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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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10 octobre 2017

SUIVRE LE VOYANT A LA LETTRE

DDS 476 escher-mainLorsque Vitalie Cuif, précédée de son jeune fils, entra dans la salle d’attente du Docteur Zigmund, celle-ci se trouvait vide et elle-même n’était pas très remplie d’enthousiasme. Il allait encore falloir déballer le linge sale de la famille, expliquer à un médecin inconnu les vices nombreux du deuxième fils, le prénommé Arthur qui lui rendait la vie si dure. Elle devrait raconter au marabout, car elle en était rendue là de la quête d’un diagnostic efficace, que le père du gars, le capitaine Frédéric R. avait mis les bouts (de ficelle !) à la naissance de la petite Isabelle, quatrième des enfants du couple. Ceci expliquait peut-être cela ? Mais, désolée, ce ne sont pas des choses qui se font chez les catholiques bon teint mondain, même à Charleville-Mézières, vu que le mariage était une chose sacrée et le divorce pas encore inventé. N’est-ce pas, Docteur ?

Arthur s’était assis sagement et avait replongé le nez dans le prix d’excellence qu’on lui avait remis en fin d’année scolaire. C’était encore un livre de ce misérable de Victor Hugot, comme disait Vitalie en prononçant le « t » et il s’appelait, justement, « Les Misérables ». Là-dessus, une autre patiente impatiente avait pénétré dans la salle d’attente du Dr Zigmund, suivie d’un gamin du même âge qu’Arthur.

 

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Les deux dames se saluèrent car elles se connaissaient bien et les deux gamins échangèrent très vite un regard entendu : « Motus et bouche cousue, Nénesse ! » « T’inquiète, Tutur, je serai muet comme une catacombe !».

Madame Delahaye posa son manteau et son chapeau sur le siège à côté d’elle, en face de Vitalie, et Ernest sortit son cahier de dessin dans lequel il se mit à gribouiller.

- Alors, Vitalie, toujours des soucis avec ce chenapan d’Arthur ?

- Ne m’en parle pas, Elisa ! Comme tu peux le constater, j’en suis réduite à consulter un voyant ! On n’a pas trouvé de solution dans la médecine traditionnelle. De toute façon, on est grillés chez tous les praticiens de Charleville. Arthur a mordu le docteur Mengele, il a frappé le docteur Knock, il a traité de foldingue le docteur Folamour, accusé le docteur Mabuse de l’avoir violé et chez le docteur No il est allé jusqu’à faire des bonds insensés sur son bureau, cassant tout et faisant mine de tirer au pistolet avec sa pipe tenue fourreau à l’envers. Il a traité le docteur Jivago d’esclavagiste tsariste et le docteur Jekyll de schizophrène ! Il n’y a qu’avec le docteur Petiot que ça s‘est bien passé. Ce toubib-là lui a montré sa collection de valises et Arthur a été fasciné. Petiot nous a expliqué que tout était normal, qu’Arthur était juste « un petit peu iatrophobe ». C’est lui qui nous a conseillé de voir ce docteur Zigmund pour le guérir définitivement.

- Si ce n’est que ça, Vitalie, ce n’est rien, rassurez-vous ! Iatrophobe, iatrophobe, tout le monde a peur d’aller chez le médecin ! Petiot a raison ! Par contre personne ne craint d’aller chez le rebouteux, le marabout, la voyante extra-lucide, l’astrologue ou la diseuse de bonne aventure !

DDS 476 table zigmund- Et vous, Elisa, qu’est-ce qu’il vous fait, votre Ernest ?

- Il me dessine des cochonneries partout ! Vous vous rendez compte, à son âge ? Des choses innommables ! On l’a même accusé d’avoir écrit « Merde à Dieu ! » sur le mur de l’église ! Et pourtant je suis sûre que ce n’est pas lui : on était chez ma sœur à Reims le jour où ça s’est fait !

Heureusement pour Arthur, la porte du cabinet s’est ouverte et le médecin, un grand type à cheveux blancs et moustache a lancé : « Madame Cuif ? ».

Vitalie et Arthur se sont levés, sont entrés dans l’antre du Docteur Zigmund, se sont assis sur les deux sièges devant la table de travail. Quel chantier, cette table ! Elle était couverte de piles de papiers de toutes sortes, d’objets qui n’avaient rien à y faire : un parapluie, une machine à coudre, un jeu de go, des lunettes pour contempler des éclipses de soleil, les oeuvres de Dr Fu Manchu. Il y avait même un chat vivant dont le sourire et le pelage changeaient à chaque entrée d’un nouveau patient dans la pièce.

Sur le mur du fond, face aux visiteurs, il y avait une affiche représentant le docteur Zigmund en train de jouer aux échecs contre une femme entièrement nue !

DDS 476 Duchamp joue aux échecs

Vitalie n’avait pu faire autrement que se signer, consternée et choquée par le décor, alors qu’Arthur s’était plongé dans une contemplation effrénée de la dame de l’affiche. Il songeait malgré lui : « Elle doit s’appeler Gabrielle et quand elle joue avec les blancs elle ouvre de 1.f4 ! ».

Le docteur Zigmund s’était assis sans rien dire et ils contemplait dans le blanc des yeux ses deux visiteurs différemment effarés. Au bout d’une minute de ce silence absolu il ouvrit la bouche et déclara :

- Je vois ce que c’est. Madame Cuif, voulez-vous bien me régler le prix de la consultation et ressortir discuter le bout de gras avec Madame Delahaye dans la salle d’attente ?

Comme subjuguée, Vitalie sortit son portefeuille et déposa le nombre de billets souhaités puis elle sortit de cet antre du diable comme elle le décrivit ensuite à Elisa.

- Alors Arthur, demanda le docteur Zigmund, pourquoi ne veux-tu pas retourner à l’école ?

- La vraie vie est ailleurs. Marre de faire des vers en latin !


- Qu’est-ce que tu veux faire plus tard ?


- Pas plus tard, tout de suite. Je veux devenir riche et célèbre. Mais je ne veux pas travailler.

Le docteur Zigmund posa une pierre blanche sur le plateau de go.

- Riche et célèbre, tu le deviendras. Mais très tard. Les saturniens se réalisent très tard. Sache le dès maintenant, ça ne t’apportera pas le bonheur pour autant. Est-ce que tu connais le proverbe chinois de l’imbécile et du doigt ?

- Quand on lui montre la Lune, l’imbécile regarde le doigt ?

- Oui. Eh bien tu vois, toi c’est l’inverse. Imagine maintenant un rhinocéros. Le rhinocéros regarde la Lune. Il croit que c’est une énorme boule d’or qui brille dans le ciel. Il sait que l’or, ça vaut du fric, alors il court toute sa vie pour décrocher la Lune. Et il oublie de voir ce que tout rhinocéros est obligé de voir, quoi qu’il regarde.

- Et quoi donc, Docteur Zigmund ?

- Sa corne ! C’est sa corne qui vaut bonbon. Sa fortune est devant son nez sous forme d’une corne d’abondance. En Afrique on chasse le rhinocéros pour exploiter sa corne. On en fait un puissant Afrodisiaque.

- Ca s’écrit « aphrodisiaque », ça vient d’Aphrodite ! releva Arthur qui avait décelé le jeu de mots rien qu’à la prononciation du praticien.

- Tu manques singulièrement d’humour, Arthur, et c’est ce qui te perdra. Mais tu es sur la bonne voie. La richesse est déjà en toi, vois-tu ? La solution pour toi c’est d’aller de l’avant, de ne plus t’arrêter. Fonce comme ce rhinocéros. Voyage, fais tout ce que tu veux, ne te soucie pas des conventions, deviens voyant, voyeur, voyou, voyageur, mets des couleurs aux voyelles, enivre-toi de bateaux et d’absinthe, va à Londres – j’y vais souvent, c’est très bien, Londres ! – va à Vienne, évite Bruxelles si tu peux, va loin, deviens le Cuif errant mais…

Arthur ouvrait des yeux en billes de loto.

- … mais ne cesse jamais d’être iatrophobe ! Ne mets jamais les pieds à l’hôpital, ce serait ta perte, malheureux !

- Comment fait-on pour être voyant ?

- Quand tu sauras monter une tente marabout pour huit personnes dans un camping de la Sarthe pour passer un week-end de tai chi chuan et de dégustation de vin de Jasnières, tu seras un homme, mon fils ! Je plaisante. Ou pas. On devient voyant par recensement-dézingage de toutes les règles, par dérèglement de tous les sens. Tu peux aller, maintenant. Je te rends à ta liberté libre. Deviens ce que tu es ! Et surtout, suis mes conseils à la lettre !

 

DDS 476 jeu de go

Le soir-même Arthur Rimbaud planta sa mère et ses sœurs sur la promenade où les tilleuls verts sentaient bon. Il alla prendre le train pour Charleroi puis bifurqua vers Paris mais ceci est une autre histoire.

DDS 476 jeu de go

Bien des années plus tard, alors qu’il était en train de compter sa fortune dans la corne de l’Afrique, il se souvint du rhinocéros du docteur Zigmund. Il ne rêvait plus que d’une chose, à l’époque : rentrer en France et vivre une Lune de miel avec une Gabrielle aussi jolie que celle du poster.

Et sur son coup f4 il eût répondu e5 !

 

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 N.B. Pour qui ne connaîtrait pas le Dr Zigmund et son rhinocéros, c'est ici ou ici que ça se passe. 

La majeure partie des photos de ce billet lui a été empruntée. Amitiés, Docteur Zig !

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15 septembre 2016

C'EST PEANUTS !

Affalé

Dans la famille, dans chaque famille, il y a toujours un affalé. Il est vautré dans le fauteuil, allongé sur le canapé, les bras mous, les paupières tombantes, le temps de cerveau plutôt éteint, surtout s’il regarde TF1. Mais ça marche aussi avec des documentaires sur Arte.

Chez nous il y a eu l’oncle Désiré qui traînait en pyjama une bonne partie de la matinée. Il avait d’ailleurs toujours fait ça. Quand il était jeune, ses copains venaient le chercher le dimanche à midi. Il dormait encore et ne se levait pas pour les voir. Charmante famille !

Pour devenir affalé, pas besoin de suivre des cours. Il suffit que la télé soit la télé et que le siège soit confortable. Chez nous, quand j’étais adulescent, on a possédé pendant un certain temps un objet hyper-vintage : un fauteuil à billes ! J’ai regardé, affalé dedans, en noir et blanc, tard le soir, le ciné-club de Claude-Jean Philippe qui vient de nous quitter pour le paradis des cinéphiles.

Quand j’ai quitté la maison pour aller vivre ma vie de jeune adulte à Paris on n’avait pas de magnétoscope. Aussi n’ai-je jamais enregistré de documentaire animalier… pour mon chien !

D’ailleurs, comme le chante très bien Jacques Brel, « J’ai jamais eu de chien » ni d’autre animal domestique chez moi. Ce qui ne m’interdit pas de vivre, sans fauteuil à billes et sans télévision, mais très heureusement, avec une femme bélier !

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Pluie de notes

Aujourd’hui, il pleut des notes.

Ce n’est pas qu’on soit fatigué des hallebardes, des cordes ou de la simple pluie bretonne. Ce n’est pas que l’institutrice restitue les copies de la composition d’histoire ou la dictée corrigée. C’est que le petit garçon au maillot rayé jaune et noir est encore en train de balancer des barcaroles over Beethoven sur son piano-jouet. Il joue cela magnifiquement.

Comment fait-il, du haut de ses sept ans, pour s’y retrouver parmi les bémols à la clé, les triolets, les doubles croches, les bécarres, les demi-soupirs, la clé de fa, la clé de sol ?

Comment fait-il pour rester concentré dans ce monde où tout le monde jacasse, crie, s’agite et où finalement, au bout de la portée restée ouverte, ses notes se fracassent ?

Même le chien du voisin qui n’est pourtant pas le dernier à l’écouter et à le soutenir en brandissant la pancarte « C’est, aujourd’hui 16 septembre, l’anniversaire de Beethoven » s’est protégé de cette cataracte, de cette chute de scansion, de cette pluie de notes avec un parapluie rouge.

Et Schroeder – c’est le nom du gamin – continue de jouer, imperturbable, comme si lui aussi, tel son idole, était sourd à tous les aléas de son environnement.

J’envie sa foi en la musique, j’admire sa ténacité, je le remercie d’exister.

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Lire

Je ne considère plus la littérature que pour m’en amuser. Hier, en partant à ma répétition de musique, j’ai aperçu, depuis la fenêtre du bus, au niveau de la place de la République, une publicité grand format pour une rencontre-dédicace d’Amélie Nothomb. Cette dame belge vient de réécrire Riquet à la Houppe. Est-ce réellement amusant ? Y aura-t-il du monde à lire cela, à vouloir se le faire dédicacer ? La vraie question est plutôt ailleurs que dans le livre : ai-je vraiment envie de voir et de photographier le chapeau le plus célèbre de Belgique ? Le « people » ne prend-il pas définitivement le pas sur l’écrivain ? Tout le monde désormais, y compris les hommes politiques et les gens de télévision écrit sur tout et n’importe quoi. Faut-il vraiment lire ses contemporains ?

Plutôt que de m’absorber à l’occasion – entre deux pluies de notes, entre deux affalements ! – dans la relecture des romans policiers de Raymond Chandler, ne ferais-je pas mieux de me plonger dans ces auteurs dont je connais les noms et les titres de leurs œuvres depuis toujours et que je n’ai jamais lus ? « La dame de pique » de Pouchkine, « Guerre et paix » et « Anna Karénine » de Léon Tolstoï, « Le Don paisible » de Mikhail Cholokhov, « Le docteur Jivago » de Boris Pasternak, « Crime et Châtiment » de Fedor Dostoïevski, « Les frères Karamazov », du même.

Au lieu de faire cela, il ne me vient qu’une idée stupide : proposer aux ami(e)s de l’Atelier d’écriture de réinventer l’histoire des Frères Karamazov. Si vous ne la connaissez pas, improvisez ! Pour les autres, faites une fiche de lecture, sur ce livre-là ou sur un autre que vous n’avez pas pu terminer !

Et d’ailleurs… Elle meurt, à la fin du livre, madame Bovary ? Mangée par le phoque de la roulotte de Rennes. Quoi ? Vous ne connaissez pas la roulotte du phoque ? C’est là le seul intérêt que Gustave Flaubert et Maxime Du Camp ont trouvé à notre riante cité lors de leur voyage « Par les champs et les grèves ».

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Crêpe

Spike est un chien du désert. Cela fait des années qu’il vit ici, échoué sur le sable, coiffé de son chapeau miteux, entouré de cactus et de buissons baladeurs. De quoi vit-il ? Comment survit-il ? Pourquoi est-il et reste-t-il là ? Ce sont là des questions qu’il ne faut pas poser. Les réponses seraient toutes plus absurdes les unes que les autres et vous êtes terriblement cartésien(ne) je le vois bien. Je vais quand même répondre à celle-ci : Que mange-t-il ? ». la réponse est : « des crêpes ! ».

