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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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15 juillet 2011

ARE YOU READY FOR THE COUNTRY ? par Joe Krapov

Champs_libresAu centre culturel “Les Champs libres” à Rennes la salle de conférences porte le nom d’Hubert Curien. Elle est fréquentée essentiellement par d’aimables personnes qui sont, dans leur majorité, des retraité(e)s de l’Education nationale ou de l’Enseignement supérieur. Chez ces braves gens qui sont sorti(e)s de la vie active, il ne reste, semble-t-il que l’amour du jardinage, l'art d'être grand'mère, la satisfaction  du devoir accompli et pis Curien.

C’est pourquoi, ce vendredi où il pleuvait, les personnels chargés de l’accueil aux Champs libres ont été surpris de voir débouler dans le grand bâtiment de M. de Portzamparc deux types déguisés en cow-boys. Ils ont attaché dehors leur vache au totem qui sert d’habitude à garer les vélos et ils sont entrés s’enquérir, d’une démarche exagérément chaloupée, entre deux claquements de bulle de chewing-gum, avec le programme du festival des « Tombées de la nuit » à la main, de l’endroit où avait lieu "LA" conférence.

Au centre culturel des Champs libres le personnel d’accueil, les vigiles et les gardiens d’expositions sont habillés de manière élégante : on se croirait dans un hôtel de luxe de la chaîne Sophie Tell « la Suisse à portée de votre pomme ! ». Ca ressemble à un hall de gare ou d’aéroport mais on n’y arrête jamais personne. C’est pourquoi la jolie demoiselle à chignon impeccable a indiqué poliment à Loreille et Lardu la direction du Saint-Hubert’s culte où la cérémonie d’écoute d’une conférencière venue de Paris avait déjà commencé.

chapeaux_JoyeNos deux balourds ont donc fait lever dans l'auditorium tout un rang de mamies-perles puis ils ont posé leurs deux masses imposantes de bûcherons à chemises à carreaux et Stetson sur la tête parmi les frêles vieilles dames à cheveux blancs et enfin ils ont écouté la conférencière, une nomme Bertille Duvexin-Kititille qui était arrivée à ce passage-ci de son exposé :

« … évidemment, on ne fait pas des ficelles picardes avec n’importe quelle pâte à crêpe ! Je suis désolé si je vous froisse un peu, mesdames de Rennes…

- Plop ! l’interrompt Loreille en claquant une autre bulle de Malabar, il y a des messieurs dans la salle !

- … mesdames et messieurs de Rennes, mais la crêpe bretonne, quelque peu desséchée et cartonneuse, revenue sur la tuile ou le billig ne convient pas du tout pour être enroulée autour de la farce de manière à constituer cette spécialité culinaire du Nord de la France.
 

- Vous voulez dire du Nord – plop ! - de l’Amérique ?

Bertille fusille de la pupille le Lardu aux phylactères. 

- La Picardie, monsieur le mâchouilleur, est une région française qui s’étend actuellement sur les départements de l’Aisne, de l’Oise et de la Somme. Au-dessus, il ne reste plus que le Nord et le Pas-de-Calais. Et donc, pour la ficelle picarde, on utilise la recette des crêpes du Nord : farine, lait, œufs, sel, bière, rhum et une cuillerée d’huile. Cela fait des crêpes plus épaisses que l’on cuit dans une poêle et que l’on fait sauter pour les retourner. On s’occupe en suite de préparer une sauce béchamel…

- Dis donc, Lardu, chuchote Loreille un peu fort à son voisin, elle a de très jolis collants, la dame, mais j’ai bien l’impression qu’elle ne maîtrise pas trop son sujet ! Au lieu de nous faire écouter des galettes de vinyle noires elle veut qu’on se farcisse des crêpes à la sauce blanche !

- … la question qui fait débat aujourd’hui c’est qu’y met-on ? Des dés de jambon ou des lardons ? Fumés ou pas, les lardons ? Peut-on y mettre des champignons de Paris ? De l’oignon ou de l’échalote ? De la noix de muscade ? Les statistiques de Marmiton.org…

- Ah non, Madame, je suis désolé mais il y a rarement de l’orgue – plop ! – dans la musique country ! s’énerve Loreille.

- Excusez-moi, messieurs, mais cela fait plusieurs fois que vous m’interrompez assez peu poliment. Déjà, je ne sais pas trop d’où vous sortez mais c’est sans doute d’un endroit où on ne retire pas son chapeau devant une dame ! Etes-vous sûrs d’être réellement intéressés par ma conférence ou êtes-vous là en touristes ?

- Mais ma petite dame, c’est vous qui avez besoin de vacances ! Vous êtes totalement hors sujet avec vos histoires de ficelles et de surgelés ! Plop ! Nous on attend que vous fassiez tournoyer le lasso et que vous lanciez le signal de la square dance !

- Mais enfin… Où croyez-vous donc être ?

- Ben quoi ? On n’est pas à la conférence sur la musique américaine de Memphis à Nashville suivie d’un bal country ?

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- Pas du tout ! Ici c’est le cycle « cuisine traditionnelle pour gourmets et gourmands du monde entier » !

- Ah ben zut ! C’était pourtant écrit dans le programme des Tombées de la Nuit – plop ! - que ça avait lieu aux Champs libres.

- Fais le voir, le programme, Loreille ! J'ai un doute, soudain !

- …

- Alors ?

- Effectivement, on a dû se tromper de ligne. Plop ! Il est écrit « horaires et lieux à définir » et c’est sur la dalle Kennedy à Villejean !

- Bon, ben… On est désolés pour le dérangement. Plop ! On va y aller. Pardon mesdames.

Ils font se lever du coup tout le rang de lectrices de Télérama assurées à la MAIF et habillées-équipées autrefois par la CAMIF. Vu le bordel qu’ils ont foutu, ils se font en fait éjecter de la salle à coups de parapluies.

Car on est vraiment au jour des Tombées de la nuit où il pleut comme vache qui pisse et où le festival justifie son surnom officieux de « Tombées de la pluie ». La vache qui pisse les attend dehors, en chair plus qu’en os, et elle n’a pas fait que liquéfier son blues. Elle a déposé quelque chose qui rime avec sur le parvis du Beaubourg rennais. Elle s’appelle Dolly et ils l’ont louée à la ferme des Gayeulles pour être plus crédibles encore dans leur rôle de cow-boys.

Du coup les garçons vachers ne sont pas fâchés de quitter ce lieu où ils sentaient bien que quelque chose clochait. Tout aussi flegmatiques que leur chewing-gum élastique, ils philosophent off the record :

- Tout cela prouve une chose, Loreille, c’est que le difficile, ce n’est pas de donner, c’est de ne pas tout donner. Y compris l’horaire des spectacles dans le programme des Tombées de la Nuit. 

- Tant qu’à faire, avant d’aller au bal, on pourrait aller sen jeter un chez l’oncle Camille au vieux Saint-Etienne, rue de Dinan ?

- Bonne idée, Loreille ! Avec un peu de chance Agatha aura fait des crêpes !

- Mmm ! Les bonnes fajitas d’Agatha ! Fourrées avec des lardons, des oignons et des champignons ! Allez viens, Dolly, partons !

Dolly_Parton 


 

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23 février 2021

99 dragons : exercices de style. 63, Volubile

METTRE LE D.J. EN RIDEAU

Albrecht Dürer - Saint-Georges à cheval tuant le dragon 2

- Alors comme ça c’est vous le représentant de l’ordre public ? Eh bien dites donc vous en avez mis du temps pour arriver ! Vous faites partie des carabiniers d’Offenbach ou quoi ? Je suis enchanté de faire votre connaissance, Messire de La Croix rouge. Vous avez une bien belle épée, un bien bel écu mais la fatigue de votre haridelle laisse à penser qu’on est allé vous chercher un peu loin. Ne seriez-vous pas, par hasard, un mercenaire étranger ? Ceci expliquerait cela. De fait il ne fallait pas vous déranger pour si peu. A mon humble avis vous avez fait ce long voyage pour des prunes. Si vous voulez on va reconsidérer la situation. Elle n’a rien d’exceptionnel. Il se trouve, voyez-vous, que le Dieu que vous servez m’a créé carnivore ainsi que vous et que, tout bien considéré, du fait de ma grande taille, de mon surpoids, de mon système de cuisson intégré au palais, je puis paraître terrifiant au commun des mortels, voire vorace à outrance. Mais quoi ! Un mouton par jour, ça équivaut à quoi à votre échelle ? Un plat de lentilles pour Esaü ! Le pain béni du repas quotidien ! Notez de plus que je ne reproche rien à ces pauvres ovins. Je pourrais, tel un loup, et je vous rappelle que l’homme est un loup pour l’homme, reprocher à l’agneau de troubler mon breuvage ou me jeter avec méchanceté sur la chèvre de M. Seguin. Eh bien pas du tout ! Ça me chagrine même de mettre fin à l’existence de ces pauvres bêtes. Mais quoi, il faut être raisonnable. Si le monde entier devenait végétarien par exemple les espèces animales n’en prolifèreraient pas moins ! Vous seriez très vite encombrés par les sangliers bretons, les chats sauvages, les chaussettes noires, les chiens errants, les vaches sacrées, les bœufs, les moutons à cinq pattes, les canards boiteux, les poulets ripoux, les ânes bâtés, les pangolins, les chauves-souris, les virus couronnés, les cochons de payants, les truies qui filent, les requins de la finance, les chevaux de retour et tous ces drôles de zèbres que votre Créateur a lâchés dans la nature ! Tout de même, vous serez d’accord avec moi : un peu d’ordre et d’équilibre s’imposent. Et puis, voyez-vous, j’ai quand même l’impression que le problème n’est pas tout à fait là. Si j’étais un dinosaure herbivore ou un Martien tout juste débarqué de sa soucoupe volante, eh bien, je vais vous dire, on aurait quand même fait appel à vous ! J’ai comme l’impression qu’ils n’aiment pas beaucoup les étrangers par ici. Alors moi du coup, en tant que vagabond, pas du coin, manouche, saltimbanque et cracheur de feu, je coche toutes les cases. On ne dira jamais assez les méfaits de la sédentarisation. Déjà qu’ils ne parlent plus le même langage les uns et les autres, ils sont toujours en conflit pour l’appropriation des richesses du sol et du sous-sol. Et pourtant la culture, plus que le remplacement de la forêt par des plantations d’huile de palme ou par la construction de bateaux qui vont faire du commerce triangulaire, ça consiste bien en une ouverture aux autres, non, en une curiosité, en un dialogue permanent ? Enrichissez-vous, certes, mais surtout apprenez à vous aimer les uns les autres ! Nous avons la chance de vivre dans une époque prospère : l’abondance des ressources de la planète permettrait que chacun mange à sa faim, se déplace ciomme il le souhaite pour ses loisirs et développe en lui le petit Mozart qu’il a forcément. Alors pourquoi confiner les uns et les autres dans des tâches rébarbatives ? Au profit de qui et dans quel but ? Pourquoi ne pas songer plus à l’égalité, à la fraternité, à la liberté ?

