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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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21 septembre 2011

JE SUIS BALLADE, COMPLETEMENT BALADE ! (Joe Krapov)

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L’enfant qui conduit le bateau
Je vous le jure, c’est mon fils !

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J’ai vécu la vie de château (1)
Dans la Sarthe du temps jadis.

Vous croyez que je vous balade
Et vous raconte des salades
Sur un passé tout effrité ?

Mais non, c’est pure vérité !

 




DDS160B_Solesmes

 

J’ai joué aux échecs par ici
Où l’abbaye (2) copie Venise.


C’était un autre paradis
Avant que Rennes me séduise.

 

Quand nous avons levé le camp
Avec notre postérité
Ce fut quelque peu déchirant.

C’est là la pure vérité.

 

 

110817_E_037

Mais c’est en passant par Paris
Que je m’étais laissé séduire.

Depuis lors la Vie me sourit
Car j’aime à me laisser conduire.

 

Attaché au mât de misaine,
Qu’Ulysse bouche ses oreilles !

J’entends le chant de ma sirène (3)
Et nous découvrons des merveilles.



110817_E_031 (4)(5)

Princesses Parques, aux doigts de fées,
Qui filez toute destinée,
Merci de cette ample balade !
Faites qu’elle dure à jamais !
Je vous dédie cette ballade !
Santé ! Et je bois ma Chimay ! (6)

 

(1) A Sablé, dans la Sarthe

(2) A Solesmes, également dans la Sarthe

(3) Elle n'a pas de queue de poisson et n'en fait pas en conduisant

(4) - Joe Krapov, tu t'en vas chercher le Graal déguisé en cyclotouriste ?
      - C'est pas faux !

(5) Ces deux photos ont été prises à Dinan (Côtes d'Armor)

(6) On ne se refait pas : les gens du Nord aiment bien la bière !

 

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5 octobre 2011

UNE SŒUR PROCHE, UN FRERE LOIN ? par Joe Krapov

UNE SŒUR PROCHE, UN FRERE LOIN ? par Joe Krapov

 

Sur la route jonchée de fleurs de mirabelles

Le lointain horizon semble un ciel de marelle.

 

Qu’il caille en Iowa, que le soleil y brille,

Que l’automne y soit plein d’embellies plus qu’aimables

Ne m’indiffère plus. J’y sais quelqu’un de proche,

Une déesse Inca assez inénarrable

Qui marne quelquefois de n’avoir pas de blé

Pour venir, chevauchant sur le dos d’une abeille,

Visiter Rimini, Malines ou la Calabre.

 

Je sais qu’elle aimerait nous emmener  au bal,

Arrimer sa carène aux ramblas de Barça

Ou marier sa brillance aux vieux remblais du Nil,

Pourvu que le crincrin permette qu’on emballe,

Que le moteur embraie sur des moments de joie.

 

Mais moi, je n’irai pas ! Je suis une baleine

En cale sèche. Dans la baie de poésie,

J’ai pris racine et j’assume ce petit crime

De ne point vouloir suivre Icare allant cramer.

 

Qu’on me blâme si je la brime ; et qu’elle crie :

- L’animal est un pistolet de gros calibre !

Quelle arme ! Caramba ! Il a pété un câble ! »

 

***

 

Mais je ricane et sais que tu n’es pas amère.

Tous les jours que Dieu fait, derrière nos écrans,

Nous échangeons nos rires et nos rimes se croisent.

 

Chacun, chacune, du chaudron de l’arc-en-ciel

Nous sortons des bijoux de mots de leur écrin

Nous nous fendons la bille et ça… c’est de la balle !

 

Câline ton mari, j’embrasse Marina,

Je remercie le ciel de t’avoir pour amie !

 

Porte-toi bien, surtout, ma belle Américaine !
 

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N.B. Ce poème a été écrit en suivant "le parti pris des mots" : les mots en gras sont composés "façon anagramme" avec des lettres de "Belle Américaine" puis insérés dans le texte.

30 septembre 2011

YOYO LE CANARD IATROPHOBE (Joe Krapov)

- COIN COIN !
- Bonjour Docteur !
- COIN COIN ?
- Oui, ça va très bien, merci.
- COIN COIN COIN COIN COIN ?
- Oui je viens prendre ma tension des ailes, comme d’habitude.
- COIN COIN COIN COIN COIN COIN ?
- Que je retire mes palmes académiques avant de m’allonger ? Si vous voulez !

Le docteur Piqueblé lui prend la tension

- COIN COIN. COIN COIN COIN COIN.
- Un électrocanardiogramme ? Je ne pense pas avoir subi un supplice comme ça ! Ah si, peut-être, la première fois que je suis venu vous voir.
- COIN COIN COIN COIN COIN COIN. COIN COIN !
- Si vous voulez !

Il retire ses chaussettes. Le docteur lui passe des espèces de bagues aux pattes, lui pose des ventouses sur le jabot, attache les fils de sa machine à une espèce de boîte à ryhtme.

- Docteur, vous avez vu comme c’est drôle ! J’ai l’air d’un canard enchaîné !
- COIN COIN COIN. COIN COIN COIN COIN COIN COIN. COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN ! COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN ! COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN COIN !
- De l’arythmie ? M’envoyer chez un canardiologue ? Si vous voulez ! Ca ne va pas arranger le stress que je développe à chaque fois que j’entre dans un cabinet médical ! Mais si ça peut vous faire plaisir, j’irai !
- COIN COIN COIN COIN ?
- Non, merci, je n’ai besoin de rien d’autre. Je vous dois combien ?
- COIN COIN COIN !
- 36 oranges ?! 36 au lieu de 23 à cause de votre corde à nœuds électrique qui secoue les plumes? Eh ben dites donc, c’est fort de café ! Vous vous sucrez bien sur le dos des canards, vous !


Yoyo paie, rajuste son col vert et sort. Une fois dehors il pense : « C’est bien parce que j’ai reçu une bonne éduckation chez M . Krapov à l’animalerie de l’Université de Rennes 3 que je me tais mais un jour il faudra que je lui dise quand même que je suis iatrophobe ! Et puis les toubibs, non seulement on ne comprend rien à ce qu’ils écrivent sur l’ordonnance mais en plus j’entrave que couic à leur langage à la con ! ».

Rentré chez lui il prend rendez-vous avec le canardiologue.

« Pas avant le 26 octobre ! », répond la secrétaire.

Ca lui en bouche un coin, ça lui cloue le bec. De quoi se ronger les ongles au sang si jamais c’était grave. Un mois d’attente, ça te laisse tout le temps qu’il faut pour faire une bonne crise canardiaque des familles !
 

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13 mai 2011

Concerto op. XII n° 6 pour harmonica de verre et orchestre à cordes sensibles en la mineur « La fragilita » (Joe Krapov)

 

1er mouvement : allegro misterioso

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2e mouvement : largo

Rien n'est fragile
Paraît-il
Comme un colosse aux pieds d'argile
Et même le maître étalon
A son talon
D'Achille

Etre solide comme un roc
Vous met à l'abri du médoc
Et, de taille et d'estoc,
On frappe les amibes
Sans souci du toubib ;

Tout juste, pour sa faim,
Prend-on du Mediator
vendu par l'aigrefin,
Ce en quoi on a tort.

Nul n'est à l'abri !
Ni l'homo de Brie,
Ni le vase du bris,
Ni l'homme de sa chute
En ébriété où bientôt il mute
Vieux débris.

L'avantage d'être
Un homme de lettres
Qui boit de l'alcool
Est cent fois plus grand
Car tu picoles
En travaillant.

Mais l'expérience ultime
Pour ta sérénité
C'est de subir le crime,
Vivre l'atrocité :

Là où se trouve la pointe
De la fragilité
C'est quand, ébaubi tu te pointes
Et que ta Katie t'a quitté !

3e mouvement : allegro vivace

- Il n'est pas là, Joe Krapov ?
- Non, devant le défi de cette semaine, il s'est senti si fragile
qu'il a préféré se casser !

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22 avril 2011

Pitié pour mon neurone ! (Joe Krapov)

Depuis que j'ai décelé, chez le mec du bureau d'à côté, l'existence de trois cerveaux qui fonctionnent simultanément neuf heures sur huit et même la nuit et les jours fériés, lui permettant ainsi de suivre, même pendant les réunions, les ébats et débats de ses semblables chez Twitter tout en lisant ses courriels, classant dans une architecture savante et impeccablement rigoureuse les innombrables fichiers Excel qu'il reçoit et compose, entretenant une correspondance électronique digne de Marie de Rabutin-Chantal, marquise de Sévigné, et appellant « Adjoint !» toutes les cinq minutes pour lui – me – demander la valeur, la localisation ou la spécificité de tel ou tel titre de notre portefeuille, ce que je pense de l'alinéa 3 du paragraphe 4 de la licence d'exploitation de « 22 heures Premium » ou de lui fournir les statistiques de l'ESGBU de l'année prochaine, depuis que Madame Corchée-Desmollets a stipulé qu'il fallait créer une UF pour toute facture HM d'un montant de plus de 4000 €uros HT demi-écrémé et que le SCD, via la GCA, enverrait au SM un formulaire d'exclusivité mentionnant quels sont les FTE en STIC du PRES, depuis que Madame Yonyon m'a confié la rédaction totale du CR du CD à la condition que je mette des guillemets à "SDF" et que j'indique bien que ce qui est dans TEL ou HAL est à équiper en RFID avant de le reverser dans le SIGB via ORI pour signaler la collection IOP du CEDRE payée avec le PPF de l’IRMAR, figurez-vous qu'à l'instar de monsieur Jourdain, je suis devenu écologiste sans le savoir : JE N'IMPRIME PLUS !

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9 septembre 2011

Curiosités rennaises : le papy russe et Port Cahours

110812_A_008A cette époque-là, nous avions recueilli Mademoiselle Isaure Chassériau chez nous. Bien qu’elle fût toujours vêtue de ce rose un peu particulier qui allume les jouvenceaux en mal de cuisse de nymphe émue, elle était toujours si discrète et si lencieuse qu’on ne lui prêtait pas plus attention, la première surprise passée, qu’à une cousine de province en visite. Dans notre maison de Port-Cahours, elle apportait juste un peu plus de cet « ange étrange étranger en son pays lui-même » que chantent si bien les poètes.

C’était un peu comme quand, l’année précédente, notre fils avait reçu son correspondant allemand. On s’était réjouis à l’avance de reparler la langue de Goethe, apprise en 6e au lycée, même si, du romantique Johann Wolfgang von , nous n’avions retenu et n’allaient nous servir que : « Hast du gut geschlafen ? Isst du gern verrückte Kuh ? Was macht ihr diesen Abend ? ». A l’arrivée, ces deux crétins à boutons s’étaient mis à échanger en anglais, vous mettant d’emblée hors jeu. Kleines Pferd kaputt ! Mort du petit cheval ! Diatoniqué, le père !

