandi, cette enfant ! Est-elle embouteillée depuis qu’elle en a pris, de la bouteille, de l’âge ! - il aurait hérité de la nervosité, du mouvement de fourmilière : sa ficelle s’engouffre et s’enroule au moyeu comme l’heure de pointe avale l’employé, le trottin, le badaud à la station Guimard. Hector ! Tous ces Orphées descendent par ta bouche grande ouverte remercier Fulgence qui leur souhaite bienvenue mais votre enfer de 1900 on en ressort et, c’est le mot, on en remonte à Saint-Lazare et on s’élève dans les airs ! Ô la Chapelle ! Ô Stalingrad ! Ô ma Glacière ! J’y ai perdu mon Eurydice et mon bonheur (Glück Auf Deutsch !)!
De Brest il aurait le silence-même, le roulis des flots, la force de traverser les siècles sans beaucoup changer, le côté têtu des Bretons qui s’obstinent à la tradition, au travail à la main, au hissage des voiles, à la science des noeuds, un jeu d’enfant par tous les temps, rappelle-toi, Barbara, tu en possédais un avant qu’il y ait la guerre, cette connerie infâme.
Et donc, tout rond comme une pomme, possédant à peu près sa taille, mais plus cylindre plat que sphère, le yoyo tient dans la paume d’une main d’enfant.
De l’action ! De l’action ! De l’action Saint-Gobain au portefeuille boursier, qui tire les ficelles du mouvement des valeurs ? Quelle trivialité agite et pour quel gain tous les boursicoteurs ?
Pendant ce temps le yoyo chante, en déroulant régulièrement la note continue de son vrombissement, les valeurs du mouvement.
On pourrait pour conclure poser à son propos trois questions très idiotes :
Est-il normal qu’en grandissant l’être humain l’abandonne, infidèle à son jeu d’ascenseur onaniste, au profit du bilboquet ?
Où se situe la touffe qui sert à yoyoter ?
Pourquoi, au Jeu des 1000 € ou à Questions pour un champion n’offre-t-on plus à la gagnante ou au gagnant un yoyo en bois du Japon avec la ficelle du même métal ?
On s’attend sans doute ce jour à ce que je fasse le dithyrambe du ukulélé. Je vais tâcher de ne pas décevoir vos espoirs mais pour cela il me faut encore une fois jouer les archivistes ! Je n’en sors décidément pas du farfouillement (je préfère dire farfouillis !) dans les armoires de ma mémoire, dans les strates de mes disques durs externes, dans mes pérégrinations musicales diverses.
Peu importe, allons à l’essentiel et faisons le dithyrambe de Dithyrambe. Il s’agit là d’un duo de comédiennes musiciennes que nous avons entendu pour la première fois au Festival des Affranchis à La Flèche (Sarthe). C’était le 11 juillet 2009 dans la cour de l’hôtel Huger et nous avons vu alors débouler, sur le petit carré de pelouse intemporel, deux beautés datées du XVIIIe siècle.
« Débarquées dans le monde contemporain après 257 ans et trois mois de cryogénisation dans une crevasse des Alpes, Dame Bérénice de la Troufinière et Dame Culnégonde de la Garde Montée, comtesses de leur état, découvrent le punk et le disco et le chantent à la façon de John Dowland en s'accompagnant à l'éventail et au ukulélé. Décoiffant ! » disait le programme.
Et sur cet instrument qui a l’air d’un jouet, les deux artistes se sont lancées dans l’interprétation de ce répertoire-ci :
ABBA - Gimme Gimme Gimme a man after The Clash - Should i stay Queen - A break free ACDC - Tiger Mickaël Jackson - Billie Jean Sex pistols - God save the queen Trust - Antisocial Les Mules - J'ai la quéquette qui colle
Ce fut un régal en matière de surréalisme et j’ai pu doubler la mise en 2011 où elles furent invitées aux Tombées de la Nuit de Rennes. L’ambiance côté public y fut un peu moins réceptive et j’ai retrouvé une vidéo jamais publiée dans laquelle un fonctionnaire municipal vient mettre un terme au délirant concert de Dithyrambe : il était l’heure de fermer le jardin du Thabor. L’heure c’est l’heure !
En 2014, je fis l’acquisition du fameux ukulélé rose qui me caractérise désormais aux yeux de certain(e)s bipèdes. Joe Krapov, l’homme qui a flashé sur Isaure Chassériau et sa robe rose au point de s’acheter un ukulélé rose, un appareil photo rose, de voir la vie en rose et à qui on offre des nœuds papillon roses !
L’année suivante j’intégrai le groupe « Les B Car » (B car Brassens, Barrier, Brel etc.) où je jouai longtemps du ukulélé sans qu’on m’entendît vraiment : les deux autres guitaristes « bûcheronnaient » et le chanteur avait une voix à enfoncer Stentor sous trois tonnes de ses décibels.
Lors d’un concert au cours duquel je montrai mes dons sur cet instrument, un ami me dit : « Tu joues bien du ukulélé mais tu me fais moins d’effet que Marilyn Monroe ! ». Tout cinéphile qui se respecte sait que la dame en joue en effet dans «Certains l’aiment chaud» de Billy Wilder.
Depuis novembre 2017 je fréquente un café rennais, l’Ubuntu, où se rassemblent, une fois par trimestre, des joueurs et joueuses d’ukulélé pour « faire le bœuf », apprendre des morceaux ensemble et participer à une scène ouverte. Cela s'appelle "Up d'uke", "Un poil d'uke" ! Il y a là Christophe, Louise, Marianne et des tas de talentueux-tueuses de la mini-guitare à quatre cordes. Houla, qu’ai-je dit là ?
Car attention : on ne se fait pas que des amis avec un ukulélé. En musique aussi, et ce jusque dans ma propre famille, il y a des puristes. Certains me reprochent de céder à une mode venue des Etats-Unis, d’autres me disent que non, ce n’est pas comme une guitare avec un capodastre à la cinquième case et un troisième ensemble m’affirme que l’accord que j’ai noté do est en réalité un fa : du coup je dois réécrire toutes mes partitions si je veux qu’on joue ensemble. Vous comprenez maintenant pourquoi j’ai de moins en moins de temps pour écrire des bêtises sur le Défi du samedi ? C’est que les instruments-jouets et la musique légère… c’est un boulot à part entière !
P.S. Sans compter qu’au bout de tout ce temps, je ne sais toujours pas s’il faut prononcer oukoulélé ou ioukoulélé !
Doit-on écrire yaourt, yahourt, yogourt ou yoghourt ?
Je m’en fiche ! Moi ce qui m’intéresse, c’est de pédaler dedans ! Et même la semoule des quatre jeudis peut faire l’affaire !
Il n’empêche, je ne suis pas peu fier cette semaine d’être venu en aide à mon oncle préféré et d’avoir retrouvé, chez Madame Beuneufeu, mon ancienne mère nourricière, la chanson que chantait sa maman à lui.
Pas peu fier non plus d’avoir retrouvé la partition et d’avoir enregistré la chose qui datait quand même de 1857 et semblait totalement tombée dans l’oubli.
Quel rapport avec le yoghourt ou le yaourt, Joe Krapov ?
Essayez donc un peu de chanter avec moi le « Lirli ! Lirli ! Lirli ! Lirli ! Lirli ! Relireli ! Relireli ! Relireli ! » et vous verrez si vous n’en faites pas !
- Remballe ton braquemart, le bravache, c’est rien qu’une burette ! Pouet pouet camembert, Capitan ! Si c’est tout ce qu’il a trouvé l’amphytrion burgrave parmi ses capons et ses ruffians à la mie de pain comme chevalier cagnagoux pour me chercher des noises, dis-lui qu’il me fait bien rire, le branlocheux du chef entouré de ses chauves édentés à la con!
- Ferme ton claque-merde, calamité des cambrousards, vieille carne cannibale, caramantran !