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C’est à ce moment-là du discours que Saint-Georges a coupé la parole et la tête au dragon. Le sang du monstre s’est répandu sur le sol et comme par miracle on a vu pousser instantanément de jolies fleurs bleues de la famille des Convolvulaceae, principalement dans le genre Ipomoea, plus communément appelées volubilis. Puis le chevalier s’est remis en selle et a éperonné son cheval blanc, lequel n’a pas tardé à prendre la parole.

DDS 652 Lucky-luke-jolly-jumper-ne-repond-plus-9782884713702_0- En même temps, c’est pas faux, ce que racontait ce dragon ! Je me mets à sa place ! Ça ne me plaîrait pas vraiment qu’on vienne faire du foin ou me brouiller l’écoute à propos de ma nourriture ! Après tout, on ne fait qu’assumer une fonction de combustion, d’absorption d’énergie pour assurer notre survie. Bien sûr qu’il ne faut pas vivre pour manger mais il faut manger pour vivre ! Quant au mouton, à la brebis ou à l’agneau qu’il dérobe aux agriculteurs ou plutôt aux éleveurs, enfin bon aux deux en un puisque bien souvent ils cumulent les emplois, c’est un peu comme le renard dans le poulailler. C’est la nature certes, mais si on y réfléchit bien, c’est le mot « poulailler » qui pose problème. En quoi une poule, une vache ou un cochon ont-ils vocation à devenir la propriété d’autrui ? Et quand je dis autrui, bien sûr je pense aux hommes ! Je ne pense pas être un mauvais cheval mais vous avez quand même, outre une propension assez nombrilique, un sacré culot à vous accaparer tout ce qui se trouve sur cette planète, y compris les êtres vivants, et vous allez même jusqu’à réduire vos pareils en esclavage ! Si mes renseignements sont exacts, et justement ce ne sont pas des fake news, je n’ai pas d’œillères, je m’en remets à ce que j’ai vu de mes propres yeux, le marché aux esclaves, à Rome, ça existe bel et bien et un mercenaire, ça s’achète comme le reste…

C’est à ce moment-là que Saint-Georges a coupé la parole et la tête à son cheval. Il est rentré à pied de cette mission-là mais cette marche silencieuse lui a fait des vacances. C’est un peu, toutes proportions gardées, comme quand on éteint Olivia Gesbert, qu’on coupe le sifflet à Adèle Van Reetha-Kouchovski ou qu’on fait cesser le bagou d’Ali Badou sur France-Culture ou qu’on zappe d’autres baratineurs de la télé pour se mettre à table en vue de déguster une bonne côtelette d’agneau.

Ou lorsque, dans le bush australien, cesse le son du didjeridoo et que le kangourou remet dans sa poche ventrale ses gants de boxe rouges, cadeau de Georges Carpentier ou de Mohamed Ali, il ne se souvient plus très bien. A force de se prendre des coups dans la gueule, on a la mémoire qui flanche.

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13 octobre 2023

Une notice de KiwipediA ?

Le kiwi est à la fois un fruit vert et un oiseau.

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Ayant de par nature l’instinct du « accroche-toi aux branches », le kiwi-fruit ne vole pas, sauf dans les cantines mal surveillées où les mômes jouent avec la nourriture et désinvolture à se prendre pour Thierry-la-Fronde.

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L’oiseau-kiwi est comestible à condition de l’éplucher, c’est-à-dire de le plumer et éventuellement de le faire cuire. Sa chair vert tendre prend à la cuisson des teintes mordorées qui soulèvent le coeur des végétariens et des flexitariennes. Elle a un goût sucré qui se marie très bien avec les Bordeaux rouges et les Graves légers, si cela existe.

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Le kiwi-fruit pousse sur des lianes, notamment sur celle de 8 h 45 que Tarzan a ratée le jour où les pumas piaillaient dans les betteraves.

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L’oiseau-kiwi a colonisé de ses battements d’ailes

- la littérature pour enfants :

Kinon le kiwi qui dit non

 

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- la bande dessinée :

Kiwi est un personnage de Jean Cézard, l’auteur d’Arthur le fantôme justicier. Ses aventures ont paru dans la revue homonyme qui a vécu de 1955 à 2003 aux éditions Lug.

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« Kiwi le kiwi » est le 91e album de la série "Néron" de Marc Sleen, dessinateur flamand.

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- le cirage à chaussures !

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***

Le kiwi-fruit a un pelage (?) duveteux et un pelage difficile ; on se colle du jus plein les doigts si on opère avec un couteau. Il est encore plus déconseillé d’opérer avec un économe. La radinerie ne paie jamais ! C’est pourquoi il est plus pratique de le couper en deux et de le manger comme les œufs mollets ou plutôt à la coque, surtout si on a des mollets de coq et si on est né avec une petite cuillère d’argent dans la bouche. Par contre, s’il existe bien des coquetiers, on n’a encore pas présenté au concours Lépine dans le pied ni breveté SGDG de kiwitier pour maintenir le fruit en place pendant qu’on creuse.

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Le kiwi-fruit était autrefois appelé groseille de Chine et quelquefois, en Nouvelle Zélande dont-il est l'emblème, l’oiseau-kiwi vous chine pour avoir des groseilles.

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L'oiseau-kiwi ne vole pas et est myope comme une taupe. Il n'a rien par-devers lui en fait pour épater la galerie.

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Les autres fruits et oiseaux bivalents sont :

- la banane qui est aussi un sac ventral peu gracieux dans lequel, paradoxalement, on peut glisser une banane ;

- le rossignol qui est aussi un trousseau de clés fort utile lors d’un cambriolage sauf en période de rût ou le passe-partout mâle émet des trilles très jolis mais susceptibles de réveiller les propriétaires ;

- la prune qui est aussi une contredanse ou une amende pour laquelle point n’est besoin d’un casse-noix ;

- le perroquet qui est aussi un porte-manteau ;

- le martinet qui peut être un chat à neuf queues ;

- la bécassine qui est aussi une domestique bretonne ;

- la frégate qui est aussi un navire de guerre ;

- le butor étoilé qui est aussi un général de corps d’armée mal embouché ;

- la spatule blanche qui est un instrument de cuisine ;

- le canard qui est un journal plus ou moins enchaîné ou déchaîné ;

- l’avocat qui est un porteur de robe noire chargé de défendre l’accusé·e dans un procès ;

- la fraise qui est un outil de dentiste ;

- la grenade qui est une arme offensive explosive ;

- le kaki qui est généralement la couleur portée par celui qui lance la grenade ;

- la lime, instrument qu’on met dans le gâteau pour permettre aux frères Dalton de quitter le pénitencier ;

- le melon qui est un chapeau très en vogue chez René Magritte, chez les Grands-Bretons du siècle dernier et chez les vaniteux de celui-ci.

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Le mot kiwi rapporte un minimum de 22 points au scrabble

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Nota Bene (note à benêts ?) :

- Le Kihuy est le nom du cinéma de la ville de Huy (Belgique)

- Il est à noter que l'énoncé « Kiwi le clown s’est fait hawa-kiwi » n’a rien à voir avec notre sujet. C’est juste une phrase qui illustre un défaut d’élocution, appelé rhotacisme, qui consiste à ne pas pwononcer cowwectement les w. Zut, je l’ai attwapé ! Je n’auwais pas dû me wemémower cela et faiwe cette wemawque fowcément inutile.

Allez, suw ce, au wevoiw et à la semaine pwochaine, oncle Ralrus ! Ah, ça y est, c’est réparé !

17 mai 2023

L'Ysopet sur la toisle cirrhée (Défi du samedi n° 768)

L’« Ysopet sur la toisle cirrhée » est une œuvre de la poétesse Nathalie de Boron dont ne nous sont restées que les deux première fables.

Dommage ! L’inspiration de cette dame valait bien celle de Marie de France dont on n’a souvent lu que les lais sans savoir qu’elle en jouait aussi (de l’ukulélé).

L’histoire littéraire enseignée dans les écoles de la République n’est pas très tendre envers ces autrices pas tristes, plus ou moins condamnées, fort injustement, au placard dans lequel on eût mieux fait, nous en sommes persuadés, d’enfermer le petit Marcel P., un drôle qui ne l’est pas souvent, drôle.

Voici l’oeuvre de Dame Boron :

UN JOUR MON TROUBADOUR VIENDRA

La iouvenceslle nommée Cruchon
Souventes fois s’en fut béer
Dans l’audytoire des conteurs

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Elle les trouvoit fort affables
Aimoit ouyr de leurs faribosles
Divasgations et menteries
Mais à la fin ils repartoient
La laissant seule sous son toit

Un Castelthéodoricien
De passage en la constrée
Fut ravi de la renscontrer
Et lui trouva fort beaux attraicts

Cy vite fait il la troussa
Il l’engrossa
Et l’épousa

Moralité :

Tant va Cruchon à la fontaine
Qu’à la fin elle se case

***

LE MÉNESTREL ET L’USURYÈRE

Un ménestrel alloit
De castel en castel
De Tournai à Ixelles
Divertir gentes dames
Et faire s’esbaudir
Les maris d’icelles

Tout l’été furent chants
Des seigneurs appréciés
Las ! Les ducatons accordés
Au troubadour alors en cour
Furent fort vite despensés
L’inflation galopoit
Dans toute la constrée.

Lors à l’hiver venu
Le ménestrel fut nu
De sonnailles et trébuchailles.
Il trouvoit porte close aux castels
Où qu’il aille

Il s’en fut voir une usurière
Et la pria de lui prester
Quelques sols pour subsister

La banquière, dame sage
Qui se nommoit Casaraille
Lui tinct ce savant langage :

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- Sans chemise, sans pantalon
Trempe ton siège en l’eau froide.
Sesche-le à l’essuie-mains
Puis dis-toi, quoi qu’il en coûte,
Que l’époque est un peu scoute
Et qu’à danser céans devant les buffets vides
Ou à battre le pavé
Cela n’ira que mieux demain :
Dans une future époque même
Tu danseras le Casatchoque
Et tu fêteras la mi-Carême.

Moralité :

De Casaraille ou de casserole,
D’astrologues ou de démagogues,
Les bruits et les discours marioles
Point n’emplissent l’estomac
Quand le temps est aux frimas.

Est-ce une consolation ?
De son côté, comme un con,
Le riche à la vie dorée
S’il a la tourista
File aux gogues.

L’hiver est dans le fruit !

30 septembre 2022

Les rouflaquettes ? Pour ce que ça vaut (à barbe) !

DDS 735 Louis-PhilippeD’aucuns trouveront ce sujet des rouflaquettes assez barbant. C’est mon cas. D’aucunes apprécieront et le trouveront au poil.

J’ai failli me faire des cheveux toute la semaine en songeant à ce que je pourrais bien écrire sur ce type de pilosité qui ne m’inspire rien du tout, pour ne pas dire qu’il me rase.