 

DDS158_110514__03Isaure parlait français, évidemment, mais elle semblait lointaine, absente, regardant toujours quelque chose derrière vous, exactement comme sur le tableau peint en 1838 que M. Amaury-Duval, son oncle, a laissé d’elle au Musée des Beaux-Arts de Rennes. Marina Bourgeoizovna, mon épouse préférée, avait très vite compris qu’elle n’encourait aucun risque d’être concurrencée en quoi que ce soit par cette demoiselle peu gironde, plate comme une limande, coiffée comme Sheila période couettes et dotée d’épaules tombantes on ne peut plus mal foutues. Autant de sex-appeal qu’un glaçon ! Tant d’effacement dans son attitude d’invitée permanente faisait qu’on oubliait très vite dans un coin de la maison la Miss Chassériau qui s’était, une fois de plus, plongée comme un petit oiseau indien dans un de nos livres pour savoir ce qui s’était passé en France dans le siècle écoulé entre 1860 et 1960.

DDS158_090829_045Isaure Chassériau ! Quand j’y repense, son oeil ne s’allumait vraiment qu’à l’occasion de nos sorties à deux, elle et moi seuls, lorsque nous parcourions en tous sens les rues de la capitale bretonne. Elle notait tout, remarquait tout, se réjouissait alors de tout ce qu’elle découvrait (ou redécouvrait ?). Elle adorait aussi ces dimanches où nous rendions visite, à Redon, à M. Petr, le papa de Marina, et à madame Bourgeoizovna-mère que j’appelais par jeu « Madame Bellemerovna » ! (Jamais de ma vie je ne suis allé jusqu’à « Belledochovna » car ma belle-mère et moi avons toujours été les meilleurs amis du monde et nous parlons ensemble un français aussi soutenu qu’ Abélard lui-même fut châtié).

Immanquablement la conversation revenait toujours, là-bas, tôt ou tard, sur leurs adolescences réciproques, l’une à Nantes, l’autre à Rennes, et l’on évoquait, non sans émotion, les bombardements de ces deux villes par l’aviation alliée en 1943 et 1944. Le grand père de M. Petr, chez qui il vivait, tenait un genre de blog ancestral, des petits agendas dans lesquels il notait ce genre de choses, avec les fautes d’orthographes de l’époque :

Jeudi 25 février 1943
A la maison. Continué de bêcher et semer des carottes, de la laitue. Blanchi mes arbres. Guerre. Alerte cette nuit. Quelle barbe! On ne vit plus!

Vendredi 26 Février 1943
Au tabac. J'ai bien peur de l'avoir payé deux fois. A l'Economat, acheté 2 paquets de graines de betteraves. Nous avons été bombardés à 19 heures. Nous sommes indemmes.


Samedi 27 Février 1943
Les bombes sont tombées au camp de la Route de Lorient. Là ils ont détruits la "crêche maritime allemande". On fait beaucoup de dégats et même des victimes... A la gare les bombes sont tombées dans la prairie au général Le Fort. Comme dégats: beaucoud de carreaux cassés rue Saint Hélier. Qu'ils reviennent pas ! Nous en avons assez.

Tandis que Marina et ses frères – quelle bande d’anarchistes, eux et elle, alors ! - défaisaient en riant le monde à venir dans le salon, nous étions allés voir, Isaure et moi, dans le bureau de M. Petr si Internet pouvait nous aider à localiser la « crèche maritime » dans Port-Cahours (il s’agissait en fait des dépôts de matériel de la Kriegsmarine, rebaptisés ainsi par les Rennais de l’époque, fort piètres germanistes encore malgré les cours intensifs que les voisins Teutons de la France étaient venus leur donner lors de deux stages linguistiques prolongés par le passé). On devait trouver là des carènes de navire de rechange, des périscopes pour U-boot, des mâts pour attacher les U lisses, des sirènes du Mississipi, des masques, des tubas, de la vaisselle incassable, des Schnorchels que j’aime und Esso weiter !

J’ai retrouvé hier deux ou trois liens assez saisissants. Je vous les laisse en bas de ce texte pour le cas où vous auriez envie de ne pas rigoler. Je me souviens juste pour ma part que la conversation avait atterri là, après de nombreux zigzags, à partir d’une description de la maison enclavée près de chez nous.

DDS158_061102_046- La rue de l’amiral Courbet longeait les papeteries de Bretagne. L’Amiral Courbet n’avait rien à voir avec Rennes…

- Ni avec le peintre, quoique j’aie vu là, par le passé, dans le chantier de construction des nouveaux immeubles après le pont de chemin de fer, une version très originale de «  L’origine du monde » !

- …Sauf que c’est à Port-Cahours, derrière chez vous, qu’on trouvait les magasins de la Kriegsmarine.

 DDS158_PapeteriegrdInternet nous a appris ensuite que la rue se nommait autrefois « rue Gutemberg », que l’amiral avait anéanti la flotte chinoise sur la rivière Min et que les quatre immeubles à venir seraient de couleur vert-de-gris et s’appelleraient Canaletto, Rigoletto, Adagio et Maestro.

Dans la voiture, au retour, Isaure qui n’avait pas perdu une miette de ces explications n’avait pas pu s’empêcher d’émettre une phrase définitive.

- Si un jour ce vieillard disparaît, ça fera…
- Ne parle pas de malheur, veux-tu bien, Isaure !
- … Ca fera comme si une bibliothèque brûlait !

Marina et moi avons souri et je n’ai pas pu m’empêcher de sortir ce mauvais calembour :

- A mois doux, vends pas tes bas !
- Je porte des collants, Joe Krapov ! » avait-elle répondu pour montrer sa modernité.

DDS158_Hampate_baBlang ! Voilà, quoi ! C’est toujours comme ça que ça marche ! On ne cherche pas forcément à aller voir ce qui se passe sous les jupes des filles mais il faut toujours que ces demoiselles et dames nous le fassent savoir ! Même quand on ne fait pas preuve de curiosité, des choses curieuses vous arrivent. J’ai même retrouvé la trace de ces échanges et d’autres conversations de l’époque sur Internet : Isaure Chassériau s’est servi de tout ça pour inventer un parcours de l’étranger à Rennes : « Port-Cahours : les routes de l’Orient » pour cette Agence de Flânerie Amoureuse de Rennes dont elle était la directrice vers 1960. Peut-être même a-t-elle concocté un parcours des navigateurs ? Au bout de la rue de l’Amiral Courbet crèche (maritime) désormais le quai Eric Tabarly !

Je ne sais pas ce qu’est devenue la jeune fille qui ne s’habillait qu’en rose. Plus personne ne parle d’elle par ici ni ailleurs. C’est comme ça, les gens vont et viennent puis disparaissent de votre vie ! Nous vivons une époque troublée et troublante et, comme aurait pu conclure Amadou Hampâté Bâ, « C’est Peul de l’dire ! »

http://memoiredeguerre.pagesperso-orange.fr/convoi44/img/voie-ferree-kriegmarine.htm

http://www.absa39-45.com/26%20fevrier%2043/26_fevrier_43.html

http://www.britishpathe.com/record.php?id=12357

 

 
7 avril 2011

Quand je ferme les yeux

Quand je ferme les yeux je revois très souvent les dernières photos  que j’ai prises. Et s’il y a un endroit où cela fonctionne particulièrement bien, c’est dans notre voiture… quand Marina conduit, évidemment, et que je peux écrire à la place du mort.

(Le mort a jeté l’encre ! Il n’écrira plus rien ! Il ne crachera plus sur la tombe de personne, ne jouera plus au bridge. Il est parti faire des galipettes au musée-purgatoire de Metz).

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Le vélo fleuri
Offre mieux que les lauriers :
Les feuilles du thé

 

 

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Au porte-bagages
Emplacement réservé :
J’attends Madeleine

 

 

Quand je ferme les yeux je revois mes photos et j’écris des haïkus qui se marieront avec elles. C’est une activité qui me blinde contre la réalité et me fait supporter les nouvelles décevantes : mademoiselle Zell à l’hôpital, le carnaval de Nantes annulé, le chat qu’on va emprisonner pour le ramener à Rennes.



110403_036Carnaval fantôme :
Seule est déguisée ici
Anne de Bretagne

 

 

 

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Hôpital de Nantes

Yann-Fanch qui l’a peu fringante
Ici se lamente

 

Quand je ferme les yeux, je songe à tout cela, je mesure notre chance d’avoir des hôpitaux, de nous aimer un peu, beaucoup, passionnément, de n’avoir pas d’avions militaires au-dessus de la tête, de guerriers à nos portes,  juste quelques têtes d’haineux qui glosent sur les ondes, gens que l'on oubliera parce qu'inessentiels, et je repars pêcher d’autres bonheurs d’avril dans mon paradis vert.

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J’ai toujours à cœur
De capturer vos couleurs
Au Thabor, tulipes

 

 

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Marié(e)s en costumes
Où donc vous photographier
Sinon au Thabor ?

 



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Cultiver toujours

Même au ras des pâquerettes
Son côté « fleur bleue »


 

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Pensée matinale :
Pour revigorer le cœur
Une fleur suffit

 


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Le sommeil de plomb
Pèse-t-il autant ou non
Qu’un sommeil de plume ?

 

 

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Dans l’oeil du poisson
Tout se retrouve tordu
Comme un hameçon

 



P.S. Ne vous inquiétez pas pour Mademoiselle Zell : elle s'en est sortie. C'est une chanceuse en fait : elle avait 6 chances sur 100 000 de faire un pneumothorax, eh bien, comme elle ne manque pas d'air, elle a décroché le cocotier ! Ca c'est fait !
C'est comme son père : il avait une chance sur sept milliards de devenir Joe Krapov ? Il l'a saisie ! Pour autant, si la famille est chanceuse (?), c'est quand même comme la vie : on ne sait pas ce qu'on gagne au bout du conte ! Le droit de fermer les yeux, peut-être ?

31 août 2011

LORSQUE L’ENFANT TERRIBLE PARAIT

LORSQUE L’ENFANT TERRIBLE PARAIT par Joe Krapov

Qu’elle prenne parfois l’air de Jeanne au bûcher
N’étonne en rien tous ceux qui pratiquent Sophie.
Elle affronte la vie avec philosophie
Mais la vie est parfois plus dure qu’un rocher.

Son enfant a deux ans et… mérite des tartes !
Toujours à propulser, du fond de sa colère,
Ses jeux et ses jouets sous les pas de sa mère
Comme s’il désirait, à la fin, qu’elle parte !

Tout y passe : ballon, bilboquet, cochonnet
Albums de Ric Hochet, même l’ours en peluche
Et le doudou sali noué à son hochet.

De son landau qui lui sert de camp retranché
Totor, le misérable, envoie ses fanfreluches
Et l’on ne cesse de voir Sophie trébucher.

Sophie_Tr_buchet


16 septembre 2010

Mais qu’est-ce que t’as, doudou, dis donc ?

Le doudou de Robin Hood
Est retourné à Sherwood
En chantant « Johnny, be good !
Retire donc le Hollywood
Ch’wing-gum collé sous mon coude !”

Le doudou de Oum Khalsoum
S’en est allé à Khartoum
Manger des rahat loukoums
En écoutant des pantoums.
Là, il prospère. Youp la boum !