- Un cacou ! Une bleusaille à burnes molles ! Un caïman de pacotille ! Une tranche de cake de calotin mal culotté !
- Casse-toi, tu pues, vieux plat de ma bande ! Castapiane de Castafiore ! Chaloupe en chaleur !
- Mais ferme donc ton grand ton claque-merde, clabaudeur ! Tu jactes un sabir de clown triste ! Clématite ! Coloquinte ! Glaïeul !
GONG !
- Chers téléspectateurs ! Vous venez d’assister en direct à l’élimination surprenante de Monsieur Ledragon qui est sorti de la zone des ABC en utilisant le mot « glaïeul ». Enfin, cher candidat, Monsieur Ledragon… Qu’est-ce qui vous a pris ? Glaïeul ! Voilà un G qui vous coûte très cher. Vous étiez parmi nous dans ce «Jeu des gros mots» depuis vingt-cinq semaines et Monsieur Saint-Georges, pour sa première participation, a réussi à vous détrôner de la plus belle des manières qui soient en vous poussant à la faute. C’est donc lui que nous retrouverons la semaine prochaine en vue d’affronter un nouveau candidat avec cette fois-ci les injures des lettres D à F. Chers téléspectateurs, nous vous souhaitons de passer une très bonne soirée sur Télé- Rabelaisie 1. Après notre générique fumeux vous aurez droit à quelque publicités bien pourries et à la météo qui nous a promis hier un temps merdique et ne s’est pas trompée. Bonne soirée quand même !
Si vous avez raté un épisode de votre série préférée (ou sauté un Défi du samedi !) remerciez le Schtroumpf bricoleur ! En s’inspirant du ventre rebondi du Schtroumpf gourmand, il vient d’inventer le mode replet !
Ca donne des choses comme cela :
LE SCHTROUMPF DU SCHTROUMPF
Couplet 1 Ça c'est le schtroumpf Oui c'est le schtroumpf du schtroumpf
Un schtroumpf de schtroumpf pas trop schtroumpf Avec un schtroumpf au bout
Fais un schtroumpf et mets du schtroumpf par-dessus le schtroumpf Et schtroumpfe dans ton schtroumpf un bon coup
Refrain Puis on va se schtroumpfer en schtroumpf Même en Schtroumpf patois je m'en schtroumpfe
Je schtroumpferais même un Schtroumpf Je schtroumpferais un Schtroumpf Je schtroumpferais même un Schtroumpf en schtroumpf
Je schtroumpferais même un p'tit Schtroumpf Je schtroumpferais même un vieux Schtroumpf Je schtroumpferais même un grand schtroumpf en schtroumpf
Bien sûr, pour l’instant la chaîne est cryptée mais le décodeur, ci-dessous, est gratuit !
Même si je me sens souvent « artiste sur les bords », je ne comprends rien à l’art !
Je ne sais pas, par exemple s’il faut préférer les portraitistes aux paysagistes. Je ne comprends rien à l’art conceptuel, au réalisme socialiste, à la FIAC et à la manie qu’a M. Pinault d’entreposer des horreurs dans la douane de Venise. Ce sont des saisies de trafiquants en tous genres ? Comment ? C’est de l’art ?
J’en viens parfois à me demander : faire de l’art, est-ce imiter la nature ou imiter son voisin ? Dans les débuts, je pense, on imitait la nature. En soufflant dans un flûtiau, on pouvait se prendre pour le rossignol de mes amours. Même avec des talents de caricaturiste minimaliste on pouvait représenter les premiers faits divers. Ainsi l’un des tout premiers dessinateurs, M. Victor Pierrafeu, avait entrepris le portrait de son futur beau-frère, Roméo Cromagnon, et n’était pas loin d’achever le portrait de celui-ci quand l’amoureux de Juliette, sa sœur unique et préférée, se trouva la victime d’un malencontreux accident de chasse au cours duquel il perdit la vie. Terminé, le Roméo de Lascaux.
Le petit Victor rentre dans sa grotte, il gratte, il gratte pour effacer le croquis du bellâtre et à la place il représente la scène de chasse en buvant sa bière. - Comment tu vas l’appeler, ton tableau, demande Juliette en pleurs, à peine remise de son récent veuvage, en admirant la paroi de la galerie. - « Mammouth écrasant l’épris », répond l’autre.
Pendant longtemps le salaire des peintres a été lié à leur talent d’imitation et au niveau de ressemblance de leur portrait avec la marquise qui sortit à cinq heures et dont on voulait garder une trace florissante, même si, quelques années plus tard, le mari n’hésitait pas à la traiter de « vieux tableau » et les héritiers à ne plus pouvoir voir leur mère en peinture.
Et puis est apparue la photographie. Pour reproduire une image de la réalité, il n’y avait rien de mieux. Même si, pendant très longtemps, on n’avait que des clichés en noir et blanc, l’illusion était presque parfaite.
Malgré cela, la peinture a fait de la résistance et les peintres ont fait les malins. Et donc il y a eu les impressionnistes, les cubistes, les futuristes, Pablo Picasso, Marcel Duchamp et son urinoir, la peinture abstraite, Malevitch et tout le reste qui ressemble parfois à un gros foutage de gueule pour bonobos friqués – le bonobo friqué étant le stade ultime de l’évolution des espèces, vous l’aurez compris de vous-même. Je ne connais rien à l’art mais je m’y connais en Darwinisme.
Aujourd’hui, grâce aux filtres Instagram et aux smartphones qui font des photos et des frites, tout le monde est un artiste moderne. « Ah non, dit Monsieur Instagram, vous n’allez pas encore essayer d’imiter, avec votre smartphone qui fait des photos et des frites, cette saloperie de réalité triviale et imposer à vos semblables vos horribles paysages convenus, couchers de soleil, plats de restaurant et vos selfies plus troublées que troublantes. On vous colle un barrage filtrant. Le réel ne passera pas ! Pas sur ma plate-forme !".
Et maintenant, voilà le résultat des courses. Sur mes appareils photos récents, je n’ai même pas besoin de filtres Instagram : ils sont intégrés à la bête ! J’ai juste à sélectionner « dessin » ou « illustration photographique » et je me retrouve avec un appareil photo qui, au lieu d’imiter et reproduire la nature, imite les gens des années 60 et 70 qui représentaient le monde avec des couleurs à bousiller les pupilles et enrichir les ophtalmos de France et de Navarre. Andy Warhol, Vasarely, etc.
Et vous savez quoi ? Je suis devenu accro au truc, non sans m’interroger un maximum. Si je colle par-dessus ces images des musiques jouées à la guitare électrique par M. Jibhaine et que j’en fais un diaporama musical, qui imité-je ? Des millions de Youtubers ?
Est-ce que c’est de l’art ? Qu’est-ce que l’art ? Est-ce que c’est un objet réel virtuel composé d’images surréelles et de musiques-collages inclassables ? Où sont passés la Vilaine et le ciel breton ? Où est partie la brume qui rend le monde si beau dans le silence du matin ?
Par pitié, ne répondez pas à toutes ces questions ! C’était un exercice gratuit : j’imitais le vieux singe à qui on n’apprend pas à faire des grimaces. Et je me fiche de savoir si mon numéro est bon ou pas !
Non seulement ce n’était pas ma semaine, cette semaine, mais en plus les écoliers français font de plus en plus de fautes d'orthographe ! Qu’ils se rassurent ! Tout le monde s’en fout et surtout personne n’est parfait ! La preuve avec ces paon-cartes revendic’hâtives pour lesquelles j’ai décidé de lâcher prise moi aussi.
RAT LE BOL !
ÂNON, ALORS ! CA SUFFAT COMME CI !
CESSONS DE RENARD-CLÉ !
RAT LE BOL DU BOLÉRO DE RAVÊLE ! ON NE PEUT PLUS LE BLAIREAU !
CASSE TORT, PAUV’CON !
IS’N’T IT A WAPITI ?
ARRETEZ VOS COCCYX-GRUES !
A BAS ANNE D’AUTRUCHE !