J’en étais même à me demander ce matin si les mots que nous suggère semaine après semaine le tenancier de ce salon de coiffure qu’est le Défi du samedi n’étaient pas un brin sexistes. Mais aujourd’hui, hélas, tout l’est !

On ne peut pas proposer bigoudi, choucroute, Wonderbra, oeillade sans recevoir un coup de klaxon et se faire taxer de misogynie de tous les côtés ! Il y a trop de flou dans la raquette !

Bref ! Étant peu inspiré par la façon dont mes congénères gèrent ces poils hirsutes ou pas qui nous jaillissent ici et là et donc sur la tête, sous le menton et sur les joues, j’ai refilé le bébé à mon pote Jean-Emile Rabatjoie qui, un peu fainéant lui aussi sur les bords mais toujours bien féru d’histoire et dégagé sur les oreilles, a bien voulu étudier l’influence du roi Louis Philippe et de son look de roi bonne poire sur nos monarques républicains récents et même sur Mona Lisa.

DDS 735 Présidents à rouflaquettes

Vous remarquerez que dans ce texte même pas oulipien, je n’ai pas fait de jeux de mots capillotractés, sauf dans le titre, ni utilisé le mot « blaireau » de peur de susciter des frictions. J'espère juste ne pas avoir été trop rasoir !

Et donc, n’ayant pas fait d’effort particulier cette semaine, et n'étant pas déprimé par le chauve-qui-peut général, même pas victime d’un quelconque vague à lame, je ne m’accorde pas le droit de boire une petite mousse harassé.

Mais ne prends pas ombrage de cette non-participation, cher oncle W. ! Tu restes toujours mon animateur d’atelier d’écriture… favori ! 

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1 avril 2022

Zythologie (Défi du samedi n° 709)

2022-03-25 - Nikon 1

C’est un type vêtu de noir qui entre dans un café. Le patron lui demande :

- Et pour Monsieur, qu’est-ce que ce sera ?

- Une bière !

- De quelle marque ?

- Je ne suis pas trop fixé. C’est pour faire suite à une mort subite.

- Delirium tremens ?

- Non, plutôt cirrhose du foie.

- Je ne la connais pas celle-là. Je peux vous proposer un cercueil, si vous voulez. Avec mandarin et grenadine.

- Ben oui, c’est ce que je viens chercher mais ça ne résout pas la question de la marque.

- Je peux vous servir un Monaco, si vous préférez. Ou un velours. C’est le champagne de la bière brune !

- Mes moyens sont modestes, vous savez !

- Bon alors je vois : un galopin plutôt qu’une Blanche hermine !

- Ce n’est pas trop petit ? Papa mesurait 1,70 m, quand même ! J’ai regardé sur votre site web, j’ai relevé ces références : Pantone, Tanagra, Cressent, Planol, Tournac, Talcé, Paraphe, Terroir, simple…

- Connais pas ! Vous savez, avec toutes ces micro-brasseries, on est dépassés ! Et je ne comprends pas : c’est pour vous ou pour votre père, la bière ?

- Ben c’est pour Papa. Et des cercueils en carton, vous en avez ?

- Des sous-bocks ? Vous êtes  cervalobélophile ?

- Soyez poli, s’il vous plaît ! Il paraît que c’est écologique et que pour une crémation c’est mieux.

- Dites Monsieur, je me demande si vous ne marchez pas à côté de vos pompes, depuis tout à l’heure. Vous êtes là à me mettre la pression… Vous êtes sûr que vous ne vous êtes pas gouré d’adresse ?

- Vous voulez dire… Ce n’est pas un magasin de pompes funèbres ici ?

- Ah non, ici c’est le bistrot « Mieux vaut boire ici qu’en face ». En face c’est un cimetière !

- Ah désolé ! Au temps pour moi, je me suis trompé de boutique mais tant qu’à faire d’être là, servez-moi donc une Affligem… et un allongé !

DDS 709 Mieux ici qu'en face

24 mars 2023

Soudain dans sa vie il fit moche. 5 (Défi du samedi n° 760)

- Waoouh ! Ce quadrille des homards m’a tuer ! déclara Alice en se rasseyant. 

Et puis, tout étourdie encore par la cavalcade, elle s’aperçut que le voisin à chapeau qui lui avait galamment proposer de gardé son sac pendant la danse n’était plus là. 

Son sac non plus du reste. Comment allait-elle faire pour rentré au pays des merveilles sans sa clef ?

Le Quadrille des homards (recadré)
Ce petit dessin colorié à l'encre est signé d'Ilarion Pavlovitch Krapov.

10 février 2023

Des Cafougnettes ! (Défi du samedi n° 754)

Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais… il m’arrive, une fois par semaine à peu près, de tenir le rôle d’animateur d’atelier d’écriture.

Cela apporte beaucoup de plaisir et de surprises mais le jour où j’ai demandé à mes écrivantes de raconter Noël en n’utilisant que des mots féminins - et donc sans parler de barbecue ! - je me suis aperçu que je m’adressais en fait, depuis toutes ces années, au fan-club de Sandrine Rousseau ! 

C’est pourquoi je tiens à signaler que le texte ci-dessous n’est pas de mon cru. Il émane d’un certain Patrick Modianeau. A lui d’assumer les risques qu’il prend !

« Tant de temps a passé que tout devient confus, que tout est confondu. Quelle femme ai-je attendue dans ce café, confiant, sachant que je n’aurais droit qu’à des confidences ?

Peut-être n’étais-je alors qu’un fou, confit en dévotion devant ces corps fragiles, incapable surtout de trouver la combinaison du coffre-fort ?

Quand je songe à ces carrefours impossibles, à ces cafouillages des sens, à ces amourachages cafardeux, à cette vie sans confort que je menais alors, j’hallucine rétrospectivement.

J’ai poussé tout ce capharnaüm dans les confins. J’ai jeté le bébé avec le couffin et le lolo du bambin, effacé ces dégoulinures de déconfiture. Je ne suis pas pour autant devenu un champion de kung-fu : je fuis tous les conflits.

En vérité, j’ai peu changé. J’ai juste camouflé, derrière un savoir-faire les choses à la légère, les questions délétères qu’on pose à ses confrères sur le sens de tout ça. Sauf que, pour des raisons qui ne regardent que moi, il m’est difficile de croire à la confraternité des individus de sexe masculin !

Parfois, sous l’effet de la chaleur torride le goudron du parking fond. Même Neil Young qui confond Elvis Presley et Johnny Rotten ne sait plus qui le King fut. Vous-même, êtes vous capable de citer le nom d’un champion de ping-pong français ? Celui de l’actrice qui joue dans King-Kong, frêle ? Que pourriez-vous dire du Sturm und Drang, du Nürburgring et des Nibelungen, du trekking finlandais ou de la circonférence de Hong-Kong la fière ?

Et voilà bien pourquoi votre barbecue flambe ! Et voilà bien pourquoi votre fille est muette ! Voilà pourquoi, Madame, votre mari fréquente autant les femmes et kiffe plus que tout votre DonQuichottisme ! 

Le monde a peut-être besoin de Sancho Pança comme celui-là. Ou, si ce n’est pas ça, c’est qui karatéka, c’est qui qu’a raté quoi ?

***

De fait, si j’avais participé pour ma part à cet atelier d’écriture-ci avec un texte sur le kung-fu, j’aurais simplement écrit :

« Les arts martiaux plient l’ami ! »

Houba !

DDS 754001 Marsupilami kung fu achevé (réduit)

21 janvier 2022

Les Polochons (Défi du samedi n° 699)

 

andy capp

 1
En ont-ils vu, les polochons,
De ces si communs greluchons,
Des freluquets, des maigrichons,

Presque rien dans le cabochon,
Certains mêmes fumant chichon,
Qui mènent vie de patachon

Et viennent jeter au plumard
Leur corps enivré de fêtard
Puis ronflent soûls sous l’édredon

Après avoir vidé cruchons !

Nous nous branchons,
Nous bambochons,
Nous étanchons,
Nous nous éméchons,
Nous pitanchons,
Nous trébuchons

Et à la fin
Nous nous couchons.

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2
En ont-ils vu, les polochons,
Des gars devenir cornichons
Devant d’aussi jolis nylons,

D’autres arguments folichons
Et des jeux de califourchon
En veux-tu en voilà Fanchon !

Que de jolie viande au torchon ! 

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Nous nous cherchons,
Amourachons,
Nous aguichons,
Nous entichons,
Nous abouchons,
Nous déhanchons,
Nous nous léchons,

Nous chevauchons
Puis nous couchons.

3
En ont-ils vu, les polochons,
Des poussages au loin du bouchon,
Des je-te-tiens le barbichon,

Des montages de bourrichon,
Des "Je te tire le manchon",
Des « Cesse de m’appeler Mon bichon ! »,
Des « Casse-toi, tu pues, reblochon ! » !

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Nous nous fâchons,
Nous nous mouchons,
Nous embrochons
Escarmouchons,
Nous nous desséchons,
Nous nous accrochons

Et puis, encore,
Nous nous couchons.

DDS 699 BanksyPolochon-1

4
En ont-ils vu, les polochons,
Des Bidochon, des vieux ronchons,
Robert, Raymonde, Huguette, Raymond,

Des vieilles sorcières, d’affreux démons,
Des Pécresse et des Mélenchon,
Des bassineuses d’Arcachon,

Des drôles de Bagnères-de-Luchon !

DDS 699 Huguette et Raymond 650

Nous retouchons,
Nous reprochons,
Nous revanchons,
Nous remâchons,
Nous rabâchons,
Nous nous détachons,
Nous empanachons,
Nous nous ébréchons

Et puis et puis
Nous nous couchons.

5
En ont-ils vu les polochons,
Des béribéris berrichons,
Des indigestions de Fauchon,

Des perforés au tire-bouchon !
A l’heure de faire son baluchon
On finit d’écouter Souchon,

La tête perdue sur l’oreiller.
Le moine en train de vous veiller
Rabat d’un coup son capuchon,

Fait son signe de ratichon :
La mort, c’est un tour de cochon !

B9723285862Z

Jusqu’à la fin nous panachons,
Nous nous cachons,
Nous bavochons,
Nous nous épanchons,
Nous nous couchons,

Nous calanchons
Puis nous jonchons.

Et après… tout le monde s’en fichont !
 

30 décembre 2021

Vite trié ! Vite trié ! (Défi du samedi n° 696)

J'ai beau la chanter souvent, la plaisanterie que Georges Brassens a offerte à Patachou, il faut bien l'avouer : je ne suis pas manuel pour un sou. Et, de la même façon que le bricoleur de la chanson avec son clou de la veille,  j'ai choisi de recycler ici ce jour un petit poème écrit en 1999 lors d'un atelier d'écriture en vrai dont je n'étais pas l'animateur.

Vous allez voir, ce n'est pas du mastic mais ça colle bien quand même au thème !