La baleine en peluche
Au pelage si doux
De cette foutue greluche,
Miss Laure Manaudou,
S’est égarée dans le mois d’août
Sur les chemins de Katmandou.

Le doudou de Poupoune
A fait du grabuge au saloon.
Dans la cellule de sa prisoon,
Il regarde au dehors la moon
Et tout en tapant le cartoon
Il prépare son évasioon,
Rêvant d’attaquer un fast-food
Pour répandre à nouveau le blood

Le doudou de Justin Bridou
Maïté
L’a boulotté
D’un seul coup !
Avait-on idée, mon garçon,
D’avoir comme doudou un si long saucisson ?

Et ma doudou à moé ?

Li k’a pa’ti ! Hélas ! Hélas ! C’est pou’ toujou !
Doudou a moé li k’a pa’ti ! Hélas ! Hélas ! C’est pou’ la vie !

DDS115_Mlle_Zell

13 août 2010

L'assassinat de Madame sans (hy)giène

Le commissaire Tempête, à peine arrivé sur les lieux, déclara tout à trac sans tambour ni trompette : Yvette, la victime, était un peu pompette. Le coupable est Pierrot, l’hygiéniste à tout crin qui joue à la crapette. Yvette est rousse et a de tout petits roberts dessous sa salopette mais ce n’est pas pour ça que Pierre la rouspète : c’est qu’elle a mangé trop de fayots ce midi et du coup la rousse pète. Pierre, sans alibi (rien qui vaille tripette) n’a même pas songé à prendre sous la carpette la poudre d’escampette ni non plus à planquer l’escopette avec laquelle il a trucidé la pépette ! C’est un meurtre d’arpète !

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Le commissaire Tempête,
A peine arrivé sur les lieux, déclara tout à trac sans tambour ni trompette :
Yvette, la victime, était un peu pompette.
Le coupable est Pierrot, l’hygiéniste à tout crin qui joue à la crapette.
Yvette est rousse et a de tout petits roberts dessous sa salopette
Mais ce n’est pas pour ça que Pierre la rouspète :
C’est qu’elle a mangé trop de fayots ce midi et du coup la rousse pète.
Pierre, sans alibi (rien qui vaille tripette)
N’a même pas songé à prendre sous la carpette
La poudre d’escampette
Ni non plus à planquer l’escopette
Avec laquelle il a trucidé la pépette !
C’est un meurtre d’arpète !

13 mai 2025

Quatre réveillons de Noël. 1, Marinette raconte

 

 

1. C’est le soir de Noël. Il neige sur la petite ville qu’habite Marinette. Les invités sonnent à l’entrée du pavillon.

 

2. A l’intérieur Marinette est aux fourneaux. C’est donc Mirabelle, sa fille de douze ans, ado accro au téléphone portable, qui va ouvrir la porte.

 

3. Échange de bises de Marinette avec sa belle-sœur Samantha accompagnée de son mari Ludovic et surtout de leur adorable bébé que Mirabelle a surnommé « Bigorneau ». On ne la voit pas sur l’image mais la belle-mère de Marinette, maman de Samantha, Mamita, est aussi de la fête.

 

4. Tout le monde a pris place dans le salon. C’est champagne pour l’apéro. Mirabelle a replongé dans ses applis. On voit que Mamita est d’origine indienne.

 

5. C’est l’heure du plat de résistance. Marinette amène sur la table un plat fumant.

 

6. Le bébé a faim. Samantha reste à table pour lui donner la tétée. Mirabelle semble contrariée par la durée de ce repas familial… ou par autre chose.

 

7. Tandis que Ludovic monte coucher le petit Bigorneau Marinette invite Samantha à jouer du piano.

 

8. Les deux femmes chantent pendant que Mamita amène les assiettes pour le dessert. Il y a un cadre sur le dessus du piano.

 

9. Ludovic est redescendu. En compagnie de Mamita, il applaudit Samantha qui les salue en s’inclinant comme le font les artistes. Marinette, restée devant le cadre, verse une larme.

 

10. On retourne à table pour le dessert. Marinette amène depuis la cuisine un magnifique fraisier. Mirabelle est retournée à son smartphone au bout de la table.

 

11. Mon Dieu ! Marinette a trébuché. Le gâteau n’est pas tombé sur le sol mais elle s’est écrasé la figure dans un coin de la pâtisserie posée à temps sur la table .

 

12. Devant les invités effarés, la mère et la fille règlent leurs comptes. C’est violent.

 

13. Marinette à bout de nerfs est sortie pleurer sous la neige au fond du jardin. Samantha lui amène sa part de gâteau. Joyeux Noël quand même !

12 février 2013

LE LIVRE SANS TITRE par Joe Krapov

Le béton qui coule dans nos veines nous rend durs comme des robots. Nous courons dans les rues de la cité maudite et notre cavale qui dure depuis six mille nuits ne nous laisse que rarement tout seuls avec notre silence. Malgré tous ses progrès le monde est toujours à feu et à sang quelque part, à croire que nous subissons, dans la forêt des égarés, le châtiment des hommes-tonnerres.

Mais chaque vendredi soir je quitte la fourmilière. C’est l’heure de la révolte, la guerre des boutons : j’éteins tous les écrans, je ferme la radio.

 

MIC 2013 02 11 Livre sans titre

Sur la couverture du livre, la photo de l’auteur, Rodrick Nosferas, me hèle tranquillement et m’invite à pratiquer le retour à l’état sauvage de l’enfance.

Bien calé dans le canapé j’ouvre le livre magique dans lequel Rodrick fait sa loi. La prunelle de mes yeux s’écarquille à ce décollage immédiat : dès que j’ai lu quelques lignes je sais que j’ai ce soir le monde dans la main. Très vite, à suivre l’aventurier, l’innocent de Palerme que j’étais pénètre dans les mystères de la forêt. Les arbres de l’imaginaire laissent tomber des lianes magiques. J’en oublie « Les mille et une nuits » et une peur express monte en moi : arriverons-nous avant la tempête à sortir de la forêt de bouleaux, à regagner le fleuve ? L’ombre de la mort plane et mille dangers nous séparent encore de la demeure d’Anka. Chez elle on est vraiment dans le cœur des deux mondes et les papillons de la Léna nous invitent à l’embrasement.

C’est à ce moment-là que mon épouse crie « A table ! ». Je délaisse le clone de Lara Croft à chevelure poil-de-carotte chez qui Rodrick – a-t-il du cœur, cet homme-là ! – m’a amené puis je vais retrouver le silence de Nélio, ma douce cuisinière et la réalité des corps qui se sustentent alors que l’esprit flotte.

Lorsqu’après le repas je retourne à mon livre l’intrigue est devenue toute autre. Je suis maintenant dans le journal de Fanny. L’encrier maudit de Rodrick est tellement divergent que son livre contient tous les livres qui n’ont jamais été écrits. Fanny est fantastique. Elle dit en incipit de son carnet de bord de grégaire bavarde : « Ma sœur vit sur la cheminée depuis qu’un mauvais génie l’a transformée en cigogne. Cela n’aurait rien de gênant si nous habitions en Alsace mais ma sœur et moi habitons Plounéour-Menez, en Bretagne, dans les Monts d’Arrée. Cela fait jaser dans le bourg et du bruit jusque dans Landerneau. »

Ce conte à dormir debout me tient éveillé jusqu’à ce que Nélio, maintenant allongée dans notre lit, me propose de goûter à d’autres joies.

Le samedi matin le livre de Rodrick s’est fait recueil de poèmes. Il a pour titre « La chanson des enfants perdus » et cela me va bien au teint.

Dimanche il me fera entendre la voix des rois en me content les légendes de la dynastie des Tout An Café 0405. Ce livre formidable, je ne le lâche plus. Il est l’héritage ou la crypte des âmes que Rodrick Nosferas a dû racheter à Gogol, voler à Jack London ou subtiliser à Shakespeare, allez savoir. Il ne semble exister qu’un seul portrait de cet auteur mythique et le livre que j’ai entre les mains, acheté à un bouquiniste à Lyon, est peut-être un exemplaire unique. Il n’a pas d’achevé d’imprimer et ne figure pas au catalogue BN-OPALE de la Bibliothèque Nationale.

Une seule chose est sûre pour moi : chaque lundi matin c’est l’opération gerfaut (comme un vol de… hors du charnier natal !). C’est à nouveau le passage en outre-monde, ce retour vers les liens maudits à surveiller, la soumission aux listes de tâches bureaucratiques et idiotes que la petite terreur de Glimmerdal, mon chef de service, me fait parvenir par courriel alors qu’il est en réunion ou chez lui. Quelques crimes toujours précèdent les grands crimes. Un jour, là où j’irai, j’effacerai tous ces gens avec un revolver, sauf Nélio évidemment. Ce sera Waterloo Nécropolis adieu, dernière station avant le désert. Je ne ferai plus rien alors que lire tout mon soûl comme quand j’étais enfant.

22 décembre 2012

LE PREMIER REVEILLON AVANT/APRES LA FIN DU MONDE par Joe Krapov

MIC 2012 12 17 Tarzan

Tarzan gara le Jaguar tout le long du trottoir. Il en descendit, entra dans la hutte et dit à Jane (dont le rôle est tenu, dans cette version inédite, par Mlle Birkin, avec un accent British assez prononcé) :

- C’est la fin Jane !
- La fin du monde ? La fin des z’haricots ?
- Non, la fin de l’année. Ca va être Noël et j’entame ma déprime annuelle. Rien que l’idée de réveillonner avec les autochtones me fiche le blues. Et pas qu’un peu !
- Je vois pas où est la problème ?
- Est-ce qu’on invite ou pas l’éléphant, cette année ?

éléphant bleu

- Ah non, pas lui ! C’est un gros maladroit ! Il a voulu s’occuper de l’irish coffee le année dernière. Résultat, il a fichu toute ma service de porcelaine par terre !
- Je vois que tu as bonne mémoire, toi aussi ! Je ne veux pas avoir l’air de prendre sa défense mais on aurait pu le cantonner au lavage de la vaisselle. Il a de bonnes dispositions pour ça, si je ne me trompe.
- Tout le repas il a craché dans la soupe sur mon cuisine et tu voudrais qu’il met les pieds dans le plat à la fin ?
- Il adore jouer à l’eau. Est-ce qu’on invite aussi notre voisin Clarence, le lion qui louche ?
- Ah mais lui il est au régime sans gazelle. Le dinde va être encore plus fade si je la mets pas. Et s’il n’y a pas de cornes de gazelle au dessert tu vas pas être content.
- Oui, c’est gênant, je raffole de ça. Raye le. Comme le zèbre d’ailleurs.
- Oh oui, c’est un drôle de zigoto lui. Il fait toujours le zouave et avec ses grandes dents il a laissé des rayures sur mes coupes à Champagne. Un verre ça va, trois bonjour les dégâts. Invite pas non plus le girafe, il a pas de conversation.
- C’est normal, elle est muette. Moi je n’aime pas sa propension à tout prendre de haut.