UN AILÉ FAON, ÇA TRUMPE ENORMEMENT !
QUAND C’EST FLOU C’EST QU’IL N’Y A PAS AFF LE LOUP !
ON VOUS SCOLOPENDRA TOUS !
ET C’EST TAPIR POUR VOUS !
C’EST KOALA, CES CAPRICES ?
J’ÉCRIRAI « GIRAFFE » COMME QUE ÇA ME PLAIT !
CAPRICES, C’EST PAS FINI !
FAISEZ LA MOUCHE PAS LA GUÊPE ! (Sttellla)
LE TIERS-COCHON DE PAYANT, POUR L’OTO RHINO, C’EST ROSSE !
- Vous voyez ? Ces parallélépipèdes, ces objets cubiques ? On en fait de fichus jeux pour les gamins, Monsieur K.
Chaque face du cube ? Recouverte par une lettre ou un chiffre. Imaginez qu’Ajax veuille y voir un wiki ?
Il saurait alors qu’au zoo de la Flèche le yack jouxte le zébu et que le kiwi grimpe sur le vieux wapiti.
Il ferait la connaissance de Virginie Hocq, de Najat Belkacem, de Wim Wenders, des chromosomes X et Y.
On lui dirait qu’à Wimereux-plage le port du burkini est conseillé : il ne fait que 12 ° et aujourd’hui Yasmina en zézaie.
Constatez-le vous-même, citoyen K : ces faux-nez et phonèmes, mon wok s’en badigeonne la coque !
Car à l’issue de ces cogitations, bien lassé des quizz, Ajax va ficher le camp sur sa Kawazaki !
Nos zygomatiques sont amorphes. Ne vous vexez pas, B’wana ! Les folies pérecquiennes, c’est du vent !
- Comment ça, c’est du vent ? Ce poème est construit selon le schéma de la belle absente et il contient une révélation essentielle pour l’histoire de la littérature ! Car ici c’est le bel absent.
- Le bel absent ? - Dans chacune des phrases qui constituent le poème, toutes les lettres de l’alphabet ont été utilisées sauf une. Ainsi dans «Vous voyez ? Ces parallélépipèdes, ces objets cubiques ? On en fait de fichus jeux pour les gamins, Monsieur K.» on trouve a,b,c,d,e,f,g,h,i,j,k,l,m,n,o,p,q,r,s,t,u,v,x,y,z mais surtout pas w. La lettre w est le premier élément du bel absent. Le même principe a été appliqué aux vers suivant. Et si on met ces lettres écartées à la suite les unes des autres, verticalement, comme pour un acrostiche, on obtient W. SNUVRYK !
Je vous concède qu’il faut maintenant expliquer qui est ce monsieur au nom si mystérieux. Et c’est bien là que l’on constate l’utilité de la poésie : jusqu’à aujourd’hui cet homme célébrissime était resté anonyme. Grâce à Georges Pérec, grâce à moi et grâce à Miss MAP qui nous a donné sur sa photo de cube les lettres absentes qui sont donc l’anagramme de W. SNUVRYK nous connaissons aujourd’hui l’identité exacte de « ce juge blond auquel vous portez ce vieux whisky ».
- ???
- Il faut tout vous expliquer à vous, hein ? « Portez ce vieux whisky au juge blond qui fume », c’est un pangramme : une phrase courte écrite en y incluant toutes les lettres de notre alphabet !
Au début, on était comme Adam et Eve, Daphnis et Chloé, Castor et Pollux, Rodrigue et Chimène, Roméo et Juliette, Roux et Combaluzier, Tarzan et Jane.
Je lui trouvais plus de beauté et de séduction qu’aux trois Grâces réunies.
C’était l’époque du début, celle que depuis Monet on appelle « Impression soleil levant ». Tout autour de moi avait pris les sept couleurs de l’arc-en-ciel. Je vivais sur un nuage. J’étais prêt à accomplir pour elle les douze travaux d’Hercule. A m’abstenir de commettre les sept péchés capitaux. Pourtant j’ai longtemps cru que je n’avais pas le droit de pénétrer dans les églises et que, n’étant pas croyant, ces interdits ne me concernaient pas. Pas plus d’intérêt pour la Sainte-Trinité que pour les dix commandements ou les dix Chatterley.
Avec elle, j’aurais voulu faire les quatre cents coups, passer mille et une fois mille et une nuits, j’aurais parcouru le monde dans tous les sens. Les quatre points cardinaux n’auraient pas eu plus de secrets pour nous que les quatre filles du docteur Marsh ou crève depuis qu’elles ont entrepris d’écrire 366 réels à prise rapide.
J’aurais escaladé les sept collines de Rome : l’Aventin, le Palatin, le Trissotin, le Picotin, le Capitole, le Pactole et le Quirinal.
A elle seule elle représentait plus d’aventures potentielles que mes dix-huit compagnons de jeunesse réunis : le club des cinq, le clan des sept et les six compagnons.
Elle était supérieure aux sept merveilles du monde, elle était la huitième et la neuvième de Beethoven réunies pour un hymne à la joie des choeurs et de mon cœur.
Bref j’étais éperdument amoureux d’Isaure Chassériau dont le portrait par Eugène Amaury-Duval est conservé au Musée des Beaux-Arts de Rennes.
Mais je crois que j’aurais dû consulter des voyantes. Deux ou trois voire plus si affinités. Elles me l’auraient peut-être prédit, les sept boules de cristal, qu’il y aurait quatre saisons dans notre vie d’amoureux.
J’ai longtemps cru, enfant, que les faits divers s’écrivaient « fées d’hiver ». Je n’avais jamais imaginé qu’il pût y avoir aussi des sorcières d’été.
Ce qui nous a perdus, ce qui a tué mon amour, c’est son affection débordante pour les animaux. Un dalmatien, ça va. Deux passe encore, trois, bonjour les dégâts. Mais 101 !
Le premier s’appelait Dalmatheux, le deuxième Duffelcoat, le troisième Deltoïde puis vinrent Dagobert, Daffodil, Duralex, Dixieland, Djingle bells, Davidoff…
Le cent unième fut appelé Derdesders. Mais il y avait déjà longtemps que je n’en pouvais plus d’aller les faire sortir dans la rue pour leurs besoins du soir.
Qu’est-ce qui m’avait pris de tomber amoureux de cette tête de corde à nœuds, de ce lapin de Garonne, comme on dit à Toulouse, de ce gibier de quarantaine ?
Désormais je ne rêvais plus que de la quitter, de m’envoler cinq semaines en ballon, de faire le tour du monde en 80 jours et de n’en pas revenir.
Même encore maintenant, dans ce petit voilier au pied des falaises normandes je cherchais ce qui, avant que je ne fasse sa connaissance, avait pu, dans ma folle jeunesse, provoquer les cieux au point que je dusse recevoir un tel châtiment BrigitteBardotesque.
Avions-nous, un jour, été treize à table ? Avais-je froissé sept samouraïs, douze hommes en colères, huit salopards ? Avais-je eu dans un pays imaginaire, dans une vie antérieure, sept femmes et une barbe bleue ? Avais-je dérobé des bottes de sept lieurs et agi de telle manière qu’un ogre fût obligé d’égorger ses sept filles ? Faut pas poucet, quand même, j’avais fait des conneries, mais pas celle-là ! Je n’avais pas non plus, par sept fois, participé à une épreuve de lancer de nains au cours d’une épreuve de sports d’hiver, dans un paysage tout couvert de blanche neige.
J’étais abasourdi de chiffres, de souvenirs vrais ou inventés.
Quand je sortis de ma réflexion, je m’aperçus qu’une chose bizarre s’était produite autour de nous. Le vent était tombé, la barque n’avançait plus et il n’y avait plus de ligne d’horizon. Tout autour de nous la barrière de falaises s’était refermée et nous étions désormais à la surface d’un lac d’Auvergne mais sans possibilité aucune d’accoster.