A-t-il été scout Baden Powellien ou Hamster Jovialien avec son frère Snoopy, celui qui emmène en camp d’été à Woodstock des piafs du genre baba-cool ?

Sans doute que oui ? Il sait allumer un feu de bois. Possède-t-il une cuisine intégrée ? En plein désert ? Vous voulez rire ! C’est déjà du bol qu’il en ait un, de bol, et un pilon ou une cuillère pour mélanger la pâte.

Il possède aussi une poêle à frire et ne manque jamais de faire sauter la crêpe au moment de la faire dorer sur sa deuxième face.

J’entends d’ici votre question : la crêpe ne tombe-t-elle pas alors par terre ? La réponse est négative : la crêpe va s’accrocher aux épines du cactus qui est le seul compagnon de Spike. Et le chien-philosophe ne manque jamais de conclure que tout est dans le coup de main. Enfin, presque tout.

J’adore Spike !

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Quelle connerie, la guerre !

Les canons grondent au loin. Les vitres du Café de France tremblent encore. Et dans ce décor banal à pleurer Marie C essuie les verres au fond du café. En finira-t-on jamais avec cette guerre de tranchées ou plus personne n’avance, plus personne ne gagne du terrain ? Quelle gloire tirer de cette génération foutue, de ce cimetière de tombes à ciel ouvert ?

Ce soir le café est désert. Les avions sont rentrés à la base tout à l’heure mais les gars doivent être trop épuisés pour venir jusqu’ici. Il tombe une pluie drue à transpercer les os.

Mari C., s’il faut faire son portrait, est une petite jeune femme rondelette, brune, dont la principale caractéristique physique et la myopie. Ses lunette à verres épais lui mangent le visage et lui donnent l’air d’une petite taupe. Bien que la mode des garçonnes n’ait pas encore été lancée en cette année 1917 elle a les cheveux relativement courts. De son caractère on dira qu’il est plein de bon sens, naïf, gentil mais sans doute aussi soupe au lait. Elle s’énerve souvent des comportements aberrants de Patricia de Pétronille, son aristocratique mais déchue voisine.

Plus personne ne viendra ce soir, songe-t-elle en rangeant le dernier verre propre et sec sur l’étagère. Elle s’apprête à aller poser les volets, fermer le café et monter à l’étage où l’attend un vieux livre quand quelqu’un pousse la porte, laissant entrer violemment vent et pluie dans le bistrot.

C’est un aviateur américain. Elle le reconnaît à son écharpe jaune, à son gros nez, à son casque et ses lunettes de vol qu’il garde en permanence quand il vient ici. A son mutisme, aussi, dû sans doute au fait qu’il ne connaît pas un mot de français, excepté « limonade ». Encore cela se prononce-t-il de façon presque identique en anglais : « Please, baby, lemonade » dit une chanson de l’époque.

Marie C. l’appelle « L’amnésique ». Un jour du mois précédent elle lui a demandé son nom. Il a répondu : J’ai oublié ! Je bois pour oublier, la guerre, la stupidité de tout ça. Et ça marche ! J’oublie tout !».

Ce soir, c’est visible, il est encore plus déprimé, plus seul, plus cafardeux que les autres soirs. Et vrai, quel sens cela peut-il avoir de monter dans un « Sopwith Camel », de partir en chasse dans les cieux afin de rivaliser avec le terrible « Baron rouge » ? Si même un jour, par chance, il abattait le pilote allemand, cela changerait-il au rapport de force entre les puissances belligérantes ?

N’a-t-il pas, de l’autre côté de l’océan, une fiancée, des amis, des parents auxquels il manque terriblement ? Des êtres qui vivent dans l’angoisse en lisant les nouvelle du conflit mondial dans le journal ?

Quand elle arrive près de lui avec le plateau portant le verre de limonade, le militaire a un geste inattendu. Il avance la main vers elle en la faisant glisser sur la table, les paumes sur la nape, comme s’il attendait qu’elle pose la sienne dessus en une apaisante caresse. Mais Marie est emportée par la routine. Gardant le plateau dans la main gauche, elle a saisi le verre dans la main droite et , comme elle est vraiment myope, elle a posé la limonade sur le dos de la main de l’amnésique.

-Désolée, Monsieur ! Je ne voulais pas poser ce verre de limonade sur votre main.

L’aviateur a un sourire gêné. La serveuse a oublié de mettre une paille dans le verre.

Marie retourne s’installer derrière le comptoir. Elle n’a pas rêvé. Elle est myope mais pas complètement miraude. Ce n’était pas une main d’homme, c’était une patte de chien. Et ce quelle prenait pour un gros nez, c’est une truffe au bout d’un museau poilu.

Les mutations génétiques ont commencé.

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24 mai 2017

ET EN MÊME TEMPS…

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- L’endive et le chicon ? s’emporta le commissaire Van In en reposant bruyamment ses couverts dans son assiette de carbonade entièrement vidée. Mais c’est n’importe quoi, ce que tu racontes-là, Guido !

L’endive et le chicon, c’est comme Istanbul et Constantinople ! Combien de kilomètres pour aller de Leningrad à Saint-Petersbourg ! Combien de temps faut-il pour aller de Lutèce à Paris ? De Lugdunum à Lyon ?

Endive et chicon, c’est étourneau et sansonnet ! C’est Bossuet et aigle de Meaux ! C’est aronde et hirondelle ! Krapoverie et déconnade ! Don Diego de La Vega et Zorro ! Docteur Jekyll et Mister Hyde ! Hermès et Mercure ! Aphrodite et Vénus ! Macron et Jupiter ! Bonnet blanc et blanc bonnet ! Jus vert et vert jus ! Chou vert et vert chou !

L’endive et le chicon ! Qu’on me saupoudre de mimolette râpée si je blasphème mais on tombe sur la tête, là, Guido ! C’est Isaac Newton et Gotlib ! Pourquoi les paquebots belges ont-ils trois cheminées ? Parce que les transatlantiques ! Le nonsense et l’absurde ! Dat is allemaal vijfenzeventig ! C’est échanger quatre trente sous pour un dollar ! Six of one and half a dozen of the other !

L’endive et le chicon ! Quelle différence entre une montagne ?

L’endive et chicon ! Le topinambour et la truffe du Canada ! Le bombyx du mûrier et le ver à soie !

L’endive et le chicon ! N’importe quoi et Port’nawak !

- Mais enfin, Pieter, protesta Hannelore, qu’est-ce que c’est que ces salades ? Il n’a jamais été question ni d’endives ni de chicons ? Guido te disait qu’il était allé aux Maldives faire un stage de chi kung ! Tu deviens de plus en plus sourd, ma parole ?

- Non, ce n’est pas ça, Hannelore, protesta Versavel. C’est juste qu’après trois Duvel et deux bouteilles de vin rouge il n’a plus tout son entendement !


- N’avoir plus son entendement et être sourd, c’est un peu pareil, non ? répondit-elle désolée en contemplant son conjoint qui avait entre-temps piqué du nez dans son assiette. Comme le tournesol et l’héliotrope ? Le haddock et l’églefin ?


- Le chicon et l’endive ?

N.B. Les trois personnages de ce sketch imbibé sont empruntés aux romans policiers de Pieter Aspe dont l’action se déroule en général à Bruges. Ou à Brugge ?

P.S. 1 Si vous allez un jour en voiture à Bruges (ou à Brugge ?) sachez que pour revenir à Lille il vous faudra prendre la direction de Rijsel. Lille et Rijsel, vous l’avez deviné, c’est comme l’endive et le chicon ! ;-)

P.S.2 Evidemment, tout ceci vous est transmis « From Rennes (From Condate ?) witloof » !

1 septembre 2017

ECRIRE A RIMBAUD ? 6, Grand-père

Monsieur Arthur Rimbaud
B.P. 01 au vieux cimetière
08000 Charleville-Mézières

Mon cher Arthur

« C’est pour toi que je joue, Grand père, c’est pour toi
Tous les autres m’écoutent mais toi tu m’entends »”»

Georges Moustaki 

Cette semaine on me demande de raconter des histoires de grand-père. J’étais justement en train de me demander si la biographie peut expliquer mieux que l’astrologie la personnalité de gens tels que toi.

Est-ce que c’est important pour les lecteurs de ton œuvre météoritique de connaître la vie de tes parents, le capitaine Frédéric Rimbaud et la paysanne Vitalie Cuif ? Peut-on établir un lien entre ta fin tragique et le fait que ce couple fut boiteux ? Que le militaire fasse campagne et laisse son épouse dans la sienne, soit. Qu’il lui fabrique un enfant chaque année et se barre définitivement après sept ans et demie de ce drôle de ménage-manège en lui laissant quatre mômes sur les bras, quelle influence cela a-t-il sur le cours de ta vie et sur ta littérature ?

Est-ce que c’est important de n’avoir pas de père ou d’avoir un père absent ? Et n’avoir pas de grand-père ? Aucun biographe ne mentionne l’existence des grands-parents Cuif ou Rimbaud. Au secours les généalogistes ! Mais c’est vrai qu’on décédait plus jeune qu’aujourd’hui à cette époque. 

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Astrologie, disais-je ? Mon grand père maternel à moi, celui dont je parlais la semaine dernière, était ainsi que toi natif du signe de la balance. Lui avait cinq ans quand son père est mort sur le front, en 1915, lors de la grande boucherie qui sévissait alors et qui porte le nom de première guerre mondiale. Le portrait de cet arrière-grand-père à moustache avait trôné longtemps sur un buffet de sa cuisine.

Avant de devenir espion pour le compte d’une puissance étrangère, - je suis désolé, mais quand on me demande de raconter des histoires, je raconte des histoires et pas l’Histoire ! - avant même de devenir mon grand-père, il avait été un jeune coq plutôt petit et mince, nourri de religion au point d’avoir été enfant de chœur, puis apprenti-boulanger, athlète vosgien (il avait gagné, paraît-il, le «Tour de Charmes» à la fin des années 20 après s’être entraîné à courir derrière la motocyclette de son parrain), apprenti boulanger, mineur de fond, syndicaliste, membre du Bureau International du Travail, décoré de l’ordre national du Mérite, maire de sa petite commune…

Il n’a jamais demandé, ainsi que tu le fis pour ton propre passé littéraire, qu’on brûlât les poèmes qu’il avait écrits dans sa jeunesse pour celle qui devint ma grand-mère. Par contre il n’a pas laissé d’écrits sur sa vie professionnelle et personnelle et pourtant il a connu la guerre, la prison, les combats syndicaux et politiques, a eu ses moments de gloriole, a voyagé énormément : Chypre, le Chili, la Mongolie, la Hongrie…

Simplement, quand il est mort, tout a disparu avec lui ! Ses livres, sa collection de minéraux, ses papiers qu’il couvrait d’une écriture presque illisible, les poèmes d’adolescence aussi, ainsi même que le portrait du grand père à moustache et également ma propre collection de timbres restée dans un tiroir de son incroyable bureau. Qui a pu embarquer tout ça ? Qu’ont-ils bien pu faire des œuvres de Kim Il Sung qu’il recevait Dieu seul sait pourquoi et comment et Il s’en fout bien, Dieu, ça n’était pas ses affaires, ces histoires de chicore et de chicorée, Nord contre Sud, Est contre Ouest, entre les Yankees et les Soviets, entre les Joe et les Krapov, les Fischer et les Spassky. Qui a vidé la maison ? Qui a joué le rôle des rois de la récupe ? Quelles peurs et quels appétits rôdent autour du brasier quand la bibliothèque ou le Parlement de Bretagne brûlent ? Pourquoi se fichait-il de transmettre ou pas quelque chose après lui ? Faut-il rêver ou pas de transmission, la préparer ou juste goûter tant qu’on peut au sel éperdu de la vie ? Et le jeu d’échecs pliant dont je me souviens d’un seul coup, où est-il passé ? 

DDS 470 jeu d'échecs

J’ai encore l’air de me plaindre mais non, je ne suis en manque de rien, sauf de son regard bienveillant. Mon grand-père m’a toujours couvert de cadeaux très étranges voire étrangers : une guitare polonaise, des jeux d’échecs aux pièces bizarres en provenance d’autres pays de l’Est, des disques importés de Tchécoslovaquie – mon frère disait «Tchévavaquie» ! – des livres d’Aragon ou d’Alexis Tolstoï. C’est lui qui m’a poussé à apprendre le russe au collège.

En retour il a toujours été admiratif devant mes choix, parcours et lubies. Que je lusse autant, que j’écrivisse des poèmes dès l’âge de quinze ans, que je maîtrisasse le subjonctif passé le comblait de fierté. Mon frère et moi jouions de la musique, je travaillais dans une grande institution culturelle, j’avais choisi de vivre ailleurs, d’épouser une étrangère, de faire des enfants, de voyager avec elle sur ses propres traces… Il avait, comme toi, à la fois ce rêve d’un autre monde et cet attachement quasi clanique à la famille.

Nous étions, lui et moi, malgré les années et nos différences, dans un genre de total respect, amusés et surtout enrichis l’un de l’autre. C’est aussi ce lien-là que je ressens vis-à-vis de toi et je ne serais pas moi-même sans une pirouette finale qui consiste à te livrer des extraits de ton portrait lus sur «Astrothème.fr» qui m’ont bien fait rire.

DDS 470 carte du ciel de Rimbaud

Vive la communication et la mobilité, Arthur Rimbaud ! La prédominance des signes d'Air dans votre thème favorise et amplifie votre goût pour les relations avec autrui et les déplacements de toutes sortes, qu'ils soient réels - voyages - ou symboliques - idées nouvelles, évasion par l'esprit. Vous gagnez en souplesse et en adaptabilité ce qui peut vous manquer éventuellement en affirmation ou en sens du concret.

Le mode Cardinal prédomine chez vous, Arthur Rimbaud, et indique une prédisposition à l'action, et plus exactement à l'impulsion et à la capacité d'entreprendre : vous avez à cœur d'initier les projets que vous avez en tête, de démarrer les choses, de les créer. C'est pour vous la partie la plus importante qui vous donne enthousiasme et adrénaline, sans lesquels vous pouvez rapidement vous lasser.

Les maisons cadentes – le groupe des maisons 3, 6, 9 et 12 – sont les plus importantes dans votre thème natal, Arthur Rimbaud :vous savez vous sortir de tous les mauvais pas grâce à votre mobilité et à votre légèreté, dans le bon sens du terme. (Fastoche, la légèreté, quand on a des semelles de vent !).