MIC 2012 12 17 cheeta1

- C’est vrai, il est très collet monté. On ne va tout de même pas inviter les copines de Cheetah.
- Ah ça ! L'année dernière elles n’ont pas arrêté de faire le singe à table. La soupe à la grimace, chercher des poux à sa voisine, ça va bien cinq minutes.
- Et puis elles vont nous coûter une fortune en cacahuètes !
- J’ai une idée ! Il y en a un qu’on n’a jamais invité et pour lequel tu n’aurais pas à te mettre en frais. C’est le wapiti !
- Pourquoi ? Il mange pas, lui ?
- Si mais le wapiti vient en mangeant !
- Warf ! J’ai une autre idée. Pourquoi est-ce qu’on s’embête avec ces animaux que ils sont tous des mal élevés et des incultes : ils n’ont jamais vu une bœuf et une âne dans un étable ! Pour une fois, on pourrait aller réveillonner en ville.
- En ville ? Retourner à la civilisation alors que c’est la crise partout ? Tu crois que nous en sommes capables.

MIC 2012 12 17 cible catalane

- Depuis le temps que tu as promis de m’emmener à Barcelone, pourquoi pas cette fois ?
- Barcelone, Barcelone ! Mais pourquoi tu fais une fixette sur Barcelone ?
- Parce que ici le réveillon ça va être le cata rapide alors que là-bas ce sera le cata lent.
- Bon, allez, tu as gagné. La parole est toujours en retard sur le coeur mais puisque je t’ai donné ma parole et mon cœur, je vais respecter mes engagements. Je vais faire les réservations sur Internet.
- Tarzan ?
- Oui, Jane ?
- On va en Espagne. Songe à mettre autre chose qu’un pagne dans ta valise !
- Ahaouahouahouahaou ouiiiii ! Est-ce qu’on emcarmène Cheetah avec nous ?
- Bien sûr !
- Bon, alors dans ce cas, je vais emcarmener aussi mon habit de toréador. Oh ma chérie, dépêche-toi de finir ton sac : je vois sur le site de la STAR qu'on a une liane à 11 h 45 qui nous mène directo à l’embarcadère de l’African Queen !
- J’arrive ! A nous Barcelone et la Catalogne ! Allez Cheetah ! On va prendre la bateau ! Gare à la Gaudi-i-i-i-iille !

 

MIC 2012 12 17 fanion catalan

 

4 avril 2012

99 dragons : exercices de style. X, Acrostiche

DDS188 Ascalon 3Avant tout, il me faut remercier monsieur Gaston, l'inventeur de l'âge de fer. A ce qu'on m'a rapporté, c'était un homme très courageux et il aidait beaucoup sa femme en faisant les courses au mammouth ou en pêchant à la canne-bière la sardine qui bouchait le port de ce qui deviendrait Massilia.

Sinon, je remercie bien le dragon. Sans lui je ne serais pas entrée dans la légende en même temps que dans son lard. Sa connaissance approfondie du métier de cracheur de feu, son goût du chantage affectif, sa cruauté naturelle, son appétit carnassier, tout cela a fait de lui un adversaire redoutable qui s'est très bien défendu mais moi, l'épée Ascalon d'Ashkelon, quand on me cherche, on me trouve !

Chevaliers du royaume de Silène, je vous suis redevable également. Ce sont votre lâcheté, votre couardise, votre manque de courage qui nous ont permis, à Georges et moi, de rester seuls sans concurrence sur le champ de bataille de l'Héroïsme. Ce n'est pas pour dire, mais maintenant que vous êtes devenus chrétiens, il va falloir vous bouger un peu le fion si vous ne voulez pas que les touareg qui vous entourent vous reprennent ce bout de désert où on se demande bien ce que vous glandiez jusqu'à présent !

Aux brebis que je n'ai pu sauver, je demande pardon mais mon maître et moi nous n'avons pas été prévenus à temps du massacre dont vous avez été victimes. A ce qu'il paraît, cette hécatombe fut la plus belle de tous les temps. Alors pour éviter ça la prochaine fois, notez bien le numéro de téléphone de Jojo et appelez-nous.

Loin de moi la pensée d'oublier le professionnel de la profession, le gars Georges de Lydda, celui qui s'escrime depuis des années à faire entrer la foi de Notre Seigneur Jésus-Christ et les valeurs de son Eglise dans les têtes bornées de ces rois serviles, de ces gueux à gueules de métèques et de ces papillons de jeunesse échappés du naufrage d'Alexandrie pour tomber amoureux d'Alexandra. Le temps de vivre dignement est arrivé, à vous de le prendre, hommes au cœur blessé, sinon ce sera le requiem pour n'importe où dans vos hamacs !

On n'oubliera pas non plus de remercier la princesse, si blanche, si pure qui a apporté une note de féminité dans un univers d'une rare violence, mais moi, je n'y peux rien, j'aime ça, le sang qui coule, surtout si c'est moi qui pique le patient.

Nous sommes donc ravies, ma ravissante poignée et moi de recevoir ce « César de l'épée la plus valeureuse de la Chrétienté ». Nous savons très bien que, malheureusement, le temps ne travaille pas en notre faveur. Nous serons détrônées un jour, pour ce qui est de la célébrité, par la grande, l'immense Excalibur, par l'artillerie du général Mac Arthur, les mousquetons, les canons, la bombe à neutron mais c'est la vie et j'aurai eu la satisfaction auparavant, grâce à cette récompense que vous m'attribuez, d'être moi-même, d'une certaine manière, adoubée !

***

L’épée sort de scène avec le fourreau qui lui a été remis par le roi de Silène qui a fait le déplacement. Elle est saluée par un tonnerre d’applaudissements du public. Entre alors le nominé suivant, l’avion Rafale de Marcel Dassault. Comme il a oublié de mettre un bémol à son prix et à sa vitesse supersonique, il traverse la salle en volant, ressort en laissant deux énormes brèches dans les parois du bâtiment qui, déstabilisé dans ses fondations, s’effondre sur les spectateurs et acteurs de cette cérémonie des Césars militaires. Ainsi commencent les premiers sévices subis par le valeureux Saint-Georges qui aboutiront à son interminable et indicible martyre et plus tard à sa canonisation.

28 septembre 2012

TEMOIGNAGE DE CLIENT N° 56 (Joe Krapov)

Ca me tracassait un peu de partir avec cette fille-là pour guide. Non pas qu’elle fût moche, qu’elle eût des seins flasques ou le nez ailleurs qu’au milieu de la figure. Au contraire, elle n’était pas mal du tout malgré son postérieur un peu large et des yeux quelque peu inexpressifs qu’elle cachait derrière des lunettes noires et rondes. Louchait-elle ? Voulait-elle se donner un genre ?

Non, ce qui me gênait le plus au départ, c’étaient les conditions de ce voyage. Ce n’était pas un problème de monnaie ; de l’argent, j’en avais plein le portefeuille à l’époque. Ce qui commençait à m’énerver un tantinet, c’était de ne pas savoir où on allait, de demeurer silencieux tout du long, sans pouvoir communiquer avec celle qui tenait pour moi le rôle d’Ariane mais se taisait. Mais bon, c’était bien là ce qu’on m’avait promis à l’agence de voyages.

- Oui, c’est cher mais c’est normal mon bon monsieur, on vous emmène au bout du monde, on vous sort du train-train quotidien sans vous envahir et en vous laissant libre d’agir à votre guise deux jours sur trois ! Le tout dans un silence total afin d’exacerber vos sensations ! ».

C’était difficile de résister à Isaure Chassériau ! Cette jeune entrepreneuse n’arrêtait pas de rire, se vantait de pouvoir vous vendre de l’inattendu et dans son « Agence de flânerie amoureuse de Rennes », située au milieu de la rue d’Antrain, le nom de la rue avait déteint sur l’humeur de ses habitant(e)s. Un enthousiasme communicatif.

DDS 213 Nathalie

- Vous partirez avec Nathalie. Vous pourrez lui raconter votre passé, lui chanter toutes chansons que vous voudrez, vous plaindre, lui casser les oreilles si le parcours ne vous plaît pas. Elle n’en prendra pas ombrage, ne se départira pas de son sourire distant, ne répondra pas : elle est sourde et muette. ».

Voilà. J’avais payé, reçu une photo de mon sherpa, noté le rendez-vous place de la Gare. Mon guide, vêtu de rouge des pieds à la tête, était à l’heure pour le départ le lendemain après-midi. On avait quitté Rennes en train, pris le métro entre la gare Montparnasse et la gare de Lyon. Là on était montés dans un train de nuit et au matin, surprise, le train avait été entouré d’eau des deux côtés puis s’était arrêté dans la gare de Santa Lucia. A Venezia ! Venise !

J’avais été stupéfait de voir toute cette circulation sur le grand canal, de découvrir que la ville, malgré toute cette eau dormante ne sentait pas si mauvais que ça. N’en déplaise à Thomas Mann et Lucino Visconti, ce ne devait pas être si détestable que cela de mourir à Venise !

A hôtel j’avais vidé ma valise, m’étais installé dans la chambre 28 de cette « Pensione Wildner » située sur la Riva degli Schiavoni, non loin de la place Saint-Marc. Nathalie était venue me retrouver, m’avait tendu une enveloppe. Voulais-je voir le bout du monde tout de suite ou préférais-je jouer au touriste paresseux et convenu avant de m’y aventurer ? J’ai choisi cette deuxième option.

Même sans ma cravate laissée à Rennes j’ai fait la vie pendant deux jours et je me suis habitué aux folies de la ville en fête et aux silences de la fille en rouge. On est allés boire au Harry’s bar, montrer nos binettes au Florian pour s’y emplir l’estomac et on a assisté aux bals et opéras donnés à la Fenice pour les fortunés de passage.

Le troisième jour au matin, à l’issue du petit-déjeuner, nous délaissâmes la vue magnifique sur l’île de San Giorgio maggiore et nous allâmes prendre le vaporetto en direction du Lido. A l’arrivée pas question d’aller voir les aristocratiques hôtels et les grandes plages de sable garnies de transats bien alignés. Pas question de se baigner non plus. Nathalie me gratifia d’un ticket et nous montâmes dans un bus archaïque.

C’était drôle de retrouver des voitures ici ! Le véhicule s’emplit de quelques autochtones puis le chauffeur démarra. On longea l’arrière des hôtels et puis bientôt ce fut un voyage dans le temps. Avec toujours la mer à notre gauche, on traversa des petits villages pas bien différents de celui où créchait-prêchait l’ineffable Don Camillo. Au bout de quelques kilomètres le bus stoppa. Alberoni ! Je voulus descendre avec un petit groupe de vieilles dames du coin mais Nathalie mit sa main sur ma cuisse. Pas encore l’heure d’user ses chaussures, il fallait attendre. Attendre, oui, mais quoi ? On était rendus au bout de l’île, face à la mer avec une autre île face à nous et bientôt, très surpris, je compris ! Pour aller de l’autre côté, sur ce territoire en pointillé le bus devait emprunter un bac ! Si tu veux aller au bout du monde, passe ton bac d’abord !