Je tapai sur l’épaule d’Isaure qui se redressa.
- As-tu vu ce que je vois ? lui demandai-je. - Ce n’est rien, me répondit-elle. Ce n’est pas pire que d’être coincé à bord du radeau de la Méduse. Quand les douze coups de minuit sonneront, tu te réveilleras et tu verras que tout cela n’est qu’un cauchemar. - Vraiment ? - Vraiment ! Et alors tu sortiras faire pisser Dakota, Desdémone, Delaware, Douaisis, Darrigade, Dyslexique, Dulcimer, Domino…
- Il va bien falloir qu’en silence ou pas un jour je me lance, dit la scie. - Ne te casse pas le tronc ! répond l’arbre. Il y a déjà le nageur qui fait la planche ».
- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit Tom à Hawks (Howard). - Dans le commerce de haches à destination des bedeaux ? C’est encore illégal, répond Hiawatha.
- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit le boomerang. - Ca ne sert à rien, tu t’appelles Reviens, répond l’aborigène.
- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit l’accessoire de l’athlète. - T’es pas un peu marteau, non ? répond le spectateur des J.O. qui se l’est pris sur la tête.
- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit le « Pouah ! ». - 3 mètres trente-six ! J’suis dégoûté ! répond l'athlète. Et de dépit, il en lance un autre.
- Il va bien falloir que je m’arme strong, dit Lance. - T’as qu’à dire que c’était à l’insu de ton plein gré ! répond Richard.
- Il va bien falloir qu’un jour je me Lens, dit le musée du Louvre.
Et le mineur-campeur le pousse dans le dos. Le musée glisse le long de la pente et atterrit sur le carreau de la fosse 9. - Euch’ terril, ch’est à mi ! J’étos là avint ti ! T’es très ben là d’ù qu’tes quéu. Si té m’cros pas, acoute eum quinchon !
- Il va bien falloir qu’un jour je me lance, dit le diaporama. - Ah non ! A tous les coups, c’est encore Joe Krapov qui chante, dessus !
Une traduction en français de ces paroles en Ch'ti est consultable ici.
Affirmons-le tout net : la mémoire est un truc de con ! Je ne sais vraiment pas pourquoi, en effet, j’ai retenu le nom de ce groupe pop des années 60-70, Jethro Tull, dont je n’ai jamais écouté aucun disque ni même pourquoi j’ai encombré ma petite cervelle avec le nom de son « leader », M. Ian Anderson. Lui par contre fait une apparition en tant que joueur de flûte invité sur le dévédé d’Uriah Heep « Acoustically driven ».
Affirmons-le tout de suite : la culture est un truc de con ! Tu tires sur un fil, et il y a tout le peloton qui vient ! Voilà qu’on me parle aujourd’hui des filles de Jethro. Elles auraient été peintes sur les murs d’une chapelle dite « sixteen » à Rome par un nommé Sandro Botticelli, peintre en coquillages de la planète Vénus. Il les a représentées à l’époque où elles s’occupaient de garder les moutons et ron et ron petit pataton dans une ferme bio près de Silène en Lybie, là ou Saint-Georges affronta et vainquit le dragon.
Affirmons-le tout de go : la réputation de M. Botticelli comme peintre-photographe de naissances et de mariages est largement surfaite. C’est même, positivement, un attrape-cons ! Outre que sa photo est floue, l’une des sœurs tourne la tête au moment où il déclenche. Ce n’est pourtant pas difficile de demander à ces jeunes filles auxquelles il ne manque pourtant pas grand’ chose pour qu’elles deviennent de vraies poseuses de regarder l’objectif et de dire « Tchiiiiz » ou « Ouistiti ».
Affirmons-le tout penaud : je suis le même genre de con que tout le monde. Puisque ces dames gardent les moutons et que ma dernière devise depuis mon récent voyage à Barcelone est « Panurge everywhere ! And i am from the troupeau too ! », après la découverte du tableau de Sandro j’ai fait comme tout le monde et je suis allé chez Madame Wikipe en apprendre plus sur papa Jethro, dame Sephora sa fille et sieur Moïse qui épousa celle-ci.
Affirmons-le haut et fort, même si cela perturbe le cours de mon discours, dans toutes les larmes que j’ai versées à Barcelone en constatant la boeufitude de certains de mes contemporains et le côté rudement pimenté des « patatas bravas » s’attarde quand même l’espoir que j’y retournerai un jour « hors saison » afin de profiter plus amplement de cette ville emplie de trésors et peuplée d’hidalgos princiers et de splendides Catalanes.
Et donc, à l’issue de cette lecture studieuse, au terme de tout ce cheminement vers « toujours plus de données inutiles dans les cases de mon petit crâne » je me suis fait une réflexion et je me suis posé plein de questions, ce qui est déjà un beau résultat pour un type qui n’a qu’un seul neurone ! La réflexion, tout d’abord : l’histoire religieuse est pleine de sueur, de larmes et de sang (en anglais, dans le désordre comme le tiercé : blood, sweat and tears). Ce Moïse « qui tue de son épée un Égyptien qui battait un Hébreu, qui fuit dans le désert pour le pays de Madian, prend la défense des filles de Jéthro dont sa future épouse Séphora contre des bergers qui veulent les chasser alors qu'elles tirent de l'eau du puits, reçoit la révélation divine du buisson ardent, conduit le peuple d'Israël hors d'Égypte vers la terre promise, reçoit les tables de la loi » et vit encore sa vie de super-héros jusqu’à 120 ans, je m’étonne qu’Hollywood n’ait jamais songé à tirer un film de sa vie. Comment ? Ca a été fait ? Par Elie Chouraqui et Pascal Obispo ? Oublions !
Les questions : Que devient l’autre sœur ? Comment se prénomme-t-elle ? Que sait-on d’elle ? Pourquoi n’entend-on plus parler d’elle ensuite ? Pourquoi une telle omission ? C’est impossible ! C’est quand même la belle-sœur de Moïse, non ? Ce n’est pas rien, non, comme titre, dans l’Histoire ?
Sur Internet j’ai appris qu’elles étaient sept filles de Jethro, que Sephora a été adoptée, qu’elle était Arabe ou noire et que vas-y que je polémique et que vas-y que je discutaille la bavette… J’ai préféré oublier ces échanges et j’en suis venu à l’essentiel. A l’Essentiel. Il est question là-dedans d’un certain YHWH. « Pour l’accréditer auprès des Hébreux, Dieu lui révèle son nom, en continuité avec la tradition ancestrale : Abraham, Isaac et Jacob. Ce nom est le tétragramme YHWH ».
Essayez avec moi : YHWH, YHWH ! C’est franchement imprononçable. Il y a là de quoi cracher son dentier si on en a un. Y avait vraiment pas moyen d’intercaler des voyelles dans ce nom-là ?
Car enfin, à quoi ça rime d’omettre des voyelles ou des consonnes. C’est une nouvelle façon de réformer l’orthographe ? De faire des économies d’encre comme en utilisant le caractère Garamond mal de tête ? Certes, on comprend encore, à la limite, des phrases comme « en crosere sur le Mssssp, un Georgen de Tblss a fat la connassnce d’une Amércane ». Déjà plus limite est celle-ci : « Bottcell dt aux sours : dtes Tchz ou Oustt ! ». Mais si on veut sucrer les « s » plutôt que les fraises, que penser de « En croiière ur le Miiippi un Géorgien de Tbilii a fait la connaiance d’une uiee ? » Oui, gagné, dans cet exemple-ci, il s’agissait bien d’une Suissesse !
En conclusion, au vu de la longueur de ce texte à partir d’un sujet si mince, prêt à avouer que « Trop de Krapov tue le Krapov », je dirai que je ne m’économise vraiment pas et que je suis pour le maintien des consonnes dans le mot « strict » et pour le maintien des voyelles dans le mot « oiseau ». Et avant d’aller déguster l’omltt de la mr Poulard, j’ajouterai ceci : de la même manière qu’on ne fait pas d’omelette sans casser d’œufs, on n’écrit pas « omelette » sans caser d’e. Sinon reste plus qu’à aller se faire cuire un œuf. Justement, j’y vais de ce pas.