Vous avez un côté artiste et vous ne négligez jamais dans vos actes et dans votre façon de communiquer des concepts très clairs, bien que subjectifs : le plaisir et la beauté, voire aussi la sensualité, tout cela parfois au détriment de l'efficacité, de la durée, de la logique, et... du détachement.

Votre vulnérabilité de Solarien peut quelquefois venir du péché d'orgueil ou encore d'une autorité un peu trop prononcée. La frontière entre l'orgueil et la vanité est ténue : à vous de ne pas la franchir et de garder en vous cette noblesse de cœur qui fait une bonne partie de votre charme.

Comme tout bon Jupitérien, vous êtes chaleureux, ouvert, liant, consensuel et actif : optimiste, vous savez utiliser votre confiance en vous pour convaincre, gommer les différences d'opinions et laisser aux spécialistes le soin d'analyser et de parfaire les choses. (Ils ne confondent pas un peu avec Macron, là ?)

Forcément, vous trouverez toujours des mécontents qui vous reprocheront votre manque d'authenticité ou votre tiédeur voire votre manque de courage, mais pour vous, la victoire, c'est de vous faire aimer, et sur ce terrain, vous serez sans doute le champion toutes catégories ! (Pas autant que Justin Bieber mais pas loin !)

Le Cancer est un des signes dominants de votre thème de naissance et vous apporte une imagination et une sensibilité d'une finesse extraordinaire. Bien que méfiant au premier abord – et même au second... - dès que l'on vous connaît et que l'on a gagné votre confiance, on devine chez vous un cœur d'or malgré votre discrétion et votre important désir de sécurité qui vous fait rentrer dans votre coquille à la moindre alerte ! Vous êtes en réalité un poète (Oh ?) et si parfois on peut vous reprocher un peu de nostalgie ou de paresse, c'est en réalité parce que pendant ce temps, votre vie intérieure, elle, fonctionne à plein régime.

Votre domaine pourra être celui de l'action dans l'ombre, des causes humanitaires, de l'aide aux défavorisés ou à autrui d'une façon générale, du travail dans des endroits calmes et retirés (Vous prendrez bien un petit désert, par exemple ?) et dans beaucoup de cas, vous pourrez obtenir des domaines cachés autant de trésors que ceux qui ont des destinées publiques.


Bon allez j’arrête là les boniments de Madame Soleil !

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C’est marrant : j’aurais surtout voulu te parler, aujourd’hui, dans cette lettre, du lien entre le jeu d’échecs et le voyage des idées et des gens dans le monde, de la Sicilienne, de la Scandinave, de Kasparov et de Bobby Fischer mais ça ne s’est pas présenté ou très peu. Comme toujours Grand père a confisqué l’histoire pour la réécrire ! Mais ça n’est pas grave, ça reste assez drôle au fond. L’essentiel, comme disait Pierre Desproges, c’est de vivre heureux en attendant la mort. Et je préconise pour ma part de rigoler un max’ en posant qu’elle n’existe pas.

C’est pour cela que je lève mon verre de vodka à votre santé, Messieurs de la balance !


P.S. Les généalogistes me disent que ton grand-père Didier Rimbaud est mort deux ans avant ta naissance et que ton grand-père maternel, Jean-Nicolas Cuif est décédé quand tu avais quatre ans.
T’as vraiment pas eu de bol, Arthur !

P.S. Sur le capitaine Rimbaud, on peut lire aussi ceci.

31 mars 2016

A qui appartiennent ces chapeaux ?

A qui appartiennent ces chapeaux ?

Répondez par A, B ou C et comptabilisez vos réponses A, B et C.
La solution est à la fin du billet avec votre profil psychologique établi en fonction du nombre de A, de B et de C que vous aurez cochés.

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A. Zozo

B. Maurice Carême

C.  Le chevalier Bayard

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 A. Nancy Klopédik

B. Eliane de Twitter-Douze

C. Aline-Diana Djones

  

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A. Karl I. Capeline

B. Alfred de Musset qui a écrit "On ne patine pas avec l'amour" 

C. Charles O. Guthrie

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A. Mlle Beulemans

 B. Léontine Coppenolle

C. Amélie Nothomb

Walrus Haddock

A. Le capitaine Achab

B. Archibald O. Maccione

C. Le père Bugeaud

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A. Mary Hopkin

B. Elsa Poppins

C. La reine d'Angleterre

Walrus Napoléon

A. Le fou du premier étage, celui qui se prend pour Jules César.

B. Chapeauléon Bonnet-de-Martre

3. Le Musée des Invalides

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A. L'oncle Sam

B. Onc' Walrus

C. Emmanuel Macron

 

Walrus Sherlock

A. Le docteur Watson

B. Le commissaire Maigret

C. Ce dear Bram Stalker

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A. Robin Williams

B. Rachel Desbois

C. Iznog Hood 

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A. Des agents très spéciaux

B. Hercule Poirot et Miss Marple

C. Le morse et le charpentier

Walrus Tartarin

A. Pierre Loti

B. Mamadou Banania

C. Le zouave du Pont de l'Alma

Walrus Tournesol

A. Le professeur Tourneboule

B. Le petit chimiste amusant

C. Tryphon de Lairéfrais

 

Si vous avez répondu A, B ou C à une seule des propositions qui vous étaient faites sous ces images, dites-vous bien que vous avez tout faux : ces chapeaux appartiennent à nos admins préférés !

Ils supportent et mettent en ligne depuis si longtemps mes élucubrations - et les vôtres - que cela valait bien, à l'occasion de ce défi, un grand coup de chapeau !

Avec les amitiés du neveu fou !

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1 décembre 2023

De l’utilité des pseudo-poètes et des faux maîtres-chanteurs (Défi du samedi n° 796)

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C’est bien entendu, monsieur Musset, il faut qu’elle soit ouverte ou fermée mais un sourcier doit veiller à ne pas égarer sa baguette plutôt que de se soucier de sa braguette.

On ne va pas en faire un pendule, monsieur Queneau, mais quand vous nous pondez « Eh bien voilà, lui dit-il, j’ai avalé ma pendule ! » votre histoire est-elle bien crédible ? Ne s’agit-il pas plutôt d’un pendule ?

Et moi qui suis à la recherche de mon utilité sur cette terre pourquoi voudriez vous que je fasse appel à un coudrier plutôt qu’au coup de l’étrier ? Si la radiesthésie est une pseudo-science, ne puis-je pas me déclarer pseudo-scientifique et décréter que je suis moi-même radiesthésiste, capable de retrouver dans tout mon fatras d’enregistrements, de manuscrits et d’écrits imprimés des paroles de chansons qui feront sourire certains et certaines et que d’autres découvriront ?

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Il en fut ainsi samedi dernier où j’interprétai en public, à la façon « chanson contée », le fameux – du moins le croyais-je – « Arthur, où t’as mis le corps ? » de Boris Vian.

On ne fait pas appel, dans ce récit de cadavres qui disparaissent, à la cellule « cold cases » comme on dit en bon français en lieu et place d’« affaires non résolues » mais à un médium spécialiste du spiritisme ancien. Encore une pseudo-science, sans doute ?

Ça me va, finalement, ce rôle de réveilleur de morts, ce statut d’interprète de vieilleries dans un monde où tout le monde fait appel à l’intelligence artificielle pour ne pas regarder en face le problème réel, celui de la connerie authentique !

N’ai-je pas trouvé, ma foi, ma réponse, ma voix et ma voie ? « Toi, Joe Krapov, ne te mêle pas de philosophie ou de politique ! Fais nous rire avec des mots, des chansons et avec tes interrogations stupides du genre : « Pourquoi horloge et pendule sont-iels à la fois féminin et masculin ? Pourquoi la même chose pour œuvre et mémoire ? Pareil pour amour, délice et orgue mais au pluriel seulement ? Est-ce que c’est lié au réchauffement climatrique le fait qu’un tryphon a détruit le champ de trournesols de l’agricultreur Van Gogh ? Doit-on dire un ou une hermaphrodite ?  Y’a t’il des camelots qui aiment la matelote ? Y’a-t-il des matelots qui aiment la camelote ? Ai-je besoin du plastique pour améliorer ma plastique ? Peut-on appeler barde de lard un barde à tête de cochon ? Le faune fait-il partie de la faune mythologique même s’il est aphone et que sa flûte fait « pan » comme une cartouche (c’est ce que dit le cartouche en dessous du tableau) ? Pourquoi a-t-on représenté un enseigne de vaisseau sur l’enseigne du magasin où l’on vend des slips Petit-bateau ? Parce que le petit mousse reprendra bien une mousse ? Il préfère le rade à la rade ? Pourquoi la foudre ne tombe-t-elle pas sur ces foudres de guerre qui nous pourrissent la vie ? A-t-on besoin d’un livre qui pèse une livre, d’un mode d’emploi à la mode pour nous dire qu’il ne faut pas s’y prendre comme un manche pour coudre une manche ou mettre la poêle sur le poêle ? Après cette nouvelle somme, ai-je le droit d’aller piquer un somme ? Cependant que les bourres, pour une fois pas à la bourre, interrogent : « Arthur, où t’as mis le corps ? ». 

8 septembre 2023

Faut du Genesis mais point Foxtrot n'en faut !

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Mademoiselle Renard a mis sa belle robe rouge mais personne ne l'invite à danser le fox-trot. Il faut dire que le bal a lieu sur une plage et qu'elle se tient debout dans le milieu des vagues.

Observée depuis le sable par six chasseurs à courre et à court d’arguments elle pourrait sembler Vénus sortant des flots ou un nouveau Jésus de sexe féminin faisant l'intéressant·e. Mais ce serait oublier qu'elle est venue, pareille à l’ours blanc étonné des banquises lointaines, sur une plaque de glace, que cela jette un froid et que les sept Pénitents blancs dont le premier porte une croix, tout encapuchonnés, dépourvus d’horizons, ignorent ce miracle musical d’un autre temps et la féminité assumée de Peter Gabriel, premier t****** du rock à l’aube des seventies.

(On a beau changer d'outil et passer de Word en ligne à Dictation.io pour dicter ses textes on est toujours chez ces idiots de logiciels anglo-saxons à ciseaux puritains qui remplacent le mot « travelos » par six astérisques !).

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Je ne vais pas délirer plus sur la pochette de l'album « Foxtrot » du groupe de musique « progressive » Genesis. Je viens de vérifier que je ne possède plus ce disque vinyle. J'ai délégué à mon épouse il y a quelques temps le soin de le revendre dans une braderie de Rennes.

C’est sur ce disque-là qu’on entend la version studio de « Supper’s ready », une suite de 7 passages musicaux liés d'un seul tenant. Cela dure 23 minutes et je l’écoutais souvent dans la version de l'album live « Seconds out » sans rien comprendre des paroles mais en adorant la musique.

large_Hackett_Steve_05-12-80Si j'étais ici pour vous raconter ma vie je vous confierais que j'ai été initié à cette musique-là par Marie-Paule D. qui en était fan·e et qui habitait « par-derrière chez nous », au numéro 11 de la rue Achille Olivier à L. Mais je sais très bien que ça vous fera des bosses d'apprendre que j'étais, le 5 décembre 1980, à Paris, dans le public du Théâtre Mogador qui écoutait et applaudissait le guitariste Steve Hackett qui officiait au sein de Genesis avec Tony Banks, Phil Collins et Mike Rutherford à l’époque de « Foxtrot » : 1972.

Eh non, je ne suis toujours pas un perdreau de l’année ! Je fais des efforts, pourtant !

On trouve tellement d'information factuelles de ce type sur Internet qu'on ne peut plus rien dire du flottement onirique de cette musique, de ce groupe-là et du jeune homme que j’étais alors.

De toute façon le monde a bien changé : ces musiciens à barbe et cheveux longs sont maintenant de gros messieurs chauves portant lunettes. Leur poésie n’est plus en cour et leur musique non plus. Les battements simplistes du rap ont remplacé les compositions savantes et le délire abscons des paroles n'est pas plus encaissable aujourd'hui qu’à l’époque.

Marie-Paule D. a disparu dans les limbes du côté de Mâcon. Je possède encore des cassettes contenant l’enregistrement antédiluvien de nos séances musicales communes. Elle jouait du Georges Moustaki, du Maxime Le Forestier et du Graeme Allwright sur sa guitare sèche et comme nom d’artiste elle avait choisi « Boulibif blues » !

Longue vie à elle !

Ce que je regrette le plus dans cette histoire c'est le sort que l'on a fait subir à Mademoiselle Renard par la suite, même et surtout de nos jours.D’accord, il faut de l'anthropomorphisme mais point trop n'en faut quand même ! Et du merchandising. Le commentaire, emprunté à Alphonse Allais, qui l’appliquait à Baudelaire, est le même !

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10 août 2023

Pas encore tout à fait amnésique. 6, Faire le Jacques

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On a beau raconter sa vie sur Internet, les un·e·s et les autres, on se connaît très mal finalement. Ainsi ce chien qui est une chienne, quel est son nom exact ? Peut-être Jackie (Russell) ? Peut-être pas !

J’aurais pu me contenter de chanter la chanson homonyme de Jacques Brel, d’abord parce que j’ai noté jadis ses accords pour ma guitare et ensuite parce que j’ai eu l’idée de l’interpréter à la douze cordes et à l’harmonica à la façon de Neil Young. Or je repars ce vendredi camper pour une petite semaine et je n’ai plus que ce mardi pour l’enregistrer.

Mais comme l’heure n’est peut-être plus à « faire le Jacques », je m’en vais jouer à nouveau pour vous au jeu du Bistrot mémoire. Je me souviens en effet d’avoir vu il y a quelques années, au festival Quartiers en scène à Rennes, un excellent spectacle dans lequel les interprètes avaient choisi de ne chanter que des chansons écrites par des prénommés Jacques ! Intéressant concept, amusant programme. Déclinons-le, recomposons-le ! 

On pourrait commencer avec les tubes des années 60 et 70 des deux Jacques associés, Lanzmann et Dutronc : « Et moi et moi », « Les Cactus », « L’Opportuniste », « J’aime les filles », « Sur une nappe de restaurant », « La Fille du père Noël », « Il est cinq heures Paris s’éveille », « J’ai tout vu, tout lu, tout bu », « Fais pas ci, fais pas ça », « Le Petit jardin » etc. D’autres chansons de Dutronc sans Lanzmann : « Gentleman cambrioleur », « Merde in France »… 

Jack l'éventreur

On pourrait enchaîner avec quelques tubes de Jacques Higelin : « Champagne », « Tombé du ciel », « Poil dans la main », « Je suis mort, qui qui dit mieux ? », « La Croisade des enfants », « Pars », « Encore une journée de foutue »…

On ajouterait Jacques Prévert : « Barbara », « En sortant de l’école », « La Pêche à la baleine », « Chanson pour les enfants l’hiver »…

J’aimerais y mettre aussi, dans cette compilation, l’orchestre de Jacques Hélian mais comme je suis plus adepte de Ray Ventura aucun titre ne me revient en mémoire, sauf, vaguement, une histoire de petit train…

On pourrait faire un sketch de Philibert à l’entracte : ils étaient écrits et interprétés par Jacques Bodoin : « La Table de multiplication », « La Leçon d’anglais » (aïe go tou the bla-keu-bo-ar-de), « La Panse de brebis farcie » ou une imitation du chien Pollux auquel il prêtait sa voix dans « Le Manège enchanté ».