L’île suivante, toute en longueur également, était encore moins peuplée que le bout de la précédente. Une longue muraille triste faisait rempart contre les colères de l’Adriatique. Nous traversâmes un dernier petit village, Pellestrina, et le chauffeur nous dépota près d’un petit cimetière balayé par le vent. La lagune d’un côté, la mer de l’autre qui pénétrait devant nous en grosse vagues mélancoliques par cette passe vers la Sérénissime. Nous deux, seuls, sur une bande de cailloux qu’agrémentait, outre le vent et la tristesse, un embarcadère. En face, une troisième île. Nous attendîmes là une bonne demi-heure, sans que je comprenne le sens de ce paysage et de cette randonnée. Est-ce que je me trompais ? J’avais une impression de Styx et d’Achéron alors que d’ordinaire je suis plutôt volontaire pour Cythère que pour les mystères des Enfers. Qu’est-ce qu’on attendait là ? Une voiture qui nous ramènerait à la maison ? Où est-ce qu’on était ? Comment s’appelait ce lieu de désolation ?

DDS 213 Pellestrina

Nathalie était tournée face à la lagune. Je regardais ses longues jambes, son dos impassible, ses habits en harmonie de rouge et je songeai d’un coup à l’enseigne de ce magasin de mode, place Rallier Du Baty, à Rennes : Rouge Venise.

Au bout d’un long moment on entendit comme un bruit de caboteur, en fait le « pop pop pop » d’un vaporetto rustique. Se tordant les pieds sur les cailloux, Nathalie revint vers moi et me glissa sous les yeux un billet tapé à l’avance :
« Le bout du monde est ici. Nous pouvons y passer la journée à ne rien faire, ne rien voir, ne rien dire, savourer l’atmosphère… Si vous le préférez, le vaporetto nous emmène à Chioggia, un sympathique village de pêcheurs qui a gagné en célébrité depuis que Carlo Goldoni y a fait du barouf. Enfin, si vous avez des fourmis dans le pantalon, j’y connais un hôtel des plus discrets où nous pourrions lier plus ample connaissance. »

Que croyez-vous que j’aie fait ?

Nous sommes restés-là toute la journée. J’ai pris quelques photos, j’ai sorti un cahier, pris les notes qui m’ont servi à rédiger ce récit de voyage. Hè quoi, j’avais payé pour aller au bout du monde et j’y étais, non ?

***

Mais non, je galèje ! L’hôtel de Chioggia était très bien et la fille aussi. Bien que sourde et muette, elle n’était pas manchotte.

***
Les Rennais, on les emmène au bout du monde et au septième ciel en même temps, ca ne les rend pas plus heureux pour autant ! Quelques années plus tard, des clients moins délicats qui avaient découvert lors des ébats tarifés que Nathalie n’était pas plus muette que vous et moi et qu’on s’était un peu moqué d’eux portèrent plainte pour proxénétisme à l’encontre d’Isaure. Ceci explique peut-être que l’on ne trouve plus trace aujourd’hui à Rennes ni de cette « Agence de Flânerie amoureuse de Rennes » ni d’Isaure Chassériau elle-même. Elle a sans doute, à temps, avant la crise, changé d’époque ou de crèmerie, disparu sans laisser d’adresse ! C’est assez son genre, je dois dire !

P.S. Les photos qui illustrent ce texte ont été empruntées à Télérama et à Google images. Le témoignage de client n° 56 fait partie des archives de l'IFSIC (Institut Français de Supputations au sujet d'Isaure Chassériau) de l'Université de Rennes 3.

2 août 2012

TU N’ES PAS BIEN PORTANT ? par Joe Krapov

Si tu as les pieds en compote,
Si tu as la voix qui chevrote,
De la douleur entre les côtes,
La rotule qui s’escamote ;

Si tu as les nerfs en pelote,
L’œil bilouteux qui papillote,
Si t’as des nœuds dans l’épiglotte
Et du mou dans la redingote ;

Si t’as la mine un peu pâlote,
Si t’as l’estomac qui chipote
Et l’équilibre qui capote,
Si t’as besoin qu’on te dorlote ;

Si, au niveau de la culotte,
Tes roustons dansent la gavotte,
T’as la hulotte qui gigote
Et la chènevotte qui clignote ;

Si ta vitalité barbote,
Si t’as le lièvre en gibelotte,
L’Hérodote qui décalotte
Puis s’endort comme une marmotte ;

Si tu te sens tête de linotte,
Si t’as besoin d’un copilote,
Si t’as les pognes qui tremblotent,
Les abattis qui s’numérotent ;

Si tu te sens en manque d’azote,
Si ta misère est asymptote,
Si t’as la laiterie qui ballotte,
Si tu trottes à côté d’tes bottes 

(Quand on voit tout ce que tu sirotes
Il est temps de payer la note !) ;
Si t’aimes pas qu’on t’appelle « camelote »,
Si tu n’veux pas qu’ton corps clabote,

Je ne vois qu’un seul antidote :
Va donc voir un docteur, mon pote !
Et nous, pendant qu’il te tripote,
On se f’ra une petite belote !

 

MIC 2012 07 30 joueuses de cartes

 

La photo a été prise à Lille en 2008. Une autre illustration, sonore, ici : http://youtu.be/zPba8RBkTvU

 

21 août 2012

CONFUS PENDABLE par Joe Krapov

Je l'admets volontiers, la langue française est difficile, même pour ceux qui sont nés en France, qui ont été bercés de ses règles et nourris de sa musique depuis leur petite enfance.

Comme je fais partie de ces récipiendaires, je vais vous en donner l'illustration en prenant pour exemples quelques récipients d'eau.

On peut dire ainsi, pour commencer : « Le Bol d'or n'est pas ma tasse de thé ». Il faut déjà une certaine imagination, voire une certaine culture, pour comprendre que le sens de cette phrase est, grosso modo : « Je ne suivrai plus le vieux motard que j'aimais avec magnificence au Castellet à Magny-Cours. Mieux vaut tard que jamais, j'ai fini par l'admettre : notre amour est à bout de course, mon endurance aux épreuves a des limites : j'en ai eu Raz le bol jusqu'au bout des Seins, comme on dit dans le Finistère, de l'enduro du Touquet et des 24 heures que je supportais indûment. Qu'on ait des mots tôt ou qu'on ait des maux tard, il y a toujours un moment ou Honda assez. « Les histoires d'amour finissent mal en général et les sentiments s'usent » ; Uki, poète japonais, a écrit ceci au Xe siècle avant Kawasaki.

On remarquera aussi , lorsqu'on dit « Le Bol d'or n'est pas ma tasse de thé », que le bol en question ne contient aucune matière aurifère ni somnifère (bol, dors !) et que la notion de tasse de thé, chère à Marcel Proust, ma chère, peut ne représenter rien de précieux pour celui qui serait à l'instar de Balzac amateur de café et consommateur exclusif de ce breuvage !

MIC 2012 08 20 Grande jatte

Mais prenons un deuxième exemple. On peut dire également en effet, comme Seurat : « J'ai bu la tasse en me baignant à la Grande Jatte".

Il sied alors à l'homme d'esprit de répondre finement : « C'est pas de bol ! ». Cela ne nous donne pas pour autant la capacité de la tasse, puisque dans la rivière celle-ci n'a pas d'anse, ni celle de la grande jatte, ni celle du bol. Quand à celle du bassin où avaient lieu les jeux Olympiques de Londres cet été, notre envoyée spéciale, Mlle Laure Manaudou, personne pourtant réservée d'habitude, s'y est noyée, ainsi que dans le ridicule en éprouvant publiquement un orgasme de toute beauté lorsque son petit frère a remporté l'épreuve du 50 mètres. Ok, Laure, c'est l'or mais quand même, retiens-toi ! Un peu de contenance, si je puis dire.

 

 

A part cela et pour en finir avec le bol et la tasse, sachez cher(e)s ami(e)s étranger(e)s que la phrase suivante est tout à fait correcte : « J'aime lire Le Tasse à la Baule ».

Ajoutons encore qu'en cas de scène de ménage le fait de s'envoyer les pièces du service à café à la figure s'appelle par chez nous « jeu des soucoupes violentes ». Oui, je sais, ce genre de choses, UFO y penser !

MIC 2012 08 20 Grande roue

Apprenez qu'il existe des services spéciaux pour gauchers pour lesquels l'anse se situe à gauche de la tasse. Ils sont fabriqués par M. Allais, négociant d'Honfleur. Prévenez vos enfants également. S'ils décident de fabriquer une grande roue avec le service de tante Madeleine, ils ont intérêt à être bons architectes. Si tout s'écroule, si la nacelle chancelle, si la tasse casse cela va être une autre chanson. Si "chanter c'est honorer l'oxygène", comme dit Björk, ils vont se faire souffler dans les bronches !

Le temps me manque pour vous parler du mug et du mazagran. Je ne me sens pas trop dans mon assiette en ce moment et la dame qui m'offre le gîte, le couvert et des affinités en plus attend que je m'attelle à la vaisselle. Et ce n'est pas ici, pour une fois, une façon de souligner les ambigüités de notre langue : on s'attelle à une tâche essentiellement lorsqu'on est « charrette » et avec la canicule, à force de boire mon thé et descendre des limonades, les verres s'empilent et le tas de vaisselle augmente à la vitesse d'un cheval au galop.

Du coup vous n'apprendrez pas aujourd'hui ce qui différencie le bassin de la bassine, le jars de la jarre, le seau du lasso, mon whisky de ton eau et mon baril de poudre de ton tonneau de bière. De même j'ai oublié de vous raconter l'histoire de l'espion du KGB qui rétrécissait au lavage (1). Tant pis. Ce sera pour une autre fois.

(1) L'agent se tasse !

2 mars 2012

99 Dragons : exercices de style. 1, Pièce en un acte (Joe Krapov)

ACTE 1 SCENE 1

La scène représente une auberge à Silène en Libye en 300 après Jésus-Christ. Pierre, Bertrand et Jehan sont assis et consomment à une table tandis que l’aubergiste essuie les verres au fond du café en sifflant un air d’Edith Piaf. Entre Boucicaut, en larmes, coiffé d’un képi de légionnaire et sentant bon le sable chaud.

 

Bertrand – Hola, tavernier ! Mettez donc une cervoise de plus pour notre ami Boucicaut !

Boucicaut – Eh bien ça y est mes amis ! Nous voilà débarrassés du dragon ! Mais quand même ! Quand j’y repense ! (Il s’assied et se met à sangloter)

Pierre – Eh quoi, Boucicaut… Tu sembles bien regretter quelque chose !

Jehan – Peut-être bien qu’il est déçu par la tête du vainqueur du monstre. Ou surtout par le fait qu’il s’agit d’un étranger !

Bertrand – C’est vrai, ça la fiche mal qu’on n’ait pas été foutus, à nous tous, de conjurer le sort qui nous avait été jeté.

Boucicaut – Quand même … Bou ouh ouh !

DDS 183 Saint-Georges 3Jehan – J’aurais bien voulu t’y voir, toi, face à cette bestiole infernale ! Tous ceux qui s’en sont approchés pour l’affronter sont tombés inanimés, intoxiqués à cause de son haleine pestilentielle. Des monstres qui crachent des flammes, qui ont des griffes pointues, douze têtes qui repoussent une fois qu’on les a coupées, ça, moi, Môssieu, je te les estourbis en cinq secs quand tu veux. Mais qu’est-ce que tu veux faire contre un dragon qui empeste le Munster avancé et le fromage corse des maquis reculés ?