 

LE CABINET DENTAIRE

DDS 696 N 1999 01 01

Le cabinet dentaire
Est installé... en l'air !

Le fauteuil à bascule, sans façon,
Vous fait franchir le mur du son.

Le dentiste s'appelle Dieu,
C'est un type un peu vieux
Avec un chalumeau
Pour griller vos chicots
Et du mastic pourri
Pour soigner vos caries.

Par-dessus sa tête chenue
Une grande lampe ronde vous éclaire :

Elles n'ont plus de secrets, vos molaires !
Votre âme et vos nerfs sont à nu !

Quand il a terminé d'infliger ses sévices,
Il vous prend cinq cent balles et vous dit :
"Va, mon fils !"

Il vous renvoie sur terre,
Au pied des tours de verre,
Dans l'étrange calvaire
De cette ville d'enfer.

Finalement, je préfère
Au cabinet dentaire
La beauté des églises
Et des ponts de Venise.

DDS 696 N 1999 01 01 cabinet dentaire en couleurs

8 août 2021

Les Étranges rêves de Marcel P. Chapitre 9, Dernière ligne droite ? (Défi du samedi n° 676)

2021-08-05 - 285 56Dernier tango à Paris avant la dernière valse que tu dois me garder : c’est qui cette fille dans la baignoire ? Pourquoi me traite-t-elle d’éteignoir ?

Dernier vol 714 pour Sydney : c’est là-bas qu’on chopera le variant delta et qu’on décédera.

Dernier rassemblement hideux de camping-caristes gras à la Pointe du Raz : demain on part en Normandie ! Ca nous en Odilon sur les congés payés : rien ne vaut le bonheur d’écrire au lit chez soi !

Dernier «Quand lama fâché lui toujours faire ça». Le capitaine vient de se venger en crachant de la flotte à la tête de l’animal.

Dernière station-service avant le sommet du mont Pilate : si t’es en panne des sens, lave-t-en les mains !

Dernières paroles du Christ avant de nous laisser dans le merdier des jours : « Tentation ».

Dernière lanterne rouge avant le bordel général.

Dernier coup de boule de Zinédine Zidane avant qu’il ne devienne entraîneur à cravate.

Letzte Bratwurst vor Amerika (dernière "tranche de merde entre deux éponges" comme disait Patrick Font) : demain je deviens végétarien ! Devant la beauté de cet endroit et l’incongruité d’y trouver un "food truck" recensé dans Trip Advisor et qui doit, en ce lieu idyllique du cap Saint-Vincent au sud du Portugal, à l’endroit le plus occidental de l’Europe, devant un océan superbe, diffuser autant d’odeurs de graillon qu’il n’impose au regard de spectacle kitschissime avec ses deux humaines saucisses qui se font bronzer en souriant sur un bateau, devant cette échappée de Foire du Trône, d’Oktoberfest, de Luna-Park, de Fête à Neuneu ou de ducasse d’Hénin-Liétard, on n’a plus qu’une envie, c’est de croquer dans une feuille de salade sans assaisonnement ou d’aller déjeuner au Ritz mais ça sera difficile car de là d’où je viens, de 1922, je n’ai pas amené l’Ausweis qu’on réclame ces jours-ci et qui a pour nom "pass sanitaire".

DDS 676 letzte-bratwurst-vor


Dernier réveil, dernières questions de Marcel P. avant de se rendormir : Qui parle ? Qui me parle ? De quoi ça parle ? C’est faux de dire «Je pense» ; on devrait dire «On me pense». Je est un autre, un autre pyromane qui lance les derniers feux du langage classique incendié comme une forêt grecque avant de disparaître dans les sables d’Afrique. Le marchand sur son nuage a encore oublié de m’en jeter plein les yeux !

Dernier « C’est trop injuste ! » : Ronfle, Caliméro !


N.B. Le chapitre 8 sera publié lundi ici, dans le cadre du jeu 67 de Filigrane : https://filigrane1234.blogspot.com/

7 mai 2021

Souvenirs pas assez nébuleux à son gré d’un hypermnésique débordé

Jean-Paul et Jean-Pierre à Bonneuil (retouchée)

Je suis assez âgé maintenant pour pouvoir dire que j’ai vécu à l’époque du dieu Vintage.

La vie y était résolument en noir et blanc comme sur cette-photo-ci où l’on me voit avec mon frère William. Mes trois frères et moi portons les mêmes prénoms que les frères Dalton mais ça m’importe aussi beaucoup, à moi l'affreux Joe-Joe, de savoir quand est-ce qu’on mange et quand est-ce que les restaurants rouvriront.

Ça date d’entre 1960 et 1970. La maison se trouvait dans une rue tranquille de Bonneuil-sur-Marne. C’était le pied-à-terre que mes grands-parents occupaient quand mon grand-père montait à Paris pour travailler à la « Fédé ».

La voisine s’appelait Madame Bidart ou Bidard mais ça ne m’a pas permis de retrouver l’adresse du lieu sur Google maps. A quoi bon du reste ? A quoi bon mémoriser une adresse de plus qui ne servira à rien ni à personne ? Reste juste une photo du genre « jours heureux de l’enfance ».

C’est comme les PILI dont j’ignorais qu’on les désignât sous ce vocable ! Je me souviens très bien que ça les amusait beaucoup, les grands-parents, de faire découvrir à ces innocents du village que nous étions l’univers encore très Jacques Tatiesque de la capitale. Notre premier escalier roulant à la station de métro Ourcq ! Le panneau indicateur lumineux d’itinéraires, le Pili donc, avec tous ses boutons et ses voyants colorés qui affichaient le trajet à effectuer pour aller de «Vous êtes ici» à «vous voulez aller là-bas». Oui, un genre de GPS avant l'heure si vous voulez, «Pour Invalides, changez à Opéra» comme chantait le poète poinçonneur. Le PILI, une invention qui met du piment dans votre vie !

DDS 662 213 rue LafayetteParce que plus tard le pied à terre s’est trouvé au 4e étage d’un immeuble de la rue de Lunéville à Paris. Grand-mère nous emmenait parfois à pied jusqu’au 213 de la rue Lafayette retrouver Grand-père à l’heure de sortie du bureau. C’était tout droit dans le prolongement de l’avenue Jean Jaurès et on s’arrêtait pour regarder les bateaux dans l’écluse du canal Saint-Martin.

Je me souviens encore du hall d’entrée et du grand ascenseur qui nous emmenait au 2e étage où se trouvait la Fédération nationale des travailleurs du sous-sol. Je me rappelle les noms des collègues de «l’homme fort du Pas-de-Calais», je revois des visages : Henri Martel, Achille Blondeaux, Stanis Walczak, Lucien Labrune, Augustin Dufresne, Victorin Duguet qui m’avait surnommé «L’avocat sans cause». J'étais sans doute assez bavard et "rameneur" à l'époque !

DDS 662 La Nébuleuse d'Andromède

Ca vous fait des bosses à vous, hein, tous ces estimables fantômes, ces braves types qui n’ont pas vécu centenaires. Vous, vous attendez juste la nébuleuse ! Eh bien c’est là qu’elle était, au 213, venue directement d’URSS, installée sur une petite étagère parmi quelques livres du même acabit : « La Nébuleuse d’Andromède » un roman d’Ivan Efremov publié aux Editions de Moscou en 1959.

Pourquoi je me souviens encore de cela ? Je ne vais pas partir en chasse de ce vieux nanar puisque je ne lis plus rien désormais que des blogs ici et là avec leurs récits de frottements qui durent depuis vingt ans, le Canard enchaîné, des bandes dessinées de cette même époque vintage récupérées grâce à des camarades roumains et des revues de jeu d’échecs qui m’apprennent qu’un joueur russe nommé Nepomniachtchi a gagné le tournoi des candidat ?

Nepomniachtchi ! A peu de chose près, en russe, c’est "nié pomniat’" : Ne te souviens pas !

Ultime gag, l’image du PILI qui clôt ce billet a été capturée sur un site qui parle de Patrick Modiano, grand nostalgique d’un Paris qui n’existe plus, et le site s’appelle… Spacefiction ! Ca ne s’invente pas !

DDS 662 PILI

5 mai 2017

CELUI QUI CROYAIT AU CIEL ?

DDS 453 aldo

Et si le ciel était vide ?

Et si Thomas Pesquet n’existait pas ?

Et si Neil Armstrong avait posé le pied non pas sur la Lune mais dans un studio de Hollywood devant une caméra de Stanley Kubrick ?

Et si Aldébaran n’était qu’un comique enrhumé du genre d’Aldo Maccione ?

Et si l’étoile du Berger rentrait ses étoiles du Blanc mouton dans l’étable de Saturnin Fabre d’Eglantine parce que soudain il pleut et que les musiciens font des canards ?

Et si Vénus, Mercure, Saturne et Jupiter n’étaient que des divinités d’une mythologie oubliée ?

Et si la comète de Haley dansait le rock sans se faire de bile autour d’une horloge franc-ma-super-çonnique au lieu de filer à l’anglaise le parfait amour avec cette nébuleuse d’Andromède ?

DDS 453 rue de paradis

Si la planète Io n’était qu’une librairie intello sise rue Saint-Louis à Rennes ? J’avoue, ce serait vache pour les cruciverbistes et pour la Voie lactée !

Et surtout, si Saint-Pierre n’était qu’un poisson et non le concierge d’une boîte de nuit où n’entrent que des constellés d’horions ?

Si le Paradis n’était qu’une des rues de la série violette du jeu de Monopoly ?

Si la réponse de Georges Marchais avait pour effet qu’à la question posée – « Et Dieu, dans tout ça ? » - par Jacques d’un seul coup l’univers chancelle ?

DDS 453 pimpampoum1926

Oui, si le ciel était vide, à quoi servirait alors le télescope de Hubble ?

A quoi s’occuperait l’astronome de « Pim Pam Poum » (les Katzenjammer kids)?

Ami sceptique, ami stoïcien, ami agnostique, ami terre-à-terre, camarade matérialiste, ta vie elle est dite ici !

 

P.S. "Ta vie elle est dite ici" est l'anagramme de "Et si le ciel était vide". Cette forme d'écriture un peu analogue aux homophonies approximatives de Raymond Roussel m'a été inspirée par les livres de Jacques Perry-Salkow en collaboration avec Etienne Klein puis Raphaël Enthoven et plus précisément par ce dernier :

AEV 1617-26 Anagrammes-pour-lire-dans-les-pensees

8 février 2017

DRÔLES D’OISEAUX !

Citation non tronquée :

Les hobereauxet les gentillâtres de province parlant toujours de fumées et de laisses, de ragots et d’andouillers, d’hallali et de cerfs dix cors, et entremêlant le tout de charades d’almanach et de madrigaux moisis de vétusté, n’étaient assurément guère faits pour lui convenir, et sa vertu n’avait pas eu beaucoup à se débattre pour ne leur point céder.