- C’est mâtines de Pâques, ma douce primevère ! - Il suffit ! - Les cloches sonnent de bonheur ! Din ! Ding ! Dong ! - Il suffit ! - Courons, légers comme cabris, faisons des bonds ensemble et des gambades en l’honneur de la nature, de Dieu… - Il suffit ! - Laisse-moi jouer guilleret l’aubade à la mousse, à l’herbe, au coquelicot, au royaume de la tarentelle… Laisse-moi croire que tu préfères le berger qui souffre sans le dire au sonneur en velours et dentelles… - Il suffit ! - Coucou, fais le guet ! A cueille-fleurettes je t’emmène visiter le danger et l’enfer ! C’est péché de cacher ton dedans ! Rien n’est mieux pour s’aimer que blottis sans galoches ni sabots avec elle que, entre tou’s les belles, je saurai tant tenir comme pique, chardon ménager pied voici ton tout passer patte pendant personne devine jetons dents semble ton tes ton tes tes ton petits fleuris tenir tenir tenir vois tout tout Bon ! - Il suffit !
Devant l’incohérence du discours et l’impudence des gestes de l’homme au souffle court, la châtelaine s’échappe. Elle franchit la passerelle en courant.
Il la regarde fuir vers le château au loin et, ressentant au plus profond de sa chair un sentiment d’échec lié à leur différence de classe sociale il se tourne vers Dieu et lui demande de faire disparaître cet épisode de sa biographie, voire même, s’Il le peut, à la faveur d’une révolution à venir, de faire en sorte que ces murs roses et ces tourelles pointues disparaissent de la surface de la planète.
Alors, le miracle se produit. Dieu apparaît entre deux nuages dans le ciel, il passe un coup d’éponge et repeint un autre paysage par-dessus Sa création.
- Seigneur ! Qu’as-tu fait là ? demande la châtelaine avant de disparaître dans un autre espace-temps où les bergers Fragonardiens n’ont plus rien de libidineux. - Ben quoi ? Tu ne connais pas la chanson ? Il supplie d’effacer le fond, c’est tout de suite la peinture !
Je m’appelle Albert Camus, comme l’autre, mais je n’ai jamais écrit de roman ou de pièce sur Caligula et je ne suis pas philosophe pour un sou. Je suis inventeur de jeux de société.
C’est moi qui ai pris cette photo et je me souviens très bien de cette soirée chez mon oncle Jean-Claude et ma tante Adrienne. Ils habitaient alors avenue Louise à Bruxelles et j’étais de passage par-là pour aller vendre nos derniers jeux sortis au «Brussels game festival» comme on dit en flamand (ou en wallon, je n’ai jamais été doué pour les langues).
Je ne sais plus de laquelle de leur petite fille on fêtait l’anniversaire, justement le soir où ils m’avaient invité. Coumarine ? Pivoine ? Ou Emilie qui est devenue célèbre plus tard en étant la première actrice capable d’interpréter au théâtre le rôle de Madame Chapeau sans que le public ne voie qu’il ne s’agissait pas d’un homme travesti.
Peu importe. La soirée a été très gaie parce qu’après l’indigestion de gâteau au chocolat on a joué au jeu des sept familles modernes dont j‘avais amené un prototype. Qu’est-ce qu’on a pu rire avec ces tirades improbables :
- Papy, dans la famille Minquien, je voudrais le promeneur. - Pioche ! - Dans la famille Toutélectrique, Coumarine, je te demande « ton kéké en segway ». - Tiens ! - Dans la même famille je voudrais « ta mère en trottinette » - Tiens ! - Dans la même famille je voudrais « ton papy en hybride » - Pioche ! A mon tour. Albert, dans la famille Gravuredemode je voudrais « la pineupe décolletée mais pas touche !» - Tiens ! - Je voudrais maintenant « Grand-mère Brigitte cougar en string » ! - Tiens ! La peste soit de cette gamine elle va me piquer toutes mes cartes ! - Je voudrais aussi « La mère s’habille en Prada » ! - Alors non, ça ce n’est pas possible ! Aujourd’hui maman est morte ! Pioche ! A mon tour !
A la fin de la partie on est allé coucher les gamines et j’ai terminé la soirée avec tante Adrienne et oncle Jean-Claude à boire de leur excellent vin de Porto et à disserter sur les qualités littéraires inégalables selon eux de Marcel Proust, d’Amélie Nothomb et de Fred Vargas.
***
A la relecture de cette note manuscrite jointe à cette photo dans l’enveloppe quelque chose me semble clocher. C’est pourtant bien mon écriture mais… je suis sûr et certain que je n’ai jamais eu de famille en Belgique.
Qui plus est je ne m’appelle ni Albert ni Camus. Mon prénom est Georges, mon nom est Lesaint et avant de venir dans cet endroit j’étais sous-lieutenant au 99e régiment de dragons à Mourmelon-le-Grand. - Qu’est-ce que je dois faire, maintenant, Madame ?
- Ouvrez une autre enveloppe, monsieur Krapov ! me répond l’animatrice de l’EHPAD. Et laissez-vous aller pour écrire ce que vous inspire cette photo-ci.
Devant l'image des deux filles avec un gant de vaisselle jaune sur la tête j’ai commencé :
- Je m’appelle Célestine Bongopinot et j’habite Edimburgh. C'est moi qui ai pris cette photo et je me souviens très bien...
Toute charité bien ordonnée commence par donner l’abscisse Et puis, sur le graphique, suit la montée en puissance : Enfance, adolescence, croissance, plein d’essence, Ascension suivie d’aisance, Plein d’argent planqué en Suisse Ou vie heureuse de bourgeois.
Qu’avril bourgeonne ! Que mai trombone ! Que juin klaxonne Mais ne me parlez pas d’automne, Les péquins et les mesquins !
Se peut-il qu’il y ait un jour obsolescence, Déliquescence, décadence, Indécente descente Vers un univers d’obsidienne, Une fin dans l’obscur, Des obsèques désuètes, Des héritiers marrons, Du crottin de cheval, Des corbillards d’antan, Que l’on prenne la lourde, Même si pas lourde, et que l’on clamse ? Que tout se termine en silence, En absence, absorbé·e par la terre noire ?
Pour moi, clame Mathusalem, Le grand sachem, Je n’en crois rien !
Je fais fi des clepsydres Et nie le collapsus ! Pas pressé d’aller au ciel, Je réclame un laps de temps substantiel Pour adorer l’existentiel, Pour gagner le derby d’Epsom, La course de bobsleigh aux J.O. de Saint-Valery-sur-Somme, Croquer dans les meilleures des pommes, Vivre d’amour parmi les hommes, Obstinément aimer les femmes, Être abscons ou abstentionniste, Abstinent, abstème ou trotskiste, Ivre d’absinthe, creveur d’abcès, Astronome à l’Observatoire, Shérif honoraire à Tombstone, Promeneur du clebs de Sharon Stone, Substitueur de substantifs Ou chanteur de carabistouilles Mais non sponsorisé par la firme Pepsi : Je ne bois pas de ce coca-là.
Je veux faire obstruction à la psychanalyse, Aux obséquieux, aux lourds, aux tristes, Aux condescendants, aux obscurantistes, Être le relaps d’heureux temps, L’obsessionnel du « Je subsiste », Du « Je résiste » !
Quitte à quitter l’abside, A paraître obsolète ou poète, Plus obscène même qu’Henrik Ibsen, Que l’on m’absolve de cela ou pas, J’irai, de par les routes, Prêcher l’absurdité De la longévité !
Coûte que coûte, Parole de scout, De septembre jusqu’en août, Je refuse l’absoute !