Pierre – C’est vrai que terrasser le dragon et dragouiller en terrasse, ce n’est pas la même chose ! N’empêche, l’étranger, lui, il a réussi !

Bertrand – Moi je dis qu’il a triché pour pouvoir épouser la fille du roi !

Boucicaut – Quand même ! Quand je repense à elle ! Bouh ouh ouh !

Jehan – Triché ? Comment ça !

Bertrand – Oui, il a triché, le Georges de Lydda dirladada ! D’abord son épée n’était pas de taille réglementaire ! Et puis ce signe, là, qu’il a fait. Si ce n’est pas de la magie noire, qu’est-ce que c’est ?

Jehan – C’est un signe de croix, idiot ! Et tu as intérêt à t’y habituer maintenant parce que tu vas le voir faire. Plus souvent ! pas qu’un peu !

Pierre – Magie noire, magie blanche…En tout cas, l’étranger, il nous en a débarrassés, de l’oppresseur.  On allait se retrouver sur la paille à lui  refourguer toutes nos brebis, nos agneaux, nos bestiaux et voilà qu’il exigeait nos enfants. Heureusement le sort est tombé sur la fille du roi.

Bertrand – En même temps, nos mouflets, pour la vie qu’on leur fait ! Autant qu’ils finissent là, au chaud !

Boucicaut – Bouh ! Ouh ! Ouh !

Pierre – Holà, tavernier ! Donne-lui tout de même à boire ! Et amène-nous la piste de 421 et les dés. On joue quelques sols, messeigneurs ?

Jehan – Ah non, Pierre ! C’est interdit, ça désormais !

Pierre – Comment ça, c’est interdit ?

Bertrand – Oublierais-tu que nous avons tous été baptisés avant le combat ? Nous nous sommes convertis à la religion des Chrétiens. Et celle-ci interdit les jeux d’argent.

DDS183giogiodechirico-saint-georgesPierre – On va quand même pas miser des haricots ? Maman m’a toujours interdit de jouer avec la nourriture. Il nous emmerde, ce Georges ! Ah ben zut alors mais  tu me la copieras, celle-là ! Les étrangers, quand ils sont plus de trois, déjà, ça me donne des boutons mais alors celui-là, à lui tout seul, bonjour les dégâts ! Tout ça pour que Dgeorges épouse la princesse au petit pois dans la tête, c’est trop fort.

Jehan – Il ne l’épousera pas.

Pierre – Ah bon ? Il va juste lui faire son affaire et se tirer ? Et le roi a accepté ça ?


Bertrand – Il est déjà reparti, le Georges. Il veut mourir au combat, tout seul face à l’artillerie, j’ai pas trop compris. Il veut se faire « canoniser », qu’il disait !

Boucicaut, redoublant de larmes - Cette pauvre Blanchette !

 (On entend au dehors les cloches qui sonnent.)

 Pierre – Qu’est-ce que c’est que ce boucan-là ?

Jehan – Ce sont les cloches. Il faut qu’on arrête tout et qu’on aille à la messe.

Pierre – A la quoi ?

Bertrand – A la messe. Viens, tu verras ! C’est un truc en latin, y’a un gazier qui cause, on y comprend rien, on chante, on se lève, on se rassied, c’est très reposant au total !

Pierre – Et… on est obligés d’y aller ?

Jehan – Eh ben ouais ! On a promis ! Maintenant qu’on est baptisés, faut tout faire comme eux !

(Ils se lèvent tous sauf Boucicaut toujours noyé dans son chagrin.)

Bertrand – Tu viens, Boucicaut ?

Boucicaut – Cette pauvre Blanchette ! Si seulement ce con était venu deux jours plus tôt, elle serait encore en vie !

(Et il reste effondré sur le guéridon de la taverne à pleurnicher de plus belle.)

Pierre : Qu’est-ce qu’il a avec sa Blanchette ? C’est sa fille ? Le dragon la lui a bouffée ? Ou alors sa femme ? Mais je ne savais pas qu’il était marié !

Jehan – C’est sa chèvre !

(Ils sortent.)

 

SCENE 2

 

Roger (c’est le comédien qui interpréte Boucicaut. Il relève la tête et s’adresse à Thierry, le metteur en scène qui est assis dans la salle) – Je ne comprends vraiment rien de rien à ton concept de mise en scène ! Pourquoi est-ce que je porte un képi, d’abord ? Ca se déroule en 300 après Jésus-Christ !

Thierry – Roger, tu es un légionnaire romain qui a déserté !

Roger – En emportant le képi ?

Thierry – Le personnage est un grand sentimental, au cas où tu n’aurais pas remarqué !

Roger – Mais c’est complètement anachronique ! Les Romains portaient des casques à l’époque ! Et ce décor de machines à coudre et de phonographes, typiquement années 1950, qu’est-ce que ça vient faire là ?

Thierry – Roger ? Tu te rappelles le titre de la pièce ?

Roger – « 99 dragons, exercices de style ». Ca a à voir ?

Thierry – Ca a à voir ! Les exercices de style, c’est un livre de Raymond Queneau, un auteur qui a eu son heure de gloire au siècle dernier. Comme toi . Sauf que lui il est mort et que toi tu joues les prolongations ! L’auteur de cette pièce-ci a entrepris d’écrire 99 versions de la légende de Saint-Georges tuant le dragon en reprenant la formule de Queneau, une même histoire racontée de 99 manières différentes.

Roger – Mais alors… Pourquoi les personnages portent-ils les prénoms des compagnons de Thierry la Fronde ?

Thierry – Bon, tu nous fais perdre du temps. Va rejoindre les autres et appelle Judas pour la scène 2

 Roger sort

 Thierry, à part – Lui, quand il a commencé à jouer au théâtre, les décors étaient de Roger Harth et les costumes de Donald Cardwell ! Et je commence à comprendre pourquoi il n’a jamais été ne serait-ce que nominé au Molière des lumières !

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4 mai 2012

Quelques divagations chez le chapelier fou

L'accent circonflexe est tellement un accent à couper au couteau que  qui le coupe en deux se retrouve avec un accent grave et un accent aigu !

L'accent circonflexe a plusieurs noms. Les enfants des écoles primaires l'appellent chapeau. Il existe cependant plusieurs sortes de chapeaux.

Sur le â de Cléopâtre le chapeau s'appelle une tiare.

Sur le ô de trône, ce qu'on voit c'est une couronne.

Sur le â de pâte une toque de cuisinier.

Sur le ô de patenôtre une mitre d'évêque.

Sur le a de hatif, vous étiez tellement pressé de brasser de l'air que le chapeau s'est envolé et son nom aussi

Sur le â de « se faire porter pâle » le chapeau est un képi de deuxième classe à la visite chez Courteline. Ca peut aussi être un calot de soldat Chveïk (ca se lave à sec, Jaroslav !) et ça me fait penser que l'accent circonflexe à l'envers sur le r de Dvořák vous oblige à prononcer son nom "Dvorjak".

Sur le â de âne, le chapeau s'appelle un bonnet d'écolier

Lorsque règnent les duègnes sévères, on comprend que l'heure est grave pour les midinettes ibères et que l'accent l'est aussi.

Et maintenant, des nouvelles de la crise aiguë :

On appelle éphéméride (effet mes rides) un truc qui sert à marquer sur les traits (ou d'un trait) le passage des années.

On appelle épée l'instrument tranchant avec lequel Alexandre le Grand résoud l'énigme du nœud gordien et Saint-Georges de Lydda... Non pas aujourd'hui, j'ai pitié !

Même s'ils se ressemblent beaucoup, il ne faut pas confondre l'accent aigu et l'apostrophe dont l'animateur immortel, M. Bernard Pivot, déclarait encore il y a peu que sur le ï de coït il y a deux points qui s'envoient en l'air ! Merci Bernard !

Revenons au cirque Cornflakes :

Sur le û de brûler, le chapeau s'appelle casque de pompier (pyromane ?).

Sur le ô de Ventôse, Pluviôse et Nivôse c'est un bonnet phrygien.

Sur le ê de pimbêche le chapeau est bien souvent un petit bibi prétentieux.

Sur le ô de Côte d'Azur, le chapeau de paille, ma biche, est souvent d'Italie.

Née en 69 avant Jésus-Christ, Cléopâtre dormit quelquefois tête-bêche avec son Jules coiffé d'une couronne de laurier.

Qu'il y ait un chapeau sur le ô de "ôter son galurin en entrant dans une église" me semble assez contradictoire.

J'ajouterais bien aussi que sur le â de zouâve le chapeau s'appelle une chéchia mais faudrait voir quand même à pas trop déconner, ma e-réputation en souffrirait peut-être !

Le saviez-vous ? Les accents ne servent parfois à rien d'autre qu'à embrouiller le peuple sur les règles d'orthographe et de prononciation. Ainsi on écrit « pèlerinage » mais on prononce « pèlerinage » et on écrit « réglementation » pour prononcer « règlementation ».

A part ça monsieur et madame Toidlà-Keujmymette ont un fils comment s'appelle-t-il ?

Umlaut ! Bravo Angela !

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8 juillet 2011

Les fiançailles de M. La Hire

On ne devrait pas écrire. Les gens de notre condition – je suis domestique - sont faits pour servir et rester anonymes figures dans le jeu social. Ecrire c'est comme de l'ADN, des empreintes digitales que tu aurais laissées un jour où tu aurais trempé tes doigts dans l'encrier. Et alors écrire des lettres, des lettres d'amour qui plus est, et en plus les signer, faut vraiment être con !

Mais bon, la mère Judith, c'était une intello : il fallait lui montrer ce qu'on valait niveau plume avant d'avoir droit à ses égards. Ca ne faisait pas un pli, c'était la règle du jeu mais après, question foutreau, godori, vitou et ascenseur pour le septième ciel, je ne vous dis pas le cadeau que c'était ! Royal de luxe, la dame !

Je m'étais donc fendu de très jolis poèmes, tous pompés ici ou là et traduits ou adaptés à ma sauce. Comme celui-ci, tiré d'une chanson italienne matinée de variantes belges.

« Partir avec toi vers des pays qui n'existent pas
Partir avec toi vers des pays où il ne pleut pas
Mettre à l'horizon 
Ta lumière qui mène à déraison
Montrer aux fenêtres 
L'incendie né de toi en mon être ».

Ca avait marché. Son légitime époux, toujours sur son 31, était souvent absent, livrant moult batailles pour assurer leur subsistance et mon salaire de lapeur. Mais, non contente de m'accorder ses faveurs, cette idiote de Judith avait entouré d'une des siennes le paquet de lettres tordues que je lui avais envoyées.