Théophile Gautier


Aberration du hobereau ! Inanité de la campagne !
Comment prétendre à la hauteur avec de la boue sous les bottes ?

Devenir aigle fin ? Oiseau de proie ? Ou « gypoète » ?
Mais Théophile nous prétend que ses madrigaux sont moisis
Et que parfois le capitaine se fracasse !

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« Mr and Mrs Andrews » de Thomas Gainsborough

Hobereau, obéré, aberrant, mal barré,
Sur les bords désolés de la Bérézina,
Qui nous jette à nouveau ce froid de Sibérie ?

Envolez-vous, faucons, passereaux et faisans !
Paradeurs, paroliers, jacasseurs, étourneaux !

Quand la trompe de chasse entoure le manoir,
Quand la meute des chiens s’excite dans les bois,
Je n’entends plus sonner la musique des vers
Dans mon gueuloir intime.

Ah vivement, grands dieux, que s’en vienne l’été !

Je prendrai mes vacances à la plus proche ville,
Loin de vous, hobereaux, rapaces, volatiles
Et j’écrirai des chants plus grands que le silence.

5 janvier 2018

Les belles histoires d’oncle Friedrich. 1, Ubiquité

Rimbaud 1866 première communion

Il m’a dit d’aller voir là-bas s’il y était. 

J’y suis allé. Il y était.

- Comment cela est-il possible ? lui ai-je demandé.
- Je suis partout ! Je suis dans tout ! a-t-il ricané.

Il avait une gueule d’ange et un sourire méchant de garnement rusé.

- Va voir à Charleville si j’y suis !

Je suis allé à Charleville. Il y était.
Je suis allé à Londres. Il y était.
Je suis allé au restaurant chez Godefroi, à Bouillon. Il y était.
Je suis allé, enfantin, voir la tour de Paris. Il y était.
Je suis allé à Stuttgart. Il y était.

C’était quoi, ce jeu ? Ca ne rimait même plus. Même pas avec rien.
C’est là que j’ai compris que c’était un vaurien.

Quand tous les clignotants ont été au rouge – c’était à Bruxelles encore, une fois ça marche, une fois ça marche pas – j’ai sorti mon revolver et je ne l’ai pas raté. Une balle en plein cœur et deux autres qui lui ont fait deux trous rouges au côté droit.

Je ne sais pas comment c’est dans le vôtre mais dans cet univers-ci, Dieu est mort. C’est moi qui l’ai tué. Son don d’ubiquité m’énervait.

On a ramené sa dépouille de Marseille et on l’a enterrée avec son corps de Bruxelles. Bien sûr personne ne sait où a eu lieu l’enterrement ni où on a mis le corps d’Arthur – ici Dieu se prénommait Arthur – mais on s’en fout. Depuis, sans lui, c’est le paradis, ici.

Extrait de : « Ainsi parlait Sarah Fouchtra, Auvergnate irascible » de Friedrich Nichts.


P.S. 1   Si tu lui avais dit, oncle Friedrich, qu’ici Dieu est un type avec une jambe de bois qui rêve de retourner au désert, Sarah aurait compris pourquoi notre monde boîte autant !

P.S. 2   L'illustration (Copyright la Bibliothèque Nationale de France) représente Augustin et Arthur Dieu en premiers communiants. Si vous avez d'autres photos d'Augustin Dieu, faites le savoir à Pierre Michon, il est preneur !

4 novembre 2016

99 dragons : exercices de style. 37, Approximativement proverbial (Joe Krapov)

Quand une vache fait deux veaux, la maison est au plus haut. Mais quand un méchant dragon qui bouffe comme quatre vient boulotter son troupeau de brebis, le paysan tire la tronche.

Face à un tel prédateur, inutile de récriminer : ventre affamé n’a point d’oreilles, la raison du plus fort est toujours la meilleure et s’il daignait répondre, l’idiot dostoïevskien, ce serait pour lui dire qu’« il faut vivre pour manger et non manger pour vivre ».

Bientôt chacun se plaint que son grenier n’est pas plein. Chacun est éloquent pour défendre son différend et où manque la police abonde la malice. Au nom de tous les siens Martin Pauvremisère s’en va trouver le roi, réclamer que la chair du mouton ne soit plus le manger du glouton.

***

Les hommes sont comme les melons : sur dix, il y en a un de bon. C’était le cas de ce roi-là. Il s’appelait Pozol.

A porter ses amis, nul ne devient bossu. Pozol était très droit. Mais le coup du dragon fut un coup de massue. C’est ainsi qu’on foudroie le plus juste des rois.

Cependant, rassemblant en cellule de crise ministres, chevaliers, conseillers et savants, il fit part du problème et chercha solution.

DDS 427 Jean de Nivelle

Tout ce beau monde fut sublime ! Comme le chien de Jean de Nivelle, celui qui fuit quand on l’appelle, perdant d’un seul coup leurs grands airs, tous ces p(eu)reux se dégonflèrent :
- J’ai bon courage, dit l’un, mais les jambes me faillent !
- Qui va risquer un œil risque d’en perdre deux ! prétendit l’autre.
- On marche toujours de travers sur un plancher qui ne nous appartient pas !
- Chacun pour soi et Dieu pour tous !
- Après moi le déluge !

« Rien ne sert de courir, il faut partir à point » se dit le roi levant ce lièvre. Rome ne se fera pas en un jour. Quand le malheur entre dans une maison, il faut lui donner une chaise. Le découragement est un péché mortel. Quand il faut prendre le taureau par les cornes, tous les coups sont permis et sur cet échiquier où l’on manque d’éthique rien n’interdit que l’on adopte la position du mercenaire, conclut le monarque.

Et sur son Minitel antique, il tapa – et toc ! – 36 15 Bob Denard. On lui promit Saint-Georges. Et il fut engagé parce qu’il y croyait à cette, à ce pro-messe.

***

Pendant ce temps bâfrait Balthazar le dragon, songeant, pareil au garagiste * que changement d’herbage réjouit les veaux. L’appétit d’autres mets lui venait en mangeant.

* Mon garagiste croit que « Changement d’airbag réjouit la Volvo ».

Si bien qu’insoucieux de tous les équipages qu’on avait mis en route pour le bouter hors du pays, il monta les enchères et réclama de l’homme ou même, à la rigueur, de la femme, mais tendre.

Nouvelle panique à bord. Devant l’ultimatum les jeunes gens s’enfuirent en hurlant « Mieux vaut partir à point que d’arriver saignant ».

Las le sort désigna pour passer à la casserole en premier la fille aimée du roi Pozol.

***

Glissons sur le suspens, l’angoisse des héros, la Lune montrée du doigt : votre temps est précieux, le mien aussi, il faut que j’aille voir ce doigt et le boire s’il est de Porto.

Car de tout façon, Saint-Georges est arrivé et le duel proverbial a bientôt commencé :

- Le bien n’est pas dans la grandeur mais la grandeur est dans le bien, commence le saint.
- Comment, petit humain ? Cœur qui soupire n’a pas ce qu’il désire ?
- Sol licet omnibus. Qui t’a permis d’ôter leur chemise à ces gens ?
- Charité bien ordonnée commence par moi-même.

Etc. Etc.

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Et les deux bientôt d’en découdre. A cœur vaillant rien d’impossible, la Fortune sourit à l’audacieux jeune homme et la messe fut dite, le dragon s’écroula et on lui découpa les oreilles et la queue comme il est de coutume avec les toreros. Non, pardon, les taureaux.

L’échauffourée fut si brève qu’elle donna naissance au proverbe fameux « Il faut rendre les armes à Saint-Georges ».

On voulut récompenser le vainqueur et la princesse elle-même se fut bien volontiers donnée à son sauveur. Amour, toux, fumée et argent ne se peuvent cacher longuement. Mais à chaque fou sa marotte : celui-ci avait semelles de vent. Il ne voulut rien.

Entre le fromage et la poire chacun dit sa chanson à boire mais lui était déjà parti, laissant en lieu et place du monstre du désert, un renard, une rose et une cage en bois. A vous de dessiner cette transmutation !

Ici se termine le conte car selon l’adage bien connu : « Tout a une fin sauf les saucisses qui en ont deux ».

3 février 2017

COLERE DE SAINT-ANTOINE ENVERS SON COMPAGNON

Je reconnais ta griffe à tes traces de doigts 
Ô, goinfre au bide gras, laissées au confit d’oie !
Traces de doigts ? Que dis, je, ô monstre époustouflant !
Je devrais évoquer des pattes d’éléphant !

Etait-il véritablement dans ta nature
Qu’on te prenne les doigts au pot de confiture ?
Comme tu t’es engouffré dans mon vieux frigidaire !
Comme tu as lampé le litre de Madère !

Tu ne seras jamais un gourmet, ô, gourmand,
Si tu baffres, si tu bouffes, si tu dévores, dément !
Tout est bon pour ton groin, mon cochon, sauf le tact !
Quand je dis "groin" c’est "gueule" ou "gouffre", le terme exact !

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Toi qui rêvais d’un jour d’entrer dans le gratin,
La tarte est renversée ! Tu feras Ta-Tintin !
Retourne à ton grabat, gros goulufiat ! Sagouin !
Gourgandin frelaté ! Va coucher dans ton foin !

Terminé les gâteaux, la gâche, la galette,
Les fraisiers, les ganaches, les babas, la gaufrette,
Le gigot, le goulasch, l’onglet, les fricatelles,
Le fricandeau, la longe et les tagliatelles.

Tu pèses trop de poids. Tes larcins me défrisent.
C’en est fini de toi, ma décision est prise.

Donc à Noël prochain ou à Saint-Nicolas
Tu te retrouveras salé dedans mon coffre,
Transformé en jambon, boudin ou cervelas !
Une chose est certaine : tu n’auras pas mes gaufres ! 

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 Je t’avais pourtant dit « Fais gaffe à ton grognon ! »

Tu n’as pas entendu, eh bien tant pis pour lui !
A force de montrer ton très bel appétit
Tu seras transformé en un filet mignon !

Quelle idée eus-je aussi quand tu étais jeunot,
Mignon, rose, trognon, gai comme un étourneau,
Après t’avoir ach’té à la foire de Nantua,
De t’avoir baptisé du nom d’Gargantua !

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Image empruntée au journal "La Dépêche" 

11 décembre 2014

Prêtez l’oreille, braves gens !

Octobre touchait à sa fin. Les arbres perdaient déjà leurs feuilles. C’est alors qu’un étrange phénomène se produisit. Un mimétisme végétal gagna les livres et les hommes. Des feuilles de livres jaunirent puis se détachèrent, des oreilles aussi.

Pendant que les hommes s’occupaient à ramasser les feuilles mortes à la pelle les oreilles allèrent traîner ici et là de par le monde.

Certaines, très discrètes, intégrèrent des murs pour qu’aucune information ne se perde.

D’autres qu’on appela ennemies entreprirent de devenir espionnes : elles exercèrent ce métier avec la rage et le désespoir de la vieillesse.