C’était le plus innocent, le plus candide, le plus immaculé, le plus inoffensif, le plus affectueux, le plus caressant, le plus doux des êtres que portait la terre. Un véritable agneau. D’ailleurs c’était un agneau, magnifique, prometteur, blanc comme neige, très vivace, étonnamment déluré, plein d’appétit. Certes il ne pesait pas bien lourd encore mais le cours du temps arrangerait les choses. A paître dans les herbages de notre beau pays, la Lybie, dont la publicité de Sa Majesté disait qu’on n’avait rien vu de plus vert en ce bas monde à part peut-être les grivoiseries du trouvère espagnol Don Diego de Las Vegas de La Sarthe que, du reste, personne ici ne connaissait, il deviendrait, l’agneau, pas le poète, une belle et grasse brebis dont la viande tendrissime donnerait son pesant de côtelettes, de gigot, de collier et d’épaule et rapporterait, au marché d’un de ces samedi, au propriétaire éleveur, le sidi Mathurin Lepopeille, un pactole mirifique, une hyper plus-value, un rendement maximum, un retour sur investissement comac, de quoi arrondir sa pelote qui était déjà conséquente vu qu’il possédait le plus gros troupeau du canton.
Seulement… Seulement, d’un coup de son lance-flamme incorporé, un dragon, surgi de la nuit à la rencontre de l’aventure au triple galop, ou plutôt au trot ou même à son allure d’animal dandinant, l’avait grillé sur son super-barbeuc en kit de chez Ikéa-drive et n’en avait fait qu’une seule bouchée.
La suite, vous la connaissez, ou vous croyez la connaître parce que vous l’avez lue dans les journaux.
Dites-vous bien que tout est faux ! Qu’on vous ment éhontément ! On vous fait prendre des méga-vessies pour des big lanternes au point de vous brûler l’entendement ! Cette histoire de chevalier Saint-Georges, c’est calembredaines et compagnie ! Coquecigrues de chantier, carabistouilles d’estaminet minable, supermenteries guignolesques, inventions de moinillons, manipulation, pire, défèque-niouzes ! Elucubrations d’Oulipiste ! Bourrage de crâne pour embrigadement dans une secte dont on nous fait croire qu’elle a réussi ! Si cette conversion massive à la foi en un Christ rédempteur avait réellement eu lieu, comment expliquer l’absence de toute cathédrale, de tout calvaire aux carrefours, de tout pèlerinage pour remercier un quelconque saint-guérisseur du panaris douloureuxissime sur le majeur en Libye ? De nos jours, 97 % de la population libyenne est musulmane, l’Islam est religion d’état et la charia a valeur légale. On nous aurait menti à l’insu de notre plein gré ? Il y aurait eu un grand remplacement ou quoi depuis ?
Et puis cette histoire de roi débonnaire – oxymore de rire on est, tous les rois sont sanguinairissimes à l’époque, les empereurs hyper-sadiques ou complètement barjots, il n’y a qu’à lire Suétone pour s’en convaincre, les triumvirs sont bien souvent une andouille, une andouille et un assassin – ce monarque tout sauf shakespeakrine, pardon, shakespearien, c’est du pipeau, magnifiquement joué, certes, mais pareil au concerto pour piccolo de Vivaldi : c’est joli pour l’oreille mais pas crédible en tant que « grande musique ».
Que dire de cette armée déliquescente, composée de gros lâches qui font dans leur froc alors qu’on leur demande juste de rejouer Pierre et le loup ? C’est Pagnol à Hollywood, pas crédible, incroyable, merveilleux. Dès qu’il s’agit de trancher dans le lard, de casser du sauvage, de plumer de l’Indien, de buter du gars d’en face, de démonter la gueule à qui ne nous revient pas, tout le monde se précipite comme un gorille en rût à l’assaut des gendarmes de Brive-la-Gaillarde et croyez-moi, on s’en souvient, chez Dame Yvanne, de cette hécatombe-là. Pas de dérogation ici, on sait tous être sévèrement burnés, éparpiller façon puzzle, balancer la purée, les gnons et les mandales aux vandales. Toute castagne est bonne à l’homme des cavernes qui sommeille à peine en nous dès qu’il s’agit de fuir l’ennui du casernement. A quoi ça servirait sinon que les trouvères, les aèdes, les bardes se cassent le tronc à composer des chansons de geste, des épopées de plus de mille vers, des Iliades, des Odyssées, des chansons de Roland qu’on accompagne au synthé ? Autant faire accroire que Poutine est fou et que c’est à reculons qu’il envahit un pays voisin qui, tiens donc, est leader en exportation de blé et autres denrées nécessaires. Elle est verte, elle est verte, l’herbe du voisin !
Qui y croirait un seul instant au pacifisme effréné des militaires, au « Tu ne tueras point » des mercenaires, au « Je peux pas j’ai poney » de légionnaires devenus soudain pleutrissimes ? « Du sang, du sang, du sang ! » crie-t-on peut-être encore à la moindre bagarre dans les cours des collèges et lycées de notre république ! Comment, en primaire aussi ?
Jules Claude Ziegler - Saint-Georges (Musée des Beaux-Arts de Nancy)
Nous ne perdrons pas notre temps non plus à discuter de ce fameux Saint-Georges. Vous avez vu les représentations de ce freluquet dont on se demande ce qu’il est dans le bouquet LGBTQIA+ que moi-même je sais même pas traduire ce signe ? Pratiquement toujours androgynissime, propre comme un sou neuf alors qu’il vient de se farcir, déserteur en cavale, un Nicomédie – Mazaca sous une pluie digne d’un Paris-Roubaix de légende – nous avons retrouvé les bulletin météo de mars 303 : c’était pis qu’à Waterloo, la flotte, ça tombait comme à Gravelotte, ca pissait aussi dru que la jument de Gargantua pendant les guerres picrocholines – et le gars arrive, hyper-smart, gravure de mode, il nous la joue façon Georges Clooney sortant du pressing et s’en va dessouder d’un seul coup de cure-dent un monstre gros comme un lézard ? Trop fastoche !
Laissez tomber ce fatras d’incongruités, cette hagiographie stupide dont ni Netflix ni Disney + ne voudraient comme intermède entre deux pubs. La vérité est bien celle qu’ont rapportée les seuls courageux journalistes de « Libye détective » : quand il a vu le crime, Mathurin Lepopeille est rentré chez lui hors de lui (?), il a empoigné sa carabine 22 long rifle et il a descendu d’un coup le dinosaure carnivore. Ensuite sa femme Olive en a fait des conserves pour l’hiver. Chez nous rien ne se perd.
Oeil pour oeil, dent pour dent ! Faut pas emmerder les paysans sur leurs terres, surtout s’ils sont affiliés à la NRA* de l’époque.
*National Rifle Association. En fait c’étaient les mêmes initiales que portaient à l’époque les ceusses qui ne voulaient pas qu’on dérobât leur Darmanin de jardin : « Nardinamouk ! Recule, Affreux ! ».
ROOOAAWWW VROOM VRAASSSH IIIIIIIIII ROOAAA ROAP ROOWP ROOAP VROOARR ROWOAP ROOWWOAR VROOAARR VROOAR ROOAR VROOMM BANG IIIIIIII BING VROOP ROOAWWW ROO VROMM WOARR ROOAAW ? VROM ? WOARR VROO ? ROAAA ? VRO ? VVRROOP VROOWWOW ROAWW RAASH VROOO ROAP VROO CRASSH WROOOOAAWWW VROOP VROOP VROOO PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK VROO PLAK VROOP PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK PLAK ROOAWWW IIIIIII VROP VROOOMM ROAW VROOAP VROOAP VROOOO IIIIIII VROO ? ROOW ROAP ROAP ROAP VROOP VROOP ROAP ROAP VROOP ROARR VROAOOO IIIIIIIIIIII CRASSCH VROO ? VRO ? VROOOWWW ROAP ROOOOWWWOOAP VROO ? VROAW KRASH VROOP WROOP VROOO VROWAP ROOWAAW VROO VROOP VRROOWWAR WROOO????OAWOA ROWWW VROO ? BROW BROOW ROOAWWW VROAAR VROOW VROOW VROOP IIIIIIIII KRAASSH VROOOWW VROWW ROWOAR VROOW VROOAP VROOOO WROOAAWW ROA ? VROOM ROOOAA ROOOAA IIIIIIIIIIII WROOAAR VROOOW ROOARR IIIIIIIIIIIIIIII ROWWO ? VROA ? WROOWW VROOAW WROOOO
Quelquefois il vaut mieux écouter la bande son d’un film que de se farcir une heure trente d’horreur imagière. L’exemple type pourrait être « Orange mécanique » de Stanley Kubrick ou « Papa est en voyage d’affaires » et « Underground » d’Emir Kusturica.