De Jacques Douai je n’ai dans ma guitare que « File la laine » sans doute parce que je ne suis pas assez rouet pour me frotter sans me piquer à la quenouille.

BossuetPour Jacques Brel, c’est compliqué. J’ai une telle admiration pour cet auteur-interprète que cela m’a longtemps semblé un crime qu’on reprenne son répertoire. « Amsterdam » par David Bowie, ça n’a quand même pas très grande allure ! J’ai quand même accepté d’interpréter « Il peut pleuvoir » dans un spectacle de chansons « météorologiques » et aussi « Vesoul », « Rosa » et « La Chanson de Jackie ».

Je ferai l’impasse sur Jacques Lantier puisqu’il n’est qu’interprète de ce répertoire ancien où j’ai moi-même beaucoup pioché. Et encore plus sur Jack Lang dont la tournée d’adieux à l’Institut du monde arabe traîne tellement en longueur qu’elle vire au pathétique.

AlixJe me souviens bien sûr de Jacques Grello, chansonnier qui offrit une guitare à Georges Brassens et de sa chouette chanson « Il fait bon » interprétée par… les Frères Jacques !

Bien évidemment, ceux-là, je les inscris d’office même si eux aussi ne sont que des interprètes. On cite, on re-cite, on récite « La Queue du chat », « La Confiture », « La Chanson sans calcium », « La Marie-Joseph », « Le Complexe de la truite », « Fredo », « Les Tics », « Monsieur Lepetit le chasseur », « C’est ça l’rugby », « Général à vendre », « Don Léon », « Le Cirque », « La Lune est morte », « Le Général Castagnetas », « La Violoncelliste »…

On pourrait évoquer aussi Jacques Demy et chanter « Nous sommes deux soeurs jumelles » des « Demoiselles de Rochefort ». N’oublions pas Jacques Martin avec sa « Pêche aux moules » et son « Je frappe au n° 1 » !

Je vous fais grâce de Jackie Sardou et de sa progéniture lacustre du Connemara ! Dans le genre capillotracté on peut se lancer dans « Les Dalton » de Joe Dassin. D’après René Goscinny les cousins s’appelaient Joe, Jack, William et Averell mais quels étaient les prénoms des vrais frères ?

Faut-il compter Jean-Jacques Goldman parmi les Jacques et Jacquouille parmi les fripouilles ? Est-ce la faute à Rousseau s’ils tombent au ruisseau ?

Laissez-passer accordé à « Hit the road, Jack » de Ray Charles et à « La Légende » de Jacques Faizant. Aussi à la musique de « Vol au-dessus d’un nid de coucou » (avec Jack Nicholson !) car elle est de Jack Nietzsche, producteur de l’album « Harvest » de Neil Young mais pas de « Ainsi parlait Zarathoustra » qui est de Richard Strauss sans entrer dans la catégorie « valse de Vienne » ! A celle des films de Jacques Tati également !

A ma connaissance Jacques Anquetil, Jacques Rivette, Jacques Doniol-Valcroze, Jack Kerouac, Jacques Ralite, Jacques Attali, Jacques Audiberti, Jacques Villeret, Jacques Charrier, Jacques Chaban-Delmas, Jacques Canetti, Jacques Perrin, Jacques Perret, Giacomo Casanova, Jacques Audiberti, Jacques Charon, Jacques Chirac, Jack Daniels, Jacques Audiard, Jacques Lacan, Jacques Mesrine, Jacques Siclier, Jacques Ferrandez, Jacques Tardi, Jacques Séguéla, Jacques Chancel, Jacques Célère, Jacques Cident et « Jack court sur le haricot magique » n’ont pas écrit de tube inoubliable. 

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Ce n’est pas le cas non plus de Jack Baron et l’éternité, Jacky Twitter, non, Jacky Ickx, Jacques Laffite, Jacques Borel, Jacques Flash l’homme invisible de « Vaillant » et Pif-gadget », Jacques 1er d’Angleterre, Jackie Kennedy, Jack Vance, Jacques Vendroux, Jacques Balutin, Jacques Rouland, Jacques le fataliste qui prenait le métro à Reuilly-Diderot, Saint-Jacques de Compostelle qui ne faisait le plein que dans des stations Shell, tous les Jacolandins – Saint-Jacques de la Lande est à deux pas de Rennes – qui viennent jouer au blackjack ou au jacquet dans la rue du Champ-Jacquet pour décrocher le jackpot. Il n’y a pas à dire, quand Jacques cumule, Jacques cumule !

J’ai oublié ce que chantait Jakie Quartz mais je sais encore que le bassiste du groupe Hot Tuna était Jack Cassady. Par contre nous devons à Jacques Offenbach un certain nombre d’airs fabuleux et réjouissants tirés de ses opérettes comme « Votre habit  a craqué dans le dos » « Je suis Brésilien » «  Il nous faut de l’amour » « La Marche des rois »… Il y a aussi Giacomo Puccini mais lui, c’est moins ma tasse de chianti ! Trop bourgeois bohème !

Frère Jacques, Soeur Jak, dormez vous ? D’habitude je ne sais pas comment arrêter ces trop longues énumérations qui naissent dans mon bistrot mémoire mais aujourd’hui, grâce à ce jeu enfantin que tout le monde connaît, c’est plutôt facile :

- Jacques a dit « Posez les crayons ! »

Et il a ajouté :

- Sortez les micros !

19 août 2023

RECETTE DE LA VÉRITABLE PAGNOLADE PROVENÇALE

INGRÉDIENTS :

- Une marmite de ragoût de mouton qui est tombée du 1er étage de chez L’Amélie ;

- Un percepteur néo-rural avant l’heure : en prévision de la crise sanitaire liée au (à la?) Covid-19 et à la fièvre de télétravail qui va s’emparer du monde entier, il a décidé de retaper le mas familial en ruines et de s’y installer avec femme et enfant pour devenir cuniculiculteur et en même temps vivre de sa production agricole en circuit court . Il faut le choisir de préférence un peu bossu mais sans faire référence à Henri de Lagardère ou à son descendant Arnaud. Quoique… ;

- Une sourcière bien aimée. C’est la fille du percepteur baba-cool. Écologiste dans l’âme, elle sait s’occuper des caprins sans que la bête de M. Seguin ne la rende chèvre, elle connaît tout le territoire de la garrigue, notamment les endroits où l’eau jaillit de la montagne. Grâce à sa discrétion elle surprend des conversations compromettantes du style pot-aux-roses même s’il s’agit avant tout d’une histoire d’oeillets ;

- Une tenue de chasseur de luxe de nature à faire oublier les tartarinades du bachi-bouzouk de Tarascon. Mais l’habit ne fait pas le moine comme diraient entre deux messes le curé de Cucugnan et le Révérend père Gaucher ;

- Un garçon de ferme célibataire qui rêve de devenir riche grâce à une reconversion dans l’horticulture. Un nommé Ugolin fera très bien l’affaire, surtout s’il entre bien dans la tenue de chasseur de luxe ;

- Un sac de ciment à prise rapide. Il servira à boucher, en cachette d’à peu près tout le monde, les sources sises sur le terrain appartenant au percepteur. Cette histoire d’élevage de lapin et d’intrusion illégale sur une propriété privée nous rappelle l’invasion de la villa de Christian Clapier en Corse ;

- Et justement il faut ajouter un parrain. Il est vieux, il est riche, roué, madré, manipulateur. C’est lui qui porte le chapeau mais il ne se salit pas les mains. Il laisse les basses œuvres à l’Ugolin ;

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- Une photo de Claudia Cardinale qui trempe ses jolies mains dans une fontaine pour une publicité contre la canicule « Hydratez-vous ! ». Cet ingrédient est facultatif mais, comme la cerise sur le gâteau fait saliver les dames, il fera peut-être baver les messieurs ;

- Une mule, même pas du pape, ou un mulet mais pas le poisson. Quatre pattes, grandes oreilles, sachant porter de lourdes charges. Un âne comme celui d’« Antoinette dans les Cévennes » peut éventuellement faire l’affaire mais depuis que l’animal a ouvert un cabinet de psychnalyste, il ne s’intéresse plus aux auteurs et autrices de fictions. La bête que vous achèterez n’aura du reste qu’un tout petit rôle dans la réalisation de la Pagnolade : exactement comme l’Arlésienne de Bizet, on lui demandera simplement de ne pas être là le jour où l’on aura besoin d’elle ;

- De l’anisette. Encore de l’anisette. Toujours de l’anisette ;

- Des habitants du village qui causent à n’en plus finir autour de l’anisette ;

- Un flashback un peu coûteux composé d’un bataillon de soldats français en Afrique et d’un facteur qui perd une lettre d’une importance capitale en déclarant « Un coup de dés jamais n’abolit le hasard ». En suite de quoi le porteur de djellabah, Mohammed Ben Mallarmé, s’en va faire sa partie de 421 avec ses coreligionnaires au bistrot du bled mais pas autour de l’anisette : quand on fait aussi mal un travail d’Arabe mais qu’on est un bon musulman indépendantiste on s’abstient de boire de l’alcool ;

- Une corde solide avec un noeud coulant ;

- Un pastis… Non, un pastiche de Georges Brassens : « La pendaison, papa, ça ne se commande pas » ;

- Une vieille femme aveugle qui joue le rôle du choeur antique et du Deus ex machina ;

- Un instituteur peu ordonné qui cherche par tous les moyens à se débarrasser de son couteau suisse. Mais qu’est-ce qu’ils ont contre les Helvètes, les Provençaux? Plutôt que de faire confiance aux banques des bords du lac Léman ils gardent leurs économies sous leur oreiller et ils se méfient des livres de Jean-Jacques Rousseau et des autres ;

- Une jeune fille qui va au bal, qui faute, tombe enceinte et n’arrive pas à prévenir le père du petit, parti faire le soldat en Afrique, de sa mésaventure à elle et de sa paternité à venir à lui. Même si les Alpes-Maritimes sont proches du lieu de l’action, la recette de la Pagnolade ignore cet ingrédient devenu capital chez tous les amoureux de la nouvelle cuisine feuilletonnière : le 06 ! ;

- Une Suzanne au bain ou plutôt « dans l’eau de la claire fontaine » Ce sera la sourcière bien-aimée ;

- Un voyeur : le rôle et la langue d’Ugolin sont tellement chargés qu’on pense au loup de Tex Avery, l’animal à poil noir, pas le poisson ;

- Un bâton d’explosif ;

- Surtout, très important, beaucoup de cet accent qu’on attrape en naissant du côté de Marseille.

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PRÉPARATION :

- Commencez par faire macérer tous ces ingrédients dans un paysage magnifique embaumant le thym, la lavande, le romarin et la farigoulette ;

- Assaisonnez avec du ciel bleu, des caractères emportés, enflammés, enthousiastes ou à l’inverse renfrognés, butés et taciturnes ;

- Faites cuire à part au soleil de l’Afrique le bataillon de soldats et le facteur négligent ;

- Gardez au frigidaire la vieille aveugle. Ne lui demandez surtout pas de vérifier si la lumière reste réellement allumée ou si elle s’éteint quand on ferme la porte du réfrigérateur.

- Sur un lit de rivière asséchée faites revenir la question du réchauffement climatique, des méga-bassines, du circuit court, du travail des femmes et de la bêtise des hommes ;

- Ajoutez l’explosif. Après la déflagration éteignez le Jean de Florette (le percepteur en burn-out) et transvasez tous les ingrédients dans une marmite plus vieille de cinq ans pour que la Pagnolade soit encore meilleure. La marmite du ragoût de mouton de l’Amélie peut très bien faire l’affaire.

- Laissez reposer une nuit ;

- Posez la vieille aveugle au sommet de la Pagnolade ;

- Servez sans faire de chichis avec des bruits de cigale, des parfums de nostalgie passéiste, de belle histoire d’amour et de littérature classique qui n’a pas oublié qu’on a disserté, le mois dernier, des jeux de l’amour et du hasard.

SOURCES

« Il faut toujours citer ses sources » comme disait ma professeur Manon Lescaut de l’Université de Cambrai-sur-Bêtise avant de devenir moins célèbre que sa petite-fille Julie. Cette recette d’histoire « à la mode de Marcel Pagnol » a été recueillie dans l’adaptation en bandes dessinées de M. Jacques Ferrandez dont nous avons fort apprécié le talent et le savoir-faire. Merci à lui.

 Ecrit pour le jeu n° 85 de Filigrane (La Licorne) d'après cette consigne 

23 décembre 2022

Une photo retouchée

En ces temps d'entre le boeuf et l'âne, j'ai cru bon de faire le malin (le boeuf, oui !) en nettoyant le ciel et des petits détails de cette photo qui appartient à Dame Adrienne.

La retouche stalinienne, c'est un vrai virus et, je l'admets, c'est vrai, je l'ai chopé alors que "On ne t'a rien demandé, Joe Krapov !"

Joyeux Noël quand même !

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9 décembre 2022

99 dragons : exercices de style. 75, Belgicismes

- Le Lumeçon ? Tu veux aller au Lumeçon de Mons qui a lieu pendant le Doudou ? Quelle langue tu causes, là ? C’est quoi, encore, ce mystère que tu nous fais ?

- Justement, c’est un mystère ! La reconstitution du combat de Saint-Georges contre le dragon ! Le dragon s’est accaparé des moutons des paysans...

- Il est très amusette, très amitieux, il veut juste leur faire une baise sur les joues, alléï !

- Non, non, il les grille au chalumeau, les met dans son assiette profonde et les avale en buvant une gueuze Lambic à fond pour éviter d’astruquer ! Tu penses bien que l’éleveur qui s’est fait ainsi arranger, ne reste pas les deux pieds dans ses babys. Il s’en va faire le beideleir chez le baas, le bourgmestre.

- Quel pitch ! Il va déranger le roi pour juste une petite bisbrouille, un simple conflit de voisinage, une brette ? Il va entrer avec ses chaussures pleines de berdouille dans un château où c’qu’y a tout qui blinque ?

- Qu’est-ce que tu viens encore braire, Mathurin ? dit le roi au nuton pelant. Quelles carabistouilles vas-tu nous raconter, espèce de breyoû ?