Certaines grandes décidèrent de vadrouiller par paires. Elles se glissèrent sous les oreillers pour recueillir des secrets d’alcôves plus ou moins goûteux. Elles en furent pour leur frais : les gens qui dormaient sur elles ne pipaient plus aucun mot : ils s’endormaient illico, ronflaient et sciaient du bois dans un sommeil des plus profonds.

Des oreilles trop indiscrètes mais trop peu discrètes se firent repérer et furent taillées en pointe.

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D’autres retournèrent à l’école, se souvenant qu’elles avaient mal écouté les leçons des maîtresses. Mais le naturel revenant au galop elles oublièrent à nouveau de qui était le silence de Ludwig Van Mozart qui suit les œuvres de Wolfgang Amadeus Beethoven et elles se greffèrent à des bonnets d’ânes. Elles allèrent au coin coiffer les mauvais élèves, ceux qui disaient non avec la tête, rêvaient des oiseaux porte-plumes, du grand chemin de fer en sortant de l’école et des oiseaux qui ne saluent plus le képi dans la cage et les ratons-laveurs.

Pendant ce temps, l’hiver était arrivé. Plus un seul petit morceau de Scaramouche ou de Georges Feydeau ! Dans le théâtre de verdure, il faisait sombre sous la ramure. Sans oreilles les gens ne s’entendaient plus, ils tapaient comme des sourds sur le sol gelé pour qu’on leur rende l’ouïe, n’importe lequel des seize ou dix-sept, les grenouilles adorent demander un roi. Elles le font en coassant, comme la Lune. Et c’était cocasse vraiment toute cette angoisse de gens qui coassent et réclament à l’agence Tass que l’hiver se casse.

Cela dura jusqu’au printemps qui pour revenir cette année-là se fit tirer l’oreille. Gorgées de sève, de fèves, de galettes, de galéjades, de boutades, de salades, de fadaises, de coquecigrues et de carabistouilles les oreilles s’en revinrent vivre à la colle avec leur propriétaire.

Les miennes m’ont raconté l’histoire à peine croyable d’un gars qui était heureux parce que sa femme avait des amants. Elles étaient remontées là-dessus et avaient vu Bernard Dimey à Montmartre. Fariboles, leur ai-je dit, il est mort en 1981 !

De leur fable, je n’en ai rien cru ! Je n’en ai pas cru mes oreilles !

Mais plus tard j’ai descendu dans mon jardin et j’ai constaté avec elles que dans le John Le Carré de légendes où j’avais enterré ma bibliothèque avait poussé une chansonnette. 

15 octobre 2015

C'est la journée mondiale du bonheur !

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17 octobre. Journée mondiale de la modération des appétits. Consommer avec Modération. Ce sera d’autant plus difficile qu’elle est un peu gourmande sur les bords.


18 octobre. Journée mondiale de l’acrophobie. Approcher le Nirvana avec Prudence. Elle est guide de haute-montagne, il faut bien ça quand on est sensible au vertige de l’amour cher à Bashung.

 
19 octobre. Journée mondiale du jeu d’échecs. Aller rencontrer son adversaire pour le battre à Platecouture. Mais à la SNCF, ils ne savent pas où se trouve cette localité. Je te fiche mon billet que je ne suis plus près de leur en acheter un !


20 octobre. Journée mondiale des 50 nuances de pedigree. Passer à la banque des préjugés pour y acquérir des a priori. Leur cours est au plus bas depuis que Nadine M. a fait chuter l’action en déclarant « Bon chien chasse de… »

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21 octobre. Journée mondiale de la Vénus Hottentote. Consommer avec Parcimonie. Ce sera d’autant plus difficile qu’elle a des formes généreuses.


22 octobre. Journée mondiale du va-te-faire-fiche. Envoyer paître les importuns au Diable-Vauvert. S’ils ne savent pas où c’est, ils n’auront qu’à demander à la SNCF.



23 octobre. Journée mondiale du boum sur les pétards. Manier l’explosif avec Délicatesse. Elle est ambianceuse dans une boîte de nuit et s’y entend comme personne pour faire la bombe en hurlant : « Croyez-moi, l’audimat de la TNT va péter » !


24 octobre. Journée mondiale de l’auriculaire. Placer dans la conversation cette citation de Tom Pouce : "On ne met à l'index que des écrivains majeurs. C'est mon petit doigt qui me l'a dit.".

 

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25 octobre. Journée mondiale du tube de gouache. Faire sienne la politique de la terre brûlée : ce n’est ni le moment ni l’instant de célébrer l’outremère qui vous a fait des bleus et ce n’est pas en trempant la véronique dans la mayonnaise qu’on rendra le verre Véronèse.


26 octobre. Journée mondiale de l’Arménie. Comme Guy Mardel, n’avoue jamais, n’avoue jamais, n’aznavoure jamais que tout ce que tu as fait, tu l’as fait à bon escient. Prie plutôt pour que Bonescient ne porte pas plainte.


27 octobre. Journée mondiale de la fierté hétérosexuelle. Rendez-vous avec la Félicité dans le square du devoir accompli. Lui demander si elle veut bien que je l’épouse pour la vie. Même si ou parce que, comme Mozart, je suis homme de Constance.

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28 octobre. Journée mondiale de la Yokoonite aiguë. Les vieux crabes de mon acabit se souviendront ce jour de « So this is Christmas (the war is over) ». Les jeunes pousses de l’acabit des autres entameront « So this is the war (Christmas is over) ».


29 octobre. Journée mondiale de l’abandon. Coucher son roi avec Sagesse. Il en résultera de plus beaux enfants que ceux qui naissent du mariage de Pouvoir et Folie.


30 octobre. Journée mondiale de Miss MAP. Répondre à la consigne du Défi du samedi avec Brio. Ou pas. Ca dépendra s’il vient ou pas nous aider à écrire.

28 juin 2012

ETUDE CLINIQUE par Joe Krapov

- Comme tu me vois, Loreille, je suis assez déprimé aujourd'hui.
- Ah bon ? Et pourquoi cela, Lardu ?
- Jamais je ne serai chanteur de reggae adulé à la Jamaïque !
- Toi qui habites rue des Merlus, tu es plus marlou que Marley ?
- Jamais je ne jouerai au tennis contre Jimmy Connors !
- C'est vrai que ça c'est plutôt déso-ro-lant et méga-rosse !
- Jamais je ne ferai de jam-session avec Jimmy Page !
- « Let the spleen come in » chantait déjà Baudelaire !
- Jamais je ne jouerai en duo avec Jimi Hendrix
- Certes le prodige est mort mais tu feras d'autres expériences !

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- Jamais je ne saurai lequel des deux gémeaux est Castor et lequel est Pollux !
- Ils ne sont pourtant pas difficiles à différencier : Castor a une queue plate et deux incisives proéminentes alors que Pollux a un accent anglais qui enchante près du manège !
- Jamais je n'aurai de frère jumeau qui habite Longjumeau !
- Rien n'est perdu : tu as peut-être as-tu un sosie de Strasbourg qui pédale dans la choucroute ? Ou une sœur jumelle quelque part avec la courroie et l'étui ?
- Jamais je n'aurai vu Marilyn Monroe en pyjama.
- N'aie aucun regret, elle n'en portait pas. Enfin, du coup, si, tu peux avoir des regrets !
- Jamais, tu ne t'arrêteras de faire des commentaires sur mon mal-être ?
- Non ! J'écris un article sur toi.
- Un article ? De quel genre ?
- Médical. Il sera peut-être publié dans le prochain JAMA.
- Et quel en sera le titre ?
- « De l'influence du « Lac » de Lamartine et du « Où est-ce que j'ai mis mon flingue » de Renaud sur les gémissements de douleur de la personnalité borderline ».
- Aaaargh !
- Qu'est-ce que tu as ?
- Ton projet m'achève ! Je meurs !
- Cause toujours ! Ca, ça n'arrivera jamais !
- Pourquoi ?
- Nous autres, les personnages de fiction, on est immortels !

10 avril 2015

DE LA FONTAINE A L'ORATOIRE

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Que deviennent
Nos antiennes,
Nos espoirs de fécondité,
Bonne santé,
Prospérité
En forme de monnaies anciennes
Ainsi jetés
Dans le fond de vieilles fontaines ?

C'est peut-être notre lot
De nous en remettre à l'eau
Pour que le bonheur en pluie
Améliore
De son or
Le sort
De notre aujourd'hui ?

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Se peut-il qu'une naïade
A la nuit
S'en vienne faire ici
Baignade,
Attirée par ce feu qui luit
Par cette eau plus claire que la lune
Et plus qu'elle chargée de thune ?

Elle disparaît à l'aurore
Et va remettre son trésor
Dans la main du vieil architecte
Qui se délecte
En numismate
Devant ces monnaies disparates
De voir notre inventivité,
Crédulité,
Sagacité,
Naïveté.

070602_11BAinsi lavé,
Lové avec autant d'ardeur

L'argent n'a pas d'odeur
Mais l'argent ne fait pas le bonheur

La livre ne délivre pas du mal,
Le franc ne l'est pas du collier,
Le pfennig ne rend pas riche,
Le thaler fait le malheur,
L'euro ne rend pas heureux,
Le dollar fait le dos large
Et Margot pleure toujours devant le mélodrachme
O Pourquoi tant de yens dans un monde déjà si cruel ?

Non ce n'est pas une naïade,
Cerveau malade !
C'est une espèce d'Anita
Sortie de la Dolce vita !

 

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Tout cela, c'est du cinéma
Et nous savons
Que nous rêvons
Car à pourrir dans la fontaine
Que voulez-vous donc qu'il advienne
A ces piécettes
Qui font trempette ?

Elles chopent une espèce de chtouille,
Elles rouillent,
Elles pourrissent comme Venise,
Elles vert-de-grisent
Et nos espoirs s'y amenuisent.

Alors, geste désespéré,
Du désespoir de cause
De qui se blesse aux roses

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On va, déçu par ces arnaques,
Piquer le nez de Saint-Guirec
Sur la plage de Ploumanac'h
Pour être sûr qu'un jour
On sera de retour
Sur les voies de l'Eternel,
Sur le plus droit des chemins,
Celui qui, comme tous les autres,
Mène à Rome.

Alors que c’est ici,
Le Paradis !

92727960

 

17 mars 2013

ARE THERE ANYMORE REAL COW-BOYS ? par Joe Krapov

Ils sont venus dès qu'ils ont entendu ce cri, ils sont tous là, il va mourir, Wang Pekin Pao !

Pour l'instant ils font antichambre en bas, dans l'immense salon de réception de cette grande propriété américaine.

Ils lui doivent tous un peu de leur situation au patriarche milliardaire. C'est pourquoi ils se taisent et se toisent en attendant que le vieux clamse.