Voilà pourquoi je vous ai fait cadeau aujourd’hui de ce poème bruitiste qui est en fait la bande originale de la bande dessinée « Le Grand défi », une aventure de Michel Vaillant, coureur automobile, par Jean Graton.
Je n’ai pas poussé le vice (platiné) jusqu’à vous recopier les vrombissements divers et variés que j’ai pu lire au fil des 70 albums de la série ! Je pourrais aller voir aussi si la deuxième série, réalisée par le fils Graton et d’autres, a vu évoluer les bruits des moteurs en même temps que la cylindrée des voitures. Ou encore enquêter du côté d’Alain Chevalier qui concurrença pendant un temps la série dans le journal Tintin.
Juste un regret, au retour d’un voyage à Reims, celui de manquer de temps pour aller chercher l’onomatopée qui correspond au bouchon de champagne qui saute sur le podium du vainqueur !
A votre avis il fait « plop » ou « pop » ou « plooop » ou « polop » ou... ?
LOREILLE - J’y suis 'etou'né au pays de Miss MAP, la cha'mante dame qui nous g'atifia un temps de consignes colo'ées su' cet atelie' d’éc'itu'e ! Je pa'le assu'ément de la Lo''aine, plus p'écisément de la Meu'the-et-Moselle dont la p'éfectu'e, la ville p'incipale, a pou' nom Nancy.
LARDU - Nan ?
LOREILLE - Si ! J’y étais déjà venu avant 2007 pou' assiste' à un cong'ès de l’association Coupe'in puis en 2012 pou' un colloque du CA'IST.
LARDU - Ah oui ! Du temps de ta vie professionnelle !
LOREILLE - Oui mais cette fois, en 2022, c’étaient de v'aies vacances. Les p'emiè'es depuis not'e pèle'inage à Sète chez B'assens.
LARDU - Et alors ? C’est comment, Nancy ?
LOREILLE - La place Stanislas est toujou's aussi plaisante avec ses te''asses bondées et son 'oi de Pologne qui tend l’index pou' di'e aux 'usses de 'ent'e' chez eux !
LARDU - ???
LOREILLE - Le ma'di 12 av'il la statue de Stanislas Leczinski s’est t'ouvée 'evêtue d’un joli d'apeau uk'ainien !
LARDU - Et sinon ?
LOREILLE - Ce jou'-là on a ma'ché comme des malades le long des quat'e ci'cuits « a't nouveau ». le me'c'edi on a visité le musée des beaux-a'ts. On y a vu de magnifiques peintu'es du XIXe siècle et une collection d’objets d’a't de la manufactu'e Daum dont je ne te dis que ça ! L’ap'ès-midi on s’est fa'ci le musée-aqua'ium avec sa gale'ie d’histoi'e natu'elle. On était entou'és pa' un 'égiment de mômes piailleu's tu'bulents et b'uyants et ça nous a fait tout d'ôle de so'ti' ensuite nous balade' au calme le long du « b'as ve't » où sont ama''ées de g'osses péniches. Le jeudi on est allés au musée de l’Ecole de Nancy puis à la villa Majo'elle. Le vend'edi on a fait le g'and ci'cuit de 'andonnée su' les 'ives de la Meu'the, photog'aphié des cygnes et des hé'ons…
LARDU - Bon, ça va ! Arrête de nous bassiner avec ton baratin de touriste. Tu peux nous expliquer pourquoi, depuis le début, tu baragouines en petit nègre ?
LOREILLE - Moi, je ba'atine ? Moi je ba'agouine ? En petit nèg'e ? Et tu veux savoi' pou'quoi ? Eh bien à v'ai di'e, La'du… Je Nancéien !
- Je mets ma tête à couper qu’il y a un truc ! proclama Holopherne.
Cela faisait trois fois que Judith battait les cartes, qu’elle demandait à quelqu’un dans l’assistance d’en choisir une et à chaque fois elle devinait que la personne avait dans les mains la dame de coeur.
- Essaie toi-même ! dit elle au tyran.
Holopherne battit le jeu, tira une carte. C’était encore la dame de coeur. Judith le devina, l’annonça et lui trancha la tête.
***
La magie est une invention humaine qui sert à embrouiller l’esprit afin qu’il ne distingue plus le faux du vrai ni le vice du Versailles. La photo du début qui représente une de mes petites-cousines pourrait laisser ainsi penser qu’elle a subi le même sort qu’Holopherne. Mais les personnes de sexe féminin ne perdent pas la tête aussi facilement qu’on ne le croit. Et moi non plus. Je me souviens très bien que le tableau sanguinolent du début de ce texte est signé du Caravage. Ce sujet mythologique mi-biblique a été repris également par Dame Artemisia Gentileschi.
Ce récit de vengeance a fait l’objet d’un oratorio de Vivaldi, "Juditha triumphans", qui commence par une ouverture tambourinante et trompettante et se poursuit avec des airs d’une très grande beauté. Ce double disque vinyle que je possède encore a été importé directement de Hongrie par mon grand-père maternel. Je l’ai tellement écouté que je sais encore comment on dit le mot « face » en hongrois : « lemezoldal » !
Parfois, comme pour les représentations de Saint-Michel et Saint-Georges combattant un dragon, il arrive, tout concon, qu’on confonde Judith et Holopherne avec Salomé et Saint-Jean-Baptiste.
Sur le tableau du Caravage on voit jaillir du « raisiné » (du sang, en argot ou argomuche) mais on représente rarement, sur un tableau et sur un plateau, une tête coupée entourée de fruits. Il y a bien, d’un côté, un tableau d’Arcimboldo qui représente une tête non coupée constituée de fruits empilés et de l’autre des fruits sans tête qui s’entêtent à sentir tandis que monsieur Chardin, celui qui s’attelle à l’art pour pas un liard, les peint sur sa toile.
Ces fruits ou ces légumes appétissants dont les médecins nous disent qu’il faut en manger cinq par jours pour rester bien vivant s’appellent alors des natures mortes.
Avant de terminer avec un rappel de René Magritte, peintre surréaliste belge * dont la chanson préférée était « Allons à Lessines pêcher la sardine » je voudrais évoquer le cinéma avec cette image extraite de « Frankenstein junior » de Mel Brooks, un film qui m’avait fait beaucoup rire lors de sa sortie en salle en 1974. Je me souviens encore du nom de l’acteur qui interprétait Igor, le valet bossu : Marty Feldman. Et le docteur « Frankonstine » était joué par Gene Wilder.
La peinture de René Magritte associe très souvent la tête et la pomme, sans faire pour autant référence à la chanson « Ma pomme » de Maurice Chevalier ni à une quelconque mythologie à base de premier homme, de première femme et d’arbre de la connaissance. René avait-il seulement lu, du reste, la nouvelle de William Irish qui s’intitule « Crains la femme avant le serpent ! » ?
Sa peinture associe également la tête humaine avec le melon mais là nous parlons d’un chapeau. Un chapeau que nous lui tirons en même temps que ma révérence car toutes ces représentations artistiques et magiques constituent le sel de notre existence.
P.S. Bien sûr que dans le tour de cartes de Judith il n’y avait pas de truc. Il fallait juste ne pas considérer un ensemble composé de 32 dames de coeur comme un jeu de cartes normal !