- Y’a du brol, majesté ! Va falloir lui dire « Coucouche panier ! » à la bibiche qui vient jouer les crapuleux de ma strotje dans votre petit royaume ! Quel goulaf ! Vu son appétit énorme, vos croustillons et votre bloedpens sont menacés par ce dzoum-dzoum qui bâfre !

- C’est bon, retourne affronter la drache, je vais sonner le sauve qui pleut général et rassembler les échevins, on va régler ça vite-fait.

***

Ce qui m’épastrouille dans cette version-là, c’est qu’il se trouve tout un tas de baraquîs, de castards et de dikkeneks pour faire le chipot, aller direct au casse-pipe, mouiller la chemisette (leur marcel !) et chauffer l’encombreur qu’on a déjà surnommé la bête bise de Combray.

Ils sont meilleurs qu’ailleurs les estaminets, les bars à schnick et les caberdouches de Mons ? Les guindailles sont spéciales, par là-bas ?

Toujours est-il qu’ils sont tous partant pour aller filer des calottes à Elliott, le faire tourner en rond et en bourrique comme sur un carrousel, lui faire avaler sa chique Hollywood ! Pas un seul clopard dans la bande, pas un seul qui ait la chite au moment d’en découdre avec le gros fumeur ! Aucun labbekak dans la troupe ! Ils ont mis quoi dans la flamiche pour que ça gaze autant ?

Les voilà tous sur la grand place, excités comme au jeu de balle ! Ah, la kermesse ! Ça vous donnerait la kikkebiche, pour un peu !

Toute la population autour a délaissé son kot, même les ménagères ont posé leur loque et tordu leur wassingue pour venir voir la margaille.

DDS 745 Lumeçon 02C’est vrai qu’il est spittant le Saint-Georges, même si son cheval est noir ! Il ne s’est pas habillé chez un marchand de loques ! Casaque jaune bordée de rouge, chemise bleue, gants blancs, maronne de cavalier blanche et bottes noires, il porte un casque de cuirassier belge de 1845 (en 303 ?) : cimier cuivré, plumet rouge et queue de cheval à la nuque.

DDS 745 Lumeçon 03 ChinchinsAutour de lui il y a douze Chinchins avec des fouffes de tissu écossais et des chapeaux noirs et si on ne voit pas leur kilt avec rien en-dessous c’est qu’ils sont engoncés dans des chevaux-jupons couverts de peau de vache et qui symbolisent des chiens-chiens (qui sont peut-être des chiennes-chiennes).

L’ange gardien de Saint-Georges, le treizième homme, est appelé Chinchin protecteur. Il est un peu comme le sélectionneur de l’équipe qui s’occupe des lances et des relances. Le D.J. des champs de bataille !

DDS 745 Lumeçon 04 diablesEn face il y a onze diables qui brandissent des vessies de porc en faisant croire au public qu’il s’agit de lanternes mais les Belges ne sont pas aussi sot-l’y laisse qu’on le croit et rétorquent du tac au tac « Et mon cul, c’est du poulet ? ».

A côté de ça il y a onze hommes blancs qui manipulent le dragon, huit hommes de feuilles qui soutiennent sa queue dont tout le monde dans le public veut arracher le crin ( ??? Même dans le Kâma-sûtra, on ne lit pas de phrases aussi affriolantes que celle-ci !).

DDS 745 Lumeçon 05 Cybèle et poliade
Depuis 2001 il y a deux sorcières rousses, Cybèle et Poliade, qui ne font pas partie de la diégèse (ce n’est pas un belgicisme, c’est juste un mot savant qui signifie qu’elles n’ont rien à fiche dans l’histoire, qu’elles n’étaient pas dans le storyboard original) et c’est ce qui me fait dire qu’ils sont fous, ces Belges, mais que je ne les remercierai jamais assez de m’offrir d’aussi belles poilades.


Il y a donc du monde, 46 personnes, sur le terrain et l’arbitre ne siffle aucun penalty, ne sort aucun carton, ni jaune ni rouge, n’arrête pas le match qui, dans ces conditions extrêmes, va durer non pas nonante mais trente minutes ! Même qu’à la fin, fait pratiquement inédit dans les annales du sport, le héros sort de sa huche à pain un pistolet du modèle « Verlaine à Bruxelles en 1873 » et assassine son adversaire qui pète voï et s’en va passer quatre saison en Enfer !

DDS 745 Lumeçon 01

Ben oui, il reviendra l’année prochaine. Le mystère n’en est pas un, c’est du cinéma, ou plutôt du théâtre qu’on suit ici avec passion. Ça existe depuis 1248, ça se passe tous les ans à la Trinité sauf quand ce zot de Malbrough et cette folle de Covid reviennent nous faire jouer à carnaval !

La Ducasse de Mons, le Doudou, est même inscrite au patrimoine oral et immatériel de l’humanité. C’est dire si, en vous le présentant ici de manière aussi peu sérieuse que possible, j’ai encore accompli un grand pas dans l’iconoclastie chère au capitaine Haddock !

Mais je suis sûr que les admiratrices et admirateurs de monnonc' Archibald me pardonneront la chose ! 



P.S. Je ne suis absolument pas certain d'avoir fait un emploi correct des belgicismes.
Je les ai relevés ici où, semble-t-il, ils ont déjà fait l'objet de contestations.

4 décembre 2020

Entre les trous de la mémoire (2) (Défi du samedi n° 640)

Au réveil je lui masse le dos, surtout les trapèzes, là où la colonne se voûte un peu.

- Comment elle a roupillé, la bossue ? Cocardasse, Passepoil, Paul Féval !

Ca la fait rire de réentendre les noms des compagnons du chevalier de Lagardère. Elle, elle les avait oubliés. Pas moi. C’est comme Constance Bonacieux dans les Trois mousquetaires.

- C’est un joli prénom, Constance ! dit-elle.

- Parles-en à Mozart ! Constance Weber !

Et puis je passe toute la journée à transvaser des fichiers précieux d’un disque dur externe à un autre à cause d’une erreur Ox8007045D qui me fait craindre le pire pour leur survie.

Et je me retrouve à cogiter sur ces personnages de second rang avec lesquels je vis alors que tout le monde les ignore, les a oubliés ou s’en fout totalement.

La cousine Bette, le père Goriot, le général Dourakine, Tom Sawyer, Huckleberry Finn, Igor Wagner, Séraphin Lampion, Croquignol, Filochard, Ribouldingue, les Pieds nickelés. Céleste Albaret, l'inspecteur Lavardin, l’agent Longtarin qui est pourtant dans toutes les têtes du moindre décideur ou commentateur actuellement.

Dominique Appia, Léonor Fini, Roger Dean, Félix Labisse.

DDS 640 Appia 01 B Entre les trous de la mémoire

Dominique Appia - Entre les trous de la mémoire (détail) (1973)

- Quand un vieillard disparaît, c’est comme une bibliothèque qui brûle. Amadou Hampâté Bâ.

- Comme celle d’Alexandrie-Alexandra ! Joe Krapov.

Et puis toutes ces bêtises dont on n’entend plus parler qu’au jeu des mille euros : L’Hermione de Lafayette qui épate la galerie à Rochefort près de la corderie où sont nées deux sœurs jumelles nées sous le signe des gémeaux, Françoise Dorléac et Catherine Deneuve pour un film de Jacques Demy qui fut un entier succès.

J’en suis convaincu : toutes ces informations ne valent plus une roupie. Il vaudrait mieux qu’elles roupillent totalement et laissent de la place dans ma tête pour…

De la place à quoi ? Aux discours des politiciens, des médecins, des charlatans, des banquiers, des complotistes, au blabla d’Adèle van Reetha-Kouchovsky et des autres chroniqueurs et chroniqueuses des médias ? Au bruit des rappeurs, aux sirènes du black Friday, aux sanglots longs des tire-fesses arrêtés de l’hiver, aux associations charitables qui vous demandent de leur faire un legs et puis de mourir ?

Le seul endroit où ma mémoire me fout la paix, c’est quand je suis devant un échiquier. Toutes ces lignes, tous ces mouvements, toutes ces pressions, ces conjonctions de forces, ces menaces, ces gaffes à éviter ou à attendre, cette paire de fous effectivement bien supérieure aux cavaliers, ces pions qui sont l’âme des échecs comme disait François-André Danican Philidor, champion français du XVIIIe siècle également auteur d’opéras…

Bon je n’ai rien dit. Je ne sais pas si je ne préfère pas faire des insomnies et me rendormir jusqu’à 10 heures trente, finalement.

- Est-ce que c’est bon pour ce que j’ai, docteur, les dialogues du matin ?

19 février 2021

C'est parti, mon Kiki !

  

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Duplicata de CV

pour dossier

n° 1920-PRI-01

 

Alice Christine PRIN 

née le : 2 octobre 1901 à Châtillon-sur-Seine (Côte-d'Or) 

Adresse actuelle : Brasserie La Rotonde, 105 boulevard du Montparnasse 75 Paname (demander Kiki) 

Tél : épris Kiki croyez prendre !

Email : dentaire, comme tout le monde ! Blanc et brillant !

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FORMATION


LANGUES

De velours, palais d’amour, corps diplomatique, paluches baladeuses et tout le reste, bonne poire, à l’avenant

 


Châtillon-sur-Seine
1901-1913


BA BA de la cambrousse bourguignonne chez Mamie Renée (avec initiation aux galipettes par la grâce du cousin Roger dit «L’as Vegas surpatte»).

Paname-sur-Seine

1913-1914

 

Apprentissage de la lecture à l’Ecole communale de la rue de Vaugirard

LOGICIELS

Plastique. 2.0 ; Khol 8 ; Rouge à lèvres Rouge vif 31 ; Coiffure Qu’au bol 10

Paris

1914-1915

Diplôme de Démerde-toi ma grande sur le trottoir de la rue Dulac (sans tomber dans la galanterie non plus, nonméo ! C'est pas mon genre !)

EXPÉRIENCE PROFESSIONNELLE

Paris 1915

Maison d’édition Raoul Soulmanteau

Brocheuse de Kamasutra

Paris 1915

Interflorus

Livreuse de bouquets de violettes

Paris 1915

Latécoère

Visseuse d’ailes d’avion (poste de haut vol)

Paris 1915

Félix Potin

Laveuse de bouteilles (ben quoi ? Y’en a bien d’autres qu’elles essuyent les verres au fond des cafés !)

Paris 1916

Boulangerie Thénardier

Vendeuse surexploitée

Paris 1916

X (Désolée, j’ai oublié son blase au vioque à qui j’ai montré ma boutique pour la première fois !)

Modèle pour sculpteur

Paris 1917-1920

Maisons Soutine S.A., Mendjizki Ltd, Societa Modigliani, Foujita Sushishop

Modèle pour peintre

Paris 1918-1920

Auto entrepreneuse (start-up La Femme libérée)

Portraitiste talentueuse de bidasses heureux d’être sortis des tranchées

Paris 1920

 Chez Papa Libion, piège à touristes amerloques

Pilière (ça se dit ?)  de bar puis agent d’ambiance à La Rotonde

CENTRES D’INTÉRÊT

 


La chanson de salle de garde, l’amour des hommes, le dessin, la diplomatie de charme. Mais surtout l’espionnage et le service de la France. J’aimerais bien être Mata-Hari mais pour le compte de Marianne et qu’on ne me fusille pas sur la fin.

27 septembre 2019

Le Comité de braderie envoie la chanson !

 Le Comité de braderie envoie la chanson !

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On a l’impression que tout sourit au Comité de braderie de Villejean cette année ! Le vide-grenier du 1er septembre dernier a été ensoleillé de bout en bout et les bradeurs et chineurs, très nombreux, se sont montrés satisfaits de cette journée. Le premier concert de chanson française qui a suivi, le 14 septembre, a été lui aussi très réussi. Comment ? Le comité de braderie chante et enchante ? Ce n’est pas tout à fait ça mais il y a de ça. Un point d’histoire et un petit laïus d’économie solidaire sont nécessaires ici.

Un bilan positif
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Depuis trois ans maintenant la braderie de Villejean est organisée par un groupe de bénévoles de «Rencontre et culture» l’association qui gère la Maison de quartier de Villejan. Ils sont bien sûr très activement soutenus par l’équipe professionnelle de la MQV pour tout ce qui concerne la logistique, l’accueil, le matériel, l’entretien et la comptabilité ainsi que par des adhérents du secteur jeunesse.

Cette journée au cours de laquelle chaque habitant peut vider son grenier ou faire des affaires en achetant des articles de seconde main demande une sacrée organisation et de nombreuses réunions de préparation. Nous avons pu assister à l’une d’elles et ce fut très intéressant de découvrir les coulisses de la braderie.

Du côté des recettes cette action braderie rapporte le montant des inscriptions des bradeurs et les revenus de la cafétéria. Côté dépenses il faut compter la location de la sonorisation, les boissons, les heures supplémentaires du personnel de la MQV et aussi bien sûr la SACEM pour la diffusion de la musique. Bon an mal an il se dégage ainsi chaque année un bénéfice d’un millier d’euros.

Réinvestir les bénéfices

Que faire de cet argent ? Il a été convenu que le Comité de braderie, collectif interne à l'association Rencontre et culture, avait un espace d'implication et de décision qui lui permettait, en quelque sorte, de le réinvestir. Des membres du groupe ont suggéré l’idée d’organiser des concerts à tarif peu élevé pour que les familles modestes du quartier puissent en profiter. Cette initiative sympathique, acceptée par tous, est entrée dans sa phase de réalisation en ce début d’automne 2019. 

Des concerts pour pas cher du tout

Le quatorze septembre dernier était donc proposé aux Villejeannaises et Villejeannais un concert dont le prix d’entrée avait été fixé à… un seul tout petit euro ! Difficile de faire moins cher sur la place de Rennes ! On pouvait aussi, préalablement à ce spectacle, consommer galette-saucisse, crêpe et boisson pour quatre euros. On n’arrête plus cette équipe d’hyperactif.ve.s qui a assuré l’accueil, la billetterie et le service de 58 repas payants. 

Il y avait deux groupes à l’affiche et la tonalité était à la bonne humeur. En première partie, les mA2R1 d’O douce, la chorale des retraités de l’Université de Rennes 1, a présenté son anthologie de chants de marrants qui va de Boby Lapointe aux Frères Jacques en passant par Georges Brassens et Graeme Allwright.  

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Les 68 spectateurs payants ont ensuite eu droit à « Singing sous the pluie », un spectacle du trio comique « Am’nez zique et les Biches » consacré aux chansons météorologiques. Toutes les chansons qui parlent du temps qu’il fait auraient, selon eux et elle, été écrites par des météorologues. Albert Simon et sa grenouille seraient les auteurs de «La Gadoue», Alain Gillot-Pétré aurait écrit «Quand le soleil entre dans ma maison», etc. Le public a bien ri de ces textes de liaison un peu barges et de certaines chansons théâtralisées comme «Le parapluie» «Boum» ou «La Saint-Médard», interprétées avec décalage mais aussi avec respect.