Quand son mari est tombé dessus, il a constaté la récidive avec philosophie et s'est montré bien moins cruel que la première fois. Ce Charlot avait jadis surpris madame avec son valet de chambre et avait exigé d'elle, en guise de punition, non qu'elle coupât les atouts du mistigri mais qu'elle tranchât la tête à ce pouilleux. C'est ainsi qu'Holopherne fut décapité et que la place devint libre pour moi.


Caravage_Judith
Je m'en tire bien finalement. Judith a dit :« Charles, aie du coeur, pour une fois, ne te comporte pas comme un nain jaune, sois grand ! ».

Ils m'ont chassé, on m'a juste écarté pour que je cesse de jouer à la crapette avec madame. Je me suis rabattu sur la femme d'Hector dont une chanson disait beaucoup de bien. Je confirme qu'il n'y a pas mauvaise donne là-dessus !

J'ai appris récemment que Mr et Mrs Heart ont depuis engagé un autre serviteur. Du coup le roi Charles ne risque plus grand chose. Le type s'appelle Hogier. C'est un solitaire et moi qui le connais je puis vous affirmer qu'il est un peu puant, comme gars, par moments.

Alors quand je lis des citations comme : « Ecrire, c'est une liaison d'amour avec soi et les choses, et les moments et les gens » ben moi, ça me fend le coeur ! A vous ça ne vous fait rien ?



La_partie_de_carte

GENERIQUE :
Distribution (des rôles et des cartes)

                        Lahire   dame_de_coeur  roi_de_coeur  Valet_de_pique

2 décembre 2011

Deux chansons de Neil Young traduites, trahies ou adaptées (Joe Krapov)

DDS170 Love is a rose

 

L'AMOUR EST UNE ROSE 

1
L’amour est une rose. Attention si tu la cueilles :
Son doux parfum enivre et, cachée parmi ses feuilles,
Une poignée d’épines écorche tes doigts fragiles.
L’amour est un oiseau rebelle et volatile.

Allons, viens, nous allons rêver ensemble
De construire un âge d’or
Allons, viens, nous allons marcher ensemble
Et prendre le meilleur du temps

2
Emmène moi au bal, tournons cette vieille danse
Rends-moi léger jusqu’au bout de la nuit
Cueille, recueille moi acceptons cette évidence
Au matin bien souvent la rose s’épanouit

[Solo]

3

Love is a rose but you better not pick it
It only grows when it's on the vine.
A handful of thorns and you'll know you've missed it
You lose your love when you say the word "mine".

I wanna see what's never been seen,
I wanna live that age old dream.
Come on, girl, we can go together
Let's take the best right now,
Take the best right now.

 

 

DDS170_Heart_of_gold_copie


UN CŒUR EN OR

1

A vouloir vivre
Vouloir aimer
Je me suis fait mineur pour trouver un cœur d’or

 J’ai tant à dire,
A exprimer
Voilà pourquoi je cherche un cœur en or
Avant d’être vieux 

2
De Nantes à Marseille
Par monts et merveilles
J’ai sillonné les mers pour trouver un cœur d’or

Du fond de mon âme
Je cherche la femme
Qui pourra m’offrir un cœur en or
Mais je me fais vieux

3
I want to live,
I want to give
I've been a miner for a heart of gold.

It's these expressions I never give
That keep me searching for a heart of gold
And I'm getting old.

4
I've been to Hollywood
I've been to Redwood
I crossed the ocean for a heart of gold

I've been in my mind, it's such a fine line
That keeps me searching for a heart of gold
And I'm getting old.

 

25 février 2011

Vocalises pour une verrue

Si l’Eden fut un parc, il n’en reste plus rien qu’un blues de Moustaki.

DDS_138_herbes_folles__Si ce qu’on nous montre ici est bien une photo du paradis perdu, plutôt que cette chanson interprétée par Edith Piaf au mellotron et au soubassophobe, on ferait mieux d’offrir à Dieu pour la Noël une débroussailleuse car il est tout autant mélophobe que dans le chapitre précédent.
Mais bon fêter la Noël à Dieu, vu ce qui est arrivé à son fils, cela serait un peu comme les cadeaux de votre belle-soeur : d'assez mauvais goût.

Aussi bizarre que cela puisse paraître, Dieu ne célèbre plus qu'un seul anniversaire : celui de Beethoven dont tous les lecteurs assidus des Peanuts et tous les fans irréductibles du séduisant Schroeder savent qu'il tombe – Pom pom pom pom – le 16 décembre. Bien qu'il soit mélophobe, ou parce qu'il l'est, Dieu apprécie beaucoup Beethoven et Smetana du fait qu'ils sont sourds : quand ils jouent du clavier, là-haut au paradis, on peut leur débrancher leur orgue Farfisa, ils ne s'en rendent pas compte et Dieu, s'il vient à passer par là, s'en trouve mieux. Mais revenons à nos herbes folles, mon vieux Joseph !

S'il y avait un jardin qu'on appelait la Terre, il n'en reste plus rien qu'un air de Moustaki et ces deux vocalises que Lucy nous fait entamer le lundi où elle dirige la chorale. (Berthoise, ne viens pas chez nous, tu tomberais amoureuse de la chef !)

DDS_138_Fl_te_folle1)
« La flûte fo-ol-le ! La flûte fo-ol-le !
La flûte fo-ol-le ! La flûte fo-ol-le !
La flûte fo-ol-le ! La flûte fo-ol-le !».

On changerait volontiers les paroles en :

« Les herbes fo-ol-les ! Les herbes fo-ol-les !
Les herbes fo-ol-les ! Les herbes fo-ol-les !
Les herbes fo-ol-les ! Les herbes fo-ol-les !

et ensuite en :

Les herbes folles
C'est un film de Resnais
Dont je raffo-o-le
C'est avec Dussolier
et Sabine Azéma y fait des cabrioles (en avion)»


2) « Chênehutte-les-Tuffauts, Chênehutte-les-Tuffauts,  Chênehutte-les-Tuffauts

Et justement, s'il est un paradis aujourd'hui sur la Terre, il est peut-être bien ici, à Chênehutte-les-Tuffauts qui s'appelle du reste Chênehutte-Trève-Cunault. Les édiles locaux n'y ont pas construit un superbe métro fort coûteux. Ils n'envisagent pas, pour rembourser leurs dettes, de repeupler la ville en entassant les gens dans des immeubles de douze étages et plus si affinités avec le promoteur afin de récupérer un maximum d'impôts locaux. Là où un papy meurt, là où un bistrot ferme, le béton coule à flots, l'horizon se bouche, le ciel se gratte et l'on s'attend à voir débouler des familles à deux bagnoles, cinq téléviseurs, un home cinéma, douze téléphones portables et un surendettement massif tandis que l'ennemi pourra bientôt venir jusque dans nos campagnes où il n'y a plus de poste, d'hôpital ni d'école. Fait-on appel, à Chênehutte-les-Tuffauts où les huttes sont en chêne et les maisons en tuffaut à l'architecte Jean Nouvel pour construire une verrue au bout du quai Saint-Cyr ? Mais ici aussi, comme le rappelle Bill Clinton au narrateur : « Mon Nikon est inca. Ta bronca est un peu conne. On s'égare !».

Si l'Eden est le Park où l'on peut dire à Dieu que le monde est devenu fou, n'y allez pas, ne le dérangez pas, il le sait déjà. Il a commencé sa tournée d'inspection. Puisqu'il faut appeler un chat un chat, Dieu est descendu parmi nous. Pour l'heure il est chez les Lejolusse-Lapsi, dans la chambre de la fille avec deux jolies poupées et si vous lui demandez où les jeunes Rennais s'en iront désormais pour s'adonner à la très Brassensienne chasse aux papillons, il vous répondra, en lissant sa moustache, avec cet air naïf qui n'appartient qu'à lui et qui le ferait ranger parmi les pince-sans-rire et les princes sans chaussures :

- Sur Meetic ? »

29 novembre 2010

« Coupez leur l’électricité et leur vie en sera changée ! » Ludivine Dieu (Joe Krapov)

Si j’avais le temps, je jouerais à l’historien : j’irais chercher sur le web et dans ma boîte aux lettres à quelle date Val, Janeczka, Papistache, Walrus, MAP, Joye et toutes celles et ceux qui figurent dans la liste à droite de ce texte sont entrés dans ma vie.

Si j’avais le temps je jouerais au bibliothécaire : je ferais le tri dans les cartes de visite que je dépose assez régulièrement chez la plus célèbre des Iowaniennes francophiles de la blogosphère. Cette longue liste de métiers farfelus ou de qualificatifs inquiétants, je la donnerais à l’atelier d’écriture du mardi soir où, de plus en plus souvent, par manque de temps, j’arrive avec des consignes volées sur le net. En voici le début :
dds126_080920_212Joe Krapov, fan de Stone et Charden au 2e degré - Averell Krapov, fabricant de QCM - Joe Krapov, ménestrel hésitant - Joe Krapov, y'a de la triture sur la ligne ! - Joe Krapov, merle moqueur - Joe Krapov, décroissant au beurre ! - Joe Krapov, revisiteur, Okkkkayyyy ? - Joe "Moderne" Krapov - Joe Krapov, fidèle au poste de bouffon - Joe Krapov, ensorcelé, mélange tout ! - Joe Krapov, cruciverbiste parfois pontécrucien - Joe Krapov, tête d'hilare ! - Joe Krapov, poète anagrammatique - Joe Krapov, chauffe Marcel ! - Joe Krapov, dépassé par les événements  - Joe Krapov, ajouteur d'une pincée d'idiotie au dernier moment - Joe Krapov, frère jumeau d'Adrienne aussi - Joe Krapov, futurs vieux os - Joe Krapov, plus près de toi Seigneur ! - Joe Krapov, ancien gardien d'animalerie - Joe Krapov, nul en charades - Joe Krapov, fan des Papous et du Volatile - Joe Krapov, ne peut pas écrire partout mais le regrette bien ! - Joe Krapov, en panne de naissance et ndépourvu de njerrican - Joe Krapov, épi-gone jamais sérieux

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Si j’avais le temps, je jouerais sur deux tableaux : et vous ami(e)s Défiant(e)s, que feriez-vous avec ces neuf prénoms : Josiane, Eliane, Maryvonne, Marie-France, Arlette, Dominique (la femme), Anne-Françoise, Henry et Dominique (l’homme), sachant que ces personne se réunissent hedomadairement dans une salle nommée « Mandoline » ?

Si j’avais le temps, je jouerais aux échecs et je deviendrais fou : depuis que je m’y suis remis le logiciel « Kasparov » de Mindscape ne résiste pas, avec ses variantes pourries, à ma maîtrise de la Défense Nimzovitch du pion roi et du gambit Morra ! Faut pas prendre le pion en d5, idiot ! Kilékon, mais Kilékon !
- Akitukoz, Joe Krapov ?
- A personne, Marina chérie !



dds126_portrait_de_Ludivine_Dieu_par_ZellSi j’avais le temps, je jouerais au romancier-archiviste schizophrène : je continuerais de dépouiller la valise à Scherzos tout en écrivant ce roman fou de la cohabitation de quatre personnages dans une résidence d’été à Mimizan-plage où je n’ai jamais mis les pieds. La plus impatiente de la bande, une nommée Ludivine D. semble même avoir traversé le miroir et se manifeste parfois dans la vie réelle pour me rappeler à l’ordre.