* "surréaliste belge", si ça n’est pas un pléonasme, je veux bien être transformé en reine rouge dans « Alice au pays des merveilles ». Vous savez, celle qui dit tout le temps « Qu’on lui coupe la tête ! » ?
Qui aurait pu imaginer qu’il s’agissait là d’un commissariat de police installé à côté d’une douane ? Cela ne ressemblait-il pas plutôt à un alignement de tentes de Romains tout droit sorties d’un album d’aventures d’Astérix le Gaulois ? Est-ce que vous trouvez normal que Caïus Maigretus, le responsable de la brigade locale, ne ressemble ni à Jean Gabin, ni à Bruno Cremer ni même à Rowan Atkinson ?
Aucune lampe n’est braquée dans les yeux du suspect, aucun coup asséné avec brutalité ne vient endommager le crâne du gars qu’on vient d’arrêter et qu’on cuisine à petit feu, on n’entend pas de questions-réponses cinglantes et saignantes signées Michel Audiard, ça vous étonne ? Ça vous gêne ? Avez-vous oublié qu’on est en 303 après Jésus-Christ, quelque part dans ce qui deviendra plus tard la Libye alors que le légionnaire arrêté n’en a pas, d’alibi ?
- Vous permettez, citoyen Da Lydda que je vous fasse part de mon étonnement et de mes questionnements sur votre situation ? N’êtes-vous pas, positivement, ce qu’on appelle un déserteur de l’armée romaine et, simultanément, un adepte de cette nouvelle religion chrétienne ? Est-ce au nom de votre croyance que vous vous êtes mêlé, sans ordre de votre hiérarchie et sans arguments autres que votre prestance de cavalier et vos armes de combats, à une affaire de règlement de comptes entre autochtones ? Ne pensez-vous pas que nous avons autre chose à faire, alors que l’Empire romain, frappé de décadence et de réchauffement climatique, s’en va petit à petit, inexorablement puisque dépourvu de sèche-linge, vers ce qu’on appellera son déclin et sa chute, que l’armée d’occupation n’a rien de plus urgent à accomplir que de compter les moutons du père Mathurin comme vous l’avez fait et d’endormir les enfants avec des sornettes ? N’avez-vous pas l’impression de vous être occupé de ce qui ne vous regardait pas et d’avoir agi de façon droit de l’hommiste, expéditive et inconsidérée dans ce qui relevait de la simple gestion municipale ?
Alors c’est réellement ça, le Christianisme, des considérations du genre « Aide ton prochain comme s’il était ton frère » « Interviens pour faire régner sur terre la justice et la paix », « Chasse les marchands du temple » et « Bousille la nature et les animaux comme tu veux, ils n’ont pas d’âme » ? Est-ce que ces éléments de doxa justifient le meurtre, fût-il celui d’un animal pas très joli - et quand je dis « fût-il » alors que je devrais dire « serait-il » ou « même si c’est celui d’un animal » c’est sans doute aucun de ma part un lapsus linguae car je pensais « futile » qui est le qualificatif possible de votre comportement, non ? -.
Avez-vous jamais été effleuré par le concept de BIODIVERSITÉ, Georges Da Lydda ? Croyez-vous que la noctuelle doit être éliminée à l’aide de pesticides au prétexte des dégâts qu’elle occasionne aux cultures paysannes ? Pensez vous que « le thon, c ‘est bon » et que de ce fait on peut le surpêcher, quitte à provoquer sa disparition à long terme ? Que le dodo s’en remettra après un petit somme ? Que les abeilles donneront toujours du miel parce que votre Dieu a voulu qu’il en soit ainsi ad vitam aeternam et vas y que je t’envoie mon latin de cuisine, mon santo spiritu dominus meus rundupus ite missa est exoneratus of the futuram generationem aux vieux crabes qui roulent en cycle amen ?
Ce fait d’armes légendifère, ce combat à l’épée et au cheval blanc, cette rose qui pousse dans le sang de la bête vaincue et abattue, ce village de quelques pedzouilles dont le trouillomètre était à zéro et qui, en remerciement de votre « exploit » se sont convertis à votre foi, ce prosélytisme de pacotille, cette hagiographie pour petits enfants friands d’images pieuses et de hauts faits de chevalerie, votre prequel de « Tous à la croisade !» qu’on racontera peut-être par la suite de 99 manières différentes, toute cette fête de la pusillanimité vaut-elle quelque chose vis-à-vis du crime que vous venez de commettre : faire disparaître LE DERNIER DRAGON VIVANT DE NOTRE PLANÈTE ?
Vous imaginez la perte que vous venez de faire subir à la future histoire des sciences ? Cette incurie de pâle freux niais, ce crime contre l’histoire au nom d’une religion noire, cet écocide de corneille, vous ne croyez pas que ça mérite un châtiment exemplaire, une ordalie digne du Salvador, une mise au pilorible, un supplice du tréponème pâle pour le détestable que vous êtes ? Tu pensais peut-être qu’on allait te tendre la joue gauche, te pardonner cette offense au vivant ? Pas question mon pote, tu vas juste finir martyr et pourrir un peu, c’est logique, non ?
***
Et toi aimable lecteur, bien-aimée lectrice, n’as-tu pas de la chance qu’après avoir pondu un bon paquet déjà de variations stupides autour de ce canevas je t’aie toujours épargné jusqu’à ce jour la description du supplice que l’armée romaine, l’ayant repris, appliqua à celui qui devint Saint-Georges ?
N’es-tu pas bienheureux ou bienheureuse du fait que, personnellement, je ne ferais pas de mal à une mouche et que ces histoires de fer rouge, d’eau bouillante, de gavage au pain complet et à la cancoillotte, ces bûchers, ces garrots, ces supplices de l’eau, ces vierges données en guise de quatre heures aux lions, ces jugements de Dieu, ces castagnes, ces bastons, ces vendetta et ces vent d’états me lèvent le coeur ?
Tous les jours les épouses d’ouvriers de la cité minière S’invitent les unes chez les autres à tour de rôle. A peine les époux ont-ils tourné le coin de la rue Que ces dames se rassemblent chez Lady Simone autour d’une tasse café.
C’est que depuis la veille, on a plein d’anecdotes à se narrer Et il est bien plus agréable de converser en buvant du café. On médit surtout de dame Philomène Une originale qui a la fâcheuse habitude de fréquenter les débits de boissons locaux.
Refrain
Venez donc prendre le café ! Un bon petit café Un petit noir extra ! Profitez-en, il est encore chaud Venez donc prendre un petit café !
2
Parfois on use de stratagèmes pour venir bavarder avec sa voisine : « Je n’ai plus de thym ! Pourrais-tu me dépanner d’une échalote ? » Heureusement dans chaque habitation de la rue La cafetière est toujours posée sur le coin du feu.
C’est réconfortant d’avoir d’aussi charmantes voisines, Qu’il s’agisse de Jeannette, de Suzanne ou bien de Pauline. Ces dames ont sûrement fait un stage au Brésil Car leur café est tout sauf de la camomille.
3
De la lavasse, ici, de toute façon, on n’en boit pas. Le café de ces dames est si fort qu’il donne des palpitations. Le café, comme dit Marie Toutouille, C’est meilleur arrosé avec du genièvre.
On y trempe un sucre pour faire un canard, on le déguste C’est terriblement bon. Rien à voir avec le jus de chaussette de Monsieur Clooney ! Allez dame Amélie, reversez m’en donc une tasse si cela vous agrée ! Bien faire et laisse dire ! Ignorons les mauvaises langues qui pourraient médire sur notre compte !
N.B. On aurait bien tort de croire que je n'ai pas respecté la consigne de mon cher voisin l'oncle Walrus ! Ceci est en effet ma traduction en français soutenu de la chanson d'Edmond Tanière "Eun' goutt' ed jus" que je vous interprète ci-dessous dans ma langue natale, le ch'timi :