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Deuxième acte : Mémé les Watts

Mais ce n’était qu’un début ! Un deuxième concert est prévu le samedi 9 novembre vers 20 heures. Cette-fois ci le Comité a mis le paquet en invitant un groupe de Laval qu’il ne faut absolument pas rater. Il s’agit de Mémé les Watts. Pierre Bouguier, son charismatique guitariste-chanteur, entraîne le groupe dans une revisite rythmique de la chanson française du siècle dernier.

Comme il l’écrit lui-même « Le quartet réarrange Bourvil aux arômes funky, Luis Mariano à la sauce caribéenne, Berthe Silva teintée de pop, Yves Montand de rock. Les quatre compères aiment faire (re)découvrir ces textes intemporels par la diversité de la musique actuelle. »

Ce concept de musique rétro-actuelle devrait enchanter le public. Même si, financièrement, ces concerts à un euro sont déficitaires – le but n’est pas de gagner de l’argent mais d’en dépenser pour le bien de tous - le Comité de braderie sera évidemment aux anges si les 250 places de la salle de spectacle de la Maison de quartier sont occupées ce soir-là. Notez donc cette date sur votre agenda et venez nombreux assister à cet événement festif. Nous le ré-annoncerons ici fin octobre.

Peut-être aurez-vous ensuite la chance, l’année prochaine, de bénéficier au même endroit d’un spectacle avec la comédienne Corinne Masiero ou d’une avant-première d’un film de Ken Loach en présence du réalisateur ? Ce sont là les rêves secrets de certaines dames du Comité de braderie et nous leur souhaitons qu’ils soient exaucés un jour !

Vous pouvez également rejoindre les rangs de ce collectif qui sait, comme le montre la première de nos photos,  «envoyer la chanson» mais aussi bien s’amuser ensemble !

Joe Krapov

Crédits photographiques : 1 et 2 : Joe Krapov ; 3 : Eliane Chevreux ; 4 : Basu Tallur.
Vidéo de Mémé les Watts : Nevascanim.

28 septembre 2018

LE YOGA DE LA NARINE

 Se chante sur l'air de "Les Gars de la marine" de Werner-Richard Heymann

 

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1
Quand on est retraité
C’est fou la quantité
De sports et de loisirs
Que l’on vous donne à choisir

De la marche nordique
Aux cours d’informatique
De la danse de salon
Aux visites d’expositions

Comme il est doux de ne rien fai-aire
Voici ce que moi je préfè-è-ère

 

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Refrain 1
Je fais l’yoga de la narine
J’inspire l’oxygène à fond
Je r’tiens ma respiration

Je fais l’yoga de la narine
Je r’jette le gaz carbonique
En f’sant du chant diphonique

Ca se pratiqu’ les fingers in the nose
Ca permet d’voir la vie en ro-o-ose

C’est fou l’yoga de la narine
Le monde entier s’illumine
On n’a plus b’soin d’aspirine !

 

 

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2
Y’a de drôles de cocos
Qui s’fourrent dans les naseaux
Des boules de naphtaline
Et tout’s sortes de farines

Je n’suis pas de ces oufs
Qui marchent à la schnouf
Qui sniffent la Seccotine
Ou qui kiffent l’amphétamine

Pour m’envoyer au dix-septième ciel
J’utilise une méthod’ très naturelle


Refrain 2
Je fais l’yoga de la narine
Je fais prendre à mes sinus
La position du lotus

Je fais l’yoga de la narine
Ca m’fait frissonner l’échine
Ca stimule mes endorphines

D’une respiration profon-onde
Je m’transcend’ dans un autre mon-on-onde

Je fais l’yoga de la narine
Les ailes de mon nez palpitent
Je n’sais plus où est-ce que j’habite !

 

longtarin80

3
Les agents de police
Ont un bel appendice
Regardez Longtarin
Et vous me comprendrez bien

Un rien les ébouriffe
C’est les rois du bourr’-pif
La seule vue d’une manif
Les rend super-agressifs

Pour calmer Benalla et ses consorts
Je leur conseille de pratiquer ce sport

 

s-l300

Refrain 3
Fait’s le yoga de la narine
Prom’nez vous dans la nature
Et prenez un bol d’air pur

Faites le yoga de la narine
Respirez l’odeur des fleurs
Et les parfums enchanteurs

Je suis sûr que cette prati-ique
Vous rendra bien plus sympathi-i-iques

Faites le yoga de la narine
La cuisine aux p’tits oignons
C’est bien meilleur que les gnons !


4 scandé façon slogan de manif

Crénom de nom !
Les crottes de nez
En vérité
Ne sont que des
Gadgets de Pif !

Salut les yofilles !
Salut les yogas !
 

16 février 2018

Léon, Lucette, Sam et Yvette : atrabiloute ?

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Je ne suis pas de caractère
Atrabilaire.

Un jour sur deux je suis jovial,
L’autre d’humeur primesautière.

J’aime les guinguettes printanières ;
J’y garde le sac de ma copine
Car je danse vraiment trop mal.

Je reste derrière ma chopine,
J’observe le cérémonial
Du fest-noz, de la boîte, du bal
Populaire.

Et comme j’ai aussi la guitare amicale
Je chante des javas pour plaire
Aux défiantes septentrionales
Qui aiment quand ça part en sucette ! 

Spécial dédicace à Maryline18 qui a pondu   ici  ces  paroles immortelles !

7 avril 2017

CHANSON DES AMOURS DE PLATON

1

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Quoi ? On voudrait que je convole
Avec une plus ou moins frivole ?

Que je sois fidèle
A Adèle ?

Que j’aille à la mairie
Pour épouser Marie ?

Que derrière Michelle
Je tire un peu l’échelle ?

Que je trace une bissectrice
Sur ce qui n’est pas Béatrice ?

Que je jure fidélité
A la belle Félicité ?


Refrain

DDS 449 gailuron11_01042002

Mais moi mes bons amis
Je ne fais rien à demi !

Je procrastine
Avec Christine.

Dans l’escalier, au fond d’la cour,
C’est le meilleur moment d’l’amour.

On en est aux préliminaires
Au moins depuis l’année dernière !

On a toute la vie pour conclure :
Plus on attend et plus c’est dur !

Je procrastine
Avec Christine

Et d’temps en temps,
Pour le changement,

Je joue à la bataille navale
Avec Chantal !

2

Pourquoi ferait-on aujourd’hui
Ce qu’on appelait le déduit ?

DDS 449 Aragon-Louis-Le-Con-D-irene

On voudrait que je m’extasie
Des orgasmes d’Anastasie ?

Que je m’étonne
Du con d’Yvonne

Ou de la queue de sirène
D’Irène ?

Qu’a d’exceptionnel
Pimprenelle ?

Pourquoi fonder famille
Avec la belle Camille ?

(au refrain)

[Parlé :]
Est-il bien raisonnable de remettre à deux mains, fussent-elles innocentes, le soin de tirer au sort des plans sur la comète quant à notre avenir ? A quoi bon décider du futur ? « Demain » sera, demain, devenu « aujourd’hui » et « hier » après-demain. Qu’est-ce que cela changera au fait que rien ne change, qu’on ne peut rien changer sans prendre le pouvoir et qu’il faut pour cela être un peu dérangé ou accepter de l’être ?

Voilà pourquoi avec Christine on procrastine. Voilà pourquoi avec Yvonne on s’abandonne. Les bras en croix sur le gazon on se fiche de l’horizon. On regarde le bleu du ciel, on se récite notre missel sous le hamac de Moustaki : " Carpe diem et lapin noctem !", « Vive le droit à la paresse ! »

3

Ainsi est dite notre messe !
On peut discuter de tout cela
Mais croyez-moi :
Y’a rien qui presse !

24 mars 2016

UNE FUITE D'HUILE

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Extrait du journal intime de Delphine Durand :

C’est devan sette porte que tout a comancé.

C’est devan sette porte que tout a comancé à foarer !

Déjà Madame Rochet (c’est Manman) avait perdu la clé du garage. Monsieur Durand (c’est Papa) a sorti son paspartou, il a crochté la cérure en disant « Sézame ouvre-toi » et la porte s’est ouverte. Mon papa, il pourait être un roi de la kambriole si qu’il voudrait !

Ensuite la berline était pas très belle. Une caisse verte avec des roues jaunes citron. Hiper kitsch, super esbrouffe.

- C’est quand même une six-chevaus, a dit M. Durand (c’est papa). Avec ça on devrait trasser.

Mais le pire c’est quand on a sorti du cofre une robe de Marie-Thérèse (c’est ma sœur) et qu’on a comandé que je l’enfile. Alors j’ai pleuré. Un garson sa s’habille pas en fille quand mème ! Mème pour partir en vacances ! Madame Rochet (Manman) qui fait gouvernante maintenant a dit :

- Un garson sa pleure pas, non plus !

Elle m’a filé deux tartes et j’ai arété de pleuré. J’avais compris qu’il ne fallait pas « tiscuté ».

- A partir de maintenant tu t’apèles Delfine et tu te tais, jawohl ?

Alors j’ai obéi et j’ai fait du boudin pendan tout le voyage vers chez Tonton Léopold.

Quand on part en vacances, dans la famille, on voyage de nuit parce que… « Parce qu’on fa loin et que les enfants torme tans la foiture. Ca fatike moins le cocher et on n’est pas oplichés t’infenter tes cheux à la con pour les okupper ».

Pourtant sette année, même en partant de nuit, Papa et Manman ont mis le paqué, kestion distractions. C’est carément le carnaval !

Louise-Elisabeth, notre gouvernante, c’est déguisé en barone russe ! Madame de Korff qu’on doit l’apelé ! Elle s’y croit un maksimum ! Elle a pris un air pinsé, mis sa plus belle robe et elle a exijé d’avoir la place du milieu dans le sens de la marche « sinon je vomi » ! Bonjour l’anbianse !

Marie-Thérèse et moi nous sommes les filles de la barone. Monsieur Durand (c’est papa) est son valet de chanbre. Tante Elisabète, qu’il faut apeler Rosalie, est la dame de companie de la barone Russkoff. Manman, qu’il faut apeler Madame Rochet, est notre gouvernante. C’est d’un drole, ce jeu !

- On est inconito, nous a espliqué Papa, enfin, M. Durand. Persone doit savoir qu’on va chez Tonton Léopold alors on dit qu’on retourne chez nous à Franquefort.
- C’est quoi alors notre nom ? Korff ou Inconito ? j’ai demender.
- Inconito, sa veut dire ni vu ni connu je t’embrouille » a répondu Marie-Thérèse qui a bien voulu, elle, qu’on la rebatise Marinette.
- Et pourquoi nos domestics ont une livrée jaune aujourd’hui ?
- Ca fait aussi partie de l’inconito.
- C’est très voyant, je trouve, l’inconito.
- Arète de jacacer, Delfine. Il est deux heures du matin. Vous avez le droi de dormire, les enfans.

J’ai fermé les zyeux et j’ai fait çamblan de roupiller. Mais j'ai pas dormi. Trop eksité ! Il y a eu un long silence et puis papa a dit :

- Nous avons déjà une heure et demi de retar sur l’orair prévu. Qu’avé-vous fichu entre minuit dix et 0 h 35 ? On s’est inkiétés !
- J’ai cherché tu pin pour faire tes santouiches aux petits. Pas troufé un poulancher t’oufer. Ils font quoi la nuit ? Des patars ?
- Des patars ? Ah, des bâtards ! A 5 heures, pas à deux. Quand Paris s’éveille.
- Che n’ai que te la prioche racisse.
- Comme moi ! a plaizanté Papa en tapant sur sa beudène.

Après j’ai dormi vraiment. J’ai levé un œuil à Bondy à 2 h 30. Manman est allé dehor embracer Monsieur Aksel qui nous avait acompaniés à coté et devait retourné à Paris.

A quatre heures le cabriolaid des femmes de chanbre nous a rejoint à Claye-Sully. Elles sont folles de roulé tête au vent !

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A dix heures du matin on s’est arétés à Viels-Maison, à l’Auberge du Surgelé, tenue par François Picard depuis trois générations.

Après Chantrix, à 14 h 30, la voiture a failli vercé par deux fois car les chevaus se sont afalés. A l’intérieur de la berline je me suis mis du verni sur les ongles et Marinette m’a mis du rouge aux lèvres. Puis j’ai comancé un journal intime dans lequel je raconte le voyage des Inconito chez Tonton Léopold qui est devenu la barone de Korff et qui habite le pays des saucices de Franquefort où les markizes porte des choucroutes.

A 16 heures, à Châlons-en-Champagne, M. Durand (c’est papa) n’arétait pas de pesté :

- Quatre heures de retard ! Quatre heures de retard !

Mme Rochet (Manman) a dit :

- Fous les hommes, en foyache il n’y a que la moyenne qui conte !

A 19 h 55 on s’est arétés pour manger à Sainte-Ménehould. Après je sais pus. J’ai dormi beaucou. On n’est pas allés plus loin que La Varenne où nous avons trouvé le pont de l’Aire baré par des gardes fransaises. Ils nous ont dit qu’on ne pouvé pas prendre la fille de l’Aire alors on a fait demi-tour.

***


Tant pis pour Tonton Léopold mais moi je suis contan quand même : depuis qu’elle n’est plus Marinette, Marie-Thérèse m’a prêté des poupées et je m’amuse bocou à les habillé et les déshabillé.

Papa lui n’est pas contan. Il n’a pas apressié qu’on l’assignat de nouveau à rézidance.

- Quand on hapite les Tuileris, il n’arife que tes tuiles ! » a dit Manman.

Papa a jeté le journal du matin à la poubèle. J’ai eu le temps quand même de lire le gros titre : « Une fuite d’huiles ! ».

Pourquoi il a mis un s à « huile » ? Il est nul en ortograffe, ce Jean-Paul Marat ! 

 

29 juin 2014

L'Olympia (c') est difficile !

Je n’aime pas quand Halévy arrive avec des sujets comme ça ! Est-ce que c’est bien sérieux de me demander à moi, Henry Meilhac, librettiste pas triste, d’écrire des chansons, drôles ou pas, à partir d’éléments biographiques aussi insipides ? D’abord, où a-t-il dégoté cette pièce de Jules Barbier ? Qui c’est ce mec inconnu au bataillon ? Et qu’est-ce que c’est que cette histoire de pimbêche à qui les hommes amoureux d’elle ne plaisent jamais ? Pourquoi pas, tant qu’à faire, les aventures d’une prostituée tuberculeuse ? Je ne sais pas s’il se rend compte, Ludovic, que je ne vais pas pouvoir pondre d’un seul jet des couplets qui plairont à Offenbach pour ses « Comptes d’Ophwoman » à partir de cette matière-là. Jugez par vous-même :

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- Le premier soupirant d’Olympia fut un aspirant de marine qui avait besoin d’aspirine car, trop porté sur la bouteille, il trouvait bien souvent duraille de devoir faire des merveilles pour être à la hauteur des désirs du bas-bleu dont il visait les épousailles. Peu enclin aux trouvailles et mal armé pour la rimaille il passait par le soupirail pour aller dans la cave boire le jus de la treille conservé en flacons. Le beau-père potentiel apprécia peu cette intrusion par passion et ces penchants pour la boisson. La jeune fille non plus. On rompit les fiançailles.