Si j’avais le temps, je jouerais au Défiant discipliné et j’écrirais mes contributions le dimanche après-midi : j’imagine la surprise de Walrus ou de MAP en voyant tomber un courriel de joekrapov3 dès le lundi alors que je déboule d’habitude le vendredi soir à pas d’heure avec des machins pas possibles !

Si j’avais le temps, je vous en raconterais une bien bonne. Allez, soyons fous, prenons-le, nous l’avons ! Le lundi 29 novembre 2010, j’étais en train de me débattre avec vingt-deux factures en javanais (urpp efesa urps ered ffpdag uresa-HS, etc.) tout en songeant à ce que j’allais pouvoir écrire sur le thème « Si j’avais le temps » quand tout à coup PLOP ! Sur le coup d’11 heures 45 ma bécane s’est éteinte : panne générale d’électricité ! Vous je ne sais pas mais quand je n’ai plus de machine dans mon job je ne peux plus rien faire. Je suis allé discuter de la situation avec ma charmante nouvelle voisine et sur le coup de midi, comme rien n’avait bougé je suis allé à la cuisine pour manger mes pâtes au saumon. Sans four à micro-ondes, je les ai mangées froides, c’est bon aussi, quoique… Pendant ce temps-là la Dream team des électriciens est passée : impossible pour eux de réparer le transformateur avant plusieurs heures. « Vous feriez mieux de fermer le bousin !» ont-ils, grosso modo, conseillé.

Quand il est revenu de déjeuner M. Hajtyla a pris la sage décision de nous renvoyer chez nous, Mumu Danaïde et moi. (Tsss Tsss n’imaginez rien ! Mumu et moi n’habitons pas ensemble et je suis fidèle à Stella Monétoile, Isaure Chassériau, Eva Longoria et à toutes ces autres dames qui acceptent ma polygamie virtuelle et de me partager avec Marina Bourgeoizovna !). Comme M. Hajtyla a de l’humour il a dit :
- Tu as sans doute aussi du repassage à terminer, Joe Krapov ?

On ne se l’est pas fait dire deux fois ! Tous les goûts et plaisirs étant dans la nature, lui est resté au bureau car il est doté d’un ordi portable avec batterie et d’une clé 3G. L’heureux homme qui ne craint pas les « pannes d’électrique » !

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Vous vous rendez compte ? La consigne du Défi est « si j’avais le temps » et voilà que trois heures de liberté me sont octroyées pour que je puisse envoyer ma contribution au Défi dès le lundi ! Quelle veine de cocu j’ai !

Du coup, si j’avais le temps et l’audace, je demanderais bien à MAP et à Walrus de nous concocter pour la semaine prochaine la consigne sœur : « Si j’avais de l’argent… »

18 novembre 2012

UN OURS BIEN MAL ELEVE par Joe Krapov

MIC 2012 11 12 Jeanne d'Arc

Madame Laurence est bonne mère, M. Hajtyla est bon père et l’administration qui m’emploie bonne fille. Et par-dessus cela, si j’en crois Georges Brassens et François Villon, Jeanne bonne Lorraine.

Je m’explique, je vous explique. Les celles et ceusses qui suivent parfois sur « Le Défi du samedi »  les aventures de Joe Krapov, l’ancien gardien de l’animalerie de Villejean, savent qu’il travaille dans un sous-sol sous les ordres de M. Hajtyla, le dézingueur en chef de la GCA (Gabegie Consacrée à des Archaïsmes) de l’Université de Rennes 3.

 

MIC 2012 11 12 bulle

Ce bourreau de travail a une charmante compagne qui se prénomme Laurence et qui a obtenu de l’un des trois cerveaux de son homme qu’il lui fasse deux enfants. Oui, je sais, ça fait un peu « nul en éducation sexuelle », cette phrase, mais pas tant que cela en fait vu qu’il paraît que « tout ça, ça se passe dans la tête ». Bonne mère ! En tout cas, madame Laurence est bonne mère. On la voit ici dans sa bulle de protection où elle s’apprête à mettre à l’abri d’un monde cruel l’image du couple parental idéal tant malmenée ces jours-ci par les militants du mariage pour tous sous la boulette de François Bobollande et Jean Marc Ayraultport de Notre Dame d’EtrangeLand. Oui, je sais, c’est plutôt « houlette » qu’on dit d’habitude.

 

Le deuxième de leurs bébés vient de naître (je parle de M. Hajtyla et Laurence, pas de François et Jean-Marc) et du coup pour lui rappeler qu’il n’y a pas que la messagerie électronique du boulot dans la vie, Mme Laurence a demandé à M. Hajtyla de lever le pied sur les déplacements professionnels multiples auxquels il l’a habituée. M. Hajtyla est donc bon père : je ne sais s’il se lève la nuit pour donner le sein ou le biberon au bébé mais il a accepté ce diktat de la jeune maman.

 

MIC 2012 11 12 CARIST

Du coup, comme notre administration est bonne fille, elle a accepté que le sous-fifre d’à côté, une espère d’ours de l’URSS (Union des Récoltants de Statistiques Superfétatoires) qui a vu l’homme qui a vu l’ohm, le dénommé Iosif Ilarionovitch dit « Joe » Krapov, soit envoyé à sa place au colloque CARIST (Colloque des Animaleries et Réservoirs Ichtyologiques servant de Soutien à la Technocratologie) à Nancy chez Jeanne la bonne Lorraine.

Vous aussi, vous trouvez que je suis un peu long quand j’explique ? OK, alors, j’abrège car je suis déjà de retour de ce colloque de deux jours. Je ne vous en parlerai pas (les bars et les barbeaux, à la longue, c’est barbant alors poissons là-dessus !) et me contenterai de vous dire que Nancy est une très belle ville et que le musée-aquarium où nous avons eu droit, le premier soir, à un buffet-dînatoire, vaut vraiment le détour.

MIC 2012 11 12 café Foy

J’en ai profité pour soigner, de différentes façons, mes côtés « ours » : j’ai copiné pendant les deux jours avec une collègue du CNRS (Centre National de Recherche de la Sérénité) que je n’avais jamais rencontrée auparavant : nous avons surtout échangé sur nos vacances à Jersey, Guernesey, Bréhat et  Grandville. Le soir, au grand café Foy, sur la place Stanislas, j’ai claqué deux bises à une dame que je n’avais jamais rencontrée non plus et qui administre un atelier d’écriture sur internet. Ensemble, nous avons écrit une carte postale à une amie commune qui fait le même boulot. J’en ai aussi envoyé une à ma maman, une à notre amie Anita qui habite près du paradis de Beg Leguer dans les côtes d’Amor [sic] et une autre à Madame Chèvrefeuille, mon ancienne patronne avec laquelle j’étais déjà venu en mission à Nancy il y a dix ans et qui avait oublié une culotte noire à l’hôtel Piroux et que même, quand elle avait raconté cela à sa sœur, celle-ci avait été quelque peu choquée que sa soeurette portât des itsi bitsi petits bikinis de cette couleur mais bon c’est un secret de famille, aussi ne comptez pas sur moi pour que je propage de tels renseignements dont personne n’a rien à faire sur Internet, je suis un homme discret quand même même si je sais que les culottes de Berthoise sont blanches et ses collants bariolés Olé.

MIC 2012 11 12 ours

Malgré tous ces beaux effort de ma part, le soir du premier jour, au buffet dînatoire du musée, j’ai cherché un miroir pour me recoiffer et j’ai bien dû constater que j’étais quand même resté un ours : vous avez vu ma gueule ? Quoi, ma gueule ? Qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?

 

 

MIC 2012 11 12 morse

Et puis, autre surprise, un peu plus loin, j’ai rencontré mon oncle Walrus qui vérifiait lui qu’il n’avait pas une feuille de salade coincée entre les dents !

A croire que tout le Défi du samedi s’était donné rendez-vous à Nancy ! Ne manquait plus que « Mais où est Charlie Zigmund » !

Et puis, comme le Défi me semble dépeuplé depuis deux semaines du fait de l’absence d’un seul être, j’ai laissé tomber ma pelisse et je suis revenu chez mon oursonne préférée (après Marina-Oursoula Bourgeoizovna bien sûr) publier ce récit en faisant le vœu, jamais deux sans trois, d’y retourner, à Nancy et d’y rencontrer, sur la reine des places, la reine de l’Iowa et son amie photographe-haïkiste qui laisse des commentaires en bleu !

7 juin 2012

LONG MAY YOU RUN, FANNY OF LANINON ! par Joe Krapov

1

A l'aube sur le quai Guenon
Devant le gibbon
Chante la chanson,
La musique de mille nasiques
Et dans la tire fatidique

Jean Babouin notre mécano
Avec son turbo
Valant un magot,
Me rappelle Michel Vaillant
C'était le bon temps
Çui d'Laurent Outan (1)

Lemandrill (2), macaque dingue,
Joueur de whist, E.T.,
Dans le garage f'sait du gringue
A je n'sais quel loris,

Mais j'garde au coeur une souffrance
Quand les makis en légion
Cernaient en haut d'Recouvrance
Les filles de Laninon.

MIC 2012 06 04 voiture assiégée par les singes

2
La plus belle de Laninon,
Fanny Kersauzon,
M'offrit un klaxon,
Un klaxon de fantaisie
C'était elle ma bonne amie.

Elle fréquentait une auto
Remplie d' bonobos
En face du dépôt,
Quand je pense à ses pare-chocs
Je hisse le grand foc :
Ah ! Quelle belle époque !

Ah ! Fanny de Recouvrance !
J'aimais tes yeux malins
Quand ton geste plein d'élégance
Balançait des sagouins.

J'n'étais pas doré sur tranche
Mais les sapajous en feu
Tu venais m'voir le dimanche
En usant tes vieux pneus

3
A c't'heure je suis retraité,
Maître timonier,
Et, vieux chimpanzé,
Je fais le service des phares
Et j'écoute la fanfare

De la meute en son tourment
D'Monza jusqu'au Mans
Quand souffle le vent,
Ayrton Senna s'est planté
Pas du bon côté
Tout s'est écroulé.

Dans c'qui reste de Recouvrance
N'logerait pas un Sarko
Et Fanny ma connaissance
Est morte dans son auto.

J'n'ai plus rien en survivance
Et quand je bois un coup d'trop,
Je sais que ma dernière chance
S'ra d'faire un trou dans l'zoo
[variante : S'ra de changer l'delco].

(1) Laurent Outan : illustre inconnu dont la devise était « Outan en emporte le vent »
(2) Lemandrill : autre illustre inconnu qui était toujours joyeux

N.B. Ce texte est très, très, très librement adapté d'une chanson très très connue (enfin surtout connue de moi), « Long may you run », de Neil Young, une sorte de chanson d'amour dédiée à une voiture-corbillard dont ce vieux singe(r) se servait pour aller faire des grimaces sur scène à ses débuts. Accessoirement aussi il peut se chanter sur l'air de "Fanny de Laninon" mais je ne conseille à personne de le faire !

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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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