Là-haut dans sa chambre, le mourant tire sur sa pipe d'opium car il n'est pas encore temps de la casser tout à fait. Il a l'air aussi tranquille qu'un missionnaire de l'église baptiste mais ce n'est qu'apparence. Sa vieille épouse, silencieuse à ses côtés, sait bien qu'il attend et elle sait qui il attend.

- Pas d'autres nouvelles du petit-fils ? demande-t-il entre deux ronds de fumée.
- Son avion a atterri à 12 h 13. J'ai envoyé le chauffeur le prendre à l'aéroport.
- C'est bien. Passe-moi la photo.

De son grand-père, Sam Pekin Pao, il ne lui reste que cette photographie. Encore ne représente-t-elle ni le vieil immigré édenté qu'il a connu enfant ni le jeune architecte immigrant dont les sacrifices et les efforts sont à l'origine de la réussite familiale sur le territoire des Etats-Unis. Il s'agit en fait d'une ferme située là-bas en Chine. L'aïeul y avait exécuté son premier contrat. On l'avait mis au défi de réaliser une porte un peu spéciale.

MIC 2013 03 11 farmhouse door, sam hakes

De fait, ce travail relevait de la gageure : à part cinquante centimètres au sol, le chambranle de la porte à créer était régulièrement circulaire. Tous ses prédécesseurs s'y étaient cassé les dents pour une raison bien simple : s'ils ne mettaient qu'un seul gond, le poids de la porte une fois ouverte et l'équilibre précaire du cercle reposant sur un seul point au sol n'avaient qu'une conséquence : la porte se cassait la gueule, le gond se descellait, tout était à refaire.

Ceux qui posaient un deuxième gond se trouvaient dans une position pire encore : la porte ne pivotait plus !

Grand'père Sam faisait rire toute la famille en racontant à sa façon comment il avait coupé la poire en deux : « Quand l'imbécile montre la Lune, le sage regarde les croissants qui la précèdent et qui la suivent. Si tu veux être un battant dans la vie, commence d'abord par en imaginer deux pour ta porte ! »

Comme le jeune homme, à l'époque, ne manquait pas de ressort, il en avait ajouté deux et la porte se refermait automatiquement comme si un groom magique et invisible était chargé de cela. Fier de sa trouvaille, il avait monté son entreprise puis émigré aux Etats-Unis. Il y avait fait fortune en plaçant un peu partout et notamment à l'entrée des saloons qui faisaient florès à l'époque sa porte « Pekin Pao ».

MIC 2013 03 11 porte de saloon

 

Tout cela était très loin maintenant et la Pekin Pao Enterprise vendait maintenant des immeubles entiers équipés de cellules photo-électriques, d'informatique intégrée, des appartements intelligents dans lesquels tout était programmable et programmé.

Tout comme son grand-père Sam, le vieux Wang avait réussi pleinement sa vie et il serait bien parti tranquillement vers les prairies de l'Eternel, une nouvelle vie dans un nouveau corps ou même vers « rien du tout où on vous foute la paix » si une question annexe, ridicule et superfétatoire ne l'avait pas taraudé ces dernières années. Une question d'autant plus stupide que ce souvenir ne lui appartenait même pas en propre ! Il n'empêche, elle lui faisait le même effet qu'un petit caillou dans la godasse du randonneur.
Et c'est son propre petit-fils qu'il avait chargé de LA mission. Zozo Pekin Pao venait de passer six mois au pays des ancêtres. A force d'explorations au pays du fleuve jaune et de questions posées au pays du fleuve bleu, il avait fini par retrouver l'endroit, le mur de ferme demeuré intact avec son trou circulaire. De là-bas, il avait envoyé un double de la photo que le vieux tenait maintenant serrée contre son cœur.

Soudain Wang entendit crisser les pneus de la voiture sur le gravier de l'allée. La limousine s'immobilisa devant le perron.

Zozo en descendit, cravaté, vêtu d'un costume bleu ciel, l'attaché-case traditionnel à la main et les lunettes à monture d'écaille sur le nez. Il ne salua personne dans le hall alors que tous les regards inquiets du salon de réception s'étaient tournés vers le nouvel arrivant.

Il grimpa l'escalier quatre à quatre, rectifia le nœud de sa cravate et frappa à la porte de la chambre. Sa grand'mère lui ouvrit la porte. Il l'embrassa. Elle essuya une larme, lui serra le bras et elle sortit de la chambre, le laissant seul avec l'ancêtre.

Il s'approcha du lit, regarda Wang. Le grand-père avait le teint cireux mais l'œil encore vif, les mains croisées sur la poitrine. Il s'inclina respectueusement devant l'aïeul.

- Alors, demanda le vieux. As-tu la réponse ?

Zozo s'assit, posa son attaché-case sur le sol. Il croisa les jambes, étira les bras.

- J'ai la réponse, grand-père !
- Toute une vie, Zozo ! Toute une vie ! On peut être actif toute sa vie, tout comprendre à l'économie, faire de l'argent, réussir financièrement, socialement, se rendre indispensable à ses contemporains, avoir la reconnaissance des puissants de ce monde. Il y en a même, excuse-moi, mais nous sommes entre hommes, n'est-ce pas, qui font des étincelles avec leur bite et qui la mettent dans toutes les prises de courant qui passent à leur portée !
- J'ai toujours évité de loger dans une suite qui aurait porté le n° 2806, grand père. Je sais que ce nombre porte malheur !
- Tout est possible, tout est réalisable dans une vie humaine. La science et la conscience n'ont cessé de nous faire progresser mais personne ne peut rien contre le caillou dans la godasse ! Et parfois tu te déchausses, tu secoues, tu as l'impression que le caillou tombe et quand tu remets la grolle il y a toujours une pointe qui te rentre dans le talon.
- Tu te trompes, grand-père Wang. L'obstination humaine vient à bout de tout.
- Ca m'aurait vraiment fait mal au cul de partir sans savoir pourquoi cet architecte de merde a imaginé une porte ronde à cette ferme pourrie d'où toute notre histoire est partie !

Il reposa la photo sur la table de chevet.

- Est-ce qu'on était seulement en état de deviner ?
- C'est un peu tordu, de fait.
- Vas-y, dis. Attends, avant, remonte mon oreiller !

Le petit-fils s'exécuta.

- Alors ?
- C'était l'enceinte d'un élevage.
- Mais encore ?
- Un élevage de paons.
- Je ne comprends pas ? Ca explique quoi ?
- Le paon fait la roue.
- C'est aussi con que ça ?
- Si on veut. Mais ses plumes sont très recherchées. Elles servent dans la mode et la chapellerie.

Le vieux tira une longue bouffée de sa pipe. Ses yeux pétillaient de malice désormais.

- Toi, tu me caches encore quelque chose !
- Ca m'a donné une idée, grand-père. J'ai racheté tous les élevages de paon que j'ai pu trouver là-bas.
- Et ?
- Et j'ai aussi racheté la fabrique de chapeaux de Phenix. Et les droits de la chanson de Maurice Chevalier.
- J'ai compris. Tu vas lancer... Tu vas relancer... Le chapeau de Zozo !

Le jeune technocrate esquissa un sourire. Ce grand-père Wang quand même, quelle culture, quelle complicité !

- Donne-moi mes bottes, Zozo et décroche mon Stetson de la patère. Tu vas me raconter tout ça plus en détail au restaurant !

Bientôt le vieil homme ne ressemble plus du tout au mourant qu'il était il y a encore une heure. Puis, suivi d'un jeune type effacé et admiratif, le vieux cow-boy fringant descend le grand escalier.

- Rentrez chez vous, bande de fainéants, lance-t-il aux éplorés silencieux du salon de réception. Nous avons encore à faire ici-bas ! Les Chinois viennent de réinventer la roue !

Ils en restent muets de surprise !

24 mai 2013

Je ne peux rien vous refuser (Joe Krapov)

- Vous avez reçu un nouveau message ! dit mon ordi.

Je regarde le nom de l’expéditeur ! C’est l’ordi du Défi du samedi qui me dit :
- Dis donc, Joe Krapov, il y a longtemps que tu ne nous as pas gratifiés d’une chronique en 23 lignes !

Comme je n’ai rien à refuser aux ordis – ils me permettent de gagner ma croûte ! – et que je suis un peu maso je me suis exécuté. J’ai tiré.

J’ai tiré mon portrait de « dromomane »car, je l’ai appris cet après-midi chez Madame Wikipe, en plus d’être iatrophobe je suis aussi dromomane ! Comme si bercé trop près du mur ne suffisait pas !

DE JEAN-JACQUES ROUSSEAU ET DE MOI-MÊME

23 lignes pour me transformer en promeneur solitaire et réécrire les Confessions de Jean-Jacques Rousseau en 55 minutes ? Mais on me demande l’impossible, là !

On m’objectera bien sûr que je suis né le même jour que l’amateur de fessées d’Ermenonville. Cependant, du côté de ses artères, il a quand même deux siècles au moins de plus que moi. C’est selon que vous me donnerez vingt-quatre ou quarante-huit ans.

jj rousseau 2

Plus personne n’aime Jean-Jacques Rousseau de nos jours. Chaque fois que Gavroche se casse la gueule par terre, il dit que c’est la faute du philosophe genevois. Jérôme Cahuzac quant à lui reproche à Voltaire d’avoir vendu du saucisson en promotion mais dans ce double dix de chute dans le ruisseau c’est quand même le PS qui glisse sur une andouille, non ? Doit-il revenir à l’Assemblée, le chirurgien capillaire à cause de qui les planqueurs de fric se font des cheveux ? Les avis sont partagés. Il y a 59 millions de gens contre et cinq gars pour. En tout cas, si vous avez le projet de faire des enfants, ne les prénommez pas Jérôme : entre Cahuzac et Kerviel, c’est un prénom qui prédestine à la déchéance. Ou alors faites comme Rousseau, abandonnez-les en chantant du Brel : « Adieu l’Emile, je t’aimais bien, Adieu l’Emile je t’aimais bien, tu sais. C’est dur de mourir au printemps Mais la belle Héloïse m’attend J’espèr’ qu’tu t’trouv’ras une maman ».

(L'image ci-dessus empruntée au talentueux M. Kichka)

Revenons donc à nos promenades solitaires, à mes exercices de botanique et à mes prétendues rêveries hors du monde. Je suis désolé, messieurs Dames mais j’ai beau me moquer à longueur de semaine de Frigide Barjot et Christine Boutin, je ne suis pas pour autant un militant de la cause homo ou autosexuelle. A preuve je viens de célébrer cette semaine un nombre rond d’années de marr(i)age avec une native du bélier ascendant sagittaire. C’est dire si, astrologiquement, je pourrais mettre ma main aux feux de l’amour et parier que je ne suis pas l’ami Zanthrope de Molière et Boby Lapointe.

Simplement, lorsque je marche, j’ai la drôle de démarche du curieux de nature, l’œil de l’observateur et l’esprit du poète-photographe. Cela m’isole des troupeaux de randonneurs-tchatcheurs que l’on croise partout en Bretagne ou sur le chemin de Saint-Jacques à la noix.

Avant que la limite des 23 lignes ne soit atteinte ou dépassée, qu’il me soit permis d’avouer que j’aime, c’est vrai, la coquille, cette brioche du Nord avec deux têtes de Jésus aux extrémités et aussi cet oubli du typographe qui trouve son paroxysme voire son abyme lorsqu’il s’applique au mot « coquille ». Mais je préfère encore marcher dans l’île d’Yeu de La Croix au port de La Meule en ayant laissé tout le monde derrière moi. Eh bien oui, cela, foi de randonneur bien chaussé, c’est vraiment le pied !

A longer la mer bleue sur le petit chemin en haut de la falaise, à se faufiler entre les bosquets d’ajoncs, à surplomber le petit port où les barques sont endormies, à revoir la chapelle Notre-Dame de Bonne Nouvelle étaler sa blancheur dans un décor de Côtes d’Armor – du bleu, du blanc, du vert – à découvrir au loin une créature endormie sur le bord du sentier au-dessus des vagues qui se fracassent dans la crique en contrebas, on se sent comme Adam découvrant Eve dans le journal qu’a tenu l’écrivain Mark Twain de cette rencontre des origines.

Remercions ces braves ancêtres et tant pis si, de votre avis, ni Rousseau ni moi-même ne remplissons le contrat social. Si l’ordre des choses établi exige que l’on détienne un compte Facebook, un Ipad, un Iphone, un abonnement à Canal-Plus-de-chaînes-encore-que-tous-les-autres, le goût de faire la queue dans la nuit froide à l’Apple-store ou sous la pluie pendant trois heures pour une expo au Grand Palais, que l’on ait envie de bastonner les supporters de foot de l’équipe d’en face ou celle de frauder le fisc parce que tout le monde le fait, alors oui, tout comme le Jean-Jacques, je suis un dangereux asocial !

Voilà. Tout est dit et je ne puis que plaindre mes enfants : je ne les ai hélas pas abandonnés et il leur faut, parmi leurs gènes, faire le tri entre les côtés « grand tragique breton » du côté familial maternel et l’héritage « imbécile heureux » de la famille de papa !

Ils feront un tri… sélectif, bien sûr ! Pendant ce temps-là je continuerai de le faire de mon côté – en Suisse, comme
J.-J.- R. – en chantant du Brassens :

« Tout est bon chez elle, y’a rien à jeter
Sur l’île déserte il faut tout emporter ».

 

24 mars 2013

BONNE RETRAITE, MADAME YONYON ! par Joe Krapov

 

MIC 2013 03 18 in Connemara

- De quoi Paul Henry est-il le nom ?
- Du retour à la sphère privée ! Et tout ça à cause de Michel Sardou !
- Calme-toi et explique ton cas, Lardu !
- Ca va être long, je vais devoir te raconter ma vie, Loreille !
- J’ai tout mon temps mais si tu peux abréger le passage sur ta puberté, ça m’arrangera !
- Ma directrice, madame Yonyon, a un téléphone portable !
- Ca commence bien ! Qui n’en a pas, de nos jours ?
- Moi ! Un jour qu’elle nous avait mobilisés pour une grand’messe…
- J’ignorais que tu travaillais à l’archevêché !
- Madame Yonyon ne fonctionne que comme ça, par grandes messes. Un directeur, c’est quelqu’un qui ne fiche rien, qui fait faire le boulot par les autres et qui réunit le reste du monde pour lui expliquer plus ou moins longuement que sa glorieuse présence sur cette terre a permis au Schmilblick d’avancer à un point tel qu’on est à deux doigts d’instaurer le bonheur universel.
- C’est un point de vue. En quoi est-ce choquant ?
- Pendant ce temps-là, avec ce système-là elle gagne trois fois plus d’argent que toi et elle fait du lard tandis que toi tu maigris en te tuant à la tâche.
- Lardu, tu pèses plus de 80 kilos !
- C’est vrai, j’enlève ça.
- Reviens donc au téléphone portable, à Paul Henry et à Michel Sardou, s’il te plaît !
- Donc, au cours de cette réunion de tout le personnel, son téléphone portable a sonné. Pas discrète du tout, la sonnerie ! Le volume à fond, « Les lacs du Connemara » de Michel Sardou, façon marche militaire. Morts de rire ! La caricature !
- Explique, je ne comprends pas ?

MIC 2013 03 18 Pogues

- Il n’y a pas plus typés à droite que Michel Sardou et Madame Yonyon.
- La droite, la gauche, ce n’est pas pareil, maintenant ?
- Tu as raison ! Je ne sais pas pour qui cette dame vote mais madame Yonyon c’est le petit doigt sur la couture du pantalon pour accomplir, imposer, voire devancer la moindre exigence du ministère !
- Enfin une fonctionnaire irréprochable ! Et alors ?
- Et alors, dans trois mois, terminé, l’Irlande ! Mme Yonyon part en retraite. Je ne me ferai plus renvoyer dans les cordes à chaque fois que j’ouvre la bouche dans une de ses grandes messes !
- T’as vu comment t’es gaulé, aussi, comme boxeur ?
- J’ai juste un problème avec ce départ, c’est que je me demande si je suis sot ou si j’ai bon cœur ?
- La réponse à la première question est forcément oui !
- Déconne pas, c’est vrai : je suis bien content qu’elle s’en aille !
- Entre « sot » et « bon cœur » il y a aussi « faux cul », Lardu ! Tu sais très bien que ça va lui manquer de ne plus pouvoir revenir emmerder ses subalternes !
- C’est vrai, regarde Sarkozy : il n’est pas parti depuis un an qu’il piaffe déjà pour revenir en 2017 !
- S’il piaffe, c’est que Carla met du cheval dans ses lasagnes. Et à part ça tu aurais bon cœur, toi ?
- Quand elle sera partie, notre clone d’Angela Merkel, ça va permettre à tout le monde de monter d’un cran dans la hiérarchie. Je suis content pour eux et pour elles !
- Vu comme ça, évidemment ! Mais attention ! Tu connais la fable des grenouilles qui demandent un roi ?
- Bien sûr ! Moi qui, dans ce jeu de chaises musicales m’occupe de mettre du fluide glacial sur les chaises et de remplacer la partition du chef d’orchestre par un camembert à musique, je ne rêve que d’une chose : que Soliveau 1er soit élu pape ou président du monde !
- Pour le pape, tu attendras, on vient d’élire Libellule 1er. Elle est bizarre cette leçon que tu tires des livres !
- Oui, hein ? Allez, bonne retraite, madame Yonyon ! Je vous souhaite d’aller écouter Michel Sardou en Irlande. Pendant ce temps-là je me repasserai « The Luck of the Irish » de John Lennon à Rennes.

 


- Je m’excuse, mais si, entre collègues, vous n’êtes pas foutus de vous entendre parce que les esclaves sont de gauche et les chefs de droite ou l’inverse, tu ne t’étonneras pas qu’il y ait des guerres de religion !
- Je ne m’étonne de rien ! Je remercie juste Joye de m’avoir fait découvrir Paul et Grace Henry et Madame Wikipédia de m’avoir raconté un peu l’histoire des deux Irlandes.
- Et pour le dilemme de George Sand, « celui qui a bon cœur n’est jamais sot », c’est quoi, ta religion ?
- Je répondrais bien « Hôtel Danieli à Venise » mais ce qu’elle y faisait avec le docteur Pagello n’était pas joli ! A part ça t’as le bonjour d’Alfred, Loreille !
- T’es vraiment un sot, toi !

12 décembre 2012

L’ASSASSINAT DU VENTRILOQUE PAR LES SŒURS DE MISERICORDE par Joe Krapov

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Il y a deux dames à la terrasse du café.
Elles ont l’air de cachottières.
Si on regarde un peu comme elles sont attifées,
Comme elles savent rester fières,
On ne devinera jamais laquelle, plus que l’autre cinoque, 
Rêva d’assassiner l’artiste ventriloque.

La vie est dans les plis. Je ramasse les cartes
Et je fais un vœu pieux pour que vite s'en viennent
Un Lacédemonien tout droit issu de Sparte,
Une valse de Vienne
Forcément un peu lente
Et une immense étoile filante.

 

MIC 2012 12 10 vintage+paris+20s soeurs Papin

Il y a deux mousmés curieuses chez le Bougnat.
Elles ont l’air de sortir d’une soucoupe volante.
Si on regarde un peu leurs lèvres incarnat
Et leurs bijoux grenat, insignes d’élégantes,
On ne devinera pas laquelle en a trop dit
Sur les mœurs dépravées de l’artiste maudit.

La vie est dans le jeu. La vérité culbute
Les mots qui se bousculent au portillon du soir.
Moitié anges, mi-démons, mi bourgeoises, moitié putes !
Qui trouvera la clé du sinistre boudoir
Où, pour un mot de trop qu’avait sorti son ventre,
L’homme gît, l’homme geint comme un ours dans son antre ?



MIC 2012 12 10 vintage+paris+20scérémonie

Il y a deux criminelles attablées au bistrot.
Elles ont l’air d’avoir un peu forcé la dose.
Si on regarde trop sur le plan du métro
La station Châtelet, c’est certain, on s’expose :
On ne devinera pas ce que coûte l’excès
D’écrire au juge afin qu’il engage un procès.

La vie est dans le ventre. Il est temps de me taire
Et d’offrir au papier quelques phrases, sans plus.
Que puis-je dévoiler de mes savants mystères ?
Ce que vous entendiez ? Une voix de surplus,
Un masque vénitien sous une bauta,
Du clinquant surfilé sur un vieux taffetas.



MIC 2012 12 10 vintage+paris+20s-judith

Il y a deux assassines et le garçon a peur :
Elles s’en vont saisir le siphon sur la table.
Si on regarde un peu comment étaient leurs mœurs
Et leur désir profond de devenir pendables
On ne devinera pas laquelle a fait le coup,
Qui a lié les pieds, qui a tordu le cou.

La vie est dans les mots ? L’homme s’est fait silence.
Nul ne soupçonnera la femme au chapeau cloche.
Du cadavre déjà monte la pestilence.
A l’âge qu’il avait, vraiment, mourir, c’est moche
Et nul n’a recueilli sa dernière parole.
Pour la première fois de sa vie, véridique,
Pour la première fois de sa mort, fait unique,
Le ventriloque n’est pas drôle.


Mais la voix de Cohen est toujours aussi grave

Qui semble venir d’outre-tombe.
Quelquefois aussi ça me gave
D’être celui qui fait la bombe.

 

 

N.B. Sur les trois collages de Jean-Emile Rabatjoie, on aura reconnu les soeurs Papin, Sandrine Bonnaire et Isabelle Huppert dans "La Cérémonie" de Claude Chabrol et Judith et sa complice par Cristofano Allori et Artemisia Gentileschi.

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Le cahier de brouillon de Joe Krapov
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