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Au suivant ! Le deuxième plut beaucoup à Madame Coquatrix. Elle le trouvait au poil et il s’en fallut d’un cheveu que ce prétendant fût le bon. Mais Olympia ne goûta pas l’idée de devenir épouse d’un botaniste hyper-barbu qui menait au Museum d’histoire naturelle des recherches sur les plantes carnivores. Il rêvait de devenir le singe de son service mais comme seul argument de cette ambition-là il n’avait à offrir qu’une pilosité abondante et sa propension à ramener du travail à la maison. Les plantes qui prennent la mouche, faut aimer.Qui plus est, tout comme Henri IV, l’homme embaumait l’ail à trois pas. Rien de tel pour déboulonner l’idole. La jeune fille mit fin à l’’idylle.

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Jamais deux sans trois. Il y eut ensuite le peintre de Toulouse, petit, mal embouché et chameau sur les bords. Un bosseur bossu et iconoclaste. On découvrit d’après certains cancans qu’il était fort goulu de femmes de mauvaise vie et qu’il avait vécu autrefois à Montmartre dans une maison close. San compter qu’il commit maintes folies avec plusieurs bergères. La famille Coquatrix ne tenait pas à ce qu’Olympia s’acoquinquinât avec ce pratiquant forcené du jeu de la bête à deux dos. Il devint, le rapin de Toulouse, l’autre ex.

Le balcon de Manet-Magritte

Avec le quatrième de ses prétendants, on faillit acquérir des quartiers de noblesse. Il s’agissait en effet de Pierre-Igor de Talleyrand, marquis de Confitdoie et apparenté à la mode de Bretagne avec Charles-Maurice le très connu ministre de Napoléon 1er. Malheureusement, tout comme son parent, Pierre-Igor était né avec une jambe de bois et ainsi que lui traitait toute la gent féminine de « mère d’en bas de soi ». Cet appariement avec un boiteux à langage peu châtié partait d’un trop mauvais pied pour qu’on pût cheminer longtemps ensemble. "De toute façon, commenta Olympia, vos velléités de mariage, ça commence à me faire une belle jambe, espèce de bande de casse-pieds !"

 

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Là-dessus, comble du désespoir pour les parents de la jeune fille incasable, la jeune demoiselle s’enfuit avec un musicien pour aller élever des chèvres au Larzac, poser nue pour des peintres de passage et même déjeuner sur l’herbe en petite tenue parmi des messieurs habillés. Quel scandale ! Mais c’est qu’on est rendu en mai 1868, voyez-vous ? Vois-tu Henry ce qu’on peut tirer de couplets pour ces « Comptes d’Ophwoman » ?

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Olympia

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Je me suis mis au travail dès le lendemain et j’ai d’abord pondu une gwerz, une espèce de lamentation bretonne sur la douleur des familles bourgeoise qui ont du mal à caser leur progéniture ou voient leurs valeurs voler en éclats avec le développement de la société industrielle et la montée de l’Impressionisme. Et puis le soir j’ai dit Basta ! Offenbach trouvera bien quelqu’un d’autre pour adapter cette histoire stupide. Je renonce. Pour ne pas perdre complètement ma journée d’écriture, j’ai torché à la va-vite un chant de marin à ma façon sur le sujet. C’est évidemment incasable, personne n’en fera jamais rien mais bon je ne sais pas si vous avez remarqué mais Halévy et moi, on a besoin de vacances !

 

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N.B. Effectivement, c’est Jules Barbier qui adapta lui-même sa pièce pour donner naissance, en modifiant le titre et l’intrigue, à l’opéra le plus fantastique qu’on connaisse d’Offenbach : « Les contes d’Hoffmann ».

Quant à la chansonnette non signée d’Henri Meilhac, elle connut elle aussi une certaine postérité. La preuve : elle est encore aujourd’hui inscrite au répertoire ! Au répertoire du Club des 5 !

 

10 août 2014

99 dragons : exercices de style. 29, Conte chinois

Par définition, de même que l’Argentine est habitée par les Argentins, la Palestine par les Palestiniens, les Philippines par les Philippins, la Chine est peuplée de Chinois.

Au temps où Lanzmann et Dutronc faisaient le Jacques ensemble ils étaient cinq cent millions et moi, et moi, et moi j’étais tout nu dans mon bain.

Mais à l’époque dont nous allons parler, au deuxième siècle après Jésus-Christ, ils étaient beaucoup moins nombreux et ne fabriquaient pas autant de produits de contrefaçon qu’aujourd’hui. A vrai dire, ils crevaient plutôt de faim.

C’était du moins le cas pour Ping et Pang, les deux frères Pong et pour leurs épouses respectives les sœurs Sing, prénommées Sing et Song.


Plus une seule petite parcelle

De champignon noir ou de vermicelle
Pour mettre dans leur gamelle
Et plus un rond dans l’escarcelle !


C’est pourquoi ce matin-là Ping Pong avait franchi le pont sur le Fleuve jaune et maintenant il s’avançait dans la forêt en quête de nids d’hirondelles. Chaque peuplade a ses goûts et ses couleurs dont il ne convient pas de discuter ici. Quand ils sont dans le potage, les Chinois y mettent les nids de ces faiseuses de printemps tandis que nous autres, les occidentaux, nous cherchons à mettre des épinards dans notre beurre !

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Une fois qu’il eut perdu de vue la pagode de la mère Mi Ché, celle qui égarait toujours ses affaires et ses animaux domestiques, Ping Pong pénétra dans la clairière du Loup pendu et tomba nez à nez avec un moine shaolin à l’entraînement. Le camarade branché sur « Tiens voilà du bouddha qui ne tendra pas la joue gauche» assénait force coups de bâton à un bouleau argenté qui n’en pouvait mais. Cela faisait choir sur le sol moussu de l’endroit les nids des hirondelles qui avaient préféré élire domicile là plutôt qu’un dictateur à la tête de l’Etat même si on ne leur avait pas demandé leur avis et que c’était un empire.


Ping observa la scène un instant puis il s’avança humblement et dit :

- Je te salue bien bas, camarade moine soldat.
- Je te rends ton salut, camarade gueux. Tu tombes bien !


Ping Pong se mit à craindre le pire. Il n’était ni valeureux, ni vigoureux, ni belliqueux, ni religieux et ne tenait pas plus que ça à devenir le compagnon de jeux de ce preux rigoureux et peut être obséquieux.


- Oui ? fit-il timidement.

- On m’a dit qu’il y avait un dragon terrifiant dans celle région. Qu’en est-il ? Saurais-tu le localiser ? Si oui, pourrais-tu m’amener à lui ?
- Oui, il y a bien une bête qui crache le feu dans le coin. Oui, je sais qu’elle habite la caverne du vieux Jules. Oui je peux t’y conduire mais il faudra faire une longue marche et…
- Et ?
- Me permettras-tu en échange de ce service de ramasser les nids d’hirondelles que tu as fait tomber ? Je t’ai observé : c’était du beau boulot, tu as de l’abattage !
- Si ça te fait plaisir, pas de problème ! On y va ? Comment tu t’appelles, Machin ? Je vais t’appeler par ton nom plutôt que de te balancer du "camarade gueux" à tout bout de champ. Surtout qu’ils sont nombreux le long du Huang Hé, même si en jachère. Moi tu peux m’appeler Sin Jao Jao. Je suis moine guerrier spécialisé dans le dézingage de dragons et le dessoudage de samouraïs d’Ouessant mais ça je n’en ai encore jamais rencontrés.
- Snif ! commenta Ping Pong dont j’ai oublié de préciser qu’il sortait d’un gros rhume attrapé en route.


Le temps me manque pour dire la beauté du Fleuve jaune, la légèreté de l’air automnal dans la province du Qinghai et celle des plaisanteries que les deux personnages échangèrent en chemin. Ils se mirent en route puis très vite en boîte car c’est ainsi qu’on fait en Chine quand on chemine de conserve.

- Je te montre la Lune. Qu’est-ce que tu regardes ?
- Je regarde s’il n’y a pas un lac empli de thé pour y tremper ce grand croissant.
- Bien répondu ! A toi !
- C’est un immense navire, le plus long qu’on ait jamais construit. Et il a un mât haut, un incroyable mât haut. Qu’est-ce qu’il fait ?
- Il se monte du col ?
- C’est cela. A toi.


C’est vrai. D’une part j’ai un peu peur que ce genre de vannes vaseuses ne vous lasse et d’autre part on est déjà dimanche soir et ce texte, pas encore terminé, il va falloir que je le tape, que je l’illustre, que je le mette en page et l’envoie chez « Un mot, une image, une citation » où il est paraît-il attendu.

Je passerai aussi sous silence le combat de Sin Jao Jao contre le dragon. Il existe déjà au moins 28 versions de ce même récit sur le ouèbe et je ne puis que vous renvoyer vers elles ou vers des extraits de films d’héroïc fantasy ou des matches de Saint-Etienne contre Metz sur Youtube si vous aimez voir des petits hommes blancs se castagner avec de gros monstres verts .


Nous reprenons donc le cours de notre récit au moment où Sin Jao Jao, après avoir estourbi le monstre, déclare ceci à Ping Pong :


- Merci à toi, Ping Pong « Avoir ». Tu as été pour moi un merveilleux auxiliaire et je tiens à te remercier d’un présent.

- Il ne saurait en être question. C’est du passé, n’en parlons plus. C’est notre futur qui importe.
- Justement, ce cadeau-ci améliorera ton avenir. Prends cela : c’est un moulin à prières.
- Merci à toi Sin Jao Jao mais il y a un proverbe chinois qui dit « les paroles ne salent pas la soupe ».
- Les paroles ne salent pas la soupe mais elles contribuent largement à mettre du sel dans la conversation et du goût dans la fréquentation des poètes et des étrangers. Ce moulin à prière est magique. Il vient d’un pays qui s’appelle la Bretagne et où il y a de nombreux pieux. Il y a plein de pieux et du coup, même si ça semble paradoxal, la religion n’y dort jamais. Dès que tu tournes le moulin en prononçant le nom d’une probable divinité locale, « Guérande », du sel va en sortir. A toi de le récupérer et de le stocker, d’en faire un usage modéré car sinon le démon Cholestérol viendra te tirer les pieds la nuit. Pour arrêter le processus, il faut insérer A dans B, consulter la notice de montage, appeler le SAV… Non, je déconne ! Il suffit de dire « Kenavo ».


Là-dessus le moine shaolin prit congé.


Ping Pong attendit un peu, découpa un quartier de bidoche dans le dragon puis s’en retourna vers sa demeure avec son moulin à prières, ses nids d’hirondelle et son butin inespéré.


Une qui fut surprise et heureuse ce soir-là, ce fut Song Sing. Elle cuisina le quartier de viande, l’assaisonna avec juste ce qu’il faut de sel et de nids d’hirondelles pour que leur repas du soir ressemble à un festin de roi.


Mais surtout,- vous savez tout aussi bien que moi comme sont les femmes – c’est le petit bidule magique et doré qui lui fit le plus plaisir. Elle passa tout le reste de la soirée à ordonner « Guérande », « Kénavo », « Guérande », « Kénavo » et à faire des petits tas de sel sur la table de la cuisine. Et puis, - vous savez tout aussi bien que moi comme sont les femmes – c’est elle qui eut l’idée de génie.


- Et si je mettais ce sel dans des sacs et que j’allais les vendre au marché demain ?

- Je veux bien, répondit Ping, mais il faudra rester discret sur notre mode de production. Sin Jao Jao a dit d’y aller mollo. Imagine que ce moulin s’épuise, comme les ressources naturelles de la terre le feront peut-être un jour
- Cesse de dire des bêtises et viens au lit.


Ainsi firent-il s et la prospérité revint dans leur ménage. Mais vous savez tout aussi bien que moi comme sont les femmes. Quand la sœur de Song Sing, Sing Sing, la femme de Pang Pong et donc la belle-sœur de Ping-Pong vint quémander du sel pour conserver le poisson que son mari avait ramené de la rivière, on lui en donna sans rechigner parce que la famille, en Chine, c’est sacré.


La famille, c’est sacré, même si c’est un peu pourri. Car Pang Pong , le frère de Ping Pong, le mari de Sing Sing et le beau-frère de Song Sing, n’eut plus qu’un rêve : posséder le moulin à prière breton et fonder une multinationale pour commercer avec la terre entière.


Un jour que Song faisait des tas, que le moulin tournait, il vint en coup de vent, s’empara de l’objet magique et l’emmena chez lui.


Que croyez-vous qu’il advint ? Le Dieu Cholestérol ? Non. Le sel sortit du moulin, envahit toute la pièce, toute la maison et avant d’être complètement submergé, Pang qui ne savait pas comment arrêter le phénomène n’eut que le temps d’aller jeter la machine folle dans les vagues qui déferlaient sur la plage comme le sel du moulin.


Depuis ce temps, le moulin à prière breton continue de tourner tout au fond de la mer, là où les poissons sont assis.


Voilà. Maintenant vous savez pourquoi l’eau de la mer est salée.


Kenavo !

(Librement adapté d'après un conte paru dans le recueil "Les Frères Lu")

20 septembre 2024

JEUX OLYMPIENS (DERNIERS FEUX DU ROI DES GUEUX)

 

 

 

 Amour sacré de la patrie,

 Coup de foudre pour le pouvoir,

 Pour Maman habillée par Dior,

 Pour les serpents dans les couloirs,

 Pour ces tapis et ces ponts d'or

 Qui dénient la démocratie,

 

 

 Sur les trois marches du podium

 Les derniers seront les premiers !

 Paralysé par sa bêtise

 L'enfant-roi isolé se grise

 De ses risibles sabliers

 Qu'il retourne dans l'atrium.

 

 

 "Donnons leur du pain et des jeux,

 Des médailles et des miracles,

 "Les Champs Elysées", "Que je t'aime".

 De la provoc dans le spectacle !".

 Qui donc est l'auteur du poème ?

 C'est Néron au banquet des dieux,

 

 

 Le Seigneur des anneaux qui sait faire

 Bon usage de toutes les crises.

 De par sa mégalomanie.

 "Que l'or dure !" est sa litanie.

 "Tout plutôt que les heures grises.

 Ou l'acteur ne prend pas lumière !".

 

 

 Tant pis pour les finances qui sont dans la déroute :

 Ce trop de bankable vaut bien un César sans nul doute !

27 décembre 2013

Je plaide haïkupable ! (Joe Krapov)

« Félicitations, M. Krapov !

Vous avez gagné une semaine de vacances, généreusement octroyée par l’administration qui vous emploie ! Nous savons que vous allez l’occuper à cuisiner, recevoir du monde, visiter de la famille, emballer des cadeaux, prendre des photos, jouer aux échecs, trop manger, trop boire, pas bien digérer et tout ça et tout ça.

C’est pourquoi, sachant votre manque de temps chronique pour écrire vos bêtises hebdomadaires, nous vous offrons, en supplément gratuit, le droit de participer au Défi du samedi avec des textes écrits par ailleurs.

Sieur Walrus et Dame MAP, vos admin(e)s préféré(e)s »


Merci infiniment chère MAP et cher Walrus ! Du coup je vous ai concocté un autre zibouque !
Et pour Célestine et sa tablette à deux balles  ;-), c’est ici que ça se passe !

  

Et surtout Bonne et heureuse année 2014 à toutes et à tous !

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24 juillet 2020

ENCORE UNE BELLE CRAPAUD-VERIE ! (Défi du samedi n° 621)

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- Si seulement la grenouille chantait des airs du Prince Igor, « Si tu vas à Rio », « Roule s’enroule ma vie à la tienne », « Le Roi Lion » ou « Girl » des Beatles, « Noir c’est noir » de Johnny ou « Banana Split » de Lio… Si la grenouille jouait des reels du pays d’Eire, du Lionel Hampton sur un piano bastringue, « Mon vieux Léon » de Brassens à la guitare ou « La Ligne Holworth » de Graeme Allwright à l’autoharpe… Si elle dansait à la Revue nègre en compagnie de Joséphine Baker, si elle connaissait Léni Escudéro, Lorie, les Rolling Stones… Même « Au clair de la lune », « Petit papa Noël » ou « Tiens voilà du boudin », l’hymne de la légion… On l’écouterait avec plaisir. Au lieu de cela elle coasse toute la nuit dans l’étang derrière la longère et nous empêche de nous endormir tous les soirs ! Tu parles de vacances ! Tu ne veux pas aller l’embrasser, chéri ?

- Embrasser une grenouille ? T’es folle ou quoi ?

- Qui sait, c’est peut-être ce qu’elle réclame, comme dans les contes de fées ? C’est peut-être une princesse qui a été ensorcelée et changée en batracien. Un baiser lui rendrait sa forme primitive… et surtout la ferait taire !

Vegas-sur-Loing enfila son pyjama et sauta dans ses pantoufles.

- Qu’est-ce que tu fais ? demanda Gertrude étonnée.

- J’y vais, ça vaut le coup d’essayer !

***

Gertrude n’a plus jamais revu Vegas-sur-Loing. Il était tombé, cette nuit-là, sur la mine d’or du Ring : la grenouille embrassée s’est bel et bien métamorphosée : c’était la Lorelei !

Depuis la cantatrice à la voix d’or donne des récitals dans les plus prestigieux opéras du monde entier, Végas encaisse les bénéfices et Gertrude noie son chagrin dans le gin.

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24 septembre 2015

AU MEME INSTANT MAIS SANS DOUTE PAS A LA MEME HEURE

MARCHAND DE CAILLOUX

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Aujourd’hui, Alexandre a son voyage ! Ca fait des années qu’il travaille d’arrache-poil dans cette boîte de marde, à faire toutes sortes de choses, utiles ou pas, pour que de grands niaiseux puissent se retrouver benaises dans des beaux bureaux tout en verre après avoir décroché leur diploume. Il faut croire que la dernière année est toujours l’année de trop ! En tout cas, tout en babounant et bouboussant, il se dit qu’il ne va pas faire patate le jour qu’il accrochera ses patins, si jamais sa patronne lui organise une party de départ. Si on veut aller au bout du monde, c’est sûr qu’il faut voyager léger. Ca va lui faire du bien, ce jour-là, de vider son sac !



02 Ostende_IMG_1834PARS !

Ce soir Marion va déloger. Elle va faire le chat. Plus que ça même ! Elle va quitter pour toujours le domicile conjugal, larguer ce péteux qui enchaîne à-fond sur à-fond et bat le beurre ensuite. Fini de faire fristouiller pour ce type les petits plats dans la cuisine, de faire blinquer l’argenterie. Elle va dire adieu à sa baraque à frites, aux plus belles années de sa vie qu’elle a gâchées avec lui. Elle a ramassé toute la dringuelle qui traînait ici et là. Elle a posé son sac sur le siège arrière, est montée dans la voiture, a claqué la porte, démarré. Les pneus ont crissé et fait voler quelques grenailles. Elle a mis un CD de rock et a pris la route d’Ostende.

 


LA PETITE TONKINOISE


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Le 4x4 s’est arrêté devant la maison près du baobab. C’est un cul-vert et c’est Philippe qui le conduit. Léna l’attend calmement, tranquillement dans l’ombre du géant. Elle est comme toujours terriblement excitante dans son mon mari sort je sors. Quel golo, que ce mari-là ! Léna est le plus beau deuxième bureau de tout le Congo mais l’autre ne s’est jamais rendu compte qu’il possédait un trésor dans sa case. A croire qu’il lui en manquait une ! Il paraît même qu’il a de son côté une liaison avec un pamplemousse. Il a suffi à Philippe d’arriver habillé comme un jaguar, d’emmener Léna au maquis une ou deux fois et elle a été à lui vite fait bien fait. Le plus dur sera de lui faire avaler, à la fin de cette nuit-ci, qu’il retourne mardi en Europe pour être affecté dans une nouvelle ambassade quelque part dans le monde ; partout ailleurs sauf ici, c’est son choix. Les climats tropicaux et les femmes trop piquantes, on s’en lasse, à la longue.


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VEUVE NOIRE

Eva a beau frotter, frotter avec la vadrouille, rien n’y fait, la tache de sang ne disparaît pas. Elle a bien ramassé les morceaux du cadavre avec la pelle à chenit, les a glissés un par un dans les grands sacs poubelles bleus mais elle bute sur ce dernier écueil d’une tache débile, indélébile, obnubilante au point qu’elle se fait de la bile. Elle a trouvé vite fait la cachemaille du vieux qui quéqueillait avant qu’elle ne le zigouille et ne se rhabille, elle n’a rien fait à la précipitée, elle a empoché le pactole mais elle ne pouvait décemment pas partir en laissant la maison dans cet état. Ca aurait fait rêver aux ours dans les chalets des environs. On est Suisse ou on ne l’est pas. Chez nous, les gens, même à la tronçonneuse, on les tue proprement.


BA MOIN A TI BO

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- Faut qu’on arrête de cocagner, a lancé Amédée à Rachel. Tous ces gens qui travaillent dans la zoreillerie et nous qu’on est là à fouiller patate en buvant des ti punchs, faut vraiment qu’on se resaissise. Rachel qui lavandait dans la buanderie lui a répondu :
- Parle pour toi, fainéant ! T’es encore rond comme une boule carrée, à cette heure, pour tenir de tels propos !

- Mais non, mais non, plaisante Amédé, je ne suis pas marti boire, je suis Martiniquais. D’ailleurs, en parlant de ça… Viens donc ici que je te doucine, ma Doudou !
Las ! Comme une diarrhée, en voulant s’extirper du hamac, il s’est viandé. Ca a fait "ploc", ça a fait "ouille", ça a fait "dring dring", ça a fait "pin pon pin pon". Bref ça a été assez bruyant finalement le jour ou Amédée, attisé, affaissé, a fait son AVC !


LE BLUES DU DENTISTE

- Bonne arrivée ! a déclaré Margareth en ouvrant la porte du cabinet médical.

C’est la première fois qu’Antoine vient charlater ici et il se dit qu’il a bien fait de prendre son bain annuel dans le fleuve Niger. Déjà qu’en temps ordinaire il camembère un max ! S’il avait su que le docteur serait une doctoresse, blanche de surcroît, il aurait fait trempette un peu plus longtemps et aurait même demandé à Boris le pluvian de lui nettoyer les molaires comme il fait au croco et à ses frères.

- Que puis-je pour vous ? demande Margareth. Votre mal est-il profond ?


Qu’est-ce qu’elle à, la toubibe, à pratiquer la gromologie ?


- Eh bien voilà, répond Antoine. Je suis un peu gêné pour vous dire… C’est rapport à mes organes de base !

- Qu’est-ce que vous appelez comme ça ?
- Le mieux est peut-être que je vous montre ?

Il se lève et baisse pantalon et slip.


- Tudieu ! La grosseur des testicules ! s’écrie Margareth. Comment ça vous est arrivé ?.

- Eh bien voilà, répond Antoine, je pense que c’est samedi dernier. Je suis allé voir les femmes qui font boutique mon cul.

Le médecin reste silencieux un temps assez long puis elle déclare solennellement.

- Je pense que vous n’y couperez pas : il va falloir couteauner dans tout ça !

Et moi je pense qu’il va falloir que je me creuse vraiment le ciboulot pour établir un lien entre tous ces personnages si je veux écrire avec ça une histoire qui tienne debout. Et déjà, pour que ce soit compréhensible, il faudrait que je me-vous procure le « Petit dictionnaire insolite des mots de la francophonie » de loïc Depecker afin qu’on puisse décrypter ce schmilblick international !

 

007 Dico Loïc Depecker

 

P.S. Les photos ont été empruntées aux généreux donateurs du net. Merci à eux !

1 juin 2017

LAVRILLETTE, LAVRILLÈ- ETTE

161029 Nikon 013Un dimanche sur deux les Lavrillette et leurs deux enfants allaient déjeuner chez les Letermitte qui habitaient le bois de Soeuvres et avaient eux aussi deux enfants. L’autre dimanche sur deux, les Letermitte et leurs enfants allaient déjeuner chez les Lavrillette.

Ce dimanche-là c’était au tour des Letermitte d’être les hôtes des Lavrillette mais comme le mot « hôte » a deux sens cette phrase-ci est peu claire et donc inutile sauf si l’on veut tirer à la ligne. Maintenant que c’est fait remplaçons-la donc avantageusement par : « Reprenez donc de ces délicieux champignons symbiotes, Madame Lavrillette. C’est de la mérule pleureuse. Ça ne fait pas grossir, c’est bon pour la ligne et c’est complètement bio : je les ai achetés chez le scarabée ». Bref on était chez Sabine et Thierry Letermitte, c’est cela, oui.

Leurs enfants s’appelaient Bernard et Tristan.

Il y avait entre les Letermitte et les Lavrillette ce que les philosophes crypto-marxistes et les lectrices de Biba auraient pu appeler une certaine différence de classe. Car il existe deux catégories de xylophages : ceux qui sortent le revolver de leur culture quand ils entendent le mot « parvenu » et ceux qui creusent. Vous, les Lavrillette, vous creusez. Au Creusot plutôt qu’à Palaiseau, c’est ce qu’à choisi le roi. Les Letermitte eux vous bourrent le mou ou bourrent la reine, c’est selon.

Les filles de Paul et Jeanne Lavrillette se prénommaient Françoise et Jeanneton. Comme toutes les midinettes, elles rêvaient d’avoir un jour des faux-cils et du jonc pour couper court à la vie de famille pesante des gens qui ne peuvent pas épater la galerie avec des vers mais qui ont du Kant à soie quand même. Ceux qui friment et ceux qui triment, donc.

161029 Nikon 040Quand les Lavrillette étaient invités chez les Letermitte, le rituel était immanquable. Après le dessert et avant d’aller faire une promenade dans les bois Thierry et Sabine sortaient l’album des photos de famille et s’extasiaient devant la binette de chacun de leurs ancêtres. Et ça durait, ça durait, mes aïeux ! Car les xylophages sont hyper-doués en matière de généalogie. Ils avaient ainsi retrouvé un Cerambix Letermitte qui avait œuvré à la destruction du camp romain de Babaorum, tout près d’Erquy.

Plus loin encore dans le temps il y avait eu cet officier de cavalerie prénommé Nicéphore qui, après la prise de Troie, visa le subterfuge si près de l’estomac que le cheval tomba comme un car en bas d’une montagne. Chapeau, l’ancêtre !

A les entendre, c’est tout juste si ce n’était pas un Letermitte qui avait inventé le feu en frottant deux sirex l’un contre l’autre !

Plus près de nous leur grand oncle Poucet-Phore avait réussi à percer la chaise de Louis XIV.

Et la branche des Cossus-Gâtebois, menée par leur ancêtre Robin, était venue à bout de la forêt de Sherwood.

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A côté d’eux les Lavrillette faisaient pâle figure. Leur famille était rennaise de souche, s’était peu déplacée et tout leur travail de sape des maisons à pans de bois n’avait pu aboutir à cause du grand incendie de 1720 où beaucoup d'entre eux d’ailleurs avaient péri.

Il y avait bien eu leur tante Zeuzère Bostryche qui s’était attaqué à une célébrité dans un atelier italien, chez un dénommé Gepetto. Mais le pantin de bois dont le nez s’allongeait était très vite devenu un gamin de chair humaine et la tante Zeuzère une écharde dans son gros orteil dont l’enfant s’était débarrassé vite fait bien fait.

Lorsque l’album fut enfin refermé on se prépara à aller faire un tour dans le bois. Les filles Lavrillette demandèrent la permission de rester dans la maison pour lire les bandes dessinées des garçons. Cela leur fut accordé car elles étaient des enfants très, très sages, Françoise et Jeanneton Lavrillette.

***

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On ne sait pas ce qui leur prit, ce jour-là, aux deux pucelles. Toujours est-il que depuis ce dimanche-là les Letermitte et les Lavrillette sont fâchés à mort et ne se voient plus. Au retour de la promenade, en constatant les dégâts irrémédiables affligés à son patrimoine, Thierry Letermitte explosa et agonit d’injures les gamines :

- Espèces de tarets ! Mollusques bivalves ! Pyrophiles ! Iconoclastes ! Crustacés ! Bande de capricornes à roulettes ! Coniophores des caves ! Charançons des isbas !

Puis il mit toute la famille dehors en hurlant :

- Disparaissez dans un trou, troglodytes ! Ne revenez plus jamais éroder par ici !

***

161029 Nikon 055Les Lavrillette regagnèrent leur domicile de Saint-Sulpice-La-Forêt. Ni la mère ni le père ne grondèrent les enfants. Au contraire. Tout au long du chemin Paul et Jeanne se jetaient en silence des coups d’œil complices en se retenant de rire des exploits vindicatifs de leurs filles : elles avaient dévoré intégralement l’arbre généalogique des Letermitte.

